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Le triomphe de la vérité

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An 1/ Talon 2 : Le ministre Gaston Dossouhoui dit tout sur les nouveaux chantiers agricoles


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Gaston Cossi Dossouhoui, Ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche

Quels sont les marqueurs importants des actions menées par le Gouvernement dans le secteur de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, douze mois après l’investiture du Chef de l’État Patrice Talon pour son second mandat ? Gaston Cossi Dossouhoui, Ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche a apporté des éléments de réponse pour éclaircir les doutes des populations sur les grandes réformes entreprises dans son secteur. C’était au cours de l’exercice d’évaluation de l’action gouvernementale et de mise en œuvre du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG 2021-2026).

Journaliste : Monsieur le Ministre, merci de nous éclairer sur ce que vous faites dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage et de la Pêche depuis le premier mandat du Président Patrice Talon, et également cette première année du second mandat en cours. D’où venons-nous, où en sommes-nous, quels sont les acquis du secteur en ces dernières années en termes d’agriculture ? 

Ministre Gaston Cossi Dossouhoui : Merci pour cette opportunité. A peine venu au pouvoir, le Président Patrice Talon a demandé à ce que les choses ne se fassent plus comme par le passé. La réflexion doit précéder l’action. Nous devons donc planifier, programmer, évaluer au fur et à mesure et corriger les tirs. 

Dans le secteur agricole, il a été nécessaire de mettre en place un programme cohérent en ciblant les filières prioritaires sur lesquelles les actions de l’Etat devraient porter, pour accompagner les acteurs à la production. Concrètement pour : 

1- accroître nos capacités à couvrir nos besoins élémentaires domestiques, dégager des surplus consistants pour servir le marché régional ; 

2- diversifier nos échanges avec les autres pays, faire en sorte que le paysan gagne, les acteurs des chaînes de valeur de la filière gagnent.  

En ce moment-là, la prospérité sera donc partagée.  
Ce faisant, les actions ont fait objet d’un Programme d’action du gouvernement, volet agriculture, qui a permis, toute modestie gardée, de moderniser notre agriculture, de faire accroître les rendements et aussi de créer davantage de la richesse au niveau de ceux qui s’adonnent à la chose. 

Les productions depuis ces dernières années se sont accrues. Nous avons largement couvert nos besoins domestiques alimentaires. Notre pays s’est présenté comme un grenier important dans l’espace UEMOA. Depuis quatre ans, nous sommes premiers producteurs de l’or blanc. Nous avons aussi observé une tendance à la hausse au niveau des productions halieutiques et animales. Mais ce qui est important est que tout ceci a été fait sur fond de réformes. Des réformes structurelles qui ont permis de rendre les régions beaucoup plus aptes à donner leur potentiel. En fait, quels effets cela a produit ?

Le déficit commercial agricole en 2015 c’est de moins de 311 milliards de FCFA. Aujourd’hui, il est de moins de 86 milliards de FCFA. Ça veut que nous avons réduit le déficit de 75%. 

Concrètement, ça veut dire quoi, monsieur le Ministre ?

