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Le triomphe de la vérité

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Théophile Yarou, Secrétaire Exécutif National adjoint du parti Fcbe, «Sous l’arbre à Palabre» à l’Evènement Précis: «Nous sommes l’alternative au régime de Talon»


Un devoir de mémoire pour la classe politique béninoise de faire le bilan des avancées, succès et insuffisances enregistrés dans la gouvernance béninoise depuis les années 60 à nos jours. C’est l’exercice auquel a été soumis le secrétaire exécutif national adjoint du parti et Fcbe et ancien Ministre du gouvernement Yayi, Théophile Yarou, invité dans la rubrique « Sous L’Arbre à Palabre » de L’Evénement Précis, à quelques jours de la célébration des 60 ans d’accession du Bénin à la souveraineté internationale. A bâton rompu avec les journalistes, l’opposant a relevé dans un premier temps, les grandes évolutions enregistrées dans le domaine de la gouvernance béninoise de 1960 à nos jours. Si des progrès ont été enregistrés dans plusieurs secteurs notamment le tertiaire, il note néanmoins assez d’insuffisances dans le secteur secondaire, ce qui impactent réellement sur son développement. Abordant les derniers développements de l’actualité, le secrétaire exécutif national adjoint du parti Fcbe Théophile Yarou, a fait un bilan conséquent à travers lequel il se réjouit des performances de son parti, Fcbe, lors des dernières communales, pendant que certains vendaient moins chère la peau du parti après la démission du président Boni Yayi et les nombreuses manœuvres de déstabilisation. Théophile Yarou a rassuré les journalistes de leur engagement à reconquérir la municipalité de la troisième ville à statut particulier, Parakou, quand bien même ils aient perdu la majorité absolue. Parlant des perspectives, le secrétaire exécutif national adjoint du parti Fcbe annonce que son parti se prépare activement pour prendre part activement à l’élection présidentielle de 2021. Car, insiste Théophile Yarou « nous sommes l’alternative au régime de Talon». Selon ses propos son parti, Fcbe est déterminé à jouer pleinement son rôle de chef de l’opposition que lui confère la loi portant statut de l’opposition puisqu’au terme des communales Fcbe est le seul parti représentatif de l’opposition.

