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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec le Président du Conseil d’Administration du FITHEB, Justin Ekpélikpézé: « On court vers le pourrissement du FITHEB »


100_2237Justin Ekpélikpézé est le président du Conseil d’administration du Festival international de théâtre du Bénin (FITHEB). A travers cette interview, il revient sur la situation de blocage de cette institution. Il annonce un pourrissement certain de la biennale et accuse.

L’Evénement Précis : Depuis le 24 juillet  dernier, le Conseil d’administration  que vous présidez a élu un nouveau président pour le  FITHEB. Mais, jusqu’à présent, c’est le statut quo. Il n’est pas nommé alors que  nous nous approchons de l’échéance de l’organisation de la biennale. Que se passe-t-il exactement ?

Justin EKPELIKPEZE : Vous avez vu juste. C’est vrai que depuis le 24 juillet, nous avons procédé à l’élection du nouveau directeur du Fitheb. Il est élu. Vous connaissez déjà son nom. C’est  Eric Hector Hounkpè. Depuis que nous autres,  membres du Conseil d’administration  (CA) avons envoyé le rapport des  décisions de sessions au ministre de tutelle, il  nous a envoyé par  correspondance, le 20 août dernier, comme quoi, il désapprouve le travail fait par le Ca.  Le Ca  a répondu. Le ministre a encore adressé une nouvelle réponse par rapport à la réponse du Ca.  C’était le 30 août. Lorsque nous avons analysé les deux correspondances,  nous avons vu que l’autorité de tutelle attend que les nouveaux  textes que le Ca a étudiés le  30 juillet dernier soient mis en vigueur. Il veut que ce soient ces textes-là qui viennent parachever le travail que le Ca a fait. Ce qui est illégal. Ce serait de l’arbitraire pur et simple dans la mesure où, même si, aujourd’hui, ces textes-là sont votés, ils n’auraient pas d’effets rétroactifs sur le travail fait par le Ca. Légalement, ça ne répond à aucune norme juridique. Encore que dans les nouveaux textes  que nous avons étudiés tout récemment, il n’y a pas une disposition  qui soit consacrée à la rétroactivité. Il n’y a pas de disposition qui indique que  si ces textes sont adoptés en conseil des ministres, ils peuvent rétroagir et contrebalancer le travail préalablement fait par le CA sur la base des dispositions statutaires. Ce qui est difficile. Du coup, nous évoluons inexorablement vers un vide juridique. A qui cela va profiter ? Je ne saurais le dire.  De toute façon, le temps presse.

Selon les statuts et règlement du FITHEB en vigueur, il est dit que le Comité d’organisation devrait être installé et devrait commencer à fonctionner six mois avant la biennale. Et voilà, jusqu’aujourd’hui, il n’y a pas encore un acte qui nomme le nouveau directeur. Qu’en dites-vous ?
Evidemment,  conformément à l’article 36 du règlement intérieur, il est  dit que le comité d’organisation du Fiheb devrait être installé six mois avant  le démarrage des  activités. Encore que là, il faut que le directeur élu soit installé dans ces 6 mois parce que c’est lui qui doit mettre en place son équipe, avec la collaboration du ministre de tutelle, naturellement. Et le CA va aviser. C’est après ça  que cela  va prendre effet. Le temps nous rattrape. On est en train de courir vers le pourrissement. Le ministre, lui-même, tout récemment,  disait, en mai, que nous n’allons pas dépasser le 31 juillet. C’est-à-dire que, déjà en juillet, il faut que le nouveau directeur soit connu. C’est ce que le CA a  fait parce que, lui-même, ne prenait pas la décision de demander d’aller vite, de dépouiller, de désigner  le nouveau directeur. Il  a pris ses responsabilités parce qu’en son temps, nous savons comment ça se passe. Si ça se poursuivait, le ministre peut se dérober pour dire que  le CA n’a pas pris ses responsabilités. En ce moment, les artistes ne verraient plus le ministre. Les artistes vont voir le CA. Les acteurs culturels verront les membres du CA.

