Category: Santé & Environnement

Débrayage dans le secteur de la santé: « C’est un crime contre les malades », dixit Adrien Hounsa

Président de Gasvie ONG, Adrien HounsaEn janvier dernier, l’ONG Groupe d’action pour la santé et la vie (ONG Gasvie-Bénin) a adressé une lettre à plusieurs personnalités au sujet des mouvements de grève dans le secteur santé au Bénin. Trois mois après, le président de Gasvie ONG revient sur cette démarche dont il explique les raisons, et fait des suggestions pour une autre gestion des mouvements de grève dans le secteur.

L’Evénement Précis : Vous avez adressé en janvier dernier une « lettre d’alerte » à un certain nombre de personnalités sur la grève dans le secteur de la santé. Qu’est-ce qui explique cette démarche?    

Adrien Hounsa : « Cette lettre est le fruit d’une réflexion que nous avons eue au niveau de l’ONG au sujet des malades qui meurent massivement en cas de grève. Nous avons réfléchi et cherché à savoir les raisons pour lesquelles les agents de santé se mettent en grève, pourquoi au Bénin la grève est devenue la nouvelle maladie qui tue massivement, et pourquoi on traîne les pas. Nous avons réfléchi à cette problématique et nous nous sommes dit qu’il fallait que nous nous adressions à une masse importante de ceux qui ont la gouverne de ce pays, afin que ces personnes, une fois sensibilisées, puissent changer le cours habituel des choses et faire quelque chose. Nous l’avons fait parce que nous avons compris qu’il faut régler le problème globalement et non de façon isolée. Ecrire au seul ministre de la santé n’est pas suffisant ; la preuve,  lorsque les médecins en spécialisation ont revendiqué la dernière fois, il a fallu l’intervention de la présidence pour essayer de trouver des solutions. Notre lettre est une lettre d’exhortation pour que chacun, au niveau qui est le sien, ne lambine plus, surtout lorsqu’il s’agit de la santé ».

Qui avez-vous ciblé ?
« La lettre a été envoyée au ministre de tutelle, le ministre de la santé. Nous l’avons également envoyée au ministre de l’Economie et des finances, à la ministre de la fonction publique, au ministre de la justice, à la ministre de l’enseignement supérieur et au ministre des Affaires étrangères. Le président de la Cour suprême figure au nombre des destinataires de cette lettre, également le représentant-résident de l’Oms au Bénin, les partenaires techniques et financiers du secteur santé, les confédérations syndicales, les organisations des droits de l’homme, les  présidents des ordres, associations, et les secrétaires  généraux des syndicats du ministère de la santé. Ils sont tous destinataires au même titre, et c’est seulement le président de la République qui l’a reçue en ampliation spéciale. Nous avons écrit à tout ce monde, parce que les résolutions d’Alma Ata en 1978 ont affirmé que le règlement d’un problème de santé est multidimensionnel et ne relève pas que du seul ministère de la santé. Il s’agissait dont pour nous, à travers notre démarche, de faire des suggestions en vue de solutions conjuguées et efficaces ».

Que vous ont-ils répondu ?
« Depuis le mois de janvier que la lettre a été envoyée, c’est seulement la Confédération des syndicats autonomes du Bénin, la Csa-Bénin qui nous a fait le devoir patriotique et le devoir administratif d’accuser réception et répondre. Bien qu’ayant l’adresse de l’ONG sur la correspondance, personne parmi tous les autres, n’a daigné accuser réception. C’est ce qui montre qu’il n y a que la politique qui intéresse au Bénin. Cette attitude est révoltante, parce que c’est le minimum qu’on puisse faire quand on est dans ’administration. Ils ont tous reçu la lettre.

Que contient cette « lettre d’alerte » ?
Cette lettre a été écrite pour montrer les causes de la grève et stigmatiser clairement la responsabilité de ceux qui dirigent ce ministère, parce qu’ils font du deux poids, deux mesures. Aucun médecin n’a aucune doléance non satisfaite, mais toutes les autres corporations de ce ministère ont des dossiers de revendications et de doléances qui n’ont jamais été satisfaites. Et on donne l’impression qu’il suffit que le médecin soit là pour que tout soit réglé, alors que c’est archi faux. Le médecin pose le diagnostic, les autres corporations paramédicales traitent le malade. Poser le diagnostic et traiter sont deux actes qui se complètent indubitablement, comme les deux lignes du rail qui conduisent le train à destination. Les gens font du deux poids, deux mesures, la corporation paramédicale est bafouée, alors que les paramédicaux font plus de 90% de la masse de travail sur le malade. Le personnel administratif aussi court des risques qu’on ne peut pas négliger. Le deux poids deux mesures est source de frustration, source d’injustice et dans ces conditions,  les gens ne peuvent pas accepter de mourir de faim pendant qu’autour d’eux, d’autres sont en train de resplendir.

Vous disiez avoir réfléchi sur les raisons de la grève. Pouvez-vous citer quelques-unes de ces raisons ?
Depuis des années, la grève a été toujours un refus de l’administration de céder ce qui était promis, ou de céder à ce qui peut se faire. Et lorsque vous promettez quelque chose à un groupe de travailleurs qui se trouve dans le besoin, et que vous ne tenez pas vos promesses, vous créez une injustice vis-à-vis de ces personnes qui sont victimes. Et quand vous le faites à certains groupes et que vous laissez d’autres, vous créez un mécontentement beaucoup plus social que les gens ne peuvent pas supporter, parce que c’est teinté d’injustice. Les causes de la grève varient d’une structure à une autre,  mais dans la santé, c’est la mauvaise gouvernance des médecins-ministres qui en est la principale. On ne peut pas laisser ce ministère dans les seules mains des médecins ou des gens qui ne sont pas formés pour. Au départ, on pouvait avoir des raisons de le faire mais aujourd’hui, on a beaucoup d’administrateurs hospitaliers, et aussi beaucoup de cadres supérieurs sachant gérer les ressources du secteur de la santé, les ressources humaines, financières et matérielles.  On ne peut donc pas continuer de faire de l’à peu près. Laisser la gestion du ministère de la santé aujourd’hui à des médecins, c’est faire de l’à peu près, c’est ne  pas vouloir atteindre les objectifs. Et leur position revancharde fait qu’en dehors des médecins, aucune autre corporation n’est capable de faire quoi que ce soit, alors que c’est très faux. Ce n’est pas normal qu’on laisse le ministère de la santé dans les mains de médecins qui n’ont pas couplé leurs connaissances d’une école régulière de gestion de ressources du secteur de la santé. Dans ma promotion du Cesag (le Centre africain d’études supérieures en gestion, basé à Dakar, Ndlr), il y avait des médecins spécialistes venus étudier la gestion des ressources du secteur de la santé. Au Cameroun, et un peu partout ailleurs en Afrique, aucun médecin n’occupe une fonction administrative et de gestion du secteur de la santé si, en plus de son diplôme de médecin, il n’a un diplôme d’administration et de gestion des hôpitaux. Pourquoi au Bénin faisons-nous de l’à peu près ? Les administrateurs sont la cinquième roue du carrosse. On les utilise pour des tâches très peu professionnelles et c’est dommage que le ministère de la santé puisse tourner dos à des cadres qui peuvent s’occuper de la gestion des hommes et des femmes, du matériel de travail et de l’argent.