On importait beaucoup de riz, tomate, de l’huile, poisson, viande et tout. On importait beaucoup plus qu’on ne produisait. Il y a des structures sur lesquelles on n’importait pas bien-sûr ! Le manioc, le maïs. Aujourd’hui, les niveaux de production que nous avons permettent de combler une bonne partie de ces besoins, et nous ne sommes plus obligés de faire ces importations. 
Le secteur agricole est le premier pourvoyeur d’emplois au Bénin et ça a permis une émergence des tissus agro-industriels, des transformateurs qui, en plus du favorable climat des affaires, commencent à disposer de matières premières et aussi de l’énergie. Les leçons tirées du PAG 1, c’est d’abord un nouvel élan pour mettre en œuvre les divers Projets et programmes. De nouveaux enjeux sont apparus. En vérité, l’attractivité de notre économie, de notre marché, a amené une méthode qui consiste à nous intéresser à un marché régional beaucoup plus grand que le marché local. Nous avons aussi une responsabilisation intelligente des acteurs de productions à travers les filières d’interprofession agricoles qui permettent de trouver l’interface de discussions entre l’Etat et les acteurs à la production. C’est vrai que tout n’est pas rose. Notre agriculture a encore des points faibles pour pouvoir combler ces gaps-là, et de plus les marges de gain pour les paysans, nous n’avons pas tout exploité.  
Comme nouveaux défis que nous avons à relever aujourd’hui, c’est d’essayer de développer une agriculture de grande envergure ; une agriculture qui permet de quitter l’agriculture de petites surfaces pour aller vers des productions beaucoup plus grandes. En effet, le dernier recensement de l’agriculture a montré que si depuis la décennie dernière la taille moyenne de l’exploitation est 1,7 hectare par habitant, par producteur, par exploitant, aujourd’hui, nous sommes déjà à 3,3 hectares par exploitation. Ça veut dire que de plus en plus, nous avons de grandes fermes qui commencent à s’installer. Avec des superficies plus grandes, la modernisation deviendra plus facile.  
L’autre défi majeur est que nous devons faire face à une demande régionale de plus en plus croissante. Tenez, le voisin de l’est a un déficit de 4,5 millions de tonnes de céréales à couvrir, celui du nord où il y a de l’insécurité n’arrive pas à produire partout. Ils doivent constituer des stocks de production dans leur pays. Nous devons saisir ces opportunités. 

Comment on fait alors ? 

Il faut faire en sorte que notre agriculture soit beaucoup plus compétitive, les rendements améliorés et puisque le climat des affaires est favorable, que les transactions entre les pays de l’UEMOA se fassent librement, alors on va pouvoir combler ce qui manque.

L’autre défi, c’est nécessaire que je le dise, c’est au moins travailler pour sédentariser nos élevages afin que nous puissions limiter sensiblement les conflits entre agriculteurs et éleveurs et que ceux qui sont dans cette activité d’élevage puissent gagner. Nous avons eu un accroissement de production au départ sur toutes les spéculations, du coton jusqu’au maïs, arachides et autres, parce-que les gens ont eu confiance à l’homme qui est venu au pouvoir, le Chef de l’État. Les producteurs nous ont confié que si c’est lui, ils vont faire puisque s’ils font, ils vont vendre. Ils ont alors augmenté rapidement les emblavures.  

Quelle est cette garantie que le Chef de l’État leur donne ? 
La garantie, c’est un crédit de confiance. Il connaît les acteurs individuels, les exploitations, les organisations, les différentes faîtières, la manière dont nous gérons l’interprofession. Donc, il sait le point faible de notre passé. On a proposé les éléments de correction et aujourd’hui, c’est le premier inspecteur derrière nous pour savoir si ce que nous faisons est bon ou pas.  

Avec la mise en œuvre du PAG 1, Monsieur le Ministre, est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que les producteurs gagnent bien ?
La conjoncture permet de savoir si c’est bon ou pas. Dans tous les cas, rien que l’année dernière, lorsque le maïs est passé à un prix assez élevé, les paysans n’ont eu aucune peine. Ils ont gagné. C’est vrai que sur le pouvoir d’achat de nous autres consommateurs, nous pouvons avoir quelques difficultés. C’est une question de redistribution. Tous ceux qui sont dans les céréales, les racines et les tubercules ont gagné de l’argent. Et si vous voulez savoir si le paysan a gagné ou pas, vous rentrez dans nos villages. Vous voyez après chaque campagne que les toits ont été renouvelés, les gens ont acheté de nouvelles motos, ils scolarisent davantage leurs enfants, et ça ne trompe pas. 

Étant donné que les performances sont en hausse, il y a forcément des filières plus rémunératrices que d’autres. Le coton en tête. Est-ce que ce n’est pas de nature à pénaliser d’autres spéculations en faveur de celles qui payent le mieux ? 
Les juges ont utilisé la balance comme leur symbole. Le paysan est le premier équilibriste. Il sait très bien que les années ne se valent pas. Une saison, telle chose a marché, l’autre saison c’est une autre chose qui marche. Et là il fait tout de suite une politique de compensation en diversifiant ses productions. La culture de coton est une culture locomotive parce qu’elle arrive à drainer les autres à partir des facilités d’accès aux crédits. Aujourd’hui, la zone cotonnière est la zone maïsecole par excellence, c’est la zone céréalière par excellence.  Et les autres régions ont développé leurs spéculations. 
La régionalisation de l’agriculture nous a permis de tout gager. Chaque région a révélé son potentiel et il y a une compensation d’une région à l’autre. L’igname se vend partout, et elle ne se produit pas partout. Le maïs est sur tout le territoire, le coton a fait grandir la filière.  

