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Le triomphe de la vérité

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EUGENE AZATASSOU, vice-président du parti Les Démocrates, SOUS L’ARBRE A PALABRES: «Le problème du Bénin, c’est Talon»


Le mode de gouvernance du Bénin par le régime Talon n’est pas du goût des acteurs politiques, notamment ceux de l’opposition radicale. Le Vice-président du parti ‘’Les Démocrates’’, Eugène Azatassou a saisi la tribune de la rubrique ‘’Sous L’Arbre à Palabre’’ de L’Evénement Précis pour faire savoir sa désapprobation de la mauvaise gouvernance du pays. Estimant qu’il y a intensification de la corruption dans les institutions de la république et les administrations, que la dictature règne en maitre, empêchant d’ailleurs son parti ‘‘Les Démocrates’’ de prendre part aux joutes électorales, Eugène Azatassou note plusieurs reculs sous le régime de la rupture qui enfonce la population dans la misère. Malgré cette situation de précarité du pays, le président de la république a, selon le vice-président du parti le Démocrates, institué une politique de ruse et de rage qui fait qu’il exclut systématiquement les opposants de toute compétition électorale. Au cours de ce même entretien avec les journalistes, Eugène Azatassou est revenu sur les raisons de l’absence du parti ‘’Les Démocrates’’ aux dernières élections. Il accuse le parti au pouvoir d’achat de conscience de certains cadres ainsi que de manigances tendant à la fragilisation de son parti d’opposition. Estimant que le président sortant a tout mis en œuvre pour ne pas avoir d’adversaire en face de lui, Eugène Azatassou voit à travers les duos validés à la présidentielles, des candidats voulus par le pouvoir. C’est pourquoi, l’invité du journal estime que la présidentielle du 11 avril est simplement un coup de force au cours duquel le président Talon a usurpé le pouvoir d’Etat. L’incarcération de la candidate recalée, Réckya Madougou la nomination du chef de fil de l’opposition, le discours d’investiture du président Talon, la configuration du nouveau gouvernement et surtout l’appel au dialogue sont les autres sujets qui sont au menu des échanges d’Eugène Azatassou, ancien directeur de cabinet du président Boni Yayi avec la rédaction de l’événement précis.

Et si on en parlait

Comment se porte votre parti, Les Démocrates ?
Le parti Les Démocrates se porte bien, pour autant que peut se porter bien un parti qui a subi les affres de la répression. Toujours est-il que nos structures restent intactes. Notre volonté reste intacte. Des camarades parmi nous ont été arrêtés et sont détenus actuellement sous des chefs d’inculpation divers. Ça fait que c’est notre préoccupation actuellement et nous avons repris les activités qu’il faut pour recoller les morceaux, garder la tête hors de l’eau et maintenir le cap pour le combat. Parce que pour nous, c’est le combat pour la liberté, la démocratie et les droits de l’Homme au niveau de notre pays.

Vous n’avez pas pu participer aux dernières élections. Qu’est-ce qui s’est passé réellement ?
Nous avons subi déjà deux élections où nous avons été écartés. Vous êtes de la presse et vous savez bien ce qui s’était passé. Si vous le voulez, on peut revenir là-dessus. Aux communales de 2020, nous avons aussi été exclus. Nous nous attendions à être exclus en 2021 et ça n’a pas raté. Donc, nous avons discuté entre nous. Certains disaient que c’était certain pratiquement que notre ligne, notre posture, nos exigences de démocratie et de liberté, ne plaisent pas au pouvoir et que le pouvoir ne voudrait pas qu’on aille à des élections et qu’on soit élu. Donc, il vaut mieux continuer le combat autrement, sans donner dans le jeu du pouvoir. Ce qui l’a emporté finalement, c’est qu’il fallait que nous testions jusqu’au bout le pouvoir et c’est pour ça que nous l’avons fait jusqu’au bout. Nous avons désigné notre duo de candidats et nous avons déposé leur dossier. Effectivement, ça ne pouvait pas être complet puisque, nous n’avons aucun député, nous n’avons aucun maire et c’est les autres qui devraient nous donner des députés et des maires et ça n’a pas raté. On en n’a pas eu…

Puisque vous n’en vouliez pas. Vous avez dit clairement que vous ne vouliez pas du parrainage.
Oui, c’est vrai qu’il y a eu cette déclaration de certaines bouches. Mais en réalité, le problème, c’est quoi ? Au niveau du parti, nous avons dit que nous respectons la loi jusqu’au bout, mais qu’il n’est pas question pour nous de faire des démarches vis-à-vis de nos adversaires politiques pour que ce soit eux qui nous autorisent à aller aux élections. Respecter la loi jusqu’au bout, c’est respecter la loi jusqu’au bout de nos possibilités et nos possibilités, c’était ça. Certains d’entre nous qui avaient fait preuve de candidature avaient commencé les démarches avant que le parti ne sélectionne ses candidats. C’est ainsi que notre candidate Réckya Madougou, avant que le parti ne la sélectionne, avait déjà fait des démarches et avait même été sollicitée par des députés qui lui ont : « Présentez-vous, nous allons vous soutenir. » Quand nous avons décidé, nous, de présenter notre duo, nous avons demandé à tous nos camarade qui étaient déjà dans la posture d’être candidats, de venir plancher pour un entretien. C’est tous ceux-là qui se sont rassemblés au niveau du parti, qui se sont portés candidats puisque j’ai présidé la commission de candidature. C’est parmi eux qu’on a trié notre duo. C’est pour ça que Mme Réckya Madougou a dit qu’elle avait fait des démarches et c’est avant d’avoir été candidate des démocrates. Mais, dans la mesure où elle a été portée candidate des Démocrates, elle ne pouvait plus faire des démarches, écrire, solliciter et avoir des parrainages. C’est pour ça qu’il y a eu cette discordance. Regardez vous-même, on nous a exclus littéralement. Je peux vous expliquer comment ça s’est passé aux communales. Nous avons travaillé à proposer une liste mais ils ont pris le temps de gommer de la liste tous les candidats qui pouvaient gêner. C’est cet acte qui a amené le clash qui a achevé de diviser Fcbe.

Comment est-ce qu’on fait tout ça, et on dit maintenant que c’est les maires, les députés qui vont nous donner leurs parrainages ?