Et si on en parlait

Le Bénin a célébré ce samedi 1er août, ses 60 ans d’indépendance. Comment appréciez-vous l’évolution de la gouvernance au sommet de l’Etat, depuis 1960 ?
60 ans, c’est beaucoup, 60 ans c’est l’âge d’or, c’est l’âge de la maturité. Mais, 60 ans peuvent également s’avérer peu pour passer d’une nation pauvre à une nation véritablement prospère. L’essentiel est de progresser de manière significative sur la voie du développement. Est-ce que les grandes nations se sont développées en 60 ans ? Quand vous prenez l’histoire des pays développés, c’est peut être les efforts d’un ou plusieurs siècles de processus qui ont conduit à leur niveau actuel de développement. 60 ans, c’est quand même assez important pour évaluer et apprécier le niveau de développement d’un pays. Le Bénin, autrefois Dahomey, a connu une évolution sur plusieurs plans depuis les indépendances. En effet, au lendemain de l’indépendance, notre pays qui comptait à peu près 2 400 000 habitants avait un PIB qui se situait autour de 226 millions de dollars US contre 8 ou 9 milliards de dollars US aujourd’hui pour une population d’environ 12 millions d’habitants. En 1960, si vous répartissez 226 millions par 2 400 000 habitants, vous vous rendrez compte que le Béninois moyen se situerait entre 90 et 95 dollars par an contre 600 et 750 dollars en 2018. On voit bien que sur le plan économique le pays a progressé dans la création de richesses et, à fortiori, son niveau de développement. Mais, est-ce que progrès économique a contribué à éradiquer la pauvreté ?
La pauvreté n’a pas baissé en tant que tel. Je n’ai pas les statistiques de 1960 mais si je me réfère à celles des années 2005-2006, la pauvreté se situait encore autour de 37%. Ce qui veut dire que 37% des Béninois étaient déclarés comme très pauvres, en 2005-2006. Aujourd’hui, nous sommes à 40% de taux de pauvreté si je m’en tiens aux chiffres annoncés par le gouvernement. Cela voudrait dire que la pauvreté n’a pas baissé en tant que tel. Cet état des faits est la conséquence des politiques de redistribution de la richesse nationale des différents gouvernements qui se sont succédé depuis 1960. Les inégalités se sont creusées. Les villes se sont urbanisées au détriment des villages et campagnes.
L’on peut ainsi dire que les choses ont globalement évolué même si le rythme est relativement lent. En effet, des indépendances à ce jour les taux de croissance ont rarement dépassé le 6%. Ils sont même tombés à moins 1%.
Le secteur agricole qui devrait constituer le socle de notre économie est resté rudimentaire, mal organisé, informel et dégradant. La mécanisation et la transformation indispensables ne sont pas opérées. Au début des années 60, le gouvernement du président Maga tout comme les régimes successifs ont mis l’accent sur l’agriculture sans véritable engagement à accompagner le secteur agricole.
Par conséquent, le développement sur le plan de la production et de la productivité n’a pas suivi le rythme nécessaire pour porter véritablement notre économie. Cependant il faut constater que sur les 15 dernières années le pays a connu une évolution exponentielle en termes de superficie emblavée par les producteurs au travers d’un début de mécanisation et de l’introduction de certaines techniques de production sollicitant moins la force physique. Ce qui a favorisé une plus grande production. Mais cette production reste encore insuffisante pour assurer à la fois l’autosuffisance alimentaire et une amélioration sensible de la balance commerciale de notre pays. En dehors donc de quelques produits de rente comme le coton, qui est en fait le moteur aujourd’hui de l’agriculture, les autres filières n’ont pas bénéficié la même attention, alors qu’on aurait pu promouvoir d’autres produits de rente pour plus de devises telle que, la filière anacarde, la filière ananas etc. Même la filière palmier à huile qui avait été la première filière en termes de produit de rente, a aujourd’hui pratiquement disparu pour mauvaise organisation et mauvais accompagne technique.
Il reste donc beaucoup de choses à faire en termes d’accompagnement technique et financier et en termes de productivité.
Le secteur secondaire est d’ailleurs le secteur qui traine le plus. Il est resté embryonnaire en raison de l’absence d’une politique de transformation de nos produits. Nous continuons d’exporter des matières premières sans valeur ajoutée. Les noix d’anacarde, de karité, l’ananas et même le coton connaissent très peu de transformation avant leur exportation. Dans ces conditions, le secteur secondaire contribue très peu à la formation du PIB. C’est le secteur qui a le plus de problèmes dans notre pays depuis les années 1960.
En revanche, le secteur tertiaire a connu une évolution exponentielle. Aujourd’hui même, on peut dire qu’en termes d’apport au PIB, c’est le secteur tertiaire qui est le principal créateur de la richesse dans notre pays. Il bénéficie de plus d’attention de la part de l’Etat et des institutions financières.
Sur le plan politique, notre pays a connu trois grandes périodes : la période des indépendances (1960-1972), la période révolutionnaire fondée sur le marxisme-léninisme (1972-1989) et le renouveau démocratique depuis 1990.
Au cours des douze premières années après les indépendances notre pays a connu une période tumultueuse, de grande instabilité caractérisé par une série de plusieurs coups d’Etat. Les différents chefs d’Etat qui se sont succédé n’ont pas véritablement eu le temps de concevoir un programme politique de sorte qu’il est difficile de mesurer de façon qualitative et quantitative, le progrès réalisé entre 1960 et 1972.
A partir des années 1972, avec l’arrivée au pouvoir du général Mathieu Kérékou, le pays est entré dans une phase de stabilité politique basée sur un gouvernement révolutionnaire à idéologie marxiste-léniniste. Ce fut une période de sursaut patriotique et de grande réforme sur plusieurs plans : l’agriculture, l’éducation, sur le plan politique, etc. Ce fut une période que nous jeune génération avons vécue avec beaucoup d’émulations, une période de beaucoup d’initiatives. En dépit de cette longue stabilité, le pays n’a pas réussi à asseoir les fondements d’un développement réel et durable. L’apologie de la pensée unique a fini par transformer la révolution en une dictature militaire qui a plongé le pays dans une crise politique sans précédent. Les attentes légitimes des populations soulagées par une stabilité relative n’ont pas été atteintes.
En 1990, à la faveur de la Conférence des Forces Vives de la Nation, le pays a retrouvé la voie de la démocratie. Contrairement à ce qui s’était passé entre 1960 et 1972, le pays s’est stabilité, les institutions démocratiques ont été mise en place et fonctionnent régulièrement, l’alternance politique s’opère périodiquement et le chemin a été tracé sur l’idéal de société auquel aspire notre peuple. Ce fut une expérience inédite de transition pacifique qui a fait de notre pays un modèle de démocratie dans la sous-région ouest africaine.
Mais, est-ce que cette démocratie, nous a permis de faire un bond qualificatif en termes de réduction de la pauvreté ? Parce que la finalité de toute action politique est la réduction de la pauvreté. La question reste entière compte tenu du bilan que l’on peut faire des programmes politiques des différents régimes qui se sont succédé à la tête de notre pays depuis 1990.
Quand vous prenez le régime du Président Soglo, de 1990 à 1995, il a été marqué par une série de grandes réformes sous ajustement structurel avec tous ses corolaires que vous connaissez. En dépit de la pertinence de ces réformes, leur caractère antisocial a rendu impopulaire le Président Soglo qui perdu les élections de 1996. Le béninois ordinaire a gardé un goût amer de cette période au cours de laquelle elle a connu les départs volontaires, les départs ciblés et les licenciements massifs. L’espoir suscité par le renouveau démocratique n’a pas tenu la promesse des fruits.
Avec un peu de recul, l’on reconnait que le Président Soglo a relevé un pays complètement à terre, ravagé et meurtri par la misère. C’était une période qui a permis de jeter les bases d’une économie porteuse de développement.
En 1996, le Général Kérékou est revenu au pouvoir et y a gouverné pendant 10ans. Ce fut 10 ans de stagnation économique. Le taux de croissance économique a stagné autour de 3%. Mais ce fut également 10 ans de stabilité sociale. Les indicateurs sont restés stables et la pauvreté n’a pas reculé en tant que tel.
Je me rappelle qu’en 2005, nous étions à 36 ou 37% de taux de pauvreté, alors que la moyenne mondiale est de 10%. Aujourd’hui, malgré les performances annoncées, les pays reste pauvre (taux de 40%).
Après, nous avons connu de 2006 à 2016 le régime du changement et de la refondation puis aujourd’hui, celui de la rupture.
Concernant la période de 2006 à 2016, le taux de croissance n’a malheureusement pas franchi la barre des 3%. Malgré cette contre performance, les conditions de vie des travailleurs ont été améliorées. Le panier de la ménagère a été sensiblement évolué. Mais le taux pauvreté au niveau national est toujours de 40%.
Depuis 2016 l’on nous dit que le taux de croissance serait passé à plus de 6%. Mais actuellement cette croissance n’est pas ressenti dans le quotidien du béninois.
Enfin, je pense que sur le plan de la gouvernance politique et sur le plan des acquis, nous avons fait des options depuis la fameuse conférence nationale. Nous avons choisi le régime présidentiel, avec un multipartisme intégral qui est maintenu jusqu’ici même s’il est mis à rude épreuve ces quatre dernières années. Parce qu’il faut rappeler là qu’avec la réforme du système partisan mise en œuvre depuis quelques années, nous assistons un encadrement un peu trop restrictif du multipartisme intégral. Sur le plan des libertés individuelles et collectives, tout le monde constate que nous sommes en train de reculer. Si vous savez comment les syndicats évoluaient entre 1990 et 1995 et même jusqu’en 2016, et que vous le comparez à ce qui se passe aujourd’hui, on est en droit de se poser des questions. Un mutisme généralisé semble s’installé rendant l’atmosphère politique un peu trop lourd. Il n’y a plus d’autres sons de cloche en termes de syndicalisme. Tout a été muselé. Même si les formes d’expression ont changé aujourd‘hui avec les nouvelles technologies de l’information, le débat politique a déserté le forum. Je pense que c’est ce que je regrette le plus dans ce qui se passe aujourd’hui. Sinon 30 ans globalement pour moi, c’est déjà satisfaisant en termes de démocratie, en termes de gouvernance. Mais depuis quelques années, nous constatons qu’il y a véritablement des problèmes de dialogue social et politique. Est-ce une l’expression d’une réelle volonté de réforme politique ? Ou est-ce une forme de sécurisation d’un régime qui veut asseoir sa pérennisation ? Amon avis, cette devrait permettre de clarifier le paysage politique et de consolider l’unité national à travers la constitution de grandes entités politiques. C’est ce que j’ai cru comprendre de la réforme du système partisan du régime actuel.
Mais à l’épreuve des faits, nous pouvons exprimer quelques inquiétudes quant au risque que cette réforme produise des effets contraires. Nous assistons à un cloisonnement de la vie politique. Nous avons d’un côté les hommes au pouvoir qui participent seuls aux activités de développement du pays avec les avantages et privilèges qui vont avec, et, de l’autre les opposants qui sont exclus de toute activité de développement.
Le multipartisme contrairement à ce que nous avons toujours pensé, n’est pas de l’anarchie. Je suis d’avis qu’il doit être encadré de manière à ce qu’on ne puisse pas passer du multipartisme intégral à l’anarchie. Pour ma part, l’objectif de cette réforme ne devrait pas être la réduction systématique du nombre de partis politiques mais la formation de grands partis politique d’envergure nationale.

