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Le triomphe de la vérité

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Moukaram Badarou, membre fondateur de l’Union Progressiste «Sous l’arbre à Palabres» à l’Evènement Précis: «Patrice Talon est meilleur…»


L’ancien Préfet des départements de l’Ouémé et du Plateau, Moukaram Badarou

Jamais deux sans trois. Après ses passages en 2010 en tant que secrétaire général du Parti du renouveau démocratique (PRD), puis en 2014 sous la double casquette de préfet des départements de l’Ouémé et du Plateau et président du parti Conscience citoyenne, Moukaram Badarou  est à nouveau ‘’Sous l’arbre à palabres’’ de L’Evénement Précis. Membre fondateur du parti Union progressiste (UP), l’homme a passé en revue les grands sujets de l’actualité nationale, s’attardant sur la gouvernance actuelle. Ne faisant aucun mystère de sa satisfaction pour la manière dont le président Talon gère le Bénin depuis avril 2016, l’ancien préfet a dit tout le bien que lui inspire le chef de l’Etat dont les actions redorent le blason de Porto-Novo, jusqu’alors capitale lésée du Bénin. Ancien leader du PRD, Moukaram Badarou s’est aussi exprimé sur son départ fracassant de cette formation politique « après 20 ans de militantisme avéré ». Moukaram Badarou qui verrait bien Porto-Novo tomber dans l’escarcelle de l’UP en mai 2020,  est prêt aujourd’hui à aller au charbon pour conquérir la capitale lors des prochaines communales, seulement si son parti le décide.

Et si on en parlait

Et si on vous demandait vos premières impressions pour votre retour dans Sous l’arbre à Palabre ?
Arriver ici aujourd’hui, est presqu’une chance pour moi parce que, nous sommes là dans une importante période de la vie démocratique de notre pays à savoir, nous vivons du 19 au 28 février, la période du renouveau démocratique. Le 19 février 1990, quand le Général Mathieu Kérékou ouvrait les travaux de la conférence nationale, aucun Béninois ne pouvait présager de ce qui devait suivre, à commencer par le Général lui-même. Étudiant à l’extérieur à l’époque, j’ai vécu de très loin mais de très près tout ce qui s’y déroulait. Parce qu’on était tous scotchés à l’ambassade à Kinshasa avec l’ambassadeur et la communauté diplomatique présente là-bas. Quand on déclarait souverains les travaux de la conférence, c’est presque à l’unisson que notre peuple avait chanté l’hymne nationale (l’Aube nouvelle) à l’époque. Et le 28 février, le Général Mathieu Kérékou, arrivant dans la salle, avait presque deux discours comme diraient beaucoup de conférenciers. Mais ce qui est sûr, quand il avait pris la parole à l’occasion de la clôture des travaux de la conférence nationale, moi j’ai l’ensemble des CD vidéos que je continue de suivre par moment, tous ceux qui ont eu la chance de suivre cela, ou qui peuvent suivre cela, en voyant Mgr Isidore De Souza, non seulement dans l’émotion, pouvaient lire l’inquiétude dans son visage à l’époque. Et ceci, par rapport à ce qui aurait été la décision du Général Mathieu Kérékou. Allait-il accepter les décisions ou allait-il les refuser ? Tout le monde se posait cette question. S’il refusait, c’était hypothétique et dangereux pour un certain nombre d’acteurs politiques qui ont eu le courage de rentrer de l’exil pour participer aux travaux de la conférence nationale. En premier lieu, le président Emile-Derlin Zinsou qui était le chef de l’opposition à l’époque. Mais s’il acceptait, c’est qu’on était relancé pour de bonnes augures pour notre pays. Et on a eu la chance, le Général qui était un homme d’État, a prononcé le discours attendu de tous, en disant : « Nous acceptons de mettre en œuvre manière réaliste les décisions issues des travaux de la conférence des forces vives de la nation »
Nous étions lancés pour le Renouveau démocratique. C’est cela qui fait que vous existez aujourd’hui en tant qu’organe de presse privée. Parce qu’à l’époque, on n’avait que le journal Ehuzu. C’est vrai qu’il y avait quelques-uns de nos ainés, notamment Soumanou Ismaël de la Gazette du Golfe qui est devenu après Golfe Tv, Golfe Fm, le journal Tam-Tam Express de Denis Hodonou, Échos magazine de Kouessan Djagoué. Voilà les journaux privés qui avaient commencé en 1987. Mais en vérité, c’est vraiment Ehuzu qui avait l’audience en ce moment. Donc, c’est grâce à ce Renouveau démocratique que nous avons eu le pluralisme politique, le pluralisme syndical. C’est cette période-là que nous revivons en ce moment, 30 ans après. C’est pour cela que je voudrais encore une fois vous remercier de m’avoir invité en cette période importante pour des Béninois qui comme moi, croient encore aux symboles, qui croient encore à la République, à la nécessité de respecter la mémoire de nos pères fondateurs, en commençant par ceux du 1er août 1960 en passant par ceux de 1990. Je veux m’incliner devant la mémoire de Mgr De Souza qui, je pense le moment venu, sera célébré par les Béninois. Car, je pense qu’il le mérite pour ce qu’il a fait. Je pense qu’au vu de ce qu’il représente, il n’a pas encore reçu l’hommage qu’il mérite. Parce qu’en dehors de l’avenue qui porte son nom en allant vers le Cinéma Concorde, il n’y a rien qui représente Mgr Isidore De Souza. Ailleurs, tous ceux qui ont réussi ce qu’il a fait, sont presque immortels dans leur pays. C’est ma conviction profonde. Cela peut ne pas se faire en notre temps puisque malheureusement les symboles et les repères n’ont plus droit de cité en ce moment . Mais il arrivera le moment que des Béninois auront ces dignes fils comme repères et comme valeurs républicaines. Ils sauront rendre hommage à ceux-là qui ont vraiment réussi à se sacrifier pour que nous, nous soyons là aujourd’hui.