Mais vous le saviez depuis 2019 puisque la loi l’avait déjà prévu
C’est la loi électorale, et elle a été votée après que le pouvoir a eu les 83 députés sur les 83. Ça fait 83 sur les 160 déjà et elle a été appliquée après que nous avons été empêchés de participer aux communales. Donc, on a les 83 députés, on vous empêche d’aller aux élections communales et vous dites maintenant : « Venez nous demander de vous parrainer. » Le fait que l’opposition a été plurielle, n’a pas été une mauvaise chose. Je le dis parce qu’au sein de l’opposition, des partis ont fait la démarche. Nous, on a dit qu’on ne fait pas de démarche parce que c’est incongru en matière de démocratie, que ce soit nos adversaires qui nous autorisent. Effectivement, les partis d’opposition qui ont fait la demande ont constaté que c’est incongru puisqu’ils n’ont pas réussi à l’avoir. Il y a l’un d’eux que les chefs de la mouvance ont reçu en entretien. Ils ont approché les députés, les députés ont dit : « voyez nos chefs de parti. » Ils ont écrit aux chefs de parti, ils ont reçu l’un d’eux en entretien. On leur a parlé et on a dit, « Retournez voir maintenant les députés » et ces derniers ont répété : « Non c’est les chefs qui doivent donner le mot d’ordre. » Et, dans ce jeu de ping-pong, ils sont restés en l’air. Ce n’est pas possible. Aucune norme de démocratie ne prescrit cette procédure. C’est impossible.

Vous le dites mais en France, il y a le parrainage et le Front National a toujours bénéficié du parrainage des autres.
Oui, mais c’est incongru. Le Front National n’ira pas demander au Parti Socialiste de l’autoriser à participer à une élection. Pour les parrainages en France, le nombre n’est pas aussi restreint. C’est large. Lorsqu’un élu dans son coin peut porter l’idéal du Front National dans l’évolution de la situation politique, il le fait. Ici, c’est 160 et la pression a été faite sur les maires et les députés pour qu’ils ne donnent pas les parrainages individuellement. Donc, ne faites pas le parallèle avec la France. Là-bas c’est plus large et c’est les individus, les élus eux-mêmes qui font leur choix.

Vous connaissez la loi. Vous êtes un cadre universitaire et quand on dit respecter, c’est respecter. Pourquoi vous avez choisi de… ?
Non. Quand une loi est inique…

Est-ce que le mot respecter à de limite ?
Oui, ça a de limite. Quand vous ne pouvez pas, c’est que vous ne pouvez pas respecter. Je vais vous dire pourquoi. Quand vous roulez d’ici à Porto-Novo, le pont péage a été augmenté. Si vous avez les moyens, vous passez. Si vous n’avez pas les moyens, vous restez à Cotonou. La loi a dit que c’est ça. Il faut que vous puissiez appliquer la loi. Donc, c’est incongru que ce soit des partis qui autorisent leurs adversaires à venir les combattre. C’est incongru et il n’y a aucun débat là-dessus. Dans ces conditions, des partis de l’opposition ont fait la preuve de ça. Eux, ils sont allés jusqu’à écrire, ils ont été reçus en entretien comme si c’était un entretien d’embauche. Parmi les questions qu’on leur a posées, puisqu’ils sont venu nous en parler, il y a une qui dit : « Comment vous allez faire pour battre notre candidat ? » Vous comprenez, vous voyez l’incongruité ? Est-ce que moi je vais aller dire ou expliquer mon plan de campagne à un parti adversaire ?

Mais pendant ce temps, les Irénée Agossa ont eu le parrainage. Comment ont-ils fait et comment cette division s’est-elle instaurée en votre sein ?
Je vais vous le dire. Depuis avril 2019 avec les législatives, le Président de la République avait compris que c’était trop grossier de laisser les deux seuls partis de la mouvance aller aux élections et qui ont ramené 83 députés sur 83. Ça a fait effet à l’intérieur et à l’extérieur. Beaucoup ont commenté ça et il a voulu corriger. Donc, pour changer sans nécessairement abandonner son option, il a voulu prendre des opposants à lui, conformes à sa vision de l’opposition. C’est ça qui a été fait d’abord avec les Fcbe et les Hounkpè ont été pris. Ils ont été au dialogue, ils ont révisé la constitution, on leur a offert des choses et, ils sont allés aux communales. Quand on devrait faire les communales, qu’est-ce qu’on s’était dit ? On s’était dit que la ligne qu’ils ont suivi là, ce n’est pas la nôtre. Mais, des sages nous ont appelés ensemble et nous ont dit : « Très bien, on comprend que vous ne soyez pas d’accord. Mais mettez-vous ensemble, allez à ces élections et après vous allez discuter, faire un congrès et décanter la situation. » Les sages nous ont conseillés ça et nous avons suivi ça. S’il vous plait chers amis. Nous avons suivi ça et c’est pour ça qu’ensemble, nous avons mis en place une commission et que nous avons préparé tous les dossiers ensemble. Chacun de nous avait convoyé les dossiers et nous les avons préparés ensemble en discutant. Et on a réussi à faire une liste. Le jour du dépôt, nos camarades ont pris la liste unilatéralement, sont allés quelque part se cacher, on les appelait, ils ne prenaient pas, on a appelé par quelqu’un qui les connait et ils ont décroché et la personne dit : « Restez là, je vais les retrouver et vous allez venir. » Vous comprenez ? C’est des méthodes qui ressemblent à des méthodes de la Rupture. Donc, ils se sont cachés et ils ont enlevé les noms de ceux qui pouvaient gêner la mouvance et qui appartenaient à notre groupe.