Quels sont vos souhaits pour les prochaines années pour mieux asseoir la souveraineté du Bénin ?
Quand on parle de souveraineté, ça prend en compte un certain nombre de paramètres. La souveraineté d’abord pour moi, c’est l’autodétermination, l’autonomie sur tous les plans. Ensuite, la souveraineté est un état d’esprit. Sur le plan administratif, la souveraineté consiste à préserver l’intégrité du territoire national. Si vous prenez ce dernier cas, je pense que de 1960 à aujourd’hui, en dehors de quelques petits problèmes qu’il y a eu sur l’île de L’été, le territoire national a été vraiment maintenu dans son intégrité. Un pays souverain est également un pays indépendant. La notion d’indépendance renvoie à la dépendance. Si aujourd’hui on dit que nous sommes souverains, alors, cela voudrait dire que notre pays remplit les conditions nécessaires pour assurer son indépendance. C’est-à-dire les conditions qui le soustraient de la dépendance vis-à- vis d’autres pays notamment du pays dont-il était dépendant (le pays le colonisateur).
Ainsi la souveraineté suppose que le pays ne doit pas dépendre des autres sur le plan économique, social, culturel et politique parce que la souveraineté est à la fois politique, économique, culturelle et sociale. Donc, si vous prenez tous ces aspects, vous allez vous rendre compte que pour l’avenir, nous avons beaucoup de choses à faire pour assurer notre pleine souveraineté. Ce qui reste néanmoins théorique vu que nous sommes à l’ère de la mondialisation.
Pour simple, il faut tout au moins, dans l’avenir, accroître la production assurer notre autosuffisance alimentaire, booster la transformation structurelle de notre économique afin de réduire la pauvreté sous toutes ses formes. Ensuite, sur le plan politique, la souveraineté passe par une meilleure gouvernance des affaires publiques, le renforcement de la culture démocratique. Le fait d’avoir décidé, en toute liberté depuis 1990, de rentrer dans le renouveau démocratique, est pour moi une forme d’expression de notre souveraineté.
Nous devons encore pour l’avenir, compte tenu du contexte actuel, prendre toutes nos responsabilités pour remettre le pays sur le chemin que le peuple béninois aurait librement souhaité. Ça veut dire qu’en toute indépendance, le peuple béninois peut décider de mettre un coup d’arrêt sur tout ce qui se passe aujourd’hui et de réorienter le pays dans un autre sens. Ça peut être une forme de réadaptation ou de rééquilibrage des fondamentaux de notre démocratie au regard des réalités actuelles qui n’étaient pas les mêmes en 1990. Alors, pour améliorer notre souveraineté, il faut revoir tout le système économique, le système politique et le système culturel.

