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Le triomphe de la vérité

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Edito : Le recul démocratique


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Le printemps démocratique célébré dans les années 90 en Afrique, est désormais révolu. Nous faisons face à un tel retour des régimes autoritaires qu’il convient de se demander si la démocratie survivra sur le continent.

A ce questionnement, je réponds oui. La démocratie survivra, mais plus sa forme très libre consacrée par la liberté d’association, celle de créer des partis politiques, la liberté de presse et tous ses corollaires. Nous entrons inexorablement dans une nouvelle culture démocratique marquée du sceau des restrictions.

C’est que l’expérience de ces trente dernières années a montré ses limites. Après l’appel de la Baule où François Mitterrand assujettissait l’appui de la France à la fin de la dictature dans les pays africains, la plupart des dirigeants ont compris le message. En dehors de quelques dinosaures, le jeu de l’ouverture s’est fait partout sur le continent. Seulement, trente ans plus tard, même la France qui s’est érigée pendant toute ces années en gendarme de la démocratie africaine, n’y croit plus trop. Et puis Patrice Talon a même eu le courage d’aller dire devant les chefs d’entreprises du Medef, le 30 août 2022, que des « mesures autoritaires » étaient « nécessaires » pour le développement économique du Bénin. « Le recul démocratique est le sacrifice à faire pour conduire le pays au développement, disait-il. Moi, je n’ai pas l’ambition d’avoir une expression démocratique identique à la France. » Si ces propos avaient été tenus dans les années 90 ou même au début des années 2000, nul doute que le président béninois en aurait récolté un lever de bouclier des syndicats, des bailleurs de fonds et même des ONG internationaux. Dans le contexte d’aujourd’hui, c’est un silence plat qui a accueilli cette déclaration, en dehors de quelques irréductibles qui n’ont pas manqué de crier leur indignation. Entre la soif démocratique des années 90 et les dérives qui ont suivi après, il y a eu la persistance de la pauvreté, la dégradation des systèmes de santé et des systèmes éducatifs, l’embourgeoisement de quelques minorités rassasiées face à la misère du grand nombre. Dans les pays du Sahel, il y a surtout le péril islamiste qui a fait surface, soumettant les Etats fortement touchés à d’autres types de demandes. La démocratie n’est clairement  plus une priorité.

Le nouveau président burkinabè l’a rappelé vendredi à sa prestation de serment, ses objectifs sont d’abord la reconquête du territoire national occupé à environ 40% par des hordes de terroristes. La succession des coups d’Etat dans ce pays et au Mali, constitue le symbole de ce changement d’impératifs face aux menaces qui pèsent sur les Etats. Bien sûr, ce contexte favorise les troisièmes mandats, du genre de ce qu’Alassane Ouattara a fait en Côte-d’Ivoire ou encore les successions dynastiques comme au Tchad.

Dans un pays comme le Tchad, le massacre de 50 manifestants civils ce jeudi 20 octobre 2022 n’aura attiré que peu de réactions à travers le monde. En dehors de quelques ONG qui ont dénoncé, une fois de plus, une énième atteinte aux droits humains dans ce pays, les autorités de Ndjamena n’ont essuyé aucune critique de la part de leurs pairs africains. Les opinions publiques africaines ont désormais d’autres priorités plus pressantes que la démocratie. La France aussi. Sous nos yeux, l’Elysée met en œuvre une diplomatie à double vitesse, en affichant une indignation sélective vis-à-vis du recul démocratique en cours dans la plupart des Etats. On a compris. Paris n’est plus prêt à jouer au gendarme de la démocratie en Afrique, ayant fait le point des gains et des pertes de son engagement en Afrique au cours des trente dernières années. 

Car il ne faut plus se leurrer. Les exemples chinois, russes, turcs et même rwandais ont achevé de montrer que la recette occidentale de démocratie est à revoir. La montée en force du terrorisme a fini par convaincre les peuples africains, notamment dans la zone sahélienne, qu’il faut des régimes forts pour lutter efficacement contre le mal.  Cet attrait pour la force est également en vogue face aux défis économiques, où l’on se convainc de plus en plus de la nécessité d’une nouvelle culture de discipline, de rigueur et d’acharnement au travail, aux antipodes des libertés accordées jusqu’ici.

Nous ne retournerons plus aux paradigmes des années 90. L’ère démocratique qui s’ouvre devant est celle de la discipline et de la responsabilité.

Olivier ALLOCHEME

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