Parlons maintenant, monsieur le Ministre, des grandes orientations du PAG 2 

D’abord, nous avons deux grandes orientations. 
Il faut consolider les permanences, celles dont nous avons parlé relativement parce qu’il y a des progrès encore à réaliser sur les céréales, sur les cultures à haute valeur ajoutée, sur les cultures conventionnelles d’exportation. Sur les cultures pérennes, nous avons des gaps à combler. De la même manière, nous devons renforcer la couverture de nos besoins alimentaires, les besoins des populations, saisir les opportunités sur les marchés tel que ça se passe aujourd’hui et enrichir les acteurs directs de toutes les chaînes de production. 
Le deuxième grand pas à faire, c’est promouvoir une plus grande transformation domestique de nos productions. A cet effet, nous avons quand même des axes principaux sur lesquels nous devons marcher. Le premier de ces axes est comment faire de sorte à réduire les freins que les gens ont à s’engager dans l’agriculture. Préparer son champ, défricher, planter…ce n’est pas donné à tout le monde. Aujourd’hui, l’État décide de mettre des ressources là, d’aller vers une agriculture d’envergure à travers la plantation de 500 mille hectares d’anacardiers, pas avec la grande densité que nous connaissons jusque-là mais espacé de manière à ce que dans 10, 15 ans qu’on puisse encore produire et que les zones d’anacardiers donnent aussi à manger aux populations. Aménager des terres. Aujourd’hui, nous avons fait des études et 12 mille hectares sont à aménager et d’ici-là, nous allons lancer les études pour 8 mille autres hectares pour aussi avoir une maîtrise parfaite de l’eau et produire davantage.  
La deuxième chose est la mécanisation de notre agriculture et l’irrigation qui sont des axes principaux. L’autre axe est la sédentarisation de nos élevages, faire en sorte que les gens puissent donner à manger aux animaux dans un espace réduit. 

Monsieur le ministre, vous avez suivi dans cet élément témoin, ce paysan heureux de ce qui se fait en la matière.
Je l’ai connu il y a 20 ans à Bassila. J’ai cherché à le retrouver, dans son campement ; j’ai été séduit moi-même. Il faut faire le bonheur de tous ceux-là.  

Vous faites souvent focus sur l’agriculture. Vous n’êtes pas que ministre de l’agriculture. On a parfois tendance à oublier que vous êtes Ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. 
Quand on parle de l’agriculture, au sens large du terme, ça tient lieu de productions végétale, animale, halieutique, économie forestière. Donc l’agriculture n’est pas que culture sur sol. 
La production halieutique est un domaine dans lequel, au PAG 1, nous avons fait des progrès sensibles. En fait, le Bénin produisait à peu près 40.700 tonnes de poisson. Au terme du PAG 1, les dernières statistiques ont montré que la production béninoise est allée à 82.000 tonnes en 2020. Mais les actions qui ont été menées pendant ce quinquennat et qui continuent pour le PAG 2, des actions que nous avons renforcées, c’est d’abord l’assainissement de nos plans d’eau et la création des réserves biologiques qui permet de repeupler ces plans d’eau afin d’avoir des captures plus alléchantes pour ceux qui s’adonnent à cette activité.  C’est aussi la mise en place d’une brigade de surveillance de ces plans d’eau. 55 hommes et femmes formés au Camp. Ils ont reçu le prérequis nécessaire pour pouvoir surveiller ces plans.  
C’est aussi la délivrance de licence d’importation pour les poissons mères qui vont aider à produire les alevins de bonne qualité. C’est aussi le recrutement de conseillers pour divulguer les techniques les plus modernes. Mais nous nous sommes également intéressé aux acteurs de la pêche par des équipements de filets, des pirogues, des moteurs hors-bord, des balances… Nous avons aussi mis en place des aliments subventionnés de plus de 200 tonnes. Nous avons acquis des équipements pour mesurer les paramètres de l’eau dans les bassins comme le lac Toho, la lagune de Porto-Novo et autres pour voir si la vie qui s’y trouve est bonne ou pas. Dans tous les cas, nous avons renforcé la capacité par exemple de 25 gestionnaires d’écloserie de sorte que les alevins se produisent assez aisément. 
Je voudrais appeler l’attention sur le fait que les ressources halieutiques dans le monde plongent. Les conditions dans lesquelles les autres produisent le poisson pour nous les vendre nous ne les connaissons pas. Il vaut mieux, à côté de la cueillette dont la pêche artisanale, maritime ou continentale, que nous fassions l’élevage du poisson, la pisciculture, pour être sûrs de ce que nous donnons aux poissons et la qualité de poissons que nous allons récolter pour la santé de nos populations.  