Donc…. Dans votre camp…
Ne dites plus dans votre camp. On a financé puisque cela ne pouvait pas se faire sans argent. Je n’ai pas vu la couleur de l’argent mais…

Vous voulez dire que Paul Hounkpè, Théophile Yarou et consorts ont été achetés ?
Je ne suis pas certain que cela se passe comme vous le dites puisque je n’ai pas vu la couleur de l’argent. Toujours est –il qu’une dissension a éclaté en notre sein. Certains camarades ont pris fait et cause pour une ligne plus proche du pouvoir et nous ont amenés à ça. Nous on a dit non. On a voulu faire les choses ensemble mais malgré ça, ils ont enlevé nos dossiers. C’est ça qui a achevé le cas Fcbe. Dans la mesure où ça a été fait, nous on a dit, on ne peut plus accompagner ça. Notre président d’honneur ayant appris ça, a démissionné, et nous-mêmes, nous l’avons suivi en démissionnant. Donc, c’est comme ça que cela a été orchestré.
En ce qui concerne Irénée Agossa et Kohoué, Irénée Agossa, on l’a vu venir. En fait, on a préparé la création du Parti les Démocrates ensemble. Mais il n’avait pas déposé son dossier pour être membre fondateur. On ne comprenait pas pourquoi mais c’est après qu’il est venu faire son adhésion avec une cérémonie d’adhésion. Il est ensuite monté sur le terrain en commençant par dire qu’il est candidat des Démocrates. Et lorsqu’il arrive quelque part, il laisse les responsables à la base et prend les militants. On a perçu ça. Mais chat échaudé craint l’eau froide. On était déjà sur le qui-vive par rapport aux manipulations qu’il pourrait y avoir en notre sein, parce qu’on a déjà subi ça. On l’a appelé et on l’a mis en garde pour lui dire : « Attention, le parti n’a pas encore choisi de candidat. Ne te fais pas passer pour un candidat du parti. Deuxièmement, si tu veux parler aux militants à la base, approche les responsables, ne va pas directement voir les militants. » On l’a averti. Il a continué. On l’a suspendu. D’autres aussi étaient sur le terrain. Puisque c’est les présidentielles, chacun courait selon son bon vouloir. On les a appelés et on les a tous avertis : « Attention, vous pouvez faire tout ce que vous voulez mais ce n’est pas le parti. » C’est au dernier moment, quand nous on voulait prendre notre duo, que la commission de candidatures a appelé tous ceux qui étaient sur le terrain, dont Iréné Agossa pour dire maintenant : « Venez nous dire comment vous comptez être candidats des Démocrates. » Et c’est là où nous avons eu deux duos, mais dans la mesure où il n’a pas été choisi, normalement il devrait rentrer dans les rangs. Ça ne s’est pas fait. Il a pris un autre camarade et il a fait œuvre de candidature en déposant le logo du parti. Ainsi, on a notre duo, mais eux ils ont déposé le logo du parti. Heureusement pour nous, notre duo avait déposé sa candidature à la CENA avant eux. Et il y a eu au sein de la CENA des gens qui ont été assez lucides pour dire « Voilà le même logo avec deux candidatures différentes, on prend celui qui a déposé le premier. » C’est comme ça que le logo nous est revenu. Si on n’avait pas déposé le duo, le logo serait maintenant pour Agossa comme le logo Fcbe est resté avec Hounkpè. Ça veut dire que c’est la même méthode qui a été utilisée et avec des personnes différentes. On ne pouvait plus utiliser les Hounkpè qui n’étaient plus avec nous, mais on a utilisé d’autres qu’on nous avait infiltrés. Tout ça, c’est la politique de la mouvance, sa façon de gérer les organisations politiques qui est en œuvre.

Pourquoi avez- vous choisi des gens qu’on ne vous connait pas comme militants au détriment du président de votre parti, par exemple ?
Je ne peux pas faire un point ici, mais ce que je sais, c’est que nos textes disent clairement que la position au sein de la Coordination nationale du parti n’implique pas automatiquement qu’on est candidat du parti à n’importe quel moment.

Réckya Madougou était-elle militante du parti ?
Elle était militante du parti. C’est vrai qu’elle n’est pas membre fondateur du parti, mais dans un parti il n’y a pas que les membres fondateurs.

Comment elle était militante, puisqu’elle était hors du territoire et ne participait pas aux activités du parti …
On n’a pas des militants que sur le territoire national.

Comment vous l’avez recrutée comme militante, ou elle est sympathisante ?
Comment est-ce que vous définissez le militantisme ? Vous êtes en train de raisonner comme le président de la République qui dit qu’il y a le président du parti qui est un ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale, et qu’on le laisse et on prend une inconnue qui arrive avec des valises d’argent. N’allez pas dans ce sens. Les Démocrates sont libres de choisir le candidat qu’ils veulent. Et la position au niveau de la direction ne dit pas automatiquement qu’on est nécessairement candidat. Et celui qui nous fait cette critique est le militant de quel parti ? Il est UP, il est BR, il est UDBN, il est MOELE-Bénin ? Il n’est militant d’aucun parti. Ensuite, quand lui il arrivait en 2016, il n’y avait pas d’anciens présidents de l’Assemblée nationale ? Je ne parle même pas d’ancien vice-président de l’Assemblée. Il y avait des anciens présidents de l’Assemblée nationale qui pouvaient être candidats non ? Pourquoi lui il n’avait pas laissé en ce temps ? Et les valises d’argent ? Qui a le plus traîné les valises d’argent ici ? On va dire que je n’ai pas vu des valises d’argent que lui il avait traînées. Mais vous savez que l’He. Augustin Ahouanvoébla ne peut pas mentir. Il a pris 400 millions au nom de son ancien parti chez l’homme d’affaires Patrice Talon. Il a dit ça. 400 millions, ça peut rester dans au moins deux valises. Donc lui aussi il trainait des valises d’argent. Pourquoi je vais prouver que Réckya Madougou est militante ? Elle pouvait même ne pas être militante, ce n’est pas grave. Où est le problème ? On n’a pas dit que les partis doivent prendre les militants de leur parti. Sinon l’homme d’affaires Patrice Talon n’aurait jamais été candidat à l’élection de 2021. Donc je ne veux pas mener ce débat parce que c’est un non-débat.

Quel est le critère qui a prévalu à l’exclusion de certaines candidatures et à la primauté d’autres ?
Ça là aussi, ce n’est pas ici que je vais faire le point.

Nous sommes Sous L’arbre A Palabres …
Mais L’arbre A Palabres n’est pas le congrès du parti Les Démocrates ni son Conseil National. Je sais que nous avons eu une douzaine de candidats. On les a écoutés, on les a interrogés et parmi eux, le comité a retenu un certain nombre, avec un certain nombre en réserve. Et il y a eu des discussions pour les classer. Si c’était à une instance du parti, j’aurais pu donner les critères qui ont milité en faveur de tel ou tel autre.

Nous avons appris que les arguments financiers ont prévalu …
Non, on a demandé à eux tous …

D’avoir 1 milliard et demi …
Non, on n’a pas fixé de plafond.

