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Le triomphe de la vérité

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Edito: Houdé à la manœuvre


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C’est une dribble qui mérite d’être enseignée dans les facultés de sciences politiques. Après avoir porté la candidature de Joël Aïvo lors de la présidentielle de l’année dernière, Valentin Aditi Houdé est tranquillement entré dans la mouvance ce jeudi 29 septembre 2022. Entre-temps, le candidat qu’il avait adoubé croupit en prison, sans que jamais l’ancien ministre et ancien député n’ait pipé mot sur son incarcération. Oui, jeudi, plus d’un an et demi après, il a souhaité du bout des lèvres sa libération, pour la première fois depuis que l’intéressé est en prison. Service minimum !  

 Sauf qu’ici personne n’est dupe. Ils ont aidé Aïvo à se saborder, en lui miroitant une élection face à Patrice Talon. Et puis après, ils l’ont lâché en plein vol. L’atterrissage a été brutal, le réveil au fond d’une cellule de prison encore plus gbimm ! Aujourd’hui, la plupart de ceux qui avaient poussé l’universitaire à la candidature, sont dans les bras du pouvoir, ou se sont réfugiés dans un silence lourd. Il fallait le prévoir.  Où est la démocratie ? N’avait-il donc pas le droit de se présenter ? Oui, il y a toujours démocratie, oui il avait le droit de se présenter comme tout autre. Mais le Bénin d’aujourd’hui, est une démocratie en construction. C’est-à-dire que la façade démocratique de notre régime politique n’échappe qu’à ceux qui croient encore aux illusions de la liberté absolue. Non, il n’y a aucune démocratie dans l’arène politique béninoise. Il n’y en a pas dans les partis, il n’y en a pas dans les institutions et il n’y en a pas dans le peuple. Le peuple qui rêve de démocratie est le premier à demander à être payé lors des meetings politiques. Ce peuple qui rêve de démocratie est le premier à applaudir tous ceux qui volent l’argent de l’Etat, dès qu’ils ont leur part en libéralités électorales, en dons et diverses assistances. Ce peuple qui veut la démocratie pardonne très vite lorsqu’il a sa part.

Dans un village du département de la Donga, un ex-ministre de l’enseignement secondaire a mis en place un système qui permettait à tous les candidats au BEPC de réussir. Bien sûr, les enseignants, les chefs-centres, les agents de police et tout le personnel organisateur de cet examen sont entretenus à grands frais le jour J. Le résultat est effarant : tant que ce ministre a duré à son poste, les candidats de son village natal étaient toujours admis à des scores dépassant les 90%. Imaginez vous-même la popularité d’un tel ministre dans ce coin perdu du Bénin à chaque élection. Imaginez également le niveau des enfants ainsi saccagé, avec la complicité de tout le monde, y compris de leurs parents. 

Nous ne sommes pas en démocratie au Bénin. C’est une démocratie sous contrôle, parce que le niveau de conscience nationale de la masse électorale, est très bas. Les acteurs politiques en sont si conscients qu’ils ne se posent aucune question actuellement, lorsqu’ils ne sont pas assurés d’être bien positionnés pour les législatives à venir. Les changements de veste se font à la vitesse de l’éclair. Ceux qui s’offusquent de tant de vénalité et d’inconstance, tant de transhumance grégaire, se font rabattre violemment le caquet.  Quel est votre problème ? S’il n’est pas assuré d’être élu ou réélu dans telle ou telle position, c’est normal qu’il quitte le parti pour adhérer à celui qui lui assurera une bonne place.  Telles sont les réponses qui tombent ! De l’idéologie, connait pas !

Comment, sans base électorale sûre, viser la présidentielle dans ces conditions où les acteurs sont poussés à la vénalité ? Brûler les feux rouges de l’éthique et de la morale, est devenu la norme. Etre candidat dans ces conditions, sans être assuré du soutien d’une large majorité, c’est choisir le suicide. D’autant que le pouvoir Talon, comme tous les autres, n’en a cure des circonlocutions démocratiques. Talon est aussi soucieux de la démocratie qu’un lion de la corne d’un mouton : ce n’est pas son problème. Et donc l’affronter sur le terrain électoral, au moment où il détient les rênes du pouvoir, c’est choisir un poteau d’exécution. Et les doyens comme Valentin Houdé ont manqué à leur devoir de le ramener sur terre ferme, quand il se prenait les pieds dans les filets des élucubrations universitaires.

Les voilà aujourd’hui à pactiser avec l’adversaire qu’ils avaient juré ensemble de vaincre. Et c’est ça la politique. Chez nous !

Par Olivier ALLOCHEME

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