Qu’en est-il concrètement de la pêche maritime ? C’est l’invasion de nos côtes par les pêcheurs occidentaux, les Chinois ? On sait que c’est devenu une problématique dans la sous-région. Est-ce que ça vous concerne ?
Bien évidemment, les pêches illicites non déclarées, non recommandées sont aussi pratiquées le long de nos côtes. Aujourd’hui, je peux dire avec fierté que nous avons une fenêtre pour observer ce qui se passe sur la mer. Nous avons une fenêtre VMS qui permet de savoir quels sont les bateaux qui sont sur la mer. Nous rentrons maintenant dans un consortium avec d’autres pays pour faire l’observation des pêches avec les équipements que notre Marine marchande est en train d’acquérir. Ainsi, lorsqu’on va signaler des bateaux qui sont en train de faire des pêches illicites, on peut les arraisonner.  

Les filières animales bénéficient également d’un regard du gouvernement. A ce niveau, il n’y a pas mal de performances enregistrées, Monsieur le ministre.
Oui ! A ce niveau, nous nous sommes attaqués à trois productions essentielles : la viande, le lait et les œufs de table. Par rapport au progrès réalisé en matière de viande, nous avons fait un accroissement de 16%. En matière de lait, nous avons fait un pas de 15% et en matière d’œufs de table nous avons progressé de 40%. Dans tous les cas, nous assurons 65 % de notre couverture en œuf de table mais 40 à 45 % en viande. 

Aujourd’hui, nous pouvons faire mieux. Mais qu’avons -nous fait avant ? 
Nous avons essayé de rendre la vaccination un peu plus populaire. Et nous avons vacciné plus d’un million de volailles au niveau des pôles 6 et 7 ; nous avons mis en place des poussins d’un jour. Plus de 500 mille poussins que l’Etat a achetés et placés au niveau de ceux qui produisent les œufs pour que ça puisse développer. 
Nous avons aménagé plus de 250 hectares de pâturage, particulièrement à Malanville où nous avons anticipé même sur la sédentarisation pour montrer qu’on peut produire de l’herbe et vendre. Nous avons lancé le programme de sédentarisation de nos élevages. Le programme de sédentarisation qui porte d’abord un premier projet d’environ 18 milliards de francs CFA financé par la BOAD et le Bénin. Nous avons un autre programme de cohésion sociale soutenu par la Banque mondiale qui permet de faire la sécurisation foncière, la mise en place des forages pour réduire les distances longues à parcourir par les animaux, le développement des pâturages et autres pour ne citer que ceux-là.  
En fait, dans nos élevages, nous avons introduit les géniteurs bovins. Par exemple, la ferme de Bétékoukou dispose d’un noyau de plus de 200 sujets qui se multiplient et à partir desquels on fait des noyaux aux éleveurs. Nous avons mis en place près de 300 noyaux de volailles. 01 coq, 06 poules. L’élevage traditionnel a été bonifié. Nous avons assuré une meilleure couverture vaccinale que nous devons pouvoir améliorer au niveau de ce second quinquennat. 
Si par rapport à ces actions nous avons eu un peu plus de satisfaction, c’est que, à l’avenir, nous devons travailler sur les unités capables de produire l’animal de bétail, de volailles. Nous importons toujours les œufs pour les poussins de deux jours. Ce n’est pas prudent. Il faut avoir de géniteurs sur place pour produire des œufs à couver, les poussins d’un jour et servir les gens. Et ce dont nous avons besoin, c’est pratiquement 3, 4, 5 millions de poussins par mois, 5 à 10 millions de tonnes d’aliments de volailles.  