Vous faites bien d’ouvrir le débat par l’actualité. Mais nous allons revenir d’abord à vous. On vous connaissait FCBE bon teint. L’opinion aimerait savoir ce qui est à la base de votre rupture avec ce parti politique?
Cela revient souvent. Mais je dois dire qu’anciennement, j’étais secrétaire général du Parti du renouveau démocratique (PRD). D’aucuns se posent toujours la question de savoir pourquoi nous sommes partis de ce parti. Mais je l’avais déjà dit. C’est parce qu’il y avait discordance au sommet du parti. Vous savez, il y a certains qui viennent en politique par hasard. Mais, il y en a qui l’ont un peu dans les veines. Avec ceux-là, c’est différent. Vous les remarquez déjà à l’école primaire, au niveau du cours secondaire, à l’université. Ce n’est pas après avoir tout fini qu’on devient un homme politique.
Au niveau du PRD, les difficultés qu’il y avait au sommet du parti ont fait que nous étions obligés de rendre le tablier après 20 ans de militantisme avéré au sein de ce parti. Mais il y a des choses que, quand il faut les refuser, il faut le faire. C’est ce que j’avais fait à l’époque par un courrier de démission que j’ai présenté au président qui, je le dis ici pour la première fois, avait refusé ma démission. Le courrier qu’il m’avait adressé est encore là. C’est pour vous dire que s’il avait refusé ma démission et que je sois parti, c’est qu’il y avait véritablement malaise. Le problème ne se trouvait pas à mon niveau. Une fois parti du PRD que je représentais au sein de l’Union fait la Nation, je me devais de rendre le tablier de ce côté aussi. Mais j’avais promis au président Bruno Amoussou que je respecte beaucoup, que nos chemins allaient se croiser à nouveau. Aujourd’hui, nos chemins se croisent encore.
Alors, avec quelques citoyens avec qui nous partageons des convictions, notamment sur les valeurs citoyennes, nous avons transformé mouvement le Conscience citoyenne en parti politique. Ce parti avait décidé en son temps de soutenir le président Boni Yayi. Ce que nous avons fait jusqu’au bout.
Par rapport à votre question, je dois dire que le parti Conscience Citoyenne n’est pas signataire de la charte des FCBE. Donc, rigoureusement, nous n’en étions pas membres. Les Fcbe sont confondus au président Boni Yayi, comme c’est souvent le cas dans la plupart des régimes où on parle de mouvance présidentielle incarnée par un regroupement de partis politiques. Du coup Conscience Citoyenne est confondue un peu à ce regroupement de partis. Puisque nous soutenions à l’époque, les actions du chef de l’État que nous avions soutenu jusqu’à la fin de son mandat. C’est après la fin du mandat que le parti Conscience citoyenne a repris sa liberté. Aux élections de 2016, nous avions soutenu le candidat Lionel Zinsou. Notre soutien à ce monsieur est parti du fait que nous pensons que les valeurs sont en berne dans notre pays. Cela me chagrine beaucoup. L’autorité de l’État était en difficulté. Les repères n’y sont plus. Alors nous avons jugé à l’époque que notre compatriote, ayant été formaté autrement, parce qu’ayant vécu plus à l’extérieur, pouvait nous aider à rétablir l’ordre. Et c’est comme ça que nous avons décidé de porter notre choix sur lui pour nous aider à rétablir l’autorité de l’Etat, donner un sens au respect des valeurs républicaines, pour le second souffle dont a besoin notre Renouveau démocratique pour se faire plus moderne.
Mais les Béninois ont choisi à plus de 65% le candidat Patrice Talon en qui, une fois investi dans la fonction présidentielle, nous avons trouvé très rapidement au sein du parti Conscience Citoyenne, ce que nous pensions que Lionel Zinsou ferait, s’il était élu. C’est cela qui fait que le parti Conscience Citoyenne s’est arrimé à l’homme très rapidement. Vous savez, celui qui sait jouer au ballon, dès qu’il touche une balle vous le remarquez tout de suite. C’est idem pour un bon danseur. Dès qu’il pose le premier pas, vous le sentez en même temps. Donc, très rapidement, nous avons vu ce que nous cherchions et qu’on pensait qu’on allait avoir avec Lionel Zinsou chez Patrice Talon. Nous avons la restauration de l’autorité de l’Etat, la rigueur républicaine qui permet que chacun soit dans son couloir. Vous êtes de la presse ici et je salue ce que vous faites à l’Evénement Précis, parce que vous le savez et ce n’est pas le Dg qui va me démentir. Beaucoup de journaux bâtards ont été créés par ici et qui font que les journaux professionnels n’ont pas réussi à avoir les contrats qu’il faut, à faire leur boulot convenablement. Ils sont nombreux dès qu’ils sont nommés ministres, créent au niveau de leurs cellules de communication un ou trois journaux et dès qu’ils ne sont plus ministres, les journaux se retrouvent en l’air. C’est ça j’appelle des journaux bâtards. Ce ministre qui est nommé et qui doit diriger sa cellule de communication dote les journaux des fonds de cette cellule, de sorte qu’il n’arrive plus à travailler avec les journaux professionnels, puisqu’il a fait créer deux voire trois. Je le dis, juste pour prendre l’exemple d’un désordre ambiant que nous vivions dans un passé récent dans le pays et qu’il fallait impérativement corriger. Nous avons la chance, nous, de faire ce que nous faisons, mais qu’en sera-t-il demain des enfants, qu’en sera-t-il du Bénin de demain ? Pour dire que le divorce, si je dois utiliser votre mot, avec les Fcbe n’est pas en réalité un divorce mais plutôt une fin de marche avec le président Boni Yayi qui avait fini ses deux mandats à la tête du pays. Et le parti Conscience Citoyenne qui était libre de ses actions, avait fait des options autres que celles des Fcbe en ce moment.

Pourquoi avoir choisi l’Union Progressiste et pas le Bloc Républicain ?
C’est vrai que dans le pays aujourd’hui, les valeurs, les symboles, les repères et tout ce qui a trait à une ligne, n’ont plus d’importance pour beaucoup de Béninois. Donc, on ne fait plus attention à ceux qui font quelques efforts dans ce sens. Je disais tantôt qu’en démissionnant du PRD, je pouvais rester dans l’Union fait la Nation. Mais, j’y étais au titre du PRD dans la coordination avec le président Bruno Amoussou. Alors, démissionnant ici, par respect pour le PRD, je me devais de rendre leur tablier. Alors, j’écrivais dans ma lettre de démission au président Bruno Amoussou que nos chemins se croiseront parce que je crois à sa manière, je crois à ces convictions de parti politique, à sa vision pour notre pays et sa relève.