Lors des élections communales, votre parti FCBE s’en est sorti avec 15% des suffrages au plan national, 7 maires et plusieurs chefs d’arrondissements. Quelle est votre appréciation par rapport à cette performance ?
Je peux dire que c’est une expérience que nous avons faite dans un contexte que vous savez déjà. Si non en termes d’impression pour moi, c’est à la fois une satisfaction mais un regret aussi. Satisfaction parce que malgré toutes les conditions difficiles, tous les handicaps qui se sont dressés durant ce parcours, nous sommes parvenus quand même à décrocher quelques mairies. Mais surtout, ce qui est important, c’est que nous avons réaffirmé notre présence dans nos différents fiefs. Les fiefs du parti ont été vraiment maintenus et sauvés. C’est un motif de fierté et de satisfaction. Le regret est que nous avons perdu de l’espace. Il y a certaines localités, certains départements du pays que nous avons perdus du fait de ce que vous avez suivi comme crise au sein du parti. N’eut été cette crise, nous espérions avoir au moins 25 conseils communaux à l’issue de ces élections. Malheureusement, avec tout ce que nous avons connu, nous n’avons eus que 7 mairies. Alors, avoir 7 et parvenir à préserver ses arrières dans les conditions décrites, est une source de satisfaction. L’autre chose, c’est que vous savez bien qu’il y a eu des appels au boycott. Même notre président d’honneur d’alors a appelé au boycott. Ils sont allés même jusqu’à financer des militants pour démobiliser les électeurs. Mais Malgré tout cela, nous sommes parvenus à avoir 15% de l’électorat. Ce n’était pas donné d’avance. Beaucoup n’y croyaient pas, parce qu’ils se disaient que sans Yayi Boni, nous n’étions qu’une coquille vide. On n’aurait pas plus que 1%. Mais finalement, nous avons démontré que nous sommes des acteurs politiques accomplis qui valent au moins 15% de l’électorat béninois. C’est une satisfaction morale.