Vous semblez très remonté contre la nomination de médecins comme ministres de la santé
Le médecin traite la maladie ; il ne gère pas les ressources qui permettent de traiter la maladie. Il s’agit de gérer les ressources du secteur de la santé, et non pas d’être spécialiste de la santé. Les spécialistes sont au pied du malade. Quand on les met à gérer des choses, ils transforment tous les fonds en des fonds d’atelier et de séminaires. Le médecin gère les malades, il ne gère pas les ressources du secteur santé.  Celui qui doit écouter le malade, le faire examiner, lui demander un bilan, faire une prescription et surveiller l’état évolutif du malade, on le met dans un bureau, on lui remet des milliards qu’on lui demande de gérer. Ce n’est pas possible.

Que préconise alors l’ONG Gasvie-Bénin pour une meilleure gestion des mouvements de grève dans le secteur santé au Bénin ?
Ma proposition est très simple. Lorsque le groupe d’agents de santé se met d’accord avec son administration sur les besoins à satisfaire, on se met d’accord sur un calendrier et le moment venu, on les satisfait. Les gens n’auront plus aucune raison d’aller en grève. La grève dans le secteur santé est un crime contre les malades. Parce que c’est les malades qu’on punit. Les autorités et leurs parents ne se font pas soigner au Bénin. La capacité d’être responsable, c’est apporter des solutions aux problèmes qui se posent à ceux qui dépendent de vous. Si vous êtes incapable de trouver des solutions, vous déposez le tablier.C’est aussi simple que ça.

Qu’auriez-vous à dire pour conclure ?
Pour moi, l’essentiel est qu’il n’y ait plus de grève dans le secteur santé. Les revendications des travailleurs du secteur santé doivent être écoutées. Si l’autorité est d’accord qu’on doit pouvoir leur accorder ce qu’ils demandent, il ne faudrait pas que l’autorité continue de faire traîner les pas jusqu’à ce que les gens lancent un mot d’ordre de grève. L’autorité doit courir dans les mêmes conditions qu’elle court lorsqu’il y a une épidémie de choléra. On ne peut pas traîner les pas, car la grève fait des ravages. Et la grève est due essentiellement au fait que l’autorité s’assoit sur les points de revendication sur lesquels elle s’est mise d’accord avec les représentants des travailleurs.  Si l’autorité peut réfléchir à cette lettre et voir ce qui peut être fait, ça ira mieux dans le secteur de la santé.

Réalisé par Flore S. NOBIME

Verdict du Tribunal de première instance de Cotonou, suite à l’opération PANGEA IX: La justice condamne les vendeurs de médicaments arrêtés

Trois (03) mois de prison par sursis et  une amende de 200.000 FCFA. C’est la peine à laquelle ont été condamnées les personnes emprisonnées dans le cadre de l’opération PANGEA IX. Le verdict est tombé ce jeudi au tribunal de première instance de Cotonou. Cette opération, mise en œuvre  par l’Organisation Internationale de Police Criminelle (OIPC-Interpol) vise à  lutter contre la criminalité pharmaceutique transnationale. Si toutes les personnes arrêtées  ont été relaxées, il a été retenu contre elles l’exercice illégal de la profession de pharmacien. Ainsi, les produits pharmaceutiques saisis seront systématiquement détruits, mais les biens en numéraire leur seront restitués. Le tribunal n’a pas voulu entrer dans le détail de la qualité réelle des produits vendus, mais s’est simplement contenté de la législation en vigueur en matière de commercialisation des produits pharmaceutiques. Selon maitre Ibrahim Salami, l’un des avocats des inculpés,  ils seront suivis pendant 5 ans, période durant laquelle ils seront doublement condamnés  s’ils reprennent la vente desdits médicaments.

Olivier ALLOCHEME

Modernisation de la gestion des déchets ménagers: Les habitants du Grand Nokoué bientôt recensés

Dans le cadre de la mise en œuvre des projets « Asphaltage » et « Modernisation de la gestion des déchets solides ménagers », le gouvernement de la rupture a annoncé l’opération d’un recensement complémentaire des ménages installés sur le territoire du Grand Nokoué. Cette décision est issue du conseil des ministres du mercredi 1er mars 2017 et prendra en compte les habitants des villes de Cotonou, Abomey-Calavi, Ouidah, Sèmè-Podji et Porto-Novo. Ces deux projets visent à donner un nouveau visage aux communes du Grand Nokoué, notamment Cotonou, Abomey-Calavi, Ouidah, Sèmè-Podji et Porto-Novo. En procédant à l’exécution de cette opération, le gouvernement pose un jalon supplémentaire dans le sens de la concrétisation des projets du PAG notamment l’axe stratégique 7 du troisième pilier qui ambitionne d’améliorer les conditions de vie des populations. A travers le projet d’asphaltage des principales villes du pays, le gouvernement ambitionne avoir des villes aux standards modernes qui allient aussi la protection de l’environnement et donc, un meilleur cadre de vie. Cette opération favorisera également les réformes financières et économiques dans le cadre de la gestion des déchets solides ménagers et une meilleure appréciation des investissements à faire et leurs impacts. Grâce à ce projet, les populations pourront enfin bénéficier de prestations plus professionnelles et plus satisfaisantes de la part des structures chargées de la gestion des déchets solides ménagers. Dans la droite ligne de son exécution et pour une meilleure conception technique, il s’avère nécessaire d’opérer un recensement complémentaire de la population de ces zones. Et pour y arriver, le choix du gouvernement s’est porté sur les deux structures majeures à même d’assurer la réussite de cette importante phase. Il s’agit de l’INSAE et du Cos-Lépi. Ainsi annoncé, il urge  pour la population bénéficiaire du projet, d’accompagner les efforts du gouvernement en participant pleinement et de façon spontanée à l’opération pour permettre d’avoir des statistiques fiables et de mieux cerner la typologie des quartiers et des logements des zones concernées. Ce projet dont les préalables de la réalisation ont démarré depuis le dernier trimestre de l’année 2016, constitue un vecteur dont peuvent s’inspirer les villes du Grand Nokoué pour l’assainissement et le développement de plusieurs autres domaines.

Rastel DAN

Charles Bèwa, Président des maraichers Eco-Santé: « Nous nous tuons à petits feux »

Charles Bèwa est maraicher depuis une trentaine d’années. Présent sur le site de Houéyiho, à Cotonou, il a pris conscience que le maraichage conventionnel est un danger pour la santé des maraichers et des consommateurs. Il a créé une association qui lutte désormais pour le maraichage bio. Pari difficile, mais pas impossible. Il est l’invité de notre rubrique hebdomadaire, « INVITE DU LUNDI ».

L’Evénement Précis: Le maraichage Eco-Santé qu’est-ce que cela signifie?

Charles Bèwa : Le maraichage Eco-Santé en résumé, c’est de produire sain dans un environnement sain pour le bien-être de la population. En d’autres termes, c’est de lutter contre la pollution chimique.

Est-ce que cela veut dire qu’il y a une pollution chimique au niveau du maraichage ?
Oui ! Puisque le maraichage conventionnel est fait à base des produits chimiques, comme les engrais chimiques, les NPK,  l’urée, les pesticides chimiques. Il y a beaucoup de pesticides chimiques qui sont hautement toxiques allant de 25 jusqu’à 45% de toxicité.

Est-ce que c’est vérifié qu’aujourd’hui cette intoxication existe effectivement au Bénin ?
Oui ! Ce n’est plus un secret pour personne, tout le monde le sait. C’est ce qui a poussé le doyen de la Faculté des  sciences de la santé, de l’université d’Abomey-Calavi, Fayomi Benjamin, à initier  l’Eco-Santé depuis 2002. Il  nous a mis en réseau à partir de 2012.  A son arrivée, il a prélevé le sol, les cultures et l’eau qui sont hautement toxiques après les avoir analysés.