Quelle est cette vision ?
La vision, c’est qu’un parti politique est quelque chose de très important, puisque la constitution stipule très clairement qu’il appartient aux partis politiques d’animer la vie politique et vous savez que de la vie politique dépend le reste. Si la vie politique bascule dans un pays, c’est-à-dire, si le président de la république et celui l’Assemblée Nationale prennent de graves décisions, cela va s’appliquer. Il y aura du bruit certainement, il y aura beaucoup de marches et il y aura des tensions. Mais, la décision serait partie d’une décision politique. C’est pour dire l’importance d’un parti politique. C’est pour ça qu’on lui a attribué une activité aussi importante, l’animation de la vie politique et là, je préfère la vision du président Amoussou qui croit en ça et pour qui les décisions du parti se prennent au sein du bureau politique. Vous savez, il y a forcément plus d’intelligence dans plusieurs têtes que dans une seule. Et donc, un bureau politique, c’est pour cogiter ensemble sur des sujets, pour tamiser et pour arriver à la fin où chacun peut partir des réflexions du départ. Et, après réflexion, avec la « tempête de cerveaux », on aboutit à quelque chose qu’on a finalement accepté. Prendre des décisions collégiales. La croyance à l’homme. Vous savez, les faits de la vie ne peuvent pas être que déclaratifs. C’est-à-dire qu’il n’y a de richesse réellement que d’homme. C’est comme si dans un foyer, vous êtes le mari et vous prenez seul les décisions, sans consulter la femme. Un jour, vous allez couler. Mais, si vous prenez souvent les décisions avec la dame, quand vos enfants seront un peu plus grands, même en tenant compte d’eux, il n’y a rien à faire, vous aurez un couple paisible, un foyer paisible et forcément pour une réussite. Le contraire renvoie souvent au mur. Donc, les convictions du respect de l’homme, du respect du collaborateur, du respect d’une certaine ligne politique, parce qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire. En France, il serait difficile de voir un homme de gauche poser certains actes contraires à sa ligne, et vice-versa avec ceux de la droite. Malgré aujourd’hui ce qu’on pourrait appeler le macronisme, il y a des choses que forcément un François Hollande ne pourra pas faire. C’est clair, il y a des choses qu’un Sarkozy ne fera pas, parce qu’ils ont des lignes. Les lignes du président Amoussou me plaisent bien, ses convictions politiques me plaisent. C’est ça qui fait que le 12 mars 2008, c’est ensemble avec le président Buno Amoussou et bien d’autres, que nous avions lancé ce que nous appelons « les G et F », à savoir le regroupement des partis politiques. Et, pour ceux qui pensent que c’est le président Talon qui a forcément voulu mettre les gens ensemble, non, il y en avait qui ont déjà pensé à ça. Parce qu’à un moment donné, un parti politique c’était juste pour un quartier, un arrondissement ou juste une commune. Mais, avec ça, ce n’est pas sûr qu’on conçoive quelque chose de meilleur, de solide. C’est pour ça que nous avions pensé le 12 mars 2008, au Stade de l’amitié devenu Général Mathieu Kérékou, que nous avons lancé le regroupement d’un certain nombre de partis politiques qu’on avait appelé « les G et F » qui est devenu après, Union fait la Nation. Je voudrais saluer d’ailleurs les présidents Idji, Sèhouéto, tous ceux qui ont continué après que nous, on est parti. Il était question donc de repartir à l’Union fait la Nation. Donc, c’est de l’Union fait la Nation que nous sommes revenus ensemble dans l’Union Progressiste. Pour vous dire et vous confirmer ce que nous appelions nos convictions. Il faut constater qu’à un moment donné, il y a quelques responsables qui avaient quitté l’Union Progressiste pour le Bloc Républicain, à la suite de la démission du PRD du Bloc Républicain. Je ne vous cacherai pas que j’avais été sollicité pour faire le même voyage. Mais, ce n’est pas mes convictions politique ça. Par respect pour ces convictions, nous sommes restés à l’Union Progressiste. Je vais finir sur le sujet en vous disant qu’on ne fait pas la politique sans un peu de conviction. On ne peut même pas vivre tout simplement sans avoir quelques convictions. Le peuple béninois en est arrivé à ne plus avoir de repère. Le peuple béninois ne croit plus à rien, le peuple béninois ne croit plus qu’à l’argent, jeunes comme vieux, malheureusement. Et c’est triste. Alors que, un homme ou un peuple qui ne croit qu’à l’argent est en route pour sa perdition. Il n’y a rien à faire. Heureusement qu’il y a un sursaut, et c’est pour ça que beaucoup crient dans le pays aujourd’hui parce que surpris par l’allure prise par le président Talon à l’exercice du pouvoir. Je parie et je le dis devant micros, à plus de 60 à 70% de ceux qui l’ont voté, avaient cru qu’ils votaient pour un homme d’affaires et qu’ils vont faire des affaires, que ça allait les arranger. C’est à leur grande surprise que l’autre arrive dans la fonction et se met à l’exercice républicain du pouvoir avec une rigueur qui tente de fixer chacun dans son couloir. C’est pour ça que beaucoup crient et crieront encore plus. Il faut qu’on se dise la vérité, parce qu’au vu des pas que je vois le chef de l’Etat poser, je ne le vois pas reculer. Et comme il ne reculera pas, c’est sûr que les gens vont encore crier un peu mais vont prendre le pli. Lequel pli est nécessaire pour l’avenir du pays. Pour dire, profitant de votre question en appeler à la nécessité pour chacun d’entre nous d’avoir une conviction, d’avoir des principes, d’avoir des valeurs. Il y a des choses qu’un homme doit refuser. C’est-à-dire ce que nous appelons en économie, le prix vérité. C’est dire que quand ça arrive à un niveau donné, vous êtes en mesure de refuser. Mais, si un homme ou un peuple fait sauter tous les principes dès que l’argent est en jeu, c’est qu’il court à sa perdition.

Au niveau de l’Union Progressiste, on constate depuis quelque temps des départs de personnalités qui atterrissent au Bloc Républicain. Comment vous vivez-ça ?
C’est dans la même veine que ce que je disais. En fait, il y a une résistance à cette volonté du chef de l’Etat d’arrêter la balkanisation des partis politiques. Il y a beaucoup qui vivent ça avec beaucoup de douleur, avec beaucoup de difficultés. Les gens auraient voulu qu’on soit dans ce qu’on était avant à l’Assemblée Nationale où plus de 30 voire 40 partis sont représentés. Et donc, quand vous voulez négocier avec un député sur chaque dossier, il faut pouvoir toucher chacun. Cela ne se passe dans aucun pays sérieux. Donc, ce que vous observez-là, c’est une sorte de résistance. Les gens n’adhèrent pas encore à la vision. C’est-à-dire que s’il y avait une autre possibilité de quitter le Bloc Républicain pour autre chose, ils le feront. Lorsqu’il y a une sorte de choix à faire (une élection à la base) et que le monsieur sent que la chose ne lui est pas favorable, il saute de là et va ailleurs pour aller chercher la même chose. Comprenez qu’avec ça, il n’y a preuve d’aucune conviction. Le Chef de l’Etat en a parlé le 19 février dernier, et c’est sûr qu’il y aura forcément des mesures qui pourraient aider à réduire la chose. Car, tout ne peut pas être fait en même temps. Je crois en ça et j’en suis sûr. Il y aura un matin où la contrainte aidera à ce que si vous êtes quelque part, c’est que vous y êtes. J’ai appelé un ami pour lui faire le reproche en disant : « Mais, tu quittes l’Union Progressiste pour le Bloc Républicain, c’est un salon deux chambres. Tu n’as fait que quitter une chambre pour une autre. C’est que tu es toujours dans le même appartement. » Or, si à la base, on peut tenter de lire au niveau des deux formations politiques, on n’a pas les mêmes lignes.