Quelles ont été les clefs de ce succès ?
Vous savez, un parti politique, contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n’est pas une seule personne. C’est un ensemble de leaders. Ça peut être des leaders régionaux, nationaux ou même des leaders communaux. La clef, c’est que partout où nous avons fait des percées, c’est là où nous avons des leaders confirmés qui sont des gestionnaires de fiefs, des gens qui ont longue expérience politique et qui ont travaillé pour préserver leur fief. Et là où nous avons perdu, si vous constatez bien, c’est là où nous avons perdu des leaders qui ont démissionné du parti et qui ont rejoint la mouvance présidentielle. C’est-à-dire que même si le président Boni Yayi était là, on n’aurait pas pu avoir certains leaders, parce que ces leaders ont rejoint la mouvance. Ensuite, quand le président Boni Yayi a démissionné avec quelques autres leaders, nous avons perdu encore des zones qui leur appartiennent. C’est ce qui a expliqué que nous ayons pu faire cette percée au niveau des zones tenues par nos leaders.

Vous avez réussi à prendre une ville à statut particulier qu’est Parakou. Avec les dernières informations, est-ce que vous vous préparez à reconquérir cette mairie ?
Oui. Nous sommes prêts. Il faut dire que c’est dommage. Et c’est regrettable ce qui se passe en ce moment à Parakou. Franchement, nous vivons ça un peu difficilement. Nous avons eu la mairie de Parakou d’office sans avoir besoin de qui que ce soit. On aurait même pu l’avoir de façon écrasante s’il n’y avait pas eu des appels au boycott à Parakou. Aujourd’hui, nous avons perdu la majorité absolue. C’est une situation stressante. Le parti a pourtant procédé à des filtres pour éviter ces genres d’ennuis. Je pense que nous n’avions peut-être pas tous les mêmes niveaux de conviction ni les mêmes niveaux d’engagement. C’est une responsabilité collégiale. Chaque militant doit aider à ce que le parti ne subisse pas de préjudices politiques à cause de certaines légèretés. Lorsque nous sommes frappés par une interdiction ou par les critères d’inéligibilité, il faut s’abstenir ou le faire savoir par les responsables du parti, afin que des dispositions soient prises. Mais malheureusement ce sont sur ces éléments que nous sommes en train de perdre la majorité absolue. C’est dommage, je ne sais pas d’où ça vient, et je ne sais pas comment on en est arrivé là. Mais je constate tout simplement que c’est un préjudice qui a été causé à notre parti. Même si demain, nous maintenons la mairie, on aura quand même perdu un siège.

Mais le coup ne vient-il pas de votre côté ?
Qu’on nous en donne les preuves. Je n’ai pas dit que ça vient non plus des autres. Mais je dis que je n’ai pas encore de preuve palpable pour accuser x ou y. Mais je dis que je constate que c’est quand même quelque chose qui nous a fait beaucoup de tort, et aujourd’hui ça remet en cause notre majorité absolue au conseil municipal de Parakou.

D’aucuns accusent votre parti d’avoir positionné des gens qui n’étaient pas crédibles ?
Non. Il faut accuser tout le système. Le parti a été informé des critères d’inéligibilité, fautes mineurs et des fautes majeures, même si le parti n’a pas participé aux élections législatives. Nous avons appris que des partis qui y ont participé aux élections législatives ont été victimes de ces cas-là. Sur cette base, nous avions envoyé des directives dans toutes les communes, dans tous les arrondissements pour rappeler ces conditions. Il y a eu des zones où des gens de façon honnête nous ont appelés pour dire : « moi j’ai fait objet de condamnation de trois mois, ça date de telle date, normalement je suis aujourd’hui rétabli dans mes droits. » Mais on a dit : « Par prudence, on ne peut pas vous positionner. Mais pour ce cas, ça nous a échappé. La personne ne s’est pas déclarée. Mieux, elle nous a présenté un casier judiciaire vierge délivrée par la structure compétente. Par conséquent, on n’avait plus de moyens pour empêcher sa candidature. Les partis n’ont pas les moyens de vérifier les casiers judiciaires de leurs militants. Si ce n’est que sur la base des sondages ou des enquêtes. On ne peut pas enquêter sur 1815 candidats en quelques jours.

Visiblement, vous rejoignez Houngbédji sur ce point?
Houngbédji est un homme politique. Il sait comment ça se passe. Nous sommes en politique. Les seules institutions qui sont là pour réguler, n’y sont pas parvenues elles-mêmes. Ce sont ces institutions qui sont chargées de dire qui est sous condamnation ou pas. Il ne revient pas à un parti politique de dire : « Tu as un casier judiciaire chargé, ce n’est pas possible. »

Sept maires ne suffisent pas pour parrainer un candidat aux élections présidentielles. Tous ces efforts, toutes ces performances communales ne sont-ils pas vains ?
Non. On n’avait pas pour seule objectif les présidentielles de 2021. Un parti politique, il est vrai, a pour objectif de conquérir et d’exercer le pouvoir d’État. Mais il n’y a pas que ça. En dehors du pouvoir d’Eta, il le pouvoir législatif et le pouvoir local. Un parti qui n’est pas représenté au niveau local est un parti politique sans base qui disparaîtra tout bonnement. Si le parti a une base politique, il peut facilement conquérir le pouvoir d’Etat. Donc aujourd’hui nous pouvons nous dire que ce n’est pas de vains efforts, mais plutôt que ça nous a permis de sauvegarder notre base et de la renforcer. Nous n’avons pas 16 maires, mais nous aviserons.