Cela  veut-il dire que la population est exposée à des risques de maladie, cancer et autres ?
C’est évident. Parce que, tout ce que nous produisons termine sa course dans les plats de la population et c’est ce que nous mangeons. Nous nous intoxiquons nous-mêmes. Donc, c’est ce qui réduit notre espérance de vie.

Mais est-ce que le maraichage Eco-Santé est déjà répandu au Bénin ?
Ce n’est pas encore répandu au Bénin. Puisque vous le savez, il est vraiment difficile de changer les Hommes. Si c’était les animaux, on peut les sensibiliser par tous les moyens. Mais les Hommes, c’est difficile de changer les mentalités humaines. Nous faisons notre petit bonhomme de chemin.

Alors qu’est- ce que votre réseau fait concrètement ?
Notre réseau fait la sensibilisation et la formation. Nous passons par les sites de maraichage pour sensibiliser  et leur montrer le bien-fondé de notre mouvement et attirer leur attention sur comment ils intoxiquent la population. Et également comment ils détruisent la nature. Nous travaillons en chaine appelée « chaine de valeur », qui nous permet de toucher les bonnes dames et aussi les consommateurs. Ce qui porte déjà ses fruits. L’autre aspect de la chose, est que les sites sur lesquels nous sommes, sont des sites qui sont déjà souillés. Parce que des produits chimiques sont utilisés dessus. Il faut préciser que nous ne produisons pas 100% de bio, mais nous réduisons la toxicité qui est de 45% au moins à 5% pour ceux qui ne produisent plus du tout des produits chimiques. Mais maintenant, nous avons créé un site 100% bio à Zoundja dans la zone d’Arconville où on n’a jamais utilisé des produits chimiques. Nous faisons notre petit bonhomme de chemin. Et bientôt, plaise à Dieu, on aura notre village maraicher éco-santé.

Concrètement, est-ce que les maraichers eux-mêmes ne courent pas des risques de maladies ?
C’est sûr. Les maraichers même sont les premières personnes qui sont exposées, qui prennent tous les risques. C’est celui qui pulvérise ça qui est exposé avec son entourage.

Est-ce que les autorités ont pris conscience de ça ? Est ce que l’Etat Béninois vous appuie ?
Pour le moment non. Mais nous bénéficions parfois de l’appui de l’INRAB en matière de recherche. Entre-temps, la mairie de Cotonou avait commencé par nous appuyer sur la fabrication des composts, l’utilisation des biodégradables, mais ils ont lâché à un moment donné. Et là, nous fonctionnons seuls.

Cela veut dire que l’Etat n’a pas mis en place une politique pour assainir la production maraichère dans notre pays ?  
Pas pour la production maraichère bio. Puisque la production conventionnelle profite à tout le monde. Donc, c’est une lutte difficile que nous menons. Parce qu’en supprimant ça, on cause beaucoup de dommages à ceux qui font ce commerce. Donc, en principe,  notre souhait c’est que l’Etat accompagne ceux qui font l’effort de nourrir la population. Mais malheureusement aujourd’hui, ça ne se fait pas.

Mais est-ce qu’il y a aujourd’hui des pays africains où cette lutte a prospéré et a marché ?
C’est seulement en 2010 qu’on a commencé cette affaire avec deux pays, le Bénin et le Togo. D’autres se sont ajoutés à nous après et aujourd’hui on est au nombre de sept. Nous faisons notre petit bonhomme de chemin. Ce n’est facile nulle part. Que ce soit Béninois, Togolais ou Burkinabè, c’est un peu difficile de changer la mentalité de l’Homme. Et surtout la sensibilisation nous tue. Il y a beaucoup qui acceptent à être Eco-Santé, mais au finish, ils retournent aux mauvaises pratiques. Simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens pour acheter les produits bio. Ou même quand ils finissent de produire, ils n’arrivent pas à vendre. Maintenant, la sensibilisation permet à ce qu’ils vendent. C’est déjà un pas. Nous construisons des kiosques dans les sept pays, pour vendre les produits bios en temps réel, à tout moment.  Ici au Bénin, nous avons un kiosque dans la zone de Calavi où nous  avons des produits comme  Top bio, Fertile plus, Bio plus et bien d’autres.

Comment le consommateur peut il reconnaitre le niveau de toxicité?  
Les cultures produites à base des produits chimiques, leur  texture est totalement vert foncé,  parce qu’elles contiennent des produits chimiques. Une seconde chose, ces produits se fanent moins de 24 heures après leur enlèvement.  Quant aux produits biologiques, ils font 72 ou 96 heures avant de se faner. Leur texture également n’est pas vert foncé.  Les bonnes dames préfèrent ceux qui sont vert foncé et qui attirent, c’est ce qui tue souvent. Cela veut dire prendre son argent pour aller acheter la mort.

Si vous aviez un message à lancer aux consommateurs, qu’est -ce que vous leur diriez ?
Je leur dirai de faire attention à ce qu’ils mangent. Parce que la vie, elle est chère et ne se vend pas au marché. Et je conseillerai à nos mères et sœurs qui vont au marché, d’éviter d’acheter les légumes qui sont  vert foncé. Les produits bios n’ont pas d’autres couleurs, c’est la couleur verte mais pas pur.

Propos recueillis par Olivier ALLOCHEME

Dialogue national sur le financement de la santé: Bio Tchané annonce la mise en œuvre de l’ARCH

bio-tchane-okLa mise en place d’un système de santé résilient comme convenu dans le Programme d’actions du gouvernement (PAG) se dessine à l’horizon. Le Ministre d’Etat chargé du Plan et du Développement, Abdoulaye Bio Tchané, l’a confirmé à travers la mise en œuvre du Programme Assurance pour le Renforcement du Capital Humain (ARCH). C’était le vendredi 10 février 2017, au cours de la cérémonie d’ouverture du dialogue national sur le financement de la santé.
Cette rencontre qui vient au lendemain du lancement du PAG dont le troisième pilier prend en compte l’amélioration des conditions de vie des populations, y compris la santé, va conduire à la mise en place d’un système de santé résilient. Un système qui, explique le ministre Abdoulaye Bio Tchané, va permettre de répondre efficacement aux situations d’urgence en matière de santé publique et d’appuyer sa transformation économique. Ce système pourra aussi relever les nombreux défis qui s’imposent, malgré les avancées enregistrées dans les domaines de la lutte contre le VIH/SIDA et du paludisme. Parmi ces problèmes figurent, la réduction de la mortalité infantile et maternelle, le manque d’accès à des médicaments fiables, de qualité et à un prix abordable, l’accès géographique et surtout financier d’une grande partie des populations aux soins de santé, et l’absence d’assurance maladie. Face à ces problèmes qui freinent la ténacité du système de santé au Bénin, le Ministre d’Etat annonce la mise en œuvre du Programme Assurance pour le Renforcement du Capital Humain (ARCH), qui au-delà de l’assurance santé universelle, vise à promouvoir l’éducation, la protection et la sécurité sociale à travers le crédit et l’assurance retraite. La mise en place de cette mesure, continue-t-il, nécessite l’identification des moyens, mécanismes et partenaires nécessaires en vue de faire de l’ARCH, un instrument d’expression et de solidarité. Le Ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané, a insisté que les travaux parviennent à trouver les voix et moyens favorables pour assurer la durabilité et la soutenabilité de l’ARCH. A cet effet, il a souhaité que soient envisagées des réformes fiscales et structurelles afin de permettre une soutenabilité à terme du modèle de protection. Il a aussi souhaité que soient proposées des pistes possibles, crédibles et pertinentes de réalisation des objectifs et ambitions du Gouvernement en matière de santé. Ceci, à travers un partage des bonnes pratiques, des expériences de réussite  et l’établissement d’une feuille de route concrète  qui favorise une mise en œuvre effective de la Stratégie de Financement National de la Santé.