Qui serait donc le responsable de ce pourrissement dont vous parlez ?
S’il y a pourrissement, le CA ne saurait vraiment endosser cette responsabilité. Je le dis tout simplement parce que ça fait un bon moment que le Conseil d’administration a fini son travail. C’est depuis le 24 juillet. Nous sommes aujourd’hui le 13 septembre. Le CA a déjà envoyé le rapport au ministre. Il revient à l’autorité de nommer le nouveau directeur en Conseil des ministres. Le faire nommé  n’arrêterait pas le processus. Le CA, à un moment donné, a étudié les nouvelles dispositions.

De l’autre côté, on vous reproche de défier  l’autorité  de tutelle qu’est le ministre. Etant donné qu’il se serait  opposé à la poursuite du processus, il vous aurait  écrit, mais vous avez forcé les choses et vous n’avez pas respecté ses instructions. Qu’en dites-vous ?
Non. Nous n’avons pas forcé les choses. Ce n’est pas de la défiance vis-à-vis de l’autorité. Ce que le ministre nous a dit à plusieurs reprises, nous n’allons jamais dépasser le mois de juillet avant de désigner le nouveau directeur. La preuve. Jusqu’ici, les nouveaux textes ne sont pas adoptés. Ce qui veut dire qu’on laisserait  les choses en l’état. Dans ces conditions quand pourrions-nous  procéder au dépouillement des candidatures? Encore que, de l’autre côté, les candidats nous menacent. Les artistes nous appellent pour menacer. Les gens  nous rappellent notre devoir, notre mission. Encore, ce qui est gênant, ce qui est déplorable dans ce pays, ceux sur qui le ministre  compte, il y en a parmi eux qui vont dire autre chose au ministre, mais quand ils nous voient, ils disent autre chose. C’est pour ne pas donner libre cours à cette dichotomie que, très tôt,  nous avons pris notre responsabilité. A tous ceux qui pensent que nous avons outrepassé les décisions du ministre, je dis non. Nous avons respecté les textes. Il faut le respect des textes. Les textes en vigueur sont toujours fonctionnels. Ce sont ces textes qui nous donnent l’autorisation.

Qu’attendez-vous aujourd’hui pour le dégel de la situation ?
Ce n’est pas un bras de fer. Nous demandons à l’autorité de prendre des dispositions pour faire nommer le nouveau directeur, reconnaître la légitimité du travail fait par le CA en faisant nommer le nouveau directeur. Cela ne ferme pas la voie au dialogue. C’est tout un processus. Le CA n’a pas refusé d’adopter les nouveaux textes.

Le CA se trouve, peut être, en difficulté puisqu’un de vos membres a démissionné.
L’administrateur qui a donné sa démission a bien précisé que c’est pour des convictions personnelles. C’est lui seul qui sait ce qui l’a amené à donner sa démission. Les textes sont clairs, si quelqu’un donne sa démission, le CA va écrire à sa structure de base de le faire remplacer. Celui qu’il a remplacé avait démissionné. Il n’est pas le premier à démissionner. Nul n’est indispensable. Je ne veux pas trop opiner sur cette démission. Il y a des lectures, des analyses que je peux faire.  Mais je me garde de le faire.

Un mot pour finir ?
Pour finir, je dirai que le  Fitheb n’est pas pour un individu. C’est pour notre pays le Bénin. Et le rayonnement du Fitheb profiterait  à tout le monde. Ça va faire grandir le pays. Aujourd’hui, peut-être, on semble banaliser la chose. Il n’y a pas qu’au Fitheb, qu’il y a de problème. Il y en a partout. Du moment où il y a des hommes qui œuvrent là, il doit avoir de problèmes. Que les uns et les autres sachent que tout ce qu’il nous reste à apporter à la mondialisation, c’est  notre  culture. Que les gens prennent ça au sérieux pour que les choses ne pourrissent pas.

Entretien réalisé par Donatien GBAGUIDI

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