Mais la production ne satisfait pas encore toute la demande, Monsieur le ministre 

Nous avons ce gap à combler et nous devons aller très vite pour mettre en place ces outils d’appui de production de poussins d’un jour, la pondeuse ou poulet chair, production d’aliments de volailles et de bétail pour aider vraiment les animaux à garder de poids.  

Est-ce que l’apiculture bénéficie d’un regard du gouvernement ? 
Le Bénin a été le premier pays de l’Afrique de l’Ouest dont le miel a été accepté sur le marché européen. Mieux, nous avons mis en place le laboratoire de contrôle de la qualité de ce miel ; ce qui nous permet de certifier cette qualité. Il est à souhaiter que les éleveurs que nous avons puissent exploiter cette niche et extraire le miel conformément au protocole. L’apiculture va de pair avec les productions végétales, les cultures pérennes ou annuelles. C’est pourquoi certains apiculteurs disent aujourd’hui : « j’ai le miel, de maïs, de palmiers… » 

Parlons maintenant du coton. Le Bénin est le premier producteur de l’or blanc en Afrique… 
C’est l’une des spéculations sur lesquelles la confiance des acteurs a été tout de suite exprimée. Les premières années, on a emblavé rapidement beaucoup de superficie. Mais ce qui a été sensiblement requis et a aussi redonné la confiance est qu’on a transféré les compétences aux organisations professionnelles agricoles. 
L’interprofession cotonnière a été réhabilitée, les différentes fonctions sont jouées. Regardez la courbe : nous sommes passés de 269.000 tonnes en 2015 à 451.000 tonnes pour l’année qui a suivi, puis 578.000 tonnes. Plus grand, nous sommes allés à 678.000 tonnes (1er producteur), 714.000 (1er producteur), 731.000 tonnes l’année passée (1er producteur), et au cours de la campagne qui s’achève, nous allons caracoler au-dessus des 765.000 tonnes. N’en déplaise à ceux qui ont déjà fêté 765.000 ! Ce n’est pas une promesse c’est déjà une réalité. Les égrenages de ce jour avant que je n’entre dans ce studio (émission enregistrée à la mi-mai) ont montré que nous avons déjà réceptionné 763.000 tonnes et au-delà. Et il reste encore plus de 1200 tonnes sur les camions. Donc nous avons déjà les 765.000 tonnes. Mais qu’avons-nous fait pour ça ? 
D’abord, il y a la gestion privée de la filière et l’État accompagne. La recherche du développement a élargi ses bases et s’est dotée de compétences, mieux l’État a fait confiance à l’interprofession pour lui confier la recherche cotonnière de manière à bénéficier des flux de la filière coton directement dans la recherche.  
Nous avons de nouvelles pratiques agronomiques. La production agricole en zone cotonnière a été un projet initial que nous avons mis en place et aujourd’hui la production se passe à gérer durablement les terres. Les rendements ont aussi progressé. Cette année par exemple, nous n’avons pas atteint les emblavures de 500 mille hectares que nous voulons. Mais nous avons déjà 765.000 tonnes de coton graines. 

Quelle est l’ampleur de l’augmentation de ce rendement par hectare ? 
Nous sommes passés de 860 kilogrammes en 2015 à 1200 kilogrammes aujourd’hui par hectare. Et c’est parce que nous avons beaucoup de zones marginales de coton où les gens font encore 700, 800…kilos et ils tiennent à faire de coton parce qu’il y a de l’argent groupé qu’on récolte. Si on excluait ces zones et s’ils s’adonnaient à autres choses et que les zones propices le faisaient nous sommes déjà autour de 1.300 au moins. Je dois surtout souligner qu’il y a des paysans qui ont 2,5 tonnes, 2,7 tonnes à l’hectare avec les mêmes variétés. 
L’autre chose qui vient juste est la filière anacarde. A ce niveau, j’avais dit que nous avons progressé en matière de production de 64% au moins. En termes de rendement, nous étions à 321 kilos à l’hectare en 2015. Aujourd’hui, nous sommes passés à 335 kilos. Progressivement, nous montons parce que deux actions majeures ont été menées : entretenir les vieux vergers en faisant des éclaircies. Là on passe de simple au double au bout de deux ans pour ce qui concerne le rendement. Nous avons renforcé le parc de production des plants greffés et aujourd’hui on a homogénéisé un peu nos produits. Dans tous les cas, la qualité de cajou du Bénin est l’une des meilleures en Afrique de l’Ouest. Et ça fait que les Asiatiques cherchent à avoir un peu de cajou béninois dans les produits transformés. 