Rastel DAN

Dr Ange Dossou, médecin au centre de traitement de l’ulcère de Buruli d’Allada: « Nous lançons un appel pour nourrir nos malades»

Dr Ange Dossou est médecin au Centre de dépistage et de traitement de l’ulcère de Buruli (CDTUB) d’Allada. Dans cet entretien réalisé dans le cadre de la célébration de la 64e journée mondiale des lépreux, Dr Dossou revient sur ce qu’il faut savoir de l’ulcère de Buruli, cette pathologie invalidante classée parmi les maladies tropicales négligées et qui affecte des centaines de personnes au Bénin chaque année. Le médecin en profite pour lancer un cri de cœur à l’endroit des bonnes volontés pour aider le CDTUB d’Allada à prendre en charge correctement les malades.  

L’Evénement Précis : Qu’est-ce que l’ulcère de Buruli ?

Dr Ange Dossou : L’ulcère de Buruli est une maladie comme toutes les autres. Il est causé par un microbe qu’on rencontre dans l’environnement. Ce microbe est de la même famille que le microbe de la lèpre et de la tuberculose. L’ulcère de Buruli n’est pas une malédiction, ce n’est pas un envoutement. C’est un germe qu’on rencontre dans l’environnement et qui, d’une manière ou d’une autre, affecte l’individu et entraîne beaucoup de plaies qui sont larges, qui guérissent difficilement et qui peuvent affecter aussi l’os et qui, malheureusement, est pourvoyeur de beaucoup de conséquences.

Comment reconnaît-on l’ulcère de Buruli ?
L’ulcère de Buruli malheureusement, n’a pas de signes typiques. Il a des signes qu’on peut voir au niveau d’autres maladies. Mais, généralement, ceux qui sont habitués savent le reconnaître. Nous avons des signes appelés signes de début. C’est soit un petit nodule, une petite boule qui est sur le corps, qui ne fait pas mal, ne donne pas de fièvre ; soit un endroit du corps qui est dur, cartonné, qu’on va appeler « plaque »,  ou une partie du corps qui s’enfle, un œdème tendu. Ça reste là entre un et quatre mois. C’est après que ça va s’ulcérer, donner une plaie qui va s’élargir sur la superficie, et qui ira également en profondeur. Ça donne des nécroses, les tissus avoisinant vont mourir et ça va affecter jusqu’à l’os. Si on ne traite pas très tôt, ça entraîne beaucoup de conséquences, des déformations, des ankyloses, etc. Ça peut même évoluer jusqu’au cancer de peau.

Cela peut-il conduire à des amputations ?
Ça conduit à l’amputation quand l’infection des tissus est très prononcée et que l’excision, parce qu’il faut enlever tous les tissus morts, ne peut pas être faite sans toucher les tissus nobles comme les vaisseaux. Là, on est obligé d’amputer. Quand  ça arrive au niveau du cancer également, on est obligé d’amputer la partie concernée.

Comment se transmet la maladie concrètement ?
Il m’est difficile de le dire. On connait l’agent causal, le Mycobacterium ulcerans. Je le disais tantôt, c’est un microbe de la même famille que le microbe de la lèpre et le microbe de la tuberculose. On sait également que ce microbe vit dans l’environnement, dans les zones marécageuses. C’est pour cela que c’est dans ces zones-là qu’on a souvent l’ulcère de Buruli. Au Bénin on en rencontre dans l’Atlantique, dans la zone de Zè, la zone de Toffo, la zone d’Allada qui fait frontière avec le Couffo, également dans la zone de Zinvié, également dans les zones de Zogbodomey. On n’en rencontre pas au nord. Comment ce microbe quitte l’environnement pour attaquer l’homme, jusqu’à maintenant, on ne peut pas encore l’expliquer de façon explicite.

Quels sont les facteurs favorisant l’apparition de l’ulcère de Buruli ?
C’est déjà la fréquentation des milieux marécageux. Il y a des gens qui vivent à Cotonou et qui vont dans leurs villages situés dans des zones marécageuses où ils  attrapent la maladie. Je dirais qu’il y a également les conditions immuno génétiques de chaque individu, parce qu’il y a des gens qui vivent certes dans ces milieux, mais qui n’attrapent pas la maladie.  Donc, entrent en ligne de compte la constitution de l’individu, sa susceptibilité à la maladie. La pauvreté également est un facteur, parce que si on n’est pas très pauvre, on ne va pas rester dans ces milieux, et même quand on y reste, dès qu’on constate la maladie, on va se faire soigner et en ce moment, le traitement de la maladie est léger et les conséquences n’y sont presque pas.

On a l’impression qu’ils y a plus de femmes malades que d’hommes dans votre centre…
Je ne dirai pas oui. C’est vrai qu’on voit plus de population féminine. Les femmes sont exposées parce qu’elles vont énormément faire les travaux champêtres, les lessives également au bord de l’eau. Elles y emmènent les enfants. C’est pourquoi on voit beaucoup de femmes à l’hôpital. Mais, dans nos statistiques il n’y a pas de différence au niveau des sexes. La différence se situe surtout au niveau des âges.

Quelle est  justement la tranche d’âge la plus touchée ?
Les enfants de 0 à 15  ans. Généralement, dans 60% des cas, ce sont les enfants qui sont malheureusement atteints. A tout âge on peut être affecté, mais ce sont les enfants de moins de 15 ans qui sont le plus affectés, parce qu’ils sont les plus dégourdis, qu’ils s’amusent un peu partout dans ces milieux. Egalement, quand il y a quelque chose sur le corps de l’enfant, il ne le signale pas, tant que ça ne lui donne pas de fièvre ni de douleur. Ce n’est que plus tard qu’on le découvre.

Que conseillez-vous pour éviter la maladie ?
Quand un individu a quelque chose sur le corps qui lui semble étrange, qu’il aille directement dans les centres spécialisés ou aille voir l’agent de santé le plus proche. On pourra alors lui dire si c’est l’ulcère de Buruli ou autre chose. Et, pris en charge très tôt, cela amoindrit les conséquences.

Guérit-on de l’ulcère de Buruli ?
La maladie est guérissable. Nous avons trois méthodes de traitement. Nous avons le traitement médicamenteux qui est fait à partir de deux antibiotiques. C’est là que le défi est raisonnable, mais reste un challenge. Quand les malades sont dépistés tôt, ce traitement médial suffit à lui seul pour guérir. Les gens  ne sont pas obligés de passer par la chirurgie et c’est pour cela que nous sensibilisons tout le monde pour qu’on ait un dépistage précoce. Quand la lésion a déjà évolué, après le traitement médicamenteux qui dure deux mois, nous passons à la phase de chirurgie où nous enlevons tous les tissus qui sont nécrosés. On fait les pansements pendant un certain temps et après on fait des greffes pour accélérer la cicatrisation. Du début jusqu’à la fin du traitement, et même après la fin du traitement, il y a la troisième méthode, la kinésithérapie pour limiter les séquelles.