S’il vous arrivait de ne pas être positionné par exemple dans l’Union Progressiste pour une élection alors que vous étiez partant, que ferez-vous ?
C’est déjà arrivé. J’étais au rang de chef de parti politique quand on allait en congrès pour fonder l’Union Progressiste. Il y avait des choses qui devraient être faites et on avait estimé qu’il devrait y avoir un creuset pour accueillir les chefs de partis. Quand, à la mise en place du bureau politique, je ne m’y suis pas retrouvé, je ne suis pas parti. C’est aussi un positionnement. Comme le diraient nos anciens, un enfant doit avoir un peu honte. A travers votre question, vous ne pouvez pas savoir jusqu’à quel niveau je suis souvent choqué quand on me pose la question. Ce n’est pas la question par rapport à la Fcbe mais par rapport au PRD. Personnellement, je reçois un choc violent quand on me pose la question de savoir pourquoi je suis parti du PRD. Parce que l’impression que ça donne devant le public, c’est que vous êtes un vagabond politique, un bâtard politique. C’est-à-dire que vous allez au gré du vent. C’est très loin d’être moi ça , vu les convictions qui sont les miennes. Il faut le rappeler, j’ai passé 20 ans dans un parti politique et ce n’est pas après 20 ans qu’il faut partir au gré du vent. Je peux vous assurer, avant de démissionner du PRD, Dieu seul sait les propositions alléchantes que j’avais reçues au titre du secrétaire général du PRD. Nous avions refusé parce que de toutes les façons, c’est juste pour un temps. Si vous démissionnez d’un parti politique pour aller vers un autre, et on vous fait ministre, c’est pour deux ou trois ans maximum ou pour 5 ans, tout le mandat du président. Mais après les 5 ans, que faites-vous ? Entre-temps, vous avez trahi tout un monde. On ne peut pas vouloir des choses au nom de tout. C’est pour vous dire que ce n’est pas une affaire de positionnement qui pourrait m’amener à quitter l’UP. Autrement, ça serait comme si nous étions des aventuriers politiques. Je ne pense pas que nous le soyons.

L’UP est-elle gérée démocratiquement ?
Tout va bien. C’est un présidium qui dirige l’UP. Vous avez le président Bruno Amoussou, le 1er vice-président qui est Sacca Lafia et Abraham Zinzindohoué qui est le 2ème vice-président. Les choses sont tamisées autour de ces trois expérimentés. Il y a le bureau politique. Les décisions sont prises de manière démocratique au niveau de l’UP. Maintenant, il y a des décisions qui, bien que démocratiques, peuvent être en votre défaveur mais les conditions politiques devraient vous amener à les accepter. Je peux vous affirmer ici que les choses se passent de manière démocratique et je suis tenté de demander si ce n’est pas ça que les gens fuient, parce qu’habitués à autre chose. Il n’y a rien que vous puissiez faire avec le président Amoussou si vous ne respectez pas certaines normes.

Quel est l’état de vos relations avec les autres membres UP de l’Ouémé ?
Ça se passe bien. Là où vivent des hommes il ne peut pas manquer de petits problèmes, mais ça se gère. Nous avons le souci, avec d’autres frères du pays, de sortir Porto- Novo de sa situation. C’est pour cela que nous remercions le chef de l’Etat pour ce qui a commencé à être fait déjà, tout en souhaitant qu’il y ait encore plus.

L’UP pourra-t-elle supplanter le PRD à Porto-Novo ?
Il n’y a pas de citadelle imprenable, mais des citadelles mal attaquées. Je crois à ça. J’ai l’habitude de dire que l’électorat politique s’actualise tous les jours que Dieu fait. Tous ceux qui disent le contraire ne sont que des profanes politiques, ils ne connaissent pas grand-chose. Quand Macron a commencé en France, beaucoup se sont moqués de lui ; c’est lui qui signe les décrets en France aujourd’hui. Au niveau de l’UP, nous travaillons. C’est la plus grande formation politique du pays aujourd’hui. Nous travaillons à le confirmer, nous travaillons à faire en sorte que les enfants de Porto-Novo et ceux qui y résident, aillent vers l’UP. Je ne pense pas que vous allez reprocher à l’UP d’avoir une telle ambition. Si elle se retrouve dans une situation de plus grande formation politique du pays avec comme parrain moral le chef de l’Etat, on ne pourra pas nous reprocher de rêver de diriger la capitale du pays au titre de formation politique. C’est sûr que nos amis du Bloc républicain pensent la même chose ; c’est sûr que le PRD aussi travaille à conforter sa position. Cela va de soi mais n’encouragez personne à dire « Ici, c’est pour moi ». Non seulement c’est antidémocratique, mais en plus ça frise l’ignorance politique. Quand Laurent Gbagbo créait son parti en 1982, Houphouët-Boigny lui avait dit : « Vous n’êtes rien, vous ne serez rien ». Et pourtant, Gbagbo a présidé la Côte-d’Ivoire après. Ne minimisez donc personne parce que chacun a sa chance.

Que dites-vous alors de la réforme du système partisan
Quand Boni Yayi parlait de démocratie Nescafé, cela avait son contenu. Il trouvait que la situation politique du pays était délétère et qu’il fallait la corriger. Quand Kérékou passait le témoin à Boni Yayi, il lui avait dit que c’est très difficile parce que dit-il, qu’est-ce qu’on peut faire avec des cadres qui, dans leur propre pays, se comportent comme des mercenaires. C’est pour dire que la chose politique, à un moment donné, avait atteint un niveau de pourriture avancé. En 1958, alors qu’il n’était qu’étudiant, Albert Tévoédjrè a écrit « L’Afrique révoltée » qui a été interdit par le général de Gaulle. Laurent Gbagbo s’est fait emprisonner pour la première fois quand il était au CM2, Sékou Touré, c’était au CE2. Au Bénin, Bruno Amoussou, Robert Dossou, Arifari-Bako, etc., n’ont pas découvert la politique après leur trente ans. L’homme politique a d’abord ça dans les veines. Le hasard malheureux a fait que tout était pollué dans le pays à un moment donné et il fallait le corriger. D’autres l’ont voulu mais n’ont pas pu et, Dieu merci, le président Talon a réussi à le faire, et ceci à la grande satisfaction des vrais acteurs politiques du pays. Je travaille avec les militants de l’UDS de Sacca Lafia, d’Alternative citoyenne, de la RB de Zinzindohoué, du MADEP, du PSD. Ça fait une sorte de pluralité qui me sort de mon Porto-Novo. Si on devait conquérir le pouvoir, on le fera ensemble. C’est une réforme importante qu’il faut saluer. Il y a sûrement quelques imperfections qui vont être corrigées avec le temps. Au lendemain de la publication de mon ouvrage en 2010, Adrien Ahanhanzo m’a appelé pour me dire qu’il était de ceux qui étaient complètement désespérés mais qu’en me lisant, il s’est dit qu’il y’a certainement d’autres jeunes qui pensent de cette façon. Il y’a donc de l’espoir. Le président Patrice Talon tente de nous sortir de cette mauvaise situation. Il lui reste encore beaucoup à faire. Quand je parle parfois avec des gens qui crient, je leur dis : « Vous criez alors qu’il est à 10 ou 15% de ce qu’il y a à faire. » Parce qu’il y a beaucoup de choses à faire. A l’hôpital, à l’école, dans les couvents, à l’église, à la mosquée, dans l’administration, dans l’armée, dans la police, tous les secteurs sont atteints. Je défie quiconque pourra me montrer un secteur qui se porte encore bien dans notre pays. Tous les secteurs souffrent, y compris les secteurs les plus républicains. Je vais vous raconter rapidement une petite anecdote qui montre que tout était à terre. Un jour il y a eu une situation à l’aéroport, j’étais avec quatre préfets. On s’est porté rapidement chez le ministre de l’intérieur qui assurait l’intérim du ministre de la défense en déplacement. Avec le chef d’état-major, on se porte sur les lieux. Le militaire qui devait nous faire le point, avait mis les deux mains à la hanche pour faire le point ! Militaire ,Il était en face de quatre préfets, du ministre de la défense et du chef d’état-major. Vous imaginez !!! Tout était à terre. L’église était à terre, la mosquée, les couvents… C’est pour vous dire que nous vivions une situation extrêmement grave où il fallait des décisions graves. Je pense que le Chef de l’Etat a réussi. C’est quand lui-même en face du clergé, il a demandé : « Priez pour moi pour que je tienne jusqu’au bout. » Je souhaite effectivement que ce soit l’église, et même chacun des Béninois, qui prie pour lui pour qu’il tienne jusqu’à bout. Ce n’est que dans l’intérêt supérieur de la nation.