C’était combien alors ?
On choisissait ces candidats quelques heures avant la clôture du dépôt des dossiers. On a demandé à tous : « Si on vous choisit est-ce que vous avez les ressources, les relations pour payer les 50 millions de caution ? » Eux tous ont dit oui. Donc ça ne peut pas avoir été le critère d’élimination. On ne leur a pas demandé de nous apporter les chèques, les relevés bancaires, rien de tout ça. On a dit : « Mais si on vous choisit, est-ce que vous pouvez assurer dans une certaine mesure votre campagne ? »

Combien par exemple ?
Non, on n’a pas donné de montant. Tous sans exception ont dit : « Si vous nous choisissez, nous sommes candidats du parti, nous sommes certains que le parti va engager un certain nombre d’accompagnement et puis nous-mêmes on a des relations. » Tous ont répondu comme indiqué ci-dessus. Donc aucun argument financier n’a été un critère qui ait départagé les candidats. Il y a eu effectivement d’autres critères qui ont départagé.

Quels sont ces critères ? Il faut avoir mangé avec Faure Gnassingbé ?
Mais le duo qu’on a fait, tous n’ont pas mangé avec Faure Gnassingbé. Si on avait dit ça, ce ne serait qu’une seule personne. Et comment elle a mangé avec Faure Gnassingbé ? Elle a travaillé au Togo. Yayi Boni aussi avait travaillé au Togo avant d’arriver. Donc, elle a travaillé au Togo, nous on ne sait que ça. Elle a été conseillère à la micro-finance, je crois. Elle a impulsée la micro-finance au Bénin. Donc elle a les compétences que le Togo a voulu utiliser. Ça ne nous amène pas à dire qu’elle est Togolaise, qu’elle n’est pas Béninoise, donc qu’elle ne peut pas être candidate. Considérez que le parti Les Démocrates avait la liberté totale de choisir qui il veut. Le parti a choisi qui il veut et les conditions de choix sont multiples. Je ne peux pas vous faire le point, mais tout ce qui a été raconté après, c’est parce qu’on sait bien entendu que si ce duo du parti Les Démocrates se présentait à l’élection, ça peut faire mal. Donc, il faut l’attaquer sous tous les angles. Et il faut absolument détruire les chances de ce duo. C’est ça qui a continué jusqu’à maintenant, lui tomber dessus sur le pont de Porto-Novo et aller l’interner à Missérété. Tout ça, mettez sur le compte de la forme de combat que mène le pouvoir, c’est-à-dire une forme dictatoriale.

Vous n’avez pas été à l’élection et on vous accuse d’avoir incité les populations à la violence. Qu’en dites-vous ?
Ce n’est pas nous qui sommes violents, parce que la politique d’exclusion est une politique de violence. Quand vous faites de l’exclusion, vous allez à la violence. C’est ce qui s’est passé en 2019. Ça a été atténué en 2020, parce que c’est les élections communales, les gens ont choisi en fonction de leur proximité. Mais la présidentielle est une élection majeure. En faisant l’option d’exclusion mécanique à tout prix, on a fait l’option de la violence. Ce n’est pas nous. En plus, il y a un autre facteur. A partir du 6 avril 2021, le pouvoir de Patrice Talon qui s’est maintenu a été un pouvoir usurpé.

Comment ça ?
Parce que la révision de la Constitution qui s’est faite en novembre 2019, c’est cette révision qui a amené le prolongement du mandat. Mais cette révision ne peut pas amener le prolongement de ce mandat en cours, même si la révision était acceptée. Le mandat aurait été prolongé pour l’équipe qui serait élu sous cette révision.

Mais la Constitution sous laquelle vous avez envoyé vos candidats dit que le président élu prend fonction le 23 mai …
Mais la Constitution ne dit pas que c’est l’ancien président qui viendra.

La Constitution a spécifié ça …
Non, la Constitution n’a pas spécifié que c’est l’ancien président qui prendra fonction le 23 mai.

La Constitution a dit que le Président en exercice reste là jusqu’au 23 mai où le nouveau président élu sera investi …
La Constitution a dit ça ?
Bien sûr !
D’accord, mais cette Constitution elle-même, vous savez qu’il y a une décision de la Cour africaine des droits de l’homme sur ça. En réalité, l’imbroglio qui a été là, peut être aussi facteur de violence. Les protestations, c’était par rapport à ça. Normalement, le premier mandat du président Talon devrait finir le 6 avril 2021. Et c’est le nouveau président élu qui devrait prendre fonction. La Constitution elle-même ne peut pas prolonger de cette manière le mandat du président en exercice. Dans ce pays, il y a eu jurisprudence. Les députés sous la forme requise avaient prolongé leur mandat ici et la Cour constitutionnelle avait cassé. Donc il n’est pas possible que le peuple béninois puisse accepter de gaité de cœur cette manière de faire les choses.

Est-ce que cela justifie le fait que vos militants aient saccagé des maisons, brûlé des biens publics, etc. ?
Non. Il y a déjà eu des manifestations les 1er et 2 mai 2019. Et les manifestants ont été massacrés. La dame Prudence Amoussou et d’autres compatriotes a été tués, ça n’a pas ému grand monde du côté de la mouvance. Quand c’est comme ça, les nouveaux manifestants savent qu’on peut venir les tuer. Nous on n’a pas dit d’aller brûler ou casser les choses.

L’un de vos militants, en l’occurrence Komi Koutché, a demandé aux pseudo-chasseurs de Bantè de descendre sur Cotonou dans une vidéo qui a fait le tour du monde …
En tout cas, le parti n’a pas demandé aux chasseurs de Bantè de descendre sur Cotonou. Je vous dis que l’exclusion qui est faite plus l’usurpation du pouvoir qui a été faite, sont des facteurs de violences, plus la façon dont les événements précédents avaient été gérés. Tout ça est facteur de violences. Et c’est ça qui a engendré ces événements. Et si c’est mal géré maintenant, personne ne peut juger de ce qui va arriver par la suite. C’est pour ça que la démocratie claire et transparente est une bonne chose, parce que c’est un élément qui permet de révéler les contradictions et de les résoudre. Tout le peuple béninois n’a jamais été du même bord, mais on a fait des élections, et c’était des fêtes. Les gens de bords différents se croisaient lors de la campagne. Les élections se font et chacun rentre dans les rangs. C’est ce qui s’est toujours passé, mais quand vous faites l’option de l’exclusion, d’usurpation du pouvoir, vous allez vers la violence. Et la démocratie permet que chacun s’exprime, et que la voix de la majorité prime. Mais quand vous faites l’option d’exclusion, d’usurpation du pouvoir, vous allez vers le désordre. Il y a deux façons de considérer cela. La démocratie permet que chacun s’exprime et que la voix de la majorité passe. Mais lorsque l’élection est étouffée artificiellement, la voix de la majorité ne peut pas passer et chacun se sent exclu, ça peut exploser. Et quand ça explose, plus personne ne peut rien contrôler.