En quoi consiste le traitement médicamenteux et dites-nous si les produits sont-ils disponibles et accessibles ?

Le traitement médical consiste en l’injection d’un produit appelé Streptomycine, et un comprimé à avaler, appelé  Rifampicine. On est encore en train de développer pour changer la Streptomycine en Clarithromycine, qui est un second médicament à avaler. Donc, les deux produits seront avalés. Le traitement, heureusement est encore accessible parce que ce ne sont pas les malades qui paient. Ce sont les ONG et consorts qui achètent les médicaments et mettent à disposition. Depuis 1998, la Déclaration de Yamoussoukro a fait de la prise en charge de l’ulcère de Buruli, une prise en charge gratuite. Donc, les traitements médicamenteux, chirurgical et kinésithérapique sont des traitements gratuits. Les malades sont obligés de prendre en charge les coûts indirects. C’est pour cela que notre adresse à l’endroit du gouvernement et à l’endroit des bonnes volontés est de nous aider à nourrir les malades. Dans tous les hôpitaux en général les malades reçoivent des denrées alimentaires. Chez nous, malheureusement ce n’est pas le cas encore, et ce qu’on a est extrêmement insuffisant. On demande encore beaucoup plus de moyens. Nous lançons un appel aux bonnes volontés pour nous aider à nourrir nos malades.

Quelles conséquences entraine l’ulcère de Buruli ?
Elles sont d’abord physiques. Le malade peut avoir des déformations. Elles sont également économiques et sociales, parce que l’individu qui exerçait un métier est obligé de l’abandonner, l’élève est obligé de laisser l’école. Les conséquences sont également familiales, parce qu’un individu ne reste jamais seul à l’hôpital. Il faut qu’un parent laisse ses activités à lui, pour pouvoir l’assister. Parfois, pour un malade, nous avons trois ou quatre personnes à gérer, parce que quand la maman vient par exemple, elle arrive avec un enfant sur le dos et un autre enfant. Les conséquences sont également communautaires, parce que tout le monde est obligé de participer. Et ce qui est encore difficile, c’est l’après traitement. Ceux qui ont abandonné leurs activités ou qui s’en sortent avec des handicaps, il faut pouvoir les aider pour une réinsertion sociale. Il y a d’autres difficultés, comme au cours du traitement où manger pour le malade est très difficile. Or, déjà qu’il  a une grande ulcération, il faut lui apporter beaucoup d’éléments nutritifs pour que la cicatrisation soit et pour qu’également il puisse correctement suivre les soins. Les conséquences sont lourdes, c’est pourquoi on demande aux gens de venir assez tôt pour que toutes ces conséquences que je viens de lister soient amoindries.

Combien de patients recevez-vous annuellement au centre d’Allada?
Actuellement nous gérons cent (100) malades environ par an. Dans le passé on en gérait 300, voire 400. Tout le Bénin compte environ 400 à 600 nouveaux malades qu’on gère dans les hôpitaux. A part les hôpitaux, les malades moins graves, on les gère dans les centres périphériques. C’est-à-dire qu’il y a une équipe qui leur fait les pansements et leur donne les médicaments, et quand l’heure de la chirurgie arrive, on les envoie dans les centres spécialisés.

Gérez-vous d’autres pathologies dans le centre ?     
Tout à fait. La plaie est une pathologie très lourde. Nous avons plein de pathologies, nous avons les ulcères drépanocytaires, ceux qui ont des problèmes cardiaques développement également des plaies, nous avons les problèmes vasculaires. Les problèmes vasculaires peuvent être d’origine veineuse ou artérielle, nous avons les diabétiques qui développent des plaies, nous en avons beaucoup dans le centre, nous avons les infections cutanées, nous avons les plaies chroniques, etc. Il y a plusieurs types de plaies que nous prenons en charge. Même les brulés, nous les prenons en charge, compte tenu de notre expertise.
 
A quelles difficultés êtes-vous confrontés ?
Essentiellement des difficultés de moyens. Parce que, techniquement, les moyens que nous avons sont d’abord pour les ulcères de Buruli. Mais du point de vue humain, on ne peut pas voir les autres plaies et ne pas les soigner. Nous n’avons aucune dotation  pour ces lésions, et nous sommes obligés de puiser dans les dotations de l’ulcère de Buruli pour les prendre en charge. Le défi, c’est avoir beaucoup plus de moyens pour faire face également à cet afflux important d’autres malades.

Réalisé par Flore S NOBIME

Amélioration des requêtes dans le secteur de la santé: Les centrales syndicales insatisfaites, l’actualisation des revendications exigée

Les doléances des centrales syndicales sur le plan de la santé doivent être actualisées. C’est la conclusion des travaux de la session ordinaire de la Commission nationale permanente de concertation et de négociations collectives gouvernement/centrales et confédérations syndicales qui s’est tenue ce jeudi 02 février 2017 à l’Infosec de Cotonou.
Cette rencontre entre les centrales syndicales composées de l’Unstb, de la Cosi-Bénin, Cstb, Csa-Bénin, Cgtb, Csub, Cspib et les membres du gouvernement conduits par le Ministre d’Etat chargé du Plan et du développement, Abdoulaye Bio Tchané, avait pour objectif de procéder à la reprise de l’examen des revendications inscrites dans les cahiers de doléances des centrales et confédérations syndicales. Selon les explications du Ministre d’Etat, Abdoulaye Bio Tchané, à l’ouverture des travaux, il est question d’examiner en priorité les points de revendications du secteur de la santé et ensuite, aborder les autres points inscrits sur les cahiers de doléances.Des points retenus par les deux parties depuis la dernière rencontre de septembre 2016. En compagnie de ses collègues du Ministère de la Fonction publique Adidjatou Mathys, des enseignements maternels, primaires et secondaires, respectivement Karimou Salimane et Lucien Kokou, le Ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané a justifié ce retard par les raisons liées aux concours de circonstance. A en croire le Ministre, la reprise de l’examen des revendications inscrites dans les cahiers de doléances des centrales et confédérations syndicales depuis la dernière rencontre de septembre 2016 n’est point l’expression d’un mépris de la part des membres du gouvernement encore moins un manque de considérations à l’endroit des partenaires sociaux. Le Ministre Abdoulaye Bio Tchané a réaffirmé l’engagement du gouvernement à œuvrer pour la consolidation et le renforcement de la culture du dialogue social au Bénin.Les travaux de cette session n’ont pas abouti à des conclusions heureuses. Et pour cause, la non-conformité entre les revendications présentées par le gouvernement et celles qui font objet de grève sur le terrain. Selon les propos du Secrétaire général de la CSTB, Paul Essè Iko,les satisfactions des ministres sont partielles et il faut actualiser les revendications en présentant les nouvelles, tant dans le secteur de la santé que de l’éducation, du privé, du développement rural, de la justice et autre. Une appréciation soutenue par son collègue de la Cosi-bénin, Noel Chadaré. « Il y a des problèmes qui continuent de subsister et rien n’est presque pas fait dans ce secteur. Il y a un sentiment d’insatisfaction parce que tout n’a pas été mis dans le document », a-t-il expliqué. Les travaux de la session ordinaire ont donc été suspendus ; Ils reprendront le jeudi 9 février prochain et se pencheront sur les questions liées à l’enseignement.