Qu’en est-il des filières conventionnelles : le maïs, le riz, l’ananas… ? 
L’ananas pain de sucre du Bénin est très prisé et a reçu une indication géographique « ananas de plateau d’Allada ». Nous avons connu deux chocs au niveau de l’ananas. Premièrement, c’est la crise où le Bénin s’est auto-suspendu de l’exportation de l’ananas, pour corriger le tir et reprendre le marché. Deuxièmement, la COVID-19 qui a freiné les transports, l’exportation de l’ananas. Mais il y a une bonne reprise. La courbe de production est désormais ascendante. 
Nous avons mené deux actions majeures. La sélection massale. Nous avons travaillé sur les morphotypes en les sélectionnant dans les exploitations et en essayant de planter de manière homogène les mêmes morphotypes. Ça fait qu’à la récolte, alors que le paysan tirait 20% de produits bons contre 80% non aux normes, on a inversé la tendance. Regardez que l’ananas a été accepté partout, on a inversé la tendance. A la faveur de la Covid-19, beaucoup ont consommé du jus de fruits, surtout le jus d’ananas et beaucoup d’entreprises se sont développées pour faire le jus.  
Le Bénin a commencé par progresser au niveau des cultures maraîchères, en l’occurrence au niveau du piment, de l’oignon. La pomme de terre aussi fait son entrée. 
Les cultures conventionnelles sont la base de notre alimentation et nous devons tenir compte de ça. Le riz est aujourd’hui un produit largement consommé. En 2015, nous étions à 204.310 tonnes, en 2020 nous sommes passés à 411.578 tonnes. Soit plus de deux fois la production en 5 ans. Entre 2020 et 2021, nous sommes arrivés 519.667 tonnes. On a fait un progrès de 26% en un an parce que les facteurs de production sont maîtrisés, semences améliorées, un circuit de production de semences certifié. Le riz ne marche pas souvent sans engrais. L’engrais est resté disponible pour le riz et ça a porté. Mais les facteurs les plus importants, ce sont les aménagements hydroagricoles que nous avons eu à faire au niveau de nos différents projets et programmes qui ont permis de booster sensiblement la production de riz. Les Béninois ne consomment pas le riz produit au Bénin parce qu’il est plus cher que celui importé, et le niveau de transformation est resté faible pendant plus de 2 à 3 ans. Nous avons fait un accompagnement au niveau des organisations des transformateurs de riz parce qu’avant, on n’arrivait pas à trier le riz convenablement. Mais à la faveur des ONG, des projets de l’État, nous avons mis en place beaucoup de trilleuses optiques. Et là, il faut saluer l’initiative de la première Dame qui, au niveau de 7 groupements féminins, a mis en place beaucoup de trilleuses optiques de sorte que le riz est nickel. 
Le maïs est aussi assez bien produit, parce que nous étions à 1.286.000 tonnes en 2015. En 2020, nous sommes passés à 1.611.615 tonnes. Ça veut dire qu’on fait un progrès de 27%. Les besoins domestiques chez nous n’atteignent pas 1 million 2 tonnes. Donc si en plus d’un million nous avons une marge, cette marge est destinée au marché. Le corridor béninois est devenu très attractif. Les pays de l’Hinterland ont été convertis à la consommation de maïs au détriment du sorgho. Le rendement de maïs est beaucoup plus élevé que le rendement de sorgho. Vous le savez sans doute, nous avons assaini notre corridor. Un camion qui charge à Cotonou va jusqu’à Malanville sans être arrêté par la police ou la douane. De ce fait, les gens ont trouvé ce marché beau et ils nous fréquentent donc, en profitent pour « ramasser » nos maïs.  
Nous produisons plus de 7.000.000 de tonnes de racines tubercules et 65 % de ces racines tubercules sont le manioc. Le manioc est produit en deux quantités chez nous avec des rendements qui oscillent autour de 20, 25 tonnes à l’hectare. Ce que nous avons à faire davantage est de préparer les sols de manioc à rester neutres au moment de la plantation. Ce qui est aussi à faire, c’est fertiliser davantage le manioc. Mais voilà que les intrants agricoles coûtent davantage chers. Nous devons plus travailler là-dessus.  
Le soja est une culture qui a progressé très rapidement. Le marché international a été très demandeur parce que le soja se produit dans un environnement, surtout au Bénin, pratiquement bio. Les prix sont très alléchants. Vous n’aurez pas la tonne de soja à moins de 600.000 FCFA.  