Il y a eu la réforme du système partisan, vous l’avez évoqué tantôt, il y a aussi eu l’absence des partis d’opposition aux législatives de 2019. Etes-vous de ceux qui disent aujourd’hui que les députés sont nommés ?
Il n’y a pas un seul dans ce pays qui soit satisfait de ce qui s’est passé à l’occasion des élections législatives de 2019. Il n’y a pas un seul. Cela m’étonnerait que vous retrouviez comme le disait le général Kérékou, un Béninois digne de ce nom qui va se satisfaire de cette situation. Mais il y a parfois des situations qui s’imposent à vous. Et quand cela s’impose à vous vous ne pouvez pas grand-chose.
Les députés sont régulièrement élus. Et il faut s’en tenir à ça.

Comment avez-vous vécu ces moments ?
Avec assez des palpitations, assez de grands souhaits qu’on trouverait de solution, parce qu’autant qu’il y avait assez de démarches à l’endroit du chef de l’Etat, autant il y en avait au niveau de l’Assemblée nationale. Le Président de l’Assemblée nationale d’alors avait été responsabilisé à trouver des solutions. Il y avait des rencontres et j’étais de ceux qui priaient pour que tout ceci aboutisse à quelque chose. Mais vous savez, ce n’est pas parce que on veut trouver une solution qu’il faut tordre le cou à l’ordre républicain, parce que lui il est imparable. Donc face à cette situation, il fallait aller jusqu’au bout. On est allé jusqu’au bout, les députés ont été élus. Ils ne sont pas nommés parce que pour être nommé, le Président Talon devait passer dans son bureau et prendre un décret. On a été à une élection. Les députés ne sont pas nommés, ils sont élus. Deuxième chose, c’était la première fois qu’on avait une élection après la réforme du système partisan. C’était très dur. Si ce n’était pas des commissions, nous autres, nous pouvons être mal à l’aise du fait que nous avons perdu la main. Moi j’étais Président de parti. C’est comme on le dit au niveau des Nations-Unies, à l’heure où le Bénin arrive avec les onze millions de populations, la Chine arrive avec un milliard et quelque, l’Inde avec un milliard et quelque, le Nigéria vient avec plus de deux cent millions. N’empêche que le drapeau du Bénin flotte là-bas comme celui de la Chine aussi. La Chine ne vient pas avec deux drapeaux, l’Inde ne vient pas avec deux drapeaux. Donc le parti Conscience Citoyenne aussi avait pignon sur rue et on était dans le concert des partis politiques. Donc on a perdu quelque chose mais le plus important pour nous, c’est que cela devait être d’abord notre pays. On crée les partis pour faire avancer le pays. Et je crois c’est pour cela qu’il y a assez de réformes de telle façon que la prochaine élection qui sera alors la deuxième élection à la suite des réformes du système partisan, comme vous pouvez le constatez déjà, cela ne sera jamais comme celle de 2019. Parce que le temps a aidé déjà dans la chose. Désormais, nous avons 12 partis politiques qui sont légalement installés dans le pays. Même là, il y avait des partis qui ne s’arrêtaient que dans un quartier.

Lors de la réforme du système partisan, le critère des 10% de suffrages exprimés a été introduit. Quand vous prenez une commune comme Porto-Novo où un parti peut écraser tous les autres sans avoir les 10% au plan national, il se fera supplanter par un autre parti qui n’a même pas 10% au plan local…
Vous savez dans toutes choses, il faut savoir lire la lettre et l’esprit. C’est comme celui qui lit le Coran où la Bible. Après lecture de ce qui est écrit là, il y a un esprit derrière. Je vous donne un simple exemple. Quand on dit chez nous musulmans par exemple qu’on ne doit pas prendre l’alcool, ce n’est pas que quand je finis de prendre un verre je tombe. C’est qu’à force d’en prendre, on peut aller à l’abus. Ce qui est sûr, pour arriver à l’abus il faut avoir commencé. Donc l’esprit qu’il y a derrière c’est de ne pas aller vers l’alcool. Les 10%, c’est une contrainte pour forcer un peu la main à un regroupement. Et c’est une contrainte positive.

Mais dans la pratique, si à Porto-Novo, le Prd écrase tout le monde et qu’au finish, il n’a pas les 10%, le BR ou l’UP va lui arracher la mairie. Est-ce que cela ne va pas créer de trouble dans notre pays ?
Si cela arrive, cela ne va pas être une surprise. S’ils ne travaillent pas, cela ne va pas être une surprise. Tenez ça là d’abord pour dit.