Rastel DAN

Performances du système sanitaire du Bénin: EVA-Bénin 1, une contribution efficace à l’amélioration de la prise en charge pédiatrique de l’infection à VIH

Au Bénin comme dans la plupart des pays africains, la prise en charge de la personne infectée à VIH et plus particulièrement de l’enfant demeure une préoccupation majeure. C’est dans ce contexte que, pour contribuer à la mise en œuvre de réponses efficace en Afrique de l’ouest et du centre, a vu le jour l’Initiative EVA, « Enfants et VIH en Afrique » avec pour objectif de promouvoir des stratégies nouvelles afin de combler le gap du VIH pédiatrique sur le continent. A l’issue de la mise en œuvre de la phase 1 de cette initiative au Bénin, les résultats sont prometteurs.

Promouvoir la vision par la formation en l’occurrence des séminaires, échanges d’expériences et formations en ligne et mener des plaidoyers pour améliorer la prise en charge pédiatrique sur toute l’étendue du territoire national. Cette ambition est celle de l’initiative EVA, un regroupement de 16 centres dans 11 pays d’Afrique de l’ouest et du centre (Burkina-Faso, Burundi, Cameroun, Mali, Niger, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Sénégal, Tchad, Togo et Bénin) et le Maroc qui conjuguent leurs efforts, partagent leurs expériences et pratiques afin de réduire le gap du VIH pédiatrique sur le continent africain à travers notamment la promotion d’approches nouvelles. Au Bénin, deux centres sont impliqués dans cette importante initiative de coopération sud-sud. Il s’agit du service de pédiatrie du Centre National Hospitalier Universitaire Hubert Koutoukou Maga (CNHU-HKM) et celui de l’Hôpital d’Instruction des Armées (HIA) de Cotonou. Pour le Professeur Marcelline d’Almeida , Responsable de la prise en charge pédiatrique du VIH-SIDA au CNHU-HKM, « si le Bénin peut se féliciter d’un bon taux de dépistage chez la femme enceinte de l’ordre de 90,8% et de l’accroissement significatif du nombre de sites de prise en charge des enfants infectés passé de trois (03) en 2002 à 92 en 2015 pour une couverture de 87%, les indicateurs de performance des sites de prise en charge pédiatrique restent à améliorer ». Face à cette situation, le Docteur Hounmènou de l’hôpital de Béthesda de Cotonou exhorte à trouver des solutions idoines pour palier « le manque de renouvellement des équipements et de réactifs, les ruptures de stock d’antirétroviraux ainsi que les difficultés de soutien psycho-social et économique d’une part et la rétention des enfants dans la file active surtout, les patients venant des communes éloignées d’autre part ». Dans cette perspective, « l’initiative EVA est venu à point nommé », selon le Chef du service Pédiatrie de l’Hôpital d’Instruction des Armées, le Médecin Colonel Alain Azondékon, pour contribuer au renforcement des capacités des acteurs de prise en charge dans la perspective de meilleurs résultats au profit su système sanitaire Béninois.

Des activités à résultats probants pour le Bénin

Mis en œuvre au Bénin par les services de pédiatrie du HIA et du CNHU-HKM, le projet « EVA Bénin 1 » a permis la mise en œuvre de diverses activités dont l’organisation de sessions de renforcement des capacités des acteurs impliqués dans le traitement des enfants infectés à VIH ainsi que des activités sur site. L’atelier de formation sur le VIH pédiatrique des 08 et 09 septembre 2016 au Chant d’oiseau à Cotonou et la formation nationale des médecins pédiatres des sites de prise en charge du VIH chez l’enfant organisée les 29 et 30 novembre 2016 à l’Institut des Sciences Biomédicales Appliquées (ISBA)  de Cotonou au profit de médecins, pédiatres, infirmiers impliqués dans la prise en charge du VIH pédiatrique dans différents départements du Bénin s’inscrivent dans cette dynamique d’amélioration continue des compétences des ressources humaines. Suscitant un vif intérêt au sein des participants, ces deux ateliers ont été l’occasion d’un diagnostic approfondi de l’infection à VIH tel que vécu dans dix (10) principaux sites de prises en charge de l’enfant exposé ou infecté par le VIH au Bénin. Par ailleurs, si la prise en charge de l’enfant dans le contexte du VIH a été effective au Bénin  depuis environ quinze (15) ans après la mise en place progressive des médicaments ARVs sur les premiers sites de prise en charge de l’enfant infecté au VIH, leur reconnaissance a été longtemps retardée et est restée dissoute dans la grande masse des sites adultes avec les difficultés aussi bien d’ordre organisationnelle que programmatique qui ont jalonné le chemin des sites de prise en charge communautaire (PEC) au Bénin. Aussi, dans le cadre des activités de renforcement des compétences de ces sites, le projet « EVA Bénin » s’est évertué à les accompagner à travers un soutien financier destiné à la formation, le renforcement des outils de gestion de site et le partage des expériences documentées. A l’issue de ce processus, il a été procédé à la mise en place d’une plateforme de réflexions stratégiques et d’actions permettant de redresser la tendance et surtout de faire des nouveaux plans stratégiques de prévention et de prise en charge de l’infection à VIH au Bénin, un succès dans le contexte de la stratégie du Fast track 90-90-90 qui veut que d’ici l’an 2020, 90% des malades connaissent leur statut, 90% des personnes infectées reçoivent un traitement et 90% des personnes qui sont sous traitement, aient une charge virale indétectable. Or, l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale d’où proviennent les seize (16) centres impliqués dans le projet à l’échelle continentale, sont encore loin de ces objectifs. Par ailleurs, l’un des acquis salués par les professionnels de la santé à travers la mise en œuvre du projet « EVA Bénin 1 » est la réalisation et la formation à leur utilisation d’outils techniques et pédagogiques de plaidoyer et mobilisation des ressources notamment d’un guide pratique de prise en charge des enfants vivant avec le VIH) contribuant ainsi à améliorer les prestations et les performances des différents sites de prise en charge pédiatrique.

Dans cette logique, les acteurs de mise en œuvre du projet n’ont pas été oubliés. Ainsi, Tanguy Bognon du HIA et Sossou Mahougnan du CNHU-HKM ont bénéficié de stages de perfectionnement respectivement au Ghana et au Sénégal. En outre, la présence remarquable du Médecin Colonel Alain Azondékon du HIA au sein du Conseil d’administration en qualité de Chargé du partenariat et de la mobilisation des ressources au sein du Réseau EVA basé à Dakar au Sénégal, est loin d’être un fait anodin. Il est un éloquent témoignage de la crédibilité dont jouit le Bénin au sein de ce creuset de formation des acteurs de santé à la prise en charge globale pédiatrique de l’infection à VIH en Afrique francophone. En somme, depuis son démarrage, le projet « EVA Bénin » peut se réjouir d’avoir fait tâche d’huile en bien peu de temps ; son plus grand mérite n’étant pas dans le nombre de ses activités mais l’impact de celles-ci sur les performances dans la prise en charge pédiatrique au Bénin.

Wandji A.

Dr Akouavi Ahouandjinou Kiki, médecin radiologue-échographiste sur le vieillissement: « La vieillesse est un état d’esprit »

Le vieillissement en bonne santé. C’est le sujet qu’aborde, dans l’interview qu’elle a bien voulu nous accorder, Dr Akouavi Ahouandjinou-Kiki, la présidente de l’Association des médecins  retraités du Bénin. Médecin radiologue-échographiste admise à la retraite depuis le 1er juillet 2013, Dr Ahouadjinou-Kiki revient sur les comportements à éviter et conseille sur ceux à adopter pour passer une bonne vieillesse.

