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Le triomphe de la vérité

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Entretien exclusif avec Imorou BOURAIMA, Expert en Management des organisations Sportives et actuel Directeur du Fndajsl: «La création de société sportive est un luxe que le football Béninois doit s’offrir pour se développer»


Imorou Bouraima, Directeur du Fonds National pour le développement des activités de Jeunesse, Sports et loisirs (Fndajsl)

La question de Société sportive soulevée par la Fédération béninoise de football agite l’actualité au Bénin. Quelle compréhension doit-on en avoir ? Quels sont les avantages et les conséquences de cette réforme? C’est pour renseigner sur ces différentes interrogations que la rédaction sportive de votre organe a tenu un entretien exclusif avec Imorou Bouraima, expert en Management des organisations Sportives, Président d’As Cotonou, et actuel Directeur du Fonds National pour le développement des activités de Jeunesse, Sports et loisirs (Fndajsl). Lisez plutôt.

L’Evénement Précis : La FBF fait de la Société sportive une condition sine qua none pour qu’un club puisse participer à la saison prochaine. Dites-nous ce que vous pensez de cette décision. Mais avant, est-ce de la transformation des Associations Sportives en sociétés sportives qu’il s’agit?

Imorou BOURAIMA: Depuis que cette décision de la FBF a été rendue publique, j’entends des gens parler de transformation des associations en sociétés sportives. Je pense que c’est une erreur de la part de ceux-là en n’utilisant pas les thèmes appropriés. La FBF a parlé dans son communiqué de création de société sportive et non de transformation. Transformation voudra dire que les associations sportives disparaissent pour donner place à des sociétés sportives. Non. Ce n’est pas ça, et ça ne peut pas être ça. Puisque le régime principal appliqué au sport que ce soit au Bénin ou à l’international est celui de la loi 1901 qui est relative aux associations. Pour participer au sport organisé, il faut d’abord constituer une association sportive, recevoir l’agrément de l’autorité en charge du sport et surtout s’affilier à une fédération qui a l’exclusivité d’organiser et d’animer la pratique de la discipline au Bénin. Cette fédération aussi est une association et ne peut regrouper que des associations et non des sociétés. C’est pourquoi à mon avis le thème transformation n’est pas juste. Il faut parler de création ou constitution de société sportive par les associations. En effet, les associations sportives peuvent et je pense qu’elles doivent impérativement le faire, créer une société sportive dès lors que leur activité prend une ampleur professionnelle et vise un but lucratif. La société sportive sera chargée de gérer l’aspect professionnel de l’activité sportive, tandis que l’association conservera la gestion du volet amateur. Dans les pays Européens qui pratiquent déjà le sport professionnel, les critères sont bien définis dans le code du sport (En France par exemple, lorsque les recettes dépassent 1,2 millions d’euros ou lorsque la masse salariale dépasse 800000 euros, votre association doit changer de statut en créant une entité sportive (société) qui gère le volet professionnel avec plus de rigueur, de clarté dans la gestion, Présentation d’un bilan financier avec les comptes de gestion, les déclarations fiscales etc…. L’association existe toujours et est considérée comme « l’association support » de la société sportive.

On a appris que c’est à la demande du Ministère des Sports. Est-ce vrai ?

Bon le Ministère à l’intention de professionnaliser notre sport pour le développer davantage et cela se traduit par les réformes engagées par le Ministre des sports Oswald HOMEKY et surtout les actions salutaires qu’il a démarrées il y a quelques semaines à savoir : la relecture de la charte des sports (donc on aura une nouvelle loi qui va régir le sport béninois et qui intègrera le volet professionnel); la loi sur le financement du sport et également la politique nationale du sport. Donc le Ministère affiche bel et bien l’intention de rendre professionnel le sport Béninois et s’attèle à créer le cadre juridique et l’environnement financier favorable à cela.

Vous avez parlé de présentation de bilan financier en fin d’exercice ou de déclaration fiscale, est-ce que ces sociétés sont comme des sociétés d’affaires, c’est à dire des sociétés commerciales et seront-elles soumises aux mêmes exigences ?                                                            

Absolument ! A moins que la loi n’en dispose autrement. En réalité le régime juridique des sociétés au Bénin a prévu les types de sociétés à savoir: la Société à responsabilité limitée (SARL), L’entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL), la société d’exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL), la société anonyme (SA), la société par action simplifiée (SAS), la société en nom collectif (SNC), la société civile professionnelle (SCP). La société sportive à créer ne peut prendre qu’un type de ce régime. Elle sera donc considérée comme une société classique commerciale. Dans le droit Français par exemple, il a été prévu un statut juridique spécifique aux sociétés sportives.

– Il y a les Sociétés anonymes à objet sportif (SAOS), les sociétés anonymes sportives professionnelles (SASP), les sociétés à économie mixte sportive (SEMS), l’Entreprise unipersonnelle sportive à responsabilité limitée (EUSRL).

Je pense que si au Bénin, on veut différencier les sociétés sportives des sociétés classiques commerciales, on devrait faire de même qu’en France ou dans les autres pays.

Avec toutes ces complications, ne pensez-vous pas que c’est un luxe pour le football Béninois ou pour les clubs Béninois de créer des sociétés sportives ?

