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Le triomphe de la vérité

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Edito du 27 février 2013: Un air de complot


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Des rumeurs de coup d’Etat, d’attentat et d’enlèvement. Une tentative présumée d’empoisonnement.  Des arrestations obscures. Un retrait d’accréditation à l’ambassadeur de France. Voilà le  cocktail détonnant dans lequel nous vivons. Impossible de respirer dans ce pays une seule seconde !

 A vrai dire, le Bénin vit sous une tension permanente,  au point où l’on en vient à se demander si quelqu’un n’a pas intérêt à nous gaver d’histoires montées de toutes pièces pour nous distraire de l’essentiel. Dans cette atmosphère surchauffée où nous sommes, tous les observateurs ont peur, peur qu’une petite étincelle mette le feu à notre pays. Il est vrai que depuis 2006, le Bénin a connu des tensions pour le  moins intenables. Il y eut les élections de 2011 et leur lot de marches et de soulèvements. Il y eut l’affaire Dangnivo et les impressionnantes démonstrations syndicales débouchant parfois sur des conspirations incroyables, des sorties de chars, et autres blindés dans Cotonou et Porto-Novo. Il y eut même les grèves au sein de la fonction publique avec tous leurs attirails de déclarations incendiaires. L’atmosphère insurrectionnelle que tout cela a généré, j’en suis convaincu, sera difficile à rééditer dans l’avenir.

Et pourtant, ce qui se passe depuis quelques mois, et notamment depuis quelques jours, est bien inédit. Une vague rumeur de coup d’Etat, des arrestations non encore élucidées, une alerte à l’attentat provenant  de l’ancienne métropole, un ambassadeur renvoyé… Ce dernier élément à lui seul est un signal d’alerte. Il montre que le gouvernement a réagi en un quart de tour, en fonçant droit sur le fautif, un peu à la manière du père de Toundi corrigeant son rejeton dans Une vie de boy (de Ferdinand Oyono). La réprimande vigoureuse et le retrait d’accréditation sont sans précédent dans l’histoire des relations franco-béninoises de ces vingt dernières années. Le Président Soglo, aux heures les plus chaudes de son régime, où il voyait poindre contre lui les manœuvres déstabilisatrices de l’ex-métropole, n’alla pas jusque-là. Il se contentait de vitupérer contre un « complot international ».

Il est vrai qu’en l’espèce, le Quai d’Orsay a dépassé les bornes. Il est allé vraiment loin, très loin même dans la mauvaise foi. Le soutien français à l’intervention béninoise au Mali et l’alerte lancée aux Français par médias interposés, sont proprement antinomiques. En d’autres temps, on eût pu parler d’un complot français, tant il est clair que les menaces exhibées sont valables pour tous les pays intervenant sur le théâtre malien,  y compris la France elle-même. La mise à l’indexe du Bénin, que rien de concret n’explique, aurait pu être analysée comme le signe annonciateur d’une tentative de déstabilisation provenant de Paris. Il est même évident que l’atmosphère surchauffée faite de suspicion de coup d’Etat a largement contribué à cette thèse.

    La crise diplomatique qui nait ainsi entre le Bénin et la France intervient au moment même où la justice française fait des difficultés pour extrader l’ennemi juré de Yayi, Patrice Talon. La fermeté presque aveugle du Chef de l’Etat risque de compliquer davantage le dossier.  Elle montre en tout cas l’indépendance du Bénin vis-à-vis de l’ex-métropole, et surtout sa volonté de ne pas se faire marcher sur les pieds par Paris. L’absence d’une action médiatique directe  du Chef de l’Etat, lui-même, tempère pour le moment les assauts du gouvernement.

Alors, y a-t-il ou non un complot pour renverser Boni Yayi? A moins de jouer aux devins, la réponse à cette question relèverait de la pure élucubration, à l’étape actuelle. On peut noter, tout de même, que les rumeurs d’aujourd’hui aggravent nos peurs d’hier.

Les Béninois croient depuis 1990 qu’un coup d’Etat n’est plus possible dans leur pays. Exactement comme les Maliens il y a à peine un an. Les forteresses morales érigées dans nos cœurs ont construit les remparts de la paix, tant et si bien que malgré les facteurs belligènes qui s’amoncèlent, personne jusqu’ici n’a franchi le rubicond. Il faut donc prier pour que cette stabilité ne soit pas remise en cause par quelques illuminés. Prier surtout pour que ceux qui nous gouvernent sachent préserver l’héritage de paix qu’ils ont trouvé.

 Olivier ALLOCHEME

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