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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Les débris du PRD


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Le PRD perd progressivement sa sérénité au profit de déchirements internes et de revirements idéologiques qui secouent son édifice. La création du Réseau des jeunes ATAO samedi est le point le plus culminant d’une crise longtemps contenue.

 Atao Hinnouho, député de par le parti mais surtout de par une surface financière qui semble illimitée, avait été soupçonné de chercher à s’autonomiser par la création d’un parti politique en bonne et due forme. Le mouvement mis en place semble être simplement un instrument de promotion personnelle.

La preuve, aucun membre du staff dirigeant du PRD n’était présent lors de cette grand-messe dédiée à la gloire du député Atao. En d’autres temps, on aurait vu le déploiement massif du président, du secrétaire général, des vice-présidents et des députés PRD venus « soutenir » leur collègue.

A juste titre, ils auraient pensé que l’action de ce poids lourd du parti est mise en place pour le rayonnement de leur formation politique à la base, notamment au sein de la jeunesse. Mais le constat est que l’Honorable n’a pas pu ni voulu se mettre sous le parapluie de son parti.

Son mouvement s’est même doté d’un logo qui, loin de l’image de l’arc-en-ciel, a été célébré comme représentatif d’un individu, le député Atao. Last, but not the least, aucune référence à Adrien Houngbédji, leader charismatique du parti depuis plus de 20 ans. S’il n’y avait rien à dire, ce silence assourdissant disait tout.

Tout ceci a lieu à un moment où le parti se trouve confronté à un grave problème ethnique dans la seule mairie réellement d’obédience PRD aujourd’hui : Porto-Novo. Après seulement quatre ans de gestion, le maire Moukaram Océni doit faire face à l’équation ethnique qui l’a porté à la tête de la municipalité.

Parvenu à ce niveau du fait de son ethnie Yorouba, c’est toujours au nom de ce fragile équilibre politique interne qu’il est en train d’être évacué. Bien entendu, les manœuvres de son départ, très tôt commencées, finiront par saper les derniers mois de sa gestion.

Au sein d’un parti resté jusqu’ici dans l’opposition, cet ancrage ethniciste est une bombe à retardement. Aussi bien pour le parti que pour la ville de Porto-Novo, le jeu de yoyo mené à la baguette ethnique, constitue un facteur de déstabilisation dont les ravages sont à peine imaginables.

S’il est question de remplacer l’actuel maire qui est Yorouba par un autre qui serait cette fois Goun, en respect aux deux grandes ethnies de la capitale, il faut alors se demander avec quelle alchimie les autres composantes de la cité pourront trouver leur compte dans ce décor.

Les populations Sèto et Tori pourraient bien revendiquer elles aussi leur droit à avoir un maire issu de leurs rangs, d’autant qu’elles sont bien les autochtones de Porto-Novo. En basant le passage à la tête de la municipalité sur le critère ethnique, on aboutit simplement à une rotation mécanique qui fait l’impasse sur les compétences et sur la capacité du parti à proposer des hommes et des femmes de qualité afin de relever les défis du développement de la cité.

 Ceci met à nu l’équilibre précaire qui a toujours fondé l’existence du PRD et qui a survécu à des décennies d’opposition. Du fait de la cohésion ethnique ayant toujours prévalu à Porto-Novo, le parti a pu réussir jusqu’ici à créer une illusion d’unité. L’utilisation paradoxale de la variable ethnique est donc carrément une remise en cause de la cohésion du parti. Elle pourrait semer des germes incandescents difficiles à maîtriser.

Et voilà qu’au cœur de ces vents contraires, le parti s’en va se vider de sa substance idéologique auprès du régime Yayi. Son alignement progressif dans le giron présidentiel, rendu par la tiédeur de sa condamnation des propos du 1er août, montre un revirement politique sinon radical, mais du moins très perceptible.

Au-delà de quelques résistances stratégiques, l’on peut simplement voir que le sabordage idéologique du PRD est en cours. Ceci s’explique peut-être par des promesses de poste international dont personne n’ignore l’attrait dans notre contexte africain. Maitre Houngbédji a considérablement adouci sa position vis-à-vis du régime Yayi, même sans le dire.

A voir les défis au plan humain, de la cohésion interne et de sa vision, on peut donc dire que les principaux baromètres du PRD sont au rouge. Et que la survie du parti dépendra bien de sa capacité à négocier la passe actuelle sans heurt.

Olivier ALLOCHEME

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