Quelles complications, il n’y en aura pas si tout est bien défini. Oui c’est un luxe que le football Béninois doit s’offrir pour se développer, mobiliser plus de ressources en ouvrant son capital pour des investissements autres que ceux apportés par les membres de l’association, les subventions etc. Il y a beaucoup d’avantages pour les clubs à passer à ce statut, mais il y a également des contraintes, des réformes à opérer au niveau des textes aussi bien au ministère qu’à la fédération.

Et vous ne pensez pas que ce serait utopique de dire que tout cela serait prêt pour la saison prochaine? (Vous êtes cadre du ministère et membre du comité exécutif de la FBF).

Oui mais je ne réponds pas à vos questions en ces qualités ou titres ; parce que je ne suis pas mandaté par ces structures, mais plutôt en tant que technicien, spécialiste en management des organisations sportives. J’ai d’ailleurs publié en 2011 une analyse sur cette question de création des sociétés sportives dans mon Mémoire de Master en Management des Organisations Sportives « Diagnostic de la politique de l’état dans le secteur des sports et sa contribution au développement économique et social : cas du Benin ».

Monsieur le Président, dites-nous si techniquement cela est possible ?

C’est compliqué au regard de tout ce qu’il y a à faire. Mais on dit que « impossible n’est pas Béninois » ; tout est question de volonté et d’engagement. Cela n’empêche pas que les gens créent la société même si ça ne s’applique pas rigoureusement à partir de la saison prochaine; la création de la société peut se faire en quelques jours avec le GUF bien sûr après conseil chez un notaire et surtout une convention avec l’association support, comme certains l’ont fait par le passé; Mais ces sociétés n’auront de valeur dans le monde sportif que si les textes au niveau fédéral changent et intègrent tout cela.

En disant «par le passé», est-ce du temps de la Moov Ligue avec AJAVON (2010) où les clubs Requins, Buffles et Espoir de Savalou ont été transformés en société et après les associations ont rejeté tout cela avec le soutien de la fédération et la FIFA que vous voulez parler? Ne voyez-vous pas des conflits dans le futur?

Oui. C’est cela lorsque les bases claires ne sont pas définies, l’association peut renoncer et ça peut créer des conflits. Je vous ai dit que le mouvement sportif est associatif. Et c’est l’association qui crée sa société et non quelqu’un qui prend l’initiative seul sans une base claire (une convention, si possible notariale) avec l’association. Cela peut donner les résultats que ces sociétés sportives créées en 2010 ont subi. Il n’y a aucun document qui a engagé les membres fondateurs, les anciens dirigeants et fanatiques supporters de ces associations. Et les textes de la FBF n’avaient rien prévu par rapport à la place qu’il fallait donner à ces sociétés. Les clubs populaires Requins, Dragons, Buffles, Béké, Panthères etc….. sont menacés par ce genre de contestation mais tout dépend de comment le processus est conduit à leur niveau.

Et les cas d’ASPAC, Energie et autres qui sont déjà des sociétés ?

Merci, votre question m’amène à clarifier encore un autre aspect ou à m’en servir pour vous convaincre du fait que ce sont les associations qui animent le mouvement sportif. ASPAC est l’association sportive de la société « Port autonome de Cotonou » et Energie est l’association sportive de la société « SBEE ». Vous voyez pour participer au sport organisé, ces sociétés ont été obligées de créer d’abord les associations sportives qui sont les seules habiletés à s’affilier aux fédérations sportives. Dans une certaine mesure, je dirai même que ces associations ont déjà leur société. Je me demande si une association qui émane déjà d’une société peut créer encore une autre société pour lui confier un volet que la société mère ne sait pas gérer (ça reste à vérifier auprès des notaires, les spécialistes de création des sociétés). J’avoue qu’il y a un dilemme là à élucider.

Vous dites qu’il y a une convention entre l’association et la société qui gère le volet professionnel mais que c’est l’association qui reste l’interlocutrice de la fédération ?

Absolument, s’il y a une réunion ou assemblée de la fédération, ce sont les associations qui participent et non les sociétés sportives qui ne sont pas membres de la fédération. C’est d’ailleurs pourquoi dans les pays qui pratiquent déjà le foot professionnel, leur fédération aussi crée une ligue professionnelle qui gère les clubs professionnels. Cette ligue professionnelle est autonome dans sa gestion financière et technique (les commissions) et la fédération ne conserve que l’arbitrage et dans une certaine mesure la délivrance des licences. Une convention lie également la fédération à la ligue professionnelle ; ce qui n’est pas le cas actuellement chez nous; on n’a pas de ligue professionnelle; la Ligue du Bénin qui gère les ligues 1 et 2 est statutairement une commission de la Fbf. Vous voyez pourquoi, je dis qu’il y a beaucoup de changements institutionnels à opérer ?

Imorou Bouraima, nous sommes à la fin de cet entretien. Que diriez-vous en conclusion ?

Je dirai que cette révolution ou métamorphose du sport Béninois est importante et si c’est un luxe comme vous le dites ou pensiez, cela mérite de se l’offrir. Les fédérations sportives qui vont se lancer dedans comme la Fbf l’a fait ne vont pas regretter. Il revient seulement à ces comités de faire le parcours ou le chemin nécessaire à sa mise en œuvre sans équivoque et sans ambages. Le chemin à faire après la décision reste long et parsemé d’embuches. Les pays qui l’ont fait sont aussi passés par le niveau auquel notre sport est aujourd’hui et ont certainement aussi rencontré des difficultés pour y parvenir.

Bon courage alors à tous.

Entretien réalisé par Anselme HOUENOUKPO

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