Vous pressentez cela ?
Sinon ils ne seraient pas en train de travailler. Sinon on ne serait pas en train de travailler, vous comprenez. Celui du Prd va dire qu’il va écraser tout le monde. Puisque nous sommes dans un Etat démocratique, je pense qu’il faut commencer déjà à petit coup, à réduire cette ardeur-là. Deuxième chose, si jamais c’était aussi le cas, on ne serait que dans l’application d’un texte législatif voté même au temps que vous savez par qui a présidé l’Assemblée nationale. Donc ce ne sera pas quelque chose de malheureux. Et mieux, c’est que cette disposition-là vise à contraindre le gouvernement. La peur du gendarme est le début de la sagesse, dit-on. Donc c’est une disposition qui a souhaité qu’il y ait des partis forts dans le pays. Quand on aura des partis forts, ce n’est pas un Président qui décide de tout. Ce n’est pas un Président qui décide de là où vous devez aller. Ce n’est pas un Président où lorsque la cagnotte arrive, c’est lui seul qui y a droit, c’est lui qui distribue, non ! Quand vous prenez l’Union progressiste même, vous pensez qu’il y a des choses qui peuvent être faites sous la barbe de Sacca Lafia comme on l’aurait dit ? Il n’acceptera pas. Abraham Zinzindohoué n’acceptera pas, Amoussou aussi n’acceptera pas. Bref, ceci fait que cela devient un parti véritablement national. Je vous ai indiqué tout à l’heure le siège de l’Union progressiste. Allez au siège de l’UP pour voir ce qui se passe. Et allez au siège de l’ANC à Johannesburg, il n’y a pas une grande différence avec ce que vous avez désormais au niveau de l’UP. Je défie quiconque pouvant me dire que ce qui s’y passe aujourd’hui, se passait dans des formations politiques d’avant. Parce qu’aucun des partis qui existaient, n’était dans cette disposition-là. Vous comprenez, chacun, c’est d’abord un peu sa commune et les communes environnantes. C’est pareil pour le Prd, c’est pareil pour la RB. La RB ne peut pas aller s’affirmer à Porto-Novo par exemple. Et le Prd non plus ne peut pas venir s’affirmer à Abomey. Et ainsi de suite. Aujourd’hui que cela change un temps soit peu, c’est quand même bien pour le système partisan dans notre pays. Et mieux, quand vous militez dans un parti politique avec votre background ou avec votre militantisme, et qu’on dise que cela ne compte pas et que ce qui compte c’est que le quidam du coin qui vient avec de l’argent, c’est lui qui a tout le mérite…voilà des choses que moi j’ai dénoncées qui font que j’ai pris mes responsabilités à certains niveaux donnés. Parce que le militantisme c’est d’abord le plus important au niveau d’un parti politique. Le background, parce que personne ne peut construire une cité, une nation avec ses propres sous. Je n’ai pas encore vu quelqu’un, fût-il milliardaire, construire un pays avec ses milliards, ce n’est pas possible. Ce que beaucoup de gens ne savent pas, c’est que celui qui connait beaucoup la valeur de l’argent, c’est le riche, ce n’est pas le pauvre. Le pauvre ne sait pas ce qu’on fait avec de l’argent. Mais le riche oui. Le riche, c’est lui qui ne peut plus dormir sans son climatiseur. Il ne peut plus aller à pied, il lui faut une voiture, c’est lui qui dans l’avion ne peut plus être derrière, mais devant. Donc lui, il a des problèmes, le riche. Le pauvre n’a même pas de problème, quand il se lève, il sait qu’il n’a rien et qu’il lui faudra se battre. Bref, pour dire qu’on ne peut pas, dans un parti politique, dénier à un militant sa bravoure, son militantisme, son background. Une fois que c’est le cas, tout est foutu. C’est ça qu’on tente de corriger aujourd’hui, parce que l’Etat vient financer les partis dans une grande mesure. Parce que cette réforme-là, elle est bâtie sur trois piliers dont l’un est le financement des partis politiques. Et c’est ça qui est à l’origine d’une certaine résistance. Une fois que l’argent de l’Etat tombe, il faut un régisseur. C’est pour ça que certains boudent. Ils ne veulent pas être dans des rassemblements. Ils veulent continuer par disposer de la cagnotte. Mais au vu de ce qui est là comme disposition, quand ça tombe, c’est qu’il y a un régisseur qui a une idée claire de tout ce qui est fait comme dépense. Et là, les sous sont fixés dans un couloir. Mais il y a toujours encore quelques résistances à ces genres de chose dans le pays. Et ça, on n’est pas nombreux à le savoir. Ça fait que les gens critiquent un peu plus facilement. Je terminerai sur le sujet pour dire que la vision du Président de la République qui n’était pas chef de parti avant de prendre le pouvoir, c’est dans l’intérêt des responsables politiques, c’est dans l’intérêt de la classe politique. Je peux vous assurer que c’est dans l’intérêt du pays. Quand j’étais Directeur de Publication d’un journal, j’ai posé la question à Me Robert Dossou : pourquoi il quitte le jeu politique ? Et il m’a dit : « Vous voulez que je continue à prendre les sous de mon cabinet pour investir sur le terrain politique ? » Tout est question d’argent. Monsieur Adanclounon qui a été l’une des étoiles brillantes au lendemain de la Conférence nationale, je lui ai demandé : « Pourquoi tu n’es plus dans le jeu politique ? » Et il m’a dit qu’il n’a pas d’argent. Et c’est comme ça que beaucoup d’acteurs politiques qui auraient pu beaucoup apporter à notre système partisan pour le développement de notre pays, étaient obligés de se retirer au profit des divorcés sociaux en cravate ou en agbada . C’est ça la vérité.

Vous êtes très dur !
Je le dis avec beaucoup de solennité et de gravité. C’est-à-dire, des divorcés sociaux en cravate et en agbada débarquent et ça marche. Le gars, il vient avec beaucoup d’argent. Les populations se font piéger et deux semaines après elles regrettent. Mais entre-temps, le gars, lui a déjà son mandat. Vous vous rappelez que le Président Holo était vice-président d’un parti politique. Mais à un moment donné, il s’est retiré d’une manière subtile, parce que les sachants, ceux qui connaissent font moins de bruits. Les gars se sont retirés des différentes formations politiques. Il y en avait à la RB, au Prd, au Madep etc, et au finish, ceux qui tenaient le micro à un moment donné, ce n’était plus les sachants. Et donc, aujourd’hui, c’est heureux que quelqu’un arrive avec des réformes qui viennent rétablir les choses, discipliner un peu les choses, ramener les gens dans leur couloir. Et donc, le jeune qui est dans l’UP aujourd’hui ou qui est dans le BR et les autres partis, dès qu’il y aura le financement des partis politiques, où les sous avec lesquels on gère le parti ne seront plus pour X ou Y, il peut parler alors. S’il pense quelque chose, il peut le dire. Il n’est pas à la merci de quelqu’un. Mais si les sous viennent d’une seule personne, il n’y a qu’elle qui va gérer seule avec son intelligence.

Quelle est votre appréciation de la méthode de gestion du Président du parlement, l’He Louis Vlavonou ?
D’abord, l’He Vlavonou qui fut Secrétaire général du Syndicat des douanes est un homme de consensus. Par ailleurs, je dirai qu’il est un « homme de Dieu », puisque pour le Colonel à la retraite qu’il est, ce que je le vois faire à l’Eglise Notre Dame de Porto-Novo, il faut être un enfant de Dieu pour le faire. Donc, c’est un homme de consensus, un homme qui a un certain nombre de qualités humaines qu’il faut souhaiter avoir à la tête de nos Institutions. J’ai eu la chance de travailler avec lui à l’Union fait la nation et à l’Union progressiste et c’est avec beaucoup de bonheur que j’ai appris que c’est lui qui préside les destinés de notre Assemblée nationale. Et les nouvelles que nous avons du palais des gouverneurs ne sont pas mauvaises. Je crois qu’il joue sa partition et en jouera encore plus.