L’Evénement Précis : Dr Kiki Ahouandjinou, les personnes âgées vieillissent-t-elles bien au Bénin ?

Dr Akouavi Ahouandjinou-Kiki : Ça dépend. Je prends le cas des médecins. Si nous avons créé l’Association des médecins  retraités du Bénin, c’est parce que nous avons constaté que les médecins, après des décennies de travail bien accompli sont délaissés une fois à la retraite. On a des aînés qui ne voient plus, qui ne peuvent plus marcher, qui sont cloués dans des fauteuils et qui restent dans leur coin. Ce n’est pas normal. Après la retraite, il  y a une autre vie que nous devons mener. Aller à la retraite, c’est changer d’activité. Nous luttons   et notre slogan, c’est rester actif pour bien vieillir, et vieillir  en bonne santé.

Justement, quels  modes de vie adopter, selon vous, pour vieillir en bonne santé ?
Pour vieillir en bonne santé, il faut avoir une bonne hygiène de vie, savoir ce que son corps demande. Il faut écouter son corps. Moi, je ne fais pas de régime, j’écoute mon corps. Si mon organisme n’accepte pas un aliment,  je ne le mange pas. Je suis aussi « tout-terrain », toujours en activité. Pour vieillir en bonne santé, il faut être en activité, il faut travailler. L’oisiveté est à combattre.

On assiste, de nos jours, à une explosion de cancers, chez les personnes d’un certain âge, et de plus en plus chez des gens plus jeunes. Comment l’expliquez-vous ?

Je mets en cause l’environnement, l’hygiène de vie aussi. Il y a des pratiques que nous avons aujourd’hui que nos parents n’ont pas connues. Je ne dis pas que ces maladies n’existaient pas à leur temps. Peut-être qu’elles étaient très peu connues, parce qu’il n’y avait pas de moyens de diagnostic développés pour pouvoir déceler ce genre de pathologies. Certains mouraient de ces pathologies sans qu’on n’arrive à les diagnostiquer. Il faut reconnaître aujourd’hui que, s’il y a extension de ces pathologies, c’est compte-tenu aussi de nos pratiques. Prenons l’exemple des tumeurs du sein. Il y a des tumeurs qui sont bénignes et il y en a qui sont malignes,  et moi j’attribue ça un peu à l’hygiène de vie, au comportement, et aux troubles hormonaux. Ces troubles hormonaux sont quelques fois liés  au comportement de chaque femme. Vous entendrez des gens dire qu’il ne faut pas faire ci, et d’autres dire que c’est ça qu’il faut faire. Les gens sont désorientés, ils ne savent pas toujours quel comportement  adopter, et ça favorise aussi certaines choses, parce qu’ils sont en conflit. C’est pourquoi je dis qu’il faut écouter son organisme et ne pas faire du suivisme.

Détaillez un peu ces pratiques que vous venez de mettre en cause
Il y a, par exemple, des gens qui se livrent aux activités sexuelles précocement, qui utilisent des produits qu’il ne faut pas utiliser, qui ont des pratiques sexuelles peu recommandables. L’origine de ces produits qu’ils prennent est quelques fois douteuse. Il y a des produits traditionnels, et des produits, si on peut le dire, modernes, que les gens utilisent sans savoir si c’est de cela que leur organisme a besoin. Tout ceci peut favoriser ces pathologies et il y a, comme je l’ai dit,  les troubles hormonaux. Nous n’avons pas le même mode de vie que nos parents. Aujourd’hui, on voit des femmes enceintes incapables de mener certaines activités. Il y a des ‘’grossesses précieuses’’ alors que nos mamans enceintes, allaient au champ, au marché, faisaient tout et accouchaient facilement, sans problème. C’est pourquoi je dis aujourd’hui qu’il y a l’environnement qui ne nous rend pas la tâche facile. Il y a la pollution, et toutes ces choses que nous consommons ne sont pas des produits sains. C’est tout cela qui nous crée des problèmes.

Comment y remédier, selon vous ?
Il faut sensibiliser, il faut informer la population sur certaines pratiques à bannir. L’ex ministère de la famille avait voulu qu’on travaille ensemble, qu’on essaie de sensibiliser la population sur certaines pratiques à adopter pour éviter certaines maladies. Certes ce ne sont pas toutes les maladies qu’on peut éviter, mais on peut prévenir.

Quel est votre secret pour rester jeune?
Je n’ai aucun secret. Pour rester jeune,  il faut toujours être en activité. Je n’aime pas l’oisiveté, j’aime travailler. Je l’ai fait tout au long de ma carrière. Je continue de travailler, je milite dans des associations qui me permettent d’être en forme. La vieillesse est un état d’esprit. Moi, je suis jeune et je resterai toujours jeune. Pour moi, c’est maintenant que commence la vie.

Réalisé par Flore S. NOBIME

Dossier maraichage à Cotonou: Des produits chimiques très dangereux dans vos plats

Les maraîchers de Cotonou et de ses environs fournissent des biens essentiels à l’alimentation de la population. Avec la croissance rapide des villes au Bénin, le taux d’urbanisation a beaucoup évolué, passant de  26,5 % en 1979,  36 % en 1992,  38,85 % en 2002, à 44% en 2015. Tout ceci entraine des besoins alimentaires accrus. Le maraichage apparait dès lors comme un recours essentiel de la population. Elle constitue la forme la plus explicite et la plus développée de l’agriculture urbaine. Elle a été reconnue  dès 1991 dans la  lettre de déclaration de politique de développement rural de 1991.  Dans une étude datée de 2010 et intitulée « Agriculture urbaine et valorisation des déchets au Bénin : une approche de développement durable », Hygin Faust Kakai, Alban Gilles Kakai et Armelle Grey Tohouégnon notent que sur les douze périmètres maraîchers de Cotonou, on dénombre plus de 600 chefs d’exploitation et plus de 400 ouvriers agricoles qui y travaillent de façon permanente. Ils desservent les marchés de Cotonou tels que Ganhi, Saint-Michel, Gbégamey.

Une productivité limitée

La production maraîchère à Cotonou se fait généralement sur des espaces publics non aménagés à cet effet. Par exemple, le site maraîcher de Houéyiho apparait, comme le plus important, compte tenu du nombre d’intervenants qui y travaillent. Il appartient en fait à l’ASECNA (Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar). C’est depuis 1972 que celle-ci a permis aux demandeurs de s’y installer. Houéyiho demeure ainsi le site de maraichage  le plus ancien  de la ville. Dans leur étude, Hygin Faust Kakai, Alban Gilles Kakai et Armelle Grey Tohouégnon notent que la trop grande exploitation du site sur une longue période « et l’utilisation souvent anarchique des engrais chimiques et autres matières synthétiques, ont fini par lessiver le sol… et par l’appauvrir ». En augmentant les apports chimiques au sol, les producteurs ont pensé doubler leurs productivités. Malheureusement, ils aboutissent à l’acidification voire la salinisation du sol.  La présence et la dominance d’agents pathogènes ou destructeurs, les contraignent à faire recours aux pesticides achetés sur le marché. Larves et insectes  de toutes sortes constituent les ennemis des plantes. Ils obligent les producteurs à se tourner vers les pesticides chimiques dont les effets sont  parfois dangereux. Certains font recours aux biopesticides (extraits aqueux de neem, jus d’ail, etc.)  qu’ils jugent trop chers. Importés souvent du Togo ou du Ghana, ces produits bio ne sont toutefois pas répandus chez les producteurs.

