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Le triomphe de la vérité

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Edito:Le trublion de Bamako


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Logo facebookLe capitaine Sanogo a découvert un moyen très sympathique de monter en grade. En à peine un an et demi, il est  passé de capitaine à Général de corps d’armée. Autrement dit, le brillant capitaine est passé de capitaine à commandant, de commandant à lieutenant-colonel, de lieutenant-colonel à Colonel, de colonel  à général de brigade, de général de brigade à général de division et de général de division à général de corps d’armée… ce mercredi 14 août 2013. Il ne lui reste qu’un seul escalier, passer à général d’armée, et la boucle serait bouclée.  Connaissant le brillant putschiste, cela ne tardera pas. Il lui suffirait de brandir quelques menaces, ou d’opérer quelques coups de semonce comme il sait le faire, pour que le pouvoir de Bamako gicle en vitesse.
Si la promotion exceptionnelle  décrochée mercredi par le chef de l’ex-junte qui a renversé Amadou Toumani Touré en mars 2012, a de forts relents politiques, elle s’analyse platement comme une prime à son coup d’Etat. A 40 ans, il a su jouer de son audace et de sa gouaille pour devenir, à lui seul, une véritable institution. Il s’est imposé comme le patron des forces armées du pays, surtout lorsqu’après le putsch l’ayant révélé, ses hommes ont mis en déroute les fameux bérets rouges de l’ex-garde républicaine. Ceux-ci avaient fomenté fin avril 2012 un contre coup d’Etat qui a lamentablement échoué. Sanogo qui était  placé en février à la tête du Comité militaire  de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité, avait déjà réussi à se rendre populaire au sein de l’armée. Il lui a suffi de faire quelques promesses à ses hommes, du temps où il était encore le président du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État malien (CNRDRE), c’est-à-dire le Chef de la junte. Hausse des salaires et des primes de risque, de meilleures conditions de logement pour les soldats et du matériel militaire en quantité. C’était le Sanogo des premiers jours du putsch improvisé du 21 mars 2012. Celui précisément qui n’était pas du tout dans le schéma des soldats qui chassèrent ATT du pouvoir avant de se rendre compte qu’ils ne disposaient pas d’un haut gradé pour prendre le pouvoir. Le capitaine avait alors besoin de l’appui sans faille de « ses » hommes. Et il l’a eu, si bien eu que malgré la situation catastrophique dans laquelle le coup d’Etat a précipité le pays, personne n’a osé l’écarter des arcanes du pouvoir.
Même sans le dire, il a aujourd’hui la haute main  sur l’appareil sécuritaire du Mali. Le colonel Ibrahima Dahirou Dembélé, le chef d’état-major, est un ancien de la junte. Et c’est encore lui, Sanogo,  qui a nommé le patron des renseignements, Sidi Alassane Touré. Tous les militaires qui ont vu leurs primes de guerre passer de 6 000 à 50 000 F CFA, lui vouent un véritable culte.  Oubliés les journalistes tabassés, les hommes politiques séquestrés, l’ancien premier ministre Cheikh Modibo Diarra contraint par Sanogo à la démission. Oubliés les nombreux militaires arrêtés lors du putsch puis  portés disparus. Oubliée la partition même du pays et sa plongée dans les méandres violents et obscurs  du terrorisme islamique. Ce qui compte, c’est la tranquillité future du pays, même s’il faut, pour cela, passer par une promotion militaire, pour le moins discutable.
Diouncounda Traoré, le président intérimaire que les foules hystériques ont lynché en mai 2012, n’a certainement pas offert le titre de général, sans avoir subi les douces pressions que Sanogo sait bien faire. Il sait, mieux que quiconque, ce dont est capable le jeune militaire qui a fini par devenir populaire.
Cependant, en l’affublant de titres aussi glorieux les uns que les autres, il est à craindre  qu’il ne devienne une menace claire pour la stabilité du Mali. Il s’est senti pousser de larges ailes. Rien ne l’empêche de tenter un autre coup s’il a envie de se faire entendre… ou de porter de nouveaux galons.
Déjà, Ibrahim Boubakar Kéita, le  président nouvellement élu,  ne cache pas son soutien à l’ex-putschiste. C’est une position stratégique   qui lui permet de gagner la sympathie de la Grande Muette, mais surtout de Sanogo dont on connait les humeurs…  Reste à se demander pendant combien de temps il acceptera de tolérer les écarts du plus jeune général du Mali.
« Le pouvoir est au bout du fusil », avait dit Mao. Sanogo, lui, montre à tous les jeunes capitaines africains que le galon est au bout du putsch.

Olivier ALLOCHEME

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