Comment vous pouvez apprendre son élection alors que vous êtes membre fondateur de son parti ?
Je ne suis pas député. C’est les députés qui élisent en leur sein, leur président. Donc, quand ils entrent dans leur couvent pour prendre la décision, ce n’est pas à la portée de tout le monde. Ce n’est pas qu’il y a une décision qui est prise quelque part. La preuve, de tous les députés Up, il n’y a pas un seul qui s’y est opposé. Ça veut dire que ça a fait l’objet d’un large consensus. Maintenant, même s’il y avait des couvents auxquels nous étions associés, nous avons l’information, souffrez que nous ayons des propos protocolaires.

Quels sont les changements apportés par le Gouvernement de la Rupture à Porto-novo ?
Je crois qu’au-delà même de Porto-Novo, c’est tout le pays, c’est beaucoup de Béninois que le Président Talon a réussi à surprendre positivement. J’avoue qu’on avait quelques difficultés au départ pour convaincre les gens sur ce qui se fait. Mais les pas que moi j’ai vus me rassuraient. Je disais à des amis que ça m’étonnerait que quelqu’un qui travaille avec autant de rigueur, avec autant de méthode, échoue. J’ai étudié au Congo Brazzaville et là-bas, l’habillement veut dire quelque chose. S’habiller bien. Tel que le Président Talon s’habille là, ça a son coût de temps, ça a sa méthode et il est tout le temps comme ça. Deuxième chose, c’est rare que quand il vous dit une heure, qu’il y ait 5 minutes de plus. Il est rigoureusement à l’heure. L’heure fixée pour terminer, il la respecte rigoureusement. La stabilité au niveau de son gouvernement. Les Ministres ne bougent pas n’importe comment. Les DG ne bougent pas n’importe comment. Bref, à voir la méthode qu’il utilise pour travailler, on ne peut pas travailler avec autant de méthode et échouer. Je voudrais inviter ceux qui ne lui font pas encore confiance, à le faire. On ne peut pas travailler avec autant de rigueur et échouer. L’autre chose, suivez quand il parle, c’est rare qu’il fasse 30 minutes d’échanges sans que le mot expert ou expertise ne sorte. C’est-à-dire que tout sujet est vu et passé au peigne fin par les sachants. C’est que Patrice Talon ne saute pas sur les sujets. Et il faut saluer sa patience et son courage. Chaque jour que Dieu fait, nous devons apprendre, parce qu’ils ne sont pas nombreux qui peuvent être insultés autant de fois qu’il a été insulté. Je ne pense pas qu’un président de la République avait été aussi insulté comme ça. Peut-être qu’on va peut-être dire que c’est aujourd’hui qu’on a Whatsapp. Mais ça m’étonnerait qu’un président ait été autant insulté mais a gardé sa patience. Je ne dis pas qu’on n’a pas travaillé à écrire la loi sur le numérique. Je ne dis pas non à ça. Mais on n’a pas réussi à le sortir de ses gonds pour répondre à X ou Y. Il y a même eu des sujets très alarmants où on ne l’a pas vu sortir pour venir répondre. C’est une sorte de patience qui n’est réservée qu’aux grands dirigeants. Quand les gens me parlaient de maquette, j’avais l’habitude de leur dire : « Même toi-même pour construire ta maison, tu dois faire au moins un plan, en dehors de quelques résistants qui pour construire, c’est eux-mêmes qui sont leur propre maçon. Après la maison peut s’écrouler sur lui. Sinon, chacun de nous on sait que pour faire sa maison, on fait un plan. » C’est ça que les gens appellent maquette. Et pour tout ce qu’on a à faire, il faut concevoir d’abord. Et pour le peu que je suis de loin, le président Talon attache du prix à la conception. Après conception, si c’est bien fait, c’est ça qui convainc ceux qui veulent t’accompagner dans ce que tu fais. Mais si tu es déjà brouillon dans ce que tu veux, personne ne te suit. Et lui venant du secteur privé comme les autres aussi, il a une idée de la rigueur que les financiers attachent à ce que la chose. Dieu merci qu’aujourd’hui, ça commence par payer puisque les maquettes ont commencé par devenir une réalité. Dans la ville de Cotonou, il y a des endroits où ils sont nombreux qui pensaient que jusqu’à ce qu’ils vont mourir, ils ne verront jamais le goudron passer devant eux. Mais cela est arrivé, et c’est pareil à Porto-Novo, la capitale du pays où je ne cache pas notre honte d’y vivre, d’y rester et de dire que c’est la capitale parce qu’il n’y a rien là-bas.

Vous avez juste bénéficié de quelques kilomètres de bitume…
Comme on dit chez moi : « Si ta marâtre te donne quelque chose, il ne faut pas refuser, parce que ta maman ne te l’a pas encore donné ». A Porto-Novo, il y a des rues asphaltées, des rues où il y a des bitumes désormais dont les gens n’avaient jamais rêvé. Et ça, ce n’est que la première phase. Figurez-vous quand on aura la deuxième phase. Je reste dans le même sens pour dire que c’est comme l’année passée où il n’y a pas eu du tout de grève. Cette année maintenant, on n’a pas encore eu de grève non plus. J’ai l’habitude de dire aux gens que le problème que nous avons au Bénin, ce n’est pas un problème d’argent. Le président Kérékou l’a dit. Ce n’est pas l’argent, mais c’est l’homme béninois qui est en difficultés. Mais pour le sortir de la difficulté, il faut le refaire à travers l’éducation. Parce que l’enfant que j’ai mis au CI qui subit 3 ou 4 mois de grève sur les 9. A la fin, on sauve l’année. L’année suivante pareille, on sauve l’année. L’autre année, c’est pareil. Après l’enfant a un Cep, un Bepc, un Bac sauvés. Et la conséquence, comme l’a dit Nelson Mandela, si vous voulez détruire un pays, n’envoyez même pas une bombe atomique là-bas. Retirez-leur l’éducation. Ils auront de mauvais médecins, de mauvais avocats, de mauvais magistrats, etc. Vous constatez qu’à ce niveau quelque chose se fait. Il n’y a rien à faire, d’ici là, nous aurons les fruits de ce qui est en train d’être fait où les enfants ont la consistance réelle de ce qu’il leur faut pour l’année scolaire. Bref, je reviens à votre question pour dire que Porto-Novo est heureux de ce geste du Chef de l’Etat à l’endroit de la capitale du pays, et comme on le dit très facilement dans les mosquées ou dans les églises, quand on finit de dire merci à Dieu, on demande encore un peu plus. Donc je profite pour souhaiter encore beaucoup d’autres choses du temps du régime du président Talon à l’endroit de la ville de Porto-Novo, la capitale de notre pays pour que celle-ci ait réellement l’aspect d’une capitale. La gouvernance du Président Patrice Talon mérite d’être encouragé et accompagné. Patrice Talon est meilleur, honnêtement.