Question d’un producteur : Monsieur le ministre de l’Agriculture de l’élevage et de la pêche, moi et peut-être certains de mes collègues avons une inquiétude depuis que la réforme des Lycées agricoles est lancée. On se demande si c’est une menace ou une opportunité pour nous. 
C’est quand même affligeant de voir un cadre devant un producteur et qui ne soit pas capable de dire à ce dernier concrètement et lui relever ses mauvaises pratiques afin de les corriger. Ne voyez-vous pas que c’est affligeant de voir un cadre dire oui ça dépend, nous voyons ceci. Non ! C’est parce qu’il manque de pratiques concrètes au moment où ces cadres recevaient la formation. C’est ce qu’on veut corriger au niveau des cadres d’appui de la production pour faire d’eux des exploitants agricoles capables d’aller s’installer à leur propre compte ou bien de faire des prestations dans des entreprises privées ou entreprises d’État de manière professionnelle. C’est faire en sorte qu’aujourd’hui, l’apprenant soit au contact de la réalité d’une agriculture moderne avec les outils modernes et qu’il puisse appréhender ce qui est bon, rentable et ce qu’il faut tout de suite conseiller aux gens et non de l’approximation, de l’imagination. Nous nous préparons à former les formateurs, et ces formateurs iront dans les Lycées agricoles avec de nouveaux curricula de formation. Les apprenants savent à quoi ils doivent s’attendre. Au lieu de sarcler avec les houes, ils vont monter sur les motoculteurs, les tracteurs et autres pour faire une agriculture mécanisée.  

Quels sont les leviers de la mécanisation de l’agriculture ? 
La mécanisation de notre agriculture passe d’abord par la mise à disposition de semences de bonne qualité. Ce qui se fait dans ce dispositif très huilé selon les filières. La mécanisation de l’agriculture, c’est aussi pour réduire la pénibilité du travail. Nous sommes en train de mettre en place 650 kits de tracteurs et 150 kits de motoculteurs. Ce sont des équipements entiers pour beaucoup d’opérations. Nous avons la mécanisation dans l’élevage, dans la distribution des aliments de poisson. 
Ensuite, la maîtrise de l’eau, l’irrigation, la petite irrigation. Des kits d’irrigation sont en train d’être déployés sur le terrain pour aider les gens à régler les questions de déficit hydrique au niveau des cultures. Ceux qui ont les moyens d’aller vers le top de la technologie, l’irrigation goûte à goûte, çà là est aussi déployée pour démystifier les gens. Nous irons vers le déploiement des serres et autres, la digitalisation dans l’agriculture. 
En fait, la collecte des données ne se fait plus à la main, pour réduire les risques de fraude, de corruption. Aujourd’hui, on peut commander son intrant et payer à distance et obtenir le produit.  

Quels sont les mécanismes de subventions des équipements agricoles ?
L’Etat a choisi de subventionner ces équipements. De 18, 20 millions, on les cède à 10 millions ; à moitié prix.  Et les paysans prennent ça comme le petit pain. Nous sommes à l’étape d’évaluation et de validation du plan triennal d’acquisition des équipements par la SONAMA. Ce qui permettra d’avoir 1500 kits qu’on va déployer.  Ce qui est important dans cette mécanisation, c’est qu’on a formé 36 mécaniciens dans le pays qui peuvent offrir des services de très bonne facture. Nous avons formé plus de 800 conducteurs de tracteurs pour couvrir un peu les besoins de ceux qui viennent acquérir les tracteurs.  