Les Démocrates refusent de reconnaître leur responsabilité d’avoir appelé à la violence.
Les démocrates n’ont pas appelé à la violence. Vous avez suivi ce qui s’est passé dans la nuit du 06 au 07 avril, avec tous ces désordres. C’était clair. Même à Calavi, un étudiant a dit que c’est la milice qui l’a arrêté. Avec ça on ne sait plus qui est à la base des violences.

Et à Bantè, Tchaourou et Savè, on sait que c’est les chasseurs qui ont tiré. Même Amadou Djibril a dans un message public demandé aux gens d’aider les chasseurs.
Est-ce que des miliciens ont été mêlés? Quand ces choses-là éclatent, ça devient difficilement incontrôlable. C’est pour cela qu’il vaut mieux ne pas en arriver là. Et moi je pense que le premier responsable, c’est celui qui a fait qu’on en est arrivé à ce stade parce que après ça on ne contrôle plus rien.

Pendant que vous désapprouvez l’évolution du processus électoral, des organismes internationaux et régionaux dont la CEDEAO et l’Union africaine, lui ont donné carte blanche à travers leurs observateurs respectifs déployés sur le terrain. Qui a la bonne lecture de la situation entre vous et eux ?
Moi je considère que la position de l’Union africaine et de la CEDEAO n’est pas la position du peuple béninois. Si le peuple béninois est en dictature, c’est à lui de résoudre son problème, pas à l’Union Africaine. Puisque les désirs de liberté sont irrépressibles, partout où ça se fait, ça finit toujours. Il vaut mieux pour nos Chefs d’État, surtout le nôtre ici, de se classer positivement dans l’histoire. Le président Mathieu Kérékou l’a aussi fait mais à un moment donné il a lâché prise sous certaines conditions et il est revenu faire 10 ans. Il est maintenant sorti par la grande porte. Il vaut mieux cela que de se dire « j’ai raison à tout prix et d’aller dans le décor. »

Votre ex-parti Fcbe y a pris part ainsi qu’un autre duo issu de l’opposition. Cela ne suffit-il pas pour parler d’une élection inclusive contrairement à vos appréciations ?
Non. Ni les communales ni les présidentielles encore moins les législatives n’ont été des élections inclusives. Les personnes en question sont juste des accompagnateurs qui ont été choisis pour accompagner le président Patrice Talon. Par exemple au cours de la campagne, Patrice Talon demande à ce qu’on donne un peu de voix à Kohoué. Ce n’est pas une élection ça.

Donc vous n’avez pas voté?
Ah non je n’ai pas voté. Ça c’est une élection pour que moi j’aille voter ? Je vais voter pour qui? J’ai exprimé ma position par rapport à cette élection en n’allant pas voter.

Votre candidate Reckya Madougou qui a été recalée par la Cena est incarcérée depuis plusieurs semaines par la justice qui l’accuse d’avoir commandité des actes terroristes pour perturber le processus électoral. Comment le parti Les Démocrates vit et gère cette situation critique ?
Reckya Madougou n’est pas une terroriste. Et moi je vais prévenir le gouvernement. On n’appelle pas un malheur. Le pouvoir s’est trouvé un créneau. Ce n’est plus la drogue, mais le terrorisme. Et pour ça, il a voulu attiré la sympathie de la sous-région et au niveau international parce que tout le monde est mobilisé contre le terrorisme. Mais les vrais terroristes sont juste à côté au Burkina, au Mali, au Nigeria. Si les vrais terroristes viennent dans le pays, c’est le pouvoir qui les aurait appelés. Alors que ce sont eux qui les auraient appelés.

Le leader du parti Les Démocrates Boni Yayi se mure dans un silence étonnant depuis peu, contrairement à ses habitudes face à tout ce qui arrive à cette nouvelle formation politique. Comment l’expliquer ?
Boni Yayi a fait l’option à un moment donné de ne pas intervenir directement dans le parti. Boni Yayi suit concrètement ce qui s’est passé et ce qui se passe. Vous savez que le pouvoir tente toujours de ramener les problèmes du Bénin aux conflits Talon-Yayi. Alors que ce n’est pas ça. Le problème du Bénin c’est la gouvernance de Talon. Moi je ne peux pas être aussi engagé si c’est juste une querelle. Il est le problème du Bénin avec l’accaparement de toutes les institutions économiques du pays.

Comment expliquez-vous le fait que vous n’ayez pas été emprisonné par le pouvoir en place malgré vos critiques?
Pour moi, le meilleur apport que l’on puisse faire à nos camarades détenus et exilés, c’est de maintenir le combat. Peut-être que dans l’agenda du pouvoir je ne suis pas encore programmé. Et ça ne fait pas d’eux des gens qui ne sont pas dictateurs.

Le président élu a été installé le dimanche 23 mai dernier où il a appelé à taire toutes les querelles pour faire face à l’ennemi commun qui est la pauvreté. Qu’est-ce que vous en dîtes ?
C’est unilatéral. Il a dit que les querelles sont du passé. Mais pour se quereller, il faut être deux au moins. On ne se parle pas et tu dis que les querelles sont du passé, comme si mon point de vue ne compte pas. Il faut régler les incompréhensions avec ceux qui sont concernés. Ceux avec qui il s’est querellé et qui ont des incompréhensions ont-ils déjà compris au point où c’est du passé ? Donc non. Ça c’est une autre technique pour évacuer ce qui s’est passé en disant « moi j’ai déjà oublié, c’est du passé » et c’est eux qui continuent de ronchonner. En réalité, ce n’est pas une élection qui s’est déroulée. Il y a eu des votes multiples, il y a toutes sortes d’actes qui ont prouvé qu’on tente de duper le peuple béninois. Pris la main dans le sac le pouvoir met ses actes sur le compte de l’opposition. C’est moi qui ai demandé au député Hazounmé de dire qu’il a voté dans 12 carnets ? En démocratie, quand le peuple boude une élection, ce n’est pas une élection parce qu’une élection, c’est le fait d’exprimer la voix du peuple.