Seriez-vous candidat aux prochaines élections communales ?
Pour avoir eu la chance d’avoir présidé les départements de l’Ouémé et du Plateau, je voudrais vivement souhaiter que ceux qui savent qu’ils ne veulent rien apporter à leur commune laissent les élections et aillent faire autre chose, mais ceux qui ont un peu plus de chaleur à donner à leurs populations et à leur commune, peuvent se présenter aux communales. Que les aventuriers s’abstiennent. J’invite les populations des 77 communes à bien regarder ceux qu’elles veulent choisir comme conseillers, parce que c’est des conseillers que sera élu le maire. S’ils se contentent des billets de banque du monsieur, une fois élu conseiller, il ne sera jamais dans sa commune. En ce qui nous concerne, c’’est le parti qui décide.

Mais le parti décide sur l’ambition du militant
Le temps que nous sommes prêts à consacrer à l’ambition du pays, nous pourrons encore le faire davantage, puisque ceci y va de l’intérêt de notre pays. Nous sommes un militant de l’Union progressiste, nous travaillons dans la ville de Porto-Novo et ses environs, au service du parti. Si la décision du parti nous fait candidat, nous serons candidat, mais c’est le parti qui décide.

Comment l’Union Progressiste prépare-t-elle les prochaines élections ?
Activement, dans les hameaux et dans chaque quartier. Sur le plan national particulièrement à Porto-Novo et ses environs, nous avons l’ambition de conquérir la plus grande majorité des communes. Comme vous le savez, la majorité des députés d’aujourd’hui sont de l’Union Progressiste. Nous voulons demain que sur les 77 maires, l’Union Progressiste contrôle la majorité des communes, pas pour le plaisir de l’Union progressiste mais pour faire profiter à ces communes, la capacité politique et de développement des dirigeants de l’Union progressiste. Nous voulons travailler à ce que ces communes ne tombent pas dans les mains des aventuriers qui une fois élus maires ou chefs d’arrondissements, vivent loin de ces communes et arrondissements et ne peuvent pas y travailler. Ce n’est pas avec ceux-là qu’on développe une commune. On le fait avec des gens qui croient à la chose politique, qui y consacrent tout leur temps, qui en ont le background politique, la culture de développement. S’il doit être maire pour 4 ou 5 ans sans cette culture politique, il ne fera rien pour le développement de sa commune. Nous en avons beaucoup de cas et je ne vous apprends rien. C’est pour ça que je voudrais profiter de cette occasion pour souhaiter qu’ils aient affaire à de bons maires, afin de sentir des changements à la fin du mandat.

Carte d’identité: Attaché aux valeurs

Parler de Moukaram Badarou, c’est parler d’une vie de militantisme permanent. Déjà en 1987, alors qu’il était élève en classe de 1ère il a été élu secrétaire à l’information de l’Association des élèves et étudiants au Congo (AEEBC), association que le jeune garçon intègre moins d’un an après son arrivée au Congo Brazzaville. Né en 1969, Moukaram Badarou fait ses études primaires et une partie du secondaire à Porto-Novo. Il débarque à Brazzaville sur l’instigation de ses parents qui voulaient lui assurer un meilleur destin. Mais le jeune se bat seul. 1991, Moukaram devient président de l’Association des Élèves et Étudiants Béninois au Zaïre (AEEBZ) et membre de la section PRD du Congo. Il est même le représentant du parti à la Commission électorale lors des élections présidentielles du Bénin au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo). De là date son appartenance au Parti de maitre Adrien Houngbédji. Quand il rentre au pays en 1997 nanti d’une maîtrise en Science économique de l’Université Marien N’GOUABI de Brazzaville, il est déjà membre à part entière du parti. En 2005, il obtient un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) à l’Université d’Abomey-Calavi, Option Finances et Contrôle de Gestion. En 2017, il décroche un master en communication et relation internationale l’IUP. De la section PRD de son quartier Sadognon à Porto-Novo puis à Cotonou, il est propulsé secrétaire à la communication de 2004 à 2006. Secrétaire général du parti dès 2006, il fait partie de la vague des jeunes qui bénéficient de la confiance du président Houngbédji. A la création de l’Union Fait la Nation, il est fait Directeur exécutif chargé de l’image et de la communication de ce regroupement d’opposition. Mais, un an plus tard, en juin 2011, patatra, il jette l’éponge. Moukaram Badarou quitte le navire PRD. Interrogé sur cet épisode obscur de son parcours, il affirme : « Un secrétaire général du parti ne peut pas être suppléant sur une liste électorale. Et pourtant, je l’ai été en 2007 et j’ai dit au président du parti que je ne partage pas cela. Mais quand il a récidivé, quatre ans plus tard, il faut que moi je sois un enfant bâtard pour l’accepter de nouveau. Mon père, de là où il pourrait se retrouver dans sa tombe, ne devrait pas être content de moi. Même dans une bande dessinée politique, vous ne lirez pas ça. » Dans la foulée de sa démission, il réactive le mouvement Conscience citoyenne créé en 2005 et le transforme en parti politique en mai 2013. Ce parti lutte pour l’enracinement des valeurs dans la vie politique béninoise. « Je suis resté un homme attaché à son pays et à des valeurs. J’ai très mal aujourd’hui de ce que nous sommes devenus », dit-il pour regretter le règne de l’argent au sein de la société et de la politique en particulier. En Août 2013, Moukaram Badarou est nommé préfet de l’Ouémé-Plateau, poste qu’il occupe jusqu’au mois de mai 2013. Aujourd’hui membre de l’Union Progressiste, il entend poursuivre cette lutte pour les valeurs. Car, à l’entendre, un pays qui perd ses valeurs morales a presque tout perdu.

Intimité: Monogame pour toujours

Bien qu‛étant issu d‛une famille polygame, Moukaram Badarou est resté monogame depuis toujours et compte le demeurer. Marié et père de quatre enfants, il a connu son épouse alors qu’il était encore étudiant. « Il n’y a rien en termes de promotion et d’argent qui fera qu’une autre aura plus de valeurs que ma femme », dit-il. Pour compter parmi ses amis, il faudra être sincère et loyal comme lui. A table, l’homme adore le riz accompagné d‛une sauce simple au poisson. Sa boisson préférée reste l‛eau. Car, depuis qu‛il a effectué son pèlerinage en terre sainte, il ne touche plus du tout à l‛alcool.

La Rédaction

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