Combien de bénéficiaires ont reçu des crédits facilités par le Fonds National de Développement Agricole, FNDA ? 
L’État a mis en place 50% de garantie, des ressources pour le refinancement au niveau des structures de microfinance. Mais les banquiers estiment que prendre encore en charge 50% de garantie est beaucoup pour eux. Nous sommes en train de discuter pour que ce côté soit revu. Sinon, à l’heure actuelle, 191 promoteurs ont été accompagnés pour obtenir les crédits. Nous avons déjà mis en place 15 milliards de crédits au niveau du FNDA. 45 autres promoteurs sont soumis à quatre institutions de microfinance et ont bénéficié de bonification de crédit. L’affaire commence à prendre.  
D’autres réformes dans le secteur ont donné un certain nombre de résultats. En l’occurrence, la territorialisation de l’agriculture pour l’accompagnement des producteurs, le contrôle exercé par les directions départementales de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche dans les fonctions régaliennes. Les financements se diversifient et je crois que les mesures fiscales et non fiscales mises en place ont permis véritablement d’avoir une attractivité meilleure.  
Nous lançons un appel à tous les agro-industriels pour qu’ils viennent davantage s’installer au Bénin. La zone économique spéciale que nous avons à Glo-Djigbé en est un exemple. Une banque agricole n’est pas nécessaire mais ce sont plutôt les mécanismes de financement sûrs qui devraient permettre vraiment de sortir les gens de l’informel. 

Parlons à présent des efforts du gouvernement pour stabiliser un moment les prix de cession d’intrants, Monsieur le ministre… 
Nous avons eu la chance de gagner les intrants à bonne date et puis de voir les acteurs agricoles, ceux de la transformation, accepter de perdre une partie de leurs privilèges, de leurs bénéfices au profit des producteurs. Cela est très bien et l’Etat n’a fait que l’accompagner en renonçant à ce qu’il devait percevoir notamment sur le coton pour que les filières gagnent. 

Qu’est-ce qui nous attend ? 
La flambée des prix des intrants et les mesures prises par le gouvernement doivent être bien comprises par les populations et chacun doit lutter pour préserver ce sacrifice au profit de nos agriculteurs. Nous sentons un engouement des industriels à venir au Bénin. Il faut créer le cadre pour qu’ils viennent, et justement, les nouvelles écoles d’agriculture devraient pouvoir proposer des techniciens qui doivent pouvoir travailler avec ceux-là. Nous devons améliorer le taux de mécanisation et davantage assurer une plus grande disponibilité des provendes, des aliments de bétail et de volailles. 
Nous allons davantage gagner lorsque nous allons rendre l’eau disponible pour les hommes comme pour les animaux qui ne se déplacent pas sur de longues distances, et dans le même temps produire l’aliment de bétail ici sur place pour que le paysan et l’éleveur se comprennent afin que les conflits entre paysans et éleveurs cessent. 

On peut dire, au sortir de cet entretien, que le secteur agricole va bien au Bénin ? 
Nous avons des gaps à combler, nos ambitions restent très modestes. 
Qu’est-ce qui nous empêche d’avoir trois (03) tonnes de maïs à l’hectare ? Rien ! Pourquoi nous ne pouvons pas avoir 14 millions de tonnes de manioc à l’hectare et aider à mettre en place des dispositifs de transformation ? Rien ! Si le soja marche très bien à 3000, 4000 tonnes aujourd’hui et que nous arrivons à produire 7000 tonnes, où est le mal ? Donc nous avons beaucoup de gaps à combler. 
En production halieutique, il nous manque beaucoup de produits. On importe encore de poissons chez nous. Donc il faut travailler pour limiter cela. D’ici deux ans, nous allons travailler pour éviter les poulets congelés. 
Le coton, nous sommes à 765.000 tonnes. Je voudrais encore signer un chèque d’un million de tonnes de coton avant la fin de ce quinquennat. 

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