Il se pose un débat aujourd’hui où une certaine opinion pense que les députés peuvent parrainer qui ils veulent. Serez-vous preneur d’un parrainage d’où qu’il vienne ?
Je n’ai pas voulu, et le parti non plus n’a pas voulu rentrer dans ce débat sur le parrainage. Nous sommes restés dans une posture d’observateur. Nous attendons de voir comment va évoluer ce débat avant savoir nous positionner. Toutefois, le parti reste conséquent envers lui-même. Le parti savait, avant de prendre aux élections communales, qu’il fallait réunir au moins 16 maires pour être parrainé pour l’élection présidentielle. Parce que c’est une exigence légale. Maintenant, nous sommes allés aux élections nous n’avons pas pu réunir les 16 maires. Donc nous ne sommes pas parvenus à remplir les conditions légales de participation aux élections présidentielles. Par conséquent nous sommes exclus de la course aux élections présidentielles. Du point de vue personnel, je prends acte. Maintenant, si un débat s’ouvre autour du parrainage ou autour d’autres conditions de participation à l’élection présidentielle, notre parti y prendra part. Pour nous, il ne s’agit pas de commencer par crier que ces conditions ne sont pas bonnes, qu’il faut les revoir parce qu’elles sont exclusives. » Si le débat est fait dans un contexte global de recherche de consensus national, il est évident que notre parti s’intéresserait bien à ce débat.

Etes-vous demandeur du débat ?
Non. Maintenant, si le débat est ouvert, on peut y prendre part et donner notre point de vue. Nous avons notre petite idée sur le parrainage et sur les critères de participation à l’élection présidentielle que je ne voudrais révéler ici. Débat ou pas débat je suis pour les mesures qui limitent le nombre de candidatures à l’élection présidentielle.

Quelles sont vos relations actuelles avec l’ex-président Boni Yayi?
Le président Boni Yayi a démissionné de notre parti. Ce qui veut dire que nous n’avons plus de contact. Cela n’empêche que nous puissions nous retrouver dans un même combat étant donné que nous sommes tous de l’opposition pour peu que nous accordions sur la méthode. En tout cas, pour l’instant, ce qui nous a opposé c’est la méthode. Pour nous, le combat contre le régime de la rupture devrait se faire dans un cadre légal, sans animosité ni extrémisme. Je suis heureux de constater qu’ils nous rejoignent enfin sur le terrain de la légalité avec la création annoncée de leur parti conformément à la règlementation en vigueur. Le parti FCBE que je représente veut se positionner comme une alternative politique et non comme une opposition radicale. D’ailleurs, personnellement je préfère qu’on me désigne comme une alternative politique plutôt qu’un opposant. Par conséquent, il est possible que nous nous retrouvions dans un même combat avec Boni Yayi, nos visions, nos objectifs et nos stratégies se rejoignent. En politique tout est possible. Mais pour l’instant nous n’en sommes pas encore à ce niveau.

Le parti qui détient beaucoup de sièges doit être le chef de file l’opposition. FCBE est dans quelle position?
Autant je dis que je suis réservé pour le parrainage, autant je réclame avec véhémence la nomination du chef de file de l’opposition. Je pense que le statut de chef de file de l’opposition doit revenir d’office au parti FCBE. C’est ce que dit la loi. Normalement sur ce point on ne devrait même plus hésiter à le nommer. C’est vrai qu’on nous demande de faire une déclaration et nous l’avons déjà faite. Les formalités sont en cours au niveau du ministère de l’intérieur. Nous espérons que le ministère de l’intérieur nous délivre le récépissé d’enregistrement à l’opposition.

Certains disent qu’il est probable que vous soyez candidat en 2021
Comme à vous aussi. Ecoutez, la candidature à l’élection présidentielle est ouverte à tout citoyen béninois remplissant les conditions légales de participation. La question est de savoir si tout le monde remplit ces conditions.
C’est le parti FCBE qui va désigner son candidat. C’est certainement quelqu’un parmi nous, mais pour l’instant ce débat n’est pas l’ordre du jour. Mais ça va se faire sur la base des critères qui vont nous permettre de maximiser nos chances de gagner. Lorsque nous allons ensemble définir les critères, nous les ferons savoir.