De nombreuses contraintes

Parmi les contraintes liées au maraichage à Cotonou et ses environs, on peut noter :

-         La faible performance des variétés disponibles

-         La non valorisation des potentialités existantes pour le développement des cultures de contre-saison (périmètres aménagés sous exploités ou abandonnés à la suite de panne de système d’irrigation ou de problème d’organisation des producteurs)

-         La non disponibilité d’intrants spécifiques adaptés à la production maraichère

-         Difficultés d’accès des producteurs aux équipements de maraichage

-         L’absence d’un système d’agrément des intrants utilisés dans le maraichage

-         La faiblesse de l’encadrement des maraichers par les CERPA et les ONG

-         L’insécurité foncière en milieu urbain et périurbain

-         Pénibilité de l’arrosage et la non-maitrise de l’eau

-         Le coût élevé des intrants

-         L’insécurité foncière

-         Problèmes majeurs pour l’environnement et la santé

L’intensification de la production a provoqué la perte de la fertilité accélérée des sols, d’où la nécessité de procéder à des apports réguliers.

Gestion des ravageurs: Les maraichers abusent des pesticides

Dans une thèse de doctorat  en Gestion de l’Environnement soutenue en juillet 2013 à l’Université d’Abomey-Calavi, et intitulée « Durabilité de la production maraichère au sud-Bénin : un essai de l’approche écosystémique »   Claude Comlan Agbatan AHOUANGNINOU a recensé en 2009 pas moins de 24 préparations commerciales de pesticides chez les producteurs. La majorité des préparations commerciales insecticides sont des concentrés émulsifiables (EC). Les fongicides recensés sont des formulations de poudres mouillables (WP). Le nématicide DIAFURAN 50G est le seul granulé recensé. Ces pesticides recensés, indique-t-il,  appartiennent en majorité aux familles des organophosphorés, des pyréthrinoïdes, des carbamates et des benzimidazoles.  Les formulations de TOPSIN M (Méthylthiophanate 700 g/Kg), de LAMBDASUPER 2,5EC (Lambdacyhalotrine 25 g/L), de SHERPHOS 280EC (Cyperméthrine 30 g/L+Triazophos 250 g/L), de CONQUES C88EC (acétamipride+cyperméthrine) et de MANEBE sont les plus utilisés.  Les biopesticides LASER 480SC (Spinosad 480 g/L) et BIOBITE (Bacillus thuringiensis) ont été retrouvés également. Le SHERPHOS 280EC et le CONQUES C88EC sont deux préparations commerciales recommandées en production cotonnière, mais qui se retrouvent en maraîchage. La grande majorité des producteurs ne respectent pas les dosages recommandés et les délais de carence exigés par le fabricant. Ils mélangent aussi différentes préparations commerciales dans un pulvérisateur à dos contenant de l’eau à des concentrations qui leur conviennent.  On notera ainsi que tous les maraîchers utilisent des pesticides principalement les insecticides   et des fongicides et des nématicides.  Mais on retiendra aussi qu’ils utilisent des fertilisants chimiques comme l’urée et le NPK. De plus en plus, certains ont recours aux matières organiques (fiente de volailles et compost de déchets solides ménagers). Toutes les sept catégories d’exploitation maraîchère utilisent les engrais chimiques et organiques.   L’utilisation des fientes de volailles et du compost permet aussi de valoriser les déchets issus de l’aviculture, des ménages et des sites de production tout en réduisant les coûts de production qu’induirait une production à base uniquement de fertilisants chimiques (urée et NPK) qui sont plus polluants pour l’environnement.

Le surdosage est de règle

D’une manière générale, les doses d’engrais chimiques (urée) ne sont pas respectées. Les études de Claude Comlan Agbatan AHOUANGNINOU ont conclu que pour la grande morelle par exemple, l’apport d’urée est d’environ  333,33 Kg/ha en moyenne. « Ces doses appliquées sont supérieures à celles recommandées qui sont de 75 à 150 Kg/ha (INRAB, 2006) », souligne le chercheur.   Les biopesticides disponibles sur le marché LASER 480 SC (Spinosad 480 g/L) et le BIOBIT (Bacillus thuringiensis) n’arrivent toujours pas à éliminer tous les ravageurs détruisant les cultures maraîchères. Ils sont moins dangereux pour les agroécosystèmes et diminuent le risque de présence de résidus dans les aliments produits, mais certains ont une action moins rapide ou nécessitent un environnement spécifique pour être efficaces ou pourraient avoir un impact sur des organismes non cibles utilisés dans le biocontrol. Pour les maraîchers, leur production ne serait pas compétitive sur le marché sans usage des pesticides chimiques. En clair, pour rentabiliser leurs planches et les mettre à l’abri des ravageurs, les producteurs se voient obligés de faire massivement recours à des pesticides.

Les légumes, l’eau et les sites sont contaminés

L’emploi massif des pesticides contamine les eaux et les sols. Les taux de toxicité sont si élevés que certains maraichers ont choisi de déménager carrément vers de nouveaux  sites, dans la commune d’Abomey-Calavi. Là, ils pratiquent le maraîchage biologique qui présent moins de risque pour la santé humaine. Dans une étude publiée en avril 2011 et intitulée « Comparaison de la pollution en métaux toxiques du sol, de l’eau et des légumes sur trois grands sites maraichers du Bénin », Luc Koumolou, Patrick Edorh et Armelle Hounkpatin notent que sur les sites maraichers  de Houéyiho, Godomey et même Aplahoué (dans le Couffo), les eaux et les sols sont pollués en métaux toxiques comme le plomb, l’arsenic et le cadmium. « Il est toutefois très difficile d’établir clairement le lien entre la contamination de l’eau, des sols et la qualité sanitaire des légumes cultivés », disent les chercheurs. En réalité, tous les maraîchers reconnaissent  le danger que peuvent causer les pesticides sur la santé humaine, notamment pour eux-mêmes. Irritation de peau, céphalées, irritation des yeux ou du nez,  fatigue, douleurs articulaires, toux et   vertige sont les principaux troubles qu’ils enregistrent.  En cause, une minorité d’entre eux disposent de pulvérisateurs et de masques de protection pour se protéger lors des épandages de pesticides. Après l’opération d’épandage, certains utilisent  plusieurs moyens prophylactiques pour éviter d’éventuels effets secondaires causés par les pesticides qu’ils manipulaient. La grande majorité se lave les mains ou prennent  systématiquement un bain à l’eau et au savon. Pour Agonlinsou Benoît, maraicher rencontré sur le site de Houéyiho, ce qui est efficace c’est le lait qu’il convient de prendre après cette opération.

Des risques pour la  santé des consommateurs

Après avoir étudié 14 spéculations et 40 échantillons de légumes collectés dans six marchés de Cotonou et de sa périphérie,  Claude Comlan Agbatan Ahouangninou conclut que « des résidus de pesticide ont été retrouvés en faible quantité dans des légumes produits ». Auteur d’une thèse de doctorat en Gestion de l’environnement soutenu en 2013  à l’université d’Abomey-Calavi,  ce chercheur souligne des résidus de pesticide ont été détectés dans   des légumes sur  les marchés de Godomey, Haie-vive, Gbégamey et de St-Michel.  Ils sont présents aussi  dans les feuilles de laitue, de basilic, dans la tomate et dans le poivron.

Olivier ALLOCHEME