Donc on peut dire qu’il n’y a pas de président de la République ?
Non il y a un président de la République et c’est Patrice Athanase Guillaume Talon. Parce que même quand vous êtes en période régulière, et qu’il y a un coup de force, l’auteur de ce coup de force est considéré comme peut être considéré comme détenteur du pouvoir jusqu’à ce que la situation revienne à la normale. Ce qui s’est passé en avril, c’est un coup de force. C’est dans ce sens que Talon est encore président de la République mais par usurpation.

Donc clairement on peut dire que vous le reconnaissez comme président de la République ?
Le pouvoir du président de la République est un pouvoir usurpé. Il est là-dessus en tant que usurpateur de pouvoir et à ce titre-là, il n’est pas légitime ni légal. Parce que la constitution par laquelle il s’est fait élire a déjà été abrogée par la Cour africaine des droits de l’homme dont notre pays était membre.

La Cour africaine a déjà rendu une décision contre l’État de Côte D’Ivoire et le Sénégal, sans suite.
Les bonnes causes produisent les bons effets. Si vous voulez que ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire se passe ici, ça ne va pas marcher parce que c’est des choses qu’on doit gérer et qu’il faut reconnaître fermement. Nous avons pris l’engagement de nous soumettre aux décisions et nous ne nous sommes pas soumis.

A cette même investiture, il y a eu la présence remarquable de Robert Dossou, avocat conseil de Joël AÏvo. Étiez-vous aussi étonné de le voir à une telle cérémonie après ses critiques acerbes contre la gouvernance Talon?
Je ne peux pas réellement donner de jugement de valeur sur cela parce que je n’ai pas échangé avec Maître Robert Dossou. Au niveau de l’opposition, nous n’avons déjà pas toujours les mêmes points de vue. Je ne peux pas dire qu’une personnalité comme Robert Dossou doit avoir forcément mon point de vue. Cette position de Maître Robert Dossou n’empêche pas de dire que, nous avons adhéré à la cour, nous ne nous sommes pas soumis à la décision de la cour et par conséquent, nous sommes un état voyou.

Il a dit qu’il est parti en tant qu’ancien président de la Cour constitutionnelle
C’est possible.

Paul Hounkpè, un de vos anciens camarades est le chef de l’opposition. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?
J’ai considéré que la nomination de Paul Hounkpè est une récompense pour services rendus. Il a accompagné le Chef de l’Etat dans les élections communales. Il est entré dans le jeu des élections présidentielles et il a été récompensé pour cela. Personnellement, je pense que FCBE et Paul Hounkpè ne sont pas dans la véritable opposition. Eux-mêmes disent qu’ils sont membres de l’opposition constructive, ce qui ne veut rien dire. Je crois qu’ils ont pu faire des choses en se rapprochant de la dictature.

Vous pensez que c’est le cas de Dénis Oba, Yaya Garba, Théophile Yarou et des autres ?
Quelle réelle critique du pouvoir aviez-vous déjà vu de Paul Hounkpè, si ce n’est que dernièrement ou on a senti une critique feutrée ? Les FCBE et Paul Hounkpè ne sont pas de l’opposition. Ils accompagnent le pouvoir.

Quelle est votre opinion du nouveau gouvernement ?
J’ai deux choses principales à dire. Le fait de composer ce gouvernement en reconduisant la totalité les ministres, veut dire que l’option ne changera pas. Donc, on va continuer avec la même gouvernance, la même publicité, la même ruse. Et si on ne fait pas attention, on se fera couper. Deuxième chose, ça illustre de façon claire, ce que nous reprochons aux réformes du régime Talon. Sous le président Talon, les réformes veulent dire : « Nous on fait tout, vous n’avez pas besoin de vous en occuper, c’est moi qui fais. » Les réformes ne sont pas participatives et on ne se permet pas de regarder ce qui ne va pas c’est cette attitude qui a conduit à la destruction de l’école. Si on devrait faire disparaitre le ministère de la communication, cela ne méritait pas une évaluation ? Devrions-nous nous attendre à ce que le ministre soit surpris ?

Il vous a dit qu’il était surpris ?
Il n’a encore rien dit. Le ministre est tonitruant au point où s’il était informé d’une réforme qui ferait disparaitre son ministère, on l’aurait su de lui. Mais, c’est le Chef de l’Etat qui l’a expliqué sur E-Télé.

La constitution a donné le pouvoir au chef de l’Etat de nommer et de gouverner.
L’esprit de la famille donne l’autorité à Dah de décider. Une maison où le chef a toujours raison, ne tient pas. Si Dah n’écoute pas l’enfant qui parle, il aura des problèmes. Notre tradition fait les réformes de façon participative. Lorsqu’il y a des réformes dans la collectivité familiale, on consulte le Fâ, le vodoun et les personnes avant que la décision ne soit prise.

Vous disiez que cet esprit a détruit l’école béninoise ?
Oui, c’est l’esprit de « moi je sais tout », qui a détruit l’école béninoise. Tout ce que les travailleurs ont reproché à Mahougnon Kakpoion lors de sa passation de service est dû à la stricte application par lui de la politique du pouvoir dans le domaine de l’éducation. En réalité, les railleries s’adressent à Talon. Ce dernier pensera qu’il est protégé parce que les gens s’en prennent seulement à ses ministres qui ont quitté le gouvernement. C’est sa politique qu’ils ont défendue. Le jour où le président Talon va quitter le pouvoir, les mêmes diront qu’ils remercient Dieu.

Si vous pouviez donner quelques conseils à Talon pour sa gouvernance, que diriez-vous ?
Toutes mes critiques comportent des conseils. Ce n’est pas seulement quand je dis que Talon a bien fait que je fais de l’opposition constructive. Quand je dis que ce n’est pas bon de mettre la main sur les fleurons de l’économie nationale, cela veut dire qu’il faut lever la main, qu’il faut remettre en place les sociétés qui ont été détruites pour former son camp. C’est dans l’agriculture que cela s’est fait ressentir (la Sonapra), également au port et dans les structures de l’Etat. Quand je dis qu’il fait de l’exclusion, cela veut dire qu’il ne doit pas faire de l’exclusion. Mais, le fait de dire que ce n’est pas bien est pris comme une injure, comme de la haine. Il y a toujours un conseil sous-jacent dans nos critiques.