Un invité Sous L’arbre A Palabre nous a dit que Cotonou se transforme, comme Parakou et bien d’autres communes. Vous le constatez?
Je peux reconnaître que Cotonou se transforme, Parakou aussi. Ce qui est sûr, ce n’est pas au même rythme. Mais je vois aussi d’autres villes qui se transforment. Comme Porto-Novo, Bohicon, Abomey par exemple. En revanche, je ne vois d’autres se transformer.

Vous parlez de Banikoara?
Je parle de Banikoara, Malanville, je parle de Kandi, je parle de Nikki, je parle de Dassa, je parle de Kétou, je parle de beaucoup d’autres villes qui voudraient entrer dans ce processus de transformation mais qui aujourd’hui ne sont pas concernées. Vous prenez par exemple Comé, un grand centre, qui n’est pas en train de se transformer. Ces villes-là méritent que nous ayons une plus grande attention à leur transformation. Ensuite, il ne suffit pas seulement de transformer les villes. C’est très bien de transformer les villes. C’est bien de faire les infrastructures routières pour faciliter la mobilité. « La route du développement passe par le développement de la route dit-on ». C’est bien de faire les infrastructures pour réduire les effets des aléas climatiques, les inondations et consorts, mais c’est encore mieux si ces routes servent à évacuer les productions, à booster l’économie nationale. Ce qui suppose une politique économique efficace et des mesures incitatives à la production, une politique d’emploi créatrice de richesses et l’amélioration des revenus des ménages. Je pense aussi qu’aujourd’hui nous avons construit des routes où ne marchent que des sans emplois, des sous-employés et des commerçants qui ne vivent plus de leurs activités parce que écrasés par une politique fiscale peu incitative. Ils traînent tous des soucis. Soucis d’éducation de leurs enfants, soucis de manger et de faire manger leur famille deux à trois fois par jour. Le développement, c’est un tout. Ce n’est pas seulement un seul axe où l’on met le paquet parce qu’on pense peut être que c’est plus visible. Mais le ventre affamé n’a point d’oreille et n’a point d’yeux.
Vous vous rappelez, pendant que nous étions sous ajustement structurel, il y avait des pavés, mais qu’est-ce que le peuple béninois disait : « ce n’est pas pavé qu’on mange. » C’est pourquoi je dis que le développement c’est un tout. On a vu des échangeurs, on a dit ce n’est pas échangeur qu’on mange. Le problème du Béninois, c’est à la fois un bon cadre de vie et la satisfaction de ses cinq besoins fondamentaux.

Qu’est-ce qui fait votre problème avec l’opposition radicale que vous refusez ?
Ah, vous persistez ! Non, moi je n’ai aucun problème avec l’opposition radicale. Seulement, c’est l’opposition radicale qui nous dénie le droit de faire autrement l’opposition. Donc, c’est eux qui nous accusent, ce n’est pas nous qui les accusons. Nous n’avons aucun problème avec eux mais nous pensons quand même pouvoir avoir notre propre manière de faire de l’opposition. Tous ceux qui ont été d’accord pour aller dans le sens de la construction d’une alternative politique se sont mis avec nous pour détendre l’atmosphère politique. On n’a pas besoin d’envisager un scénario catastrophique, un plan de chaos pour sortir notre pays de l’ornière. C’est là que réside la différence entre nous et ceux qu’il convient d’appeler opposition radicale. C’est au niveau de la méthode.

Monsieur le ministre, un mot pour conclure
Un mot c’est de vous remercier et remercier le Directeur de publication du journal l’Evénement Précis. Je voudrais également remercier le peuple béninois surtout les militants FCBE qui ont cru en notre initiative, qui ont cru qu’il faille d’abord exister avant de mener une mission. Je me dois vraiment ici de les remercier de nous avoir compris et de nous avoir accompagnés dans cette démarche. Je voudrais aussi leur demander de continuer par nous soutenir parce qu’il n’y a pas de lutte aujourd’hui qui soit valable qui ne puisse comporter ces genres de critiques dont nous avons été victimes. L’essentiel c’est de ne jamais perdre de vue l’objectif qu’on s’est fixé.

