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Le triomphe de la vérité

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Éditorial: Une aubaine en foot


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L’économie du foot est encore à l’œuvre en Afrique du Sud. Trois ans environs après avoir abrité la coupe du monde, la nation arc-en-ciel abrite la plus grande compétition sportive africaine. La 19ème édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) s’est ouverte samedi dans un pays en crise.

L’Afrique du sud en bute à une profonde récession avait besoin d’un événement d’envergure pour relancer l’investissement. Un peu à la manière du Mondial 2010 qui lui a fait dépenser environ 3 milliards d’euros, soit plus de 1965 milliards de FCFA. A la clé, 159 000 emplois ont été créés dans ce pays miné par le chômage et la criminalité.

En comparaison, l’année dernière, la CAN a généré pas moins de 50 000 emplois au Gabon et en Guinée Equatoriale. Bien entendu, les équipes participantes se partagent aussi leurs pactoles. Les Chipolopolo de la Zambie ont empoché l’année dernière environ 750 millions de FCFA suite à leur victoire en finale de la CAN. Et ce montant n’a rien d’extraordinaire puisque l’Espérance de Tunis en a gagné autant en étant simplement championne d’Afrique des clubs.

Les seize équipes participantes à la CAN 2012 ont pris, tous ensembles, environ 4 milliards 850 millions de FCFA. Quand on sait que le vainqueur de la Ligue des Champions empoche à lui seul pas moins de 21 milliards de FCFA (4,3 millions de dollars), on ne peut que faire profil bas. Le vainqueur de l’Euro de football gagne environs 16 milliards de FCFA (33 millions de dollars).

Pour la CAF, la compétition constitue une formidable occasion de partage de revenus. Elle a engrangé 16 milliards 975 millions de FCFA (35 millions de dollars) de revenus nets en 2012.

La Confédération africaine de football (CAF) vend, en effet, des droits de diffusion à des chaines de télévision qui les revendent à leur tour suivant des réseaux de distribution plus ou moins basés sur l’argent. C’est ainsi que la chaine satellitaire Al Jazeera Sport, détentrice des droits de retransmission de la CAN 2012 dans le monde arabe, a réclamé 4 milliards 850 millions l’année dernière juste pour la diffusion de dix rencontres seulement.

Cette année, les droits de diffusion de la CAN 2013 et même de celle de 2015 appartiennent au groupe français Vivendi, propriétaire de la chaine cryptée Canal+. La chaine a dû payer plusieurs milliards de FCFA à la CAF pour s’octroyer un quasi-monopole sur les images de la compétition vers la sphère francophone. Il n’en fallait pas plus pour que quelques-uns crient au néocolonialisme…

Mais il n’y a pas que les entreprises, les sponsors et autres mécènes qui assurent le financement du football africain. Le régime Bongo a dû débourser 400 milliards de FCFA en 2012 pour la CAN. Essentiellement, cette somme aura servi à construire des aéroports, des routes, des hôtels et des stades. C’est que la compétition, en plus de revêtir un caractère sportif et touristique indéniable, sert de tremplin pour les jeunes et même les moins jeunes.

C’est un amortisseur social de grande importance. Dans certains pays, la fièvre sportive sert à canaliser la fureur des jeunes. Le foot constitue, de ce fait, une distraction utile aux pouvoirs publics pour endiguer les déchainements de violence consécutifs aux frustrations longtemps entretenues. Me revient encore cette réponse du Chef de l’Etat lorsqu’il fut interrogé sur les problèmes de la fédération béninoise de football le 1er août. Il disait en substance que n’ayant pas pu donner d’emploi aux jeunes, il avait le devoir de leur offrir des occasions de jeu. Il ne croyait pas si bien dire.

Si un pays comme l’Afrique du Sud n’a pas refusé de suppléer la Libye en accueillant la deuxième CAN de son histoire après celle de 1996, juste après le mondial de 2010, c’est qu’elle a le dos au mur par rapport aux problèmes de la jeunesse. Elle devra faire attention, malgré tout. 2010 n’a pas laissé que de bons souvenirs. Le trou créé dans les finances publiques a encore du mal à se refermer, près de trois ans après. Mais il fallait cette compétition pour donner à la République sud-africaine l’occasion de faire un grand pas vers la visibilité internationale. Et ce n’est pas rien.

La CAN 2013 lance de nouveaux défis pour le pays, mais aussi à l’Afrique en ces temps de résurgence de périls que l’on croyait disparus.

Olivier ALLOCHEME

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