Qu’est-ce que Patrice Talon a pu faire de positif à vos yeux, depuis 2016 ?
Quand on me posait cette question, il y a quelques années, j’évoquais la désignation des préfets, des chefs-lieux. Je trouvais que c’était bien. Mais malheureusement, j’ai constaté que c’est pour mieux encadrer nos communes. C’est après ça que nous avons assisté à la destruction des petits producteurs aux abords des voies. Mais aujourd’hui, je me dis qu’il y a la facilité avec le numérique. Les services en ligne se sont développés. Toutefois, C’est maintenant que l’on peut avoir ce genre de services en ligne. On ne pouvait pas demander à Maga d’avoir des services sur portable cela n’existait pas en son temps. Normalement les coûts de ses services devraient plus réduire qu’avant. Or, ces coûts ont augmenté. Je ne sais pourquoi. En, dehors de ça, un président est élu pour faire des routes, pour que l’agriculture marche. Mais sur le plan de l’agriculture, je constate que les statistiques sont annoncées très bonnes. Il faudrait regarder de près. Un pouvoir dictatorial se soumet tout : il se soumet les économies, la politique et même les cadres. L’exemple le plus probant est qu’un médecin assermenté dit que dame Prudence Amoussou et consorts sont morts de maladie alors que les corps ont reçu des balles. Cela paraissait tellement gros que le président de la république a dit que c’est des balles. Mais que c’est des balles de chasseur, comme s’il a fait une étude balistique. C’est ça la dictature. Elle se soumet tout.

730.000 tonnes de coton
Je n’ai pas pesé.

A la date d’aujourd’hui, aucun pays n’a contesté que le Bénin est le premier en coton
Qui pourra contester quoi ? Ce n’est que quand ceux-là vont partir que les autres qui viendront nous diront la vérité.

Récemment à Paris, Romuald Wadagni a été fortement salué par le président Emmanuel Macron qui reconnait les efforts économiques du Bénin.


Laissez tomber

Vous constatez que depuis 2016, plusieurs routes ont été construites
Le président est élu pour faire aussi les routes. Tout ceci est bien fait mais j’ai un problème par rapport à cela. Je suis passé dans d’autres rues que celle-ci. Le pays n’était pas comme il était quand Adam et Eve était sur la terre. Quand je prends la zone Houéyiho-Fidjrossè-Agla, si le président Soglo n’avait pas fait la route Fidjrossè plage-Houéyiho, tout président allait le faire avant autre chose. Donc, c’est une continuité. Si le président Kérékou n’avait pas fait la voie du carrefour Adjaha à Godomey magasin, c’est d’abord ça qu’on aurait fait avant autre chose. Si le président Yayi n’avait pas fait l’autre côté, on aurait fait les rues avant toute autre chose. Certains font et d’autres continuent. C’est ça la vie. Un président ne peut jamais dire qu’il a fait toutes les rues du Bénin. C’est la révolution qui a tracé la place de l’Etoile Rouge.

Il parait que la différence se fait au niveau de la qualité des routes
La différence se trouve au niveau de la surfacturation. Ça a été beaucoup surfacturé. La qualité, c’est plus tard qu’on verra. Parce que là maintenant, on n’a pas d’élément pour véritablement apprécier.

Ce sont les techniciens qui le disent.
Moi je vous ai dit ce que c’est que les cadres et les techniciens sous une dictature. Ils sont tous soumis et disent ce que l’on veut entendre. Ce qui fait la propagande. Bref, ça peut être mieux et tout, mais c’est clair que c’est surfacturé. Je le remercie pour la route d’Agbangnizoun. Les tractations pour cette route qui ont été initiées depuis que Madame Adidjath Mathys était encore ministre de l’économie et des finances. C’était mon combat personnel et si cela s’est achevé aujourd’hui, je ne peux qu’applaudir.

Yayi Boni vous avait dribblé…
Non. S’il ne l’avait pas porté à ce niveau, les autres seraient encore en train de faire les études maintenant. Parce qu’une route ne se fait pas en deux temps trois mouvements. Donc comprenez, une fois encore, que la vie, c’est « tu fais jusqu’à un niveau et d’autres viennent poursuivre. » Mais croire que les autres n’ont rien fait et que c’est maintenant eux qui ont poussé à là où on est aujourd’hui, c’est de la propagande. Et cette propagande n’est pas bonne.

D’aucuns disent qu’il y a une lutte efficace contre la corruption que sous les dix années que vous avez passées où il y avait eu une marche verte contre la corruption.
Vous savez qu’il y a eu une marche verte sous Yayi. Il y a eu beaucoup d’éléments de corruption sous Yayi… c’est vrai. Mais il y a eu deux choses sous Yayi : la loi contre la corruption et les infractions connexes qui a été votée quand Yayi était là. Vous savez, sous Yayi, quand un scandale éclate, les plus proches de Yayi même ne sont pas épargnés. C’est-à-dire que quand le scandale Icc-Services a éclaté, les premiers frappés, je ne sais pas si c’est à tort ou à raison, c’est par exemple le ministre Zinzindohoué qu’on ne peut pas dire était opposé à Yayi, et même des parents de Yayi, ont répondu devant la justice. Ici maintenant, la corruption existe aussi. Pour les opposants, on cherche la petite bête jusqu’à monter de faux dossiers. Mais quand ce n’est pas un opposant, c’est le contraire. A titre d’exemple, on a vu dans ce pays, qu’au ministère du cadre de vie, une moto devrait être vendue entre 5 et 6 millions. Jean Baptiste Elias, en sa qualité du président du FONAC a eu la puce à l’oreille et a écrit au ministre pour dénoncer. Sa dénonciation a été classée et le dossier a suivi son cours jusqu’à ce que les motos soient livrées. C’est en ce moment que Jean Baptiste Elias a bondi dans les médias. Et quand il a fait ça, le dossier a été ramené, on a refait le marché. Et chose étonnante, c’est le même fournisseur qui devrait vendre à 5 ou 6 millions qui a maintenant vendu à 1,5 million. C’est à dire que normalement, si les choses devraient être faites dans les règles, si la brutalité qu’on observe quand il s’agit d’un opposant devrait être de mise, ce fournisseur ne devrait être plus autorisé à compétir. Et depuis, il n’y a rien. Ce n’est pas digne. Par la suite, la structure de Jean Baptiste Elias dont était turbulente, remuante vis-à-vis de tous les pouvoirs qui sont passés, a été sèchement assommée. Elle a été confiée au ministre secrétaire général du gouvernement.