Carte d’identité: Dire la vérité en politique

Théophile Yarou a un parcours tout à fait atypique. Inscrit en Physique-chimie à l’Université après son Bac série C, il était déjà en deuxième année lorsqu’une bonne volonté lui conseille de s’inscrire à l’Ecole nationale d’administration (Ena) pour faire trois ans et aller vite travailler. Il passe donc le test de recrutement et sort major de la promotion Administration générale des finances et du Trésor en 1997. Après un peu moins d’un an de chômage, il est recruté comme animateur de projet par le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), alors même que l’on recherchait un profil de sociologue. Animateur pour le compte du Pnud à Nikki sur le Projet d’appui au développement local, il commence sa carrière professionnelle en 1998, une carrière qui l’amènera ensuite à servir dans un projet financé par la Banque mondiale. Celle-ci avait en effet lancé un concours pour son Projet pilote d’appui au monde rural. Ses cours de comptabilité lui ont permis d’être retenu comme comptable du projet, où il a fait quatre bonnes années. Durant cette période, la Banque mondiale, dans le souci d’avoir des spécialistes en la matière sur le terrain, avait formé des cadres béninois en matière de passation de marchés. Devenu comptable spécialiste en passation de marchés, il gagnait un salaire équivalent à deux fois ce que pourrait gagner un député béninois de l’époque. Mais le 31 décembre 2002, son contrat étant terminé, il devait envisager d’autres horizons. L’Union européenne cherchait un spécialiste en finances locales. Il fut recruté et mit son expertise au service des communes du Bénin. « Dans ce projet, dit-il, j’ai formé tous les maires, tous les préfets, tous les chefs des services Administration et finances des préfectures de l’époque, sur la comptabilité communale, la gestion budgétaire communale, la fiscalité communale etc. ». Durant la période, le Pnud le rappelle pour servir au Programme d’appui au développement des communes de l’Alibori, en tant qu’expert en finances. De ce poste hautement technique, il est nommé en mai 2009, comme directeur des ressources financières et du matériel au ministère de la Décentralisation. Après trois ans au poste, il passe ensuite au poste de directeur général du Centre de formation pour l’administration locale. Ce fut le premier directeur de cette école d’où il a été nommé ministre d’Etat en charge de la Défense le 22 août 2014.

Mais qui donc est cet homme ?
Théophile Yarou naît officiellement en 1969 d’un père et d’une mère originaires de la commune de Bembèrèkè. Mais c’est à l’âge de 10 ans qu’il commence l’école primaire, à Béroubouay. Il obtient son Cep à Kandi, en 1984, le Bepc à Bembèrèkè quatre ans plus tard et le Bac, série ST (ou C) au Lycée Mathieu Bouké de Parakou et entre à l’Université nationale du Bénin, à Abomey-Calavi où une autre aventure l’attend.
Politiquement, ce cadre du Fard Alafia était de toutes les luttes de ce parti à la création duquel il a pris part en 1994. Même s’il dut observer plus tard une trêve pour respecter les clauses des institutions internationales pour lesquelles il travaillait, Théophile Yarou est resté fidèle à son parti par lequel il fait son retour à la politique en 2006 pour faire élire Boni Yayi. Les remous internes ont conduit à la cassure du parti, mais son engagement politique est resté intact. Elu en 2015 aux élections législatives, c’est un homme qui vient de loin. Ancien militant clandestin du Parti communiste du Bénin, il fit aussi partie des effectifs du parti Notre cause commune (Ncc) d’Albert Tévoédjrè. « Le communisme n’était pas ma conviction parce que je n’y comprenais pas grand-chose. Ma conviction c’était plutôt la liberté, puisque j’étais réfractaire à tout ce qui est répression », soutient-il. « Je suis en fait un libéral démocrate de profondeur » avoue-t-il. Même si son parti, les Fcbe, n’adopte pas entièrement cette idéologie, il ne s’en formalise pas outre mesure : « Je me sens à l’aise par rapport à cela et je me dis qu’au-delà de tout, ma conviction, c’est l’importance de l’homme. C’est-à-dire qu’il faut mettre l’homme au centre de tout et laisser l’homme s’exprimer », explique l’ancien ministre de Boni Yayi. Il a en fait décidé de faire la politique autrement, en son âme et conscience. « C’est pour cela que dans tout ce que je fais, je refuse de mentir et si on me demande de mentir, je refuse. Si je sais et que c’est établi, quelle que soit la personne, je refuse. Je pense qu’on peut faire la politique en disant la vérité », selon lui. Depuis septembre 2019, avec la mise en conformité du parti FCBE, il en est devenu le Secrétaire exécutif national Adjoint. L’ancien expert en finances locales pourrait bien participer aux prochaines joutes électorales, même s’il a raté les législatives et les communales. On pourrait alors découvrir un autre Théophile Yarou, à la conquête de son destin national.

Intimité: Attaché à l’honnêteté

Théophile Yarou est marié et père de cinq enfants dont l’ainé aura bientôt 20 ans. « Je reste très attaché à des hommes qui sont sincères. Je n’aime pas du tout le mensonge et je n’aime pas la trahison » confie-t-il. En bon Bariba, il adore l’igname pilée à la sauce sésame et à l’aubergine. Son sport favori reste la marche, et sa boisson de toujours l’eau.

La REDACTION

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