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Le triomphe de la vérité

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Edito : Fausse alerte !


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Le Chef de l’Etat n’a gracié aucun acteur politique emprisonné.  Parmi les 350 prisonniers graciés, on ne retrouve ni Reckya Madougou ni Joël Aïvo. Et comme je l’ai déjà dit ici, je ne vois pas comment Patrice Talon les sortirait de prison, alors que Laurent Mètongnon est toujours derrière les barreaux malgré toutes les supplications.

Laurent Mètongnon ! Tôt ou tard, cet homme aura un monument en son nom, ne serait-ce que pour  honorer les tortures qu’il a dû subir durant la période révolutionnaire au point d’en porter pour toujours  des séquelles. Mais, condamné à cinq années d’emprisonnement, il n’a bénéficié d’aucune grâce présidentielle. Il sortira de prison en novembre prochain, après avoir purgé l’intégralité de sa peine. Les esprits avisés savent très bien pourquoi  il a été utilisé pour servir d’exemple. Du fait de son cas, l’ardeur des syndicalistes s’est radicalement émoussée. Et avec elle, les grèves se font  plus rares que jamais, non pas seulement du fait de la loi qui limite les débrayages, mais surtout à cause de cet exemple qui en terrorise plus d’un. Le front syndical est apaisé et le gouvernement gouverne sans le couperet syndical.

Cette stratégie ayant parfaitement fonctionné sur le front syndical, je ne vois pas pourquoi le gouvernement s’en priverait en matière politique. Une fois que les condamnations sont prononcées par la justice, il faut s’attendre à ce que les peines soient purgées jusqu’au bout. J’ai entendu depuis plusieurs mois des supputations laissant croire que   Joël Aïvo et Reckya Madougou pourraient être graciés ou amnistiés. A cela, j’ai toujours donné l’exemple de Mètongnon. Le modèle Mètongnon est opératoire ici aussi. Il suffit de voir comment l’atmosphère politique s’est apaisée depuis l’année dernière, juste au lendemain de l’arrestation des deux activistes et de certains de leurs lieutenants. Un peu comme si effectivement, ils étaient à la base de bon nombre de manifestations organisées ici et là surtout dans la foulée de l’élection présidentielle de 2021. Les autres acteurs, tétanisés par la perspective carcérale, ont largement modéré leurs récriminations contre le pouvoir. Bon nombre se sont tus, en attendant de voir passer l’orage, certains affirmant même s’être éclipsés pour aller se faire « soigner » à l’extérieur. On a compris…

Pour que le pouvoir assiste de nouveau au chamboulement de l’accalmie politique, il lui suffirait de libérer les deux têtes de proue de la contestation. Ce serait une erreur improbable, lorsqu’on se rappelle la bourrasque par laquelle le régime est passé en 2019 et 2021.  Une erreur d’autant plus improbable que l’ancien président Boni Yayi est rentré dans les rangs après avoir obtenu un strapontin au niveau de la CEDEAO. Quand on sait que les anciens chefs d’Etat rêvent toujours de jouer un rôle dans les organismes sous-régionaux, régionaux ou internationaux, ce n’est pas Boni Yayi qui refuserait une telle aubaine. J’entends certains de ses soutiens crier à la trahison. Yayi a été défait lorsque sa stratégie de guerre a été déjouée et que les principaux meneurs ont été arrêtés ou contraints à la clandestinité. C’est un homme diminué voire humilié qui a besoin de se refaire une santé après les déconvenues qu’il a connues. Entre la chaudière d’une lutte où il a perdu beaucoup de plumes et les ors des palais présidentiels de la sous-région, il a choisi. Est-il égoïste pour cela ? A cette question, je réponds par une autre : connaissez-vous un acteur politique qui ne le soit pas au Bénin ici ?

Il ne faut plus rêver de grâce présidentielle pour Joël Aïvo et Reckya Madougou, tant que Talon sera au pouvoir. Et encore moins d’amnistie. L’amnistie suppose en effet que les prévenus sont lavés définitivement des charges dont la justice les a reconnus coupables. C’est un peu comme s’ils n’avaient jamais été condamnés. Ce qui relancerait d’autant plus leurs ambitions présidentielles. Alors qu’avec ces condamnations, leurs casiers judiciaires sont définitivement salis. Au regard de notre constitution actuelle, ils ne pourront plus jamais prétendre à une quelconque candidature à une élection politique au Bénin. C’est une épée de Damoclès qui plane sur la tête de tous les acteurs politiques, de savoir que leurs actes peuvent les amener à une condamnation préjudiciable à leurs ambitions électorales actuelles ou futures. Je ne vois donc pas comment Patrice Talon se priverait d’une telle arme de dissuasion massive qui lui assure une gouvernance apaisée jusqu’en 2026.

Par Olivier ALLOCHEME

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