Son mandat est fini…
Mais quand on a confié à Koupaki, en n’entend plus rien. Donc ne comparez plus jamais le pouvoir de Yayi au pouvoir de Talon par rapport à la Lutte contre la corruption. Vous pouvez continuer pour la propagande. Mais quand vous allez finir la propagande, dites-vous que c’est de la propagande.

Les Démocrates ont manqué le rendez-vous de 2021. Quelles sont les perspectives pour le parti ?
Avec ce qui s’est passé pour ces élections, nous sommes encore d’autant plus convaincus que c’est une dictature qu’on a en face. Ce qui se passe avec ce pouvoir est qu’il est impossible de prévoir à l’avance ce qu’ils vont utiliser pour vous empêcher d’aller aux élections. Au niveau des législatives, c’était le certificat de conformité. Au niveau des présidentielles, ce sont les parrainages. Donc, il y a toujours un élément qui ne dépend que d’eux et dont ils se servent pour bloquer. Par conséquent, nous sommes sous un pouvoir dictatorial et nous continuons de dire que ce n’est pas possible que le Bénin soit géré comme ça. Il faut que le pays soit géré autrement. Si en disant cela, le peuple béninois peut trouver les moyens de nous faire participer à une élection, on y participera. Si le peuple béninois trouve les moyens de se défaire de cette dictature, et de faire en sorte que chacun puisse aller aux urnes pour exprimer sa vision, que la meilleure vision soit choisie, ce serait très bien.

Quels sont les rapports qui existent aujourd’hui entre Les Démocrates et le mouvement Résistance nationale ?
Je ne sais pas ce que vous appelez mouvement Résistance Nationale. La Résistance Nationale qu’on avait animée et dans lequel se trouve maintenant Restaurer l’Espoir de Candide Azannai ? Non. Maintenant que tout est passé…

Vous voulez dire que la Résistance est déjà du passé ?
Non. Vu que nous sommes dans cette situation, nous allons poursuivre l’effort que nous avons toujours eu à faire … Le tout ne suffit pas de parler d’une même voix. Mais, le fait que l’opposition ne parle pas toujours des mêmes choses dans les détails, notamment dans le détail des tactiques, je ne parle pas de l’appréciation du pouvoir, mais comment on fait, je dis que ce n’est pas très grave. C’est une richesse. Je vous ai dit ce qu’on en a tiré tout à l’heure. C’est-à-dire que des gens, pendant que nous on disait qu’on ne va pas négocier pour le parrainage, les gens ont écrit pour négocier et nous ont apporté les résultats qui ont montré qu’on avait raison. Mais que c’était bien aussi de faire cette expérience pour éclairer les sceptiques. Donc, le fait que l’opposition soit plurielle n’est pas le problème. Nous allons entreprendre de nous mettre ensemble pour effectivement faire en sorte que nous menions en commun la lutte pour que la démocratie soit restaurée dans notre pays. Que les libertés aient droit de cité.
Comment notre vision pour le Bénin peut passer si le peuple n’est pas à même de choisir la vision qui l’intéresse ? Donc, c’est faire en sorte que le peuple soit à même de choisir la vision qui l’intéresse qui est primordial. C’est par rapport à ça que nous allons nous retrouver.

Carte d’identité: De l’amphi à la politique

Après ses études primaires à Abomey, à Toviklin, à Houégamè, à Pénéssoulou, Eugène Azatassou obtient son CEPE en 1963 à Pénéssoulou. Il entre ensuite au cours secondaire Mgr Steinmetz à Bohicon en 1964. Quatre ans plus tard, il décroche son BEPC puis s’inscrit au Lycée Béhanzin où il obtient un Bac série C. Après trois ans d’études en Mathématiques-Physiques à l’Université nationale du Bénin (UNB), il obtient une bourse qui lui a permis de faire une Maîtrise et un DEA en France. En 1979, il passe un court séjour au Bénin avant de retourner en France en 1982 pour faire une thèse en mathématiques appliquées, option mécanique générale à l’Université de Toulouse. De retour au Bénin en 1985 où il a été recruté à l’UNB en tant que professeur assistant, il s’engage aux côtés du Parti communiste de Dahomey (PCD). Arrêté, il passe quatre ans à Ségbanan avant d’être relaxé à la faveur de l’amnistie accordée en 1989. En 1992, il quitte sa formation politique et initie des associations de développement dans sa commune, Agbangninzou. Mais il reste animé par un fort désir de s’engager en politique. A quelques mois du départ du président Mathieu Kérékou, Eugène Azatassou et certains de ses camarades dont Rigobert Azon créent un parti dénommé Mouvement pour le développement et la liberté (Model), courant 2003-2004. Il sera ensuite désigné Secrétaire général dudit parti. Depuis lors, il consacre sa vie à la politique au détriment de sa carrière académique. Dans le cadre de la présidentielle de 2006, il dirige la campagne pour le candidat Boni Yayi dans la commune d’Agbangninzou. En 2008, il est élu maire de cette commune sous la bannière du parti Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe). Au congrès de refondation dudit parti tenu en 2008, il est élu Coordinateur national. Nommé Directeur de cabinet du ministre de la décentralisation en 2011, il devient Directeur de cabinet du président de la république en 2015, à quelques mois de la présidentielle de 2016. Depuis l’année dernière, ce très proche de Boni Yayi est membre du bureau directeur du parti Les Démocrates.

Intimité: Un féru des plats locaux

Marié et père de quatre enfants, Eugène Azatassou est retraité depuis une dizaine d’années. A plus de 70 ans aujourd’hui, il continue d’aimer les mets locaux comme l’igname pilée. Il prend quelques sucreries et le panaché, mais ne fait pas trop de sport, à part la marche quelquefois.

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