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Le triomphe de la vérité

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Edito: L’ère du soupçon


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Nous sommes désormais dans une spirale passionnelle où la raison a peu de place face aux conclusions que chacun tire en tenant compte de sa sensibilité. Il n’y a pas grand-chose pour empêcher les soutiens de l’opposition de croire que Reckya Madougou est détenue injustement et que le faux-complot du gouvernement a été mis à nu par les messages controversés exhibés vendredi par Modeste Kérékou. Du côté des hommes de la mouvance, les preuves sont accablantes et il n’y a pas de fumée sans feu. D’autant d’ailleurs que dès les premières heures de la récente tentative d’assassinat contre Galiou Soglo, Madougou elle-même avait déjà embouché la trompette du terrorisme d’Etat visant l’opposition, comme pour préparer les esprits.
A mesure qu’on parle d’exécutants pris la main dans le sac et passés aux aveux, les deux camps sont plus que jamais irréconciliables : pendant que les uns nient farouchement tous les prétendus aveux, les autres soutiennent qu’ils démontrent bien qu’un plan de sabotage des élections est bien en cours. Et la presse internationale s’emballe, toujours pour soutenir l’idée d’un pouvoir Talon qui écrase l’opposition et l’empêcher de se présenter à l’élection. C’est une vieille rhétorique agitée ici comme ailleurs depuis des décennies. Dans une bonne frange des médias occidentaux, les pouvoirs africains sont nécessairement corrompus jusqu’à la moelle épinière et l’opposition est presque toujours blanche immaculée, innocente et martyrisée. Jusqu’à ce que l’opposition parvienne au pouvoir et le cycle recommence.
Tout ceci pour dire qu’il sera difficile à l’heure actuelle de faire entendre raison à chacun des camps. Une chose est sûre : dans cinq ans l’épilogue de tout ceci montrera clairement les tenants et les aboutissants. Il en fut ainsi en mai 2013, lorsque le juge Angelo Houssou édicta les fameuses ordonnances de non-lieu sur les affaires empoisonnement et tentative de coup d’Etat. Très peu de Béninois avaient lu ces ordonnances, n’en retenant que le non-lieu du juge. Je faisais partie de ceux qui disaient et écrivaient qu’il fallait faire attention tout au moins aux éléments de l’enquête judiciaire. Tous ceux qui ont lu les ordonnances pouvaient conclure qu’il y avait bien eu intention d’empoisonner, même si, dira le juge dans son ordonnance « de simples actes préparatoires [sont] impropres à caractériser un commencement d’exécution d’une tentative d’empoisonnement ». Il y a quelques jours, le président Soglo qui fut à l’époque l’un des soutiens du candidat Patrice Talon et donc l’un de ceux qui niaient avec acharnement l’éventualité même de cette tentative, la prenant tout au plus pour une affabulation du régime Yayi, Nicéphore Soglo donc exhibera le livre-témoignage écrit par Angelo Houssou, comme pour rappeler qu’en son temps la justice avait bien mis la main sur des éléments troublants. Bien sûr, la conclusion du juge, face à ces éléments matériels, constitue un autre sujet de débat. Dans tous les cas, Patrice Talon a tiré tous les bénéfices de la victimisation, et notamment du refus de la large majorité des Béninois de l’époque de voir la réalité en face : il a été élu en surfant sur cette sympathie naturelle que les gens émotifs vouent à ceux qui réussissent à se faire passer pour les victimes.
« La manipulation, c’est la maladie des démocraties », disait François de Closets dans son ouvrage La Grande Manip. Et cette manipulation provient de tous les camps. Si l’on ne sait pas faire, on ameutera les esprits faibles pour aller commettre l’irréparable, avant de se rendre compte qu’il fallait d’abord écouter la voix de la justice. Cette justice, comme sous Yayi, recèle des hommes et des femmes de qualité qui sont capables de démêler l’écheveau des affabulations des uns et de la responsabilité des autres.
Dans tous les cas, même si le procureur de la République, compte tenu de son statut de représentant du ministère public, agite le chiffon rouge du complot aujourd’hui, il appartient au juge et à lui seul de dire ce qu’il en est dans la réalité. Il y est tenu de par le serment qu’il a prêté et surtout de par l’inviolabilité de sa fonction. Oui, on a quelques raisons de mettre en doute l’indépendance de ces professionnels, mais si nous ne voulons pas être de simples objets manipulés par des politiques dont c’est le métier, ils constituent aujourd’hui les seuls remparts contre le mensonge et la délation.

Par Olivier ALLOCHEME

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