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Le triomphe de la vérité

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Editorial: La Liste électorale permanente informatisée en danger


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Les incertitudes s’accumulent autour de la réalisation de la liste électorale permanente informatisée (LEPI). La semaine dernière, la volonté d’ouverture du Chef de l’Etat a fini par se concrétiser par la rencontre des différents acteurs du processus de la LEPI, sans que pour le moment aucune décision ne soit prise. Pour le moment en effet, les consultations engagées avec les acteurs ont accouché de quelques propositions dont celles de l’Union fait la Nation (UN) qui souhaite une pause pour permettre de corriger les éventuelles erreurs. La trêve souhaitée est pratiquement une exigence, d’autant qu’elle a été assortie de menaces d’abrogation de la loi sur la LEPI si la proposition faite n’était pas prise en compte. Il faut même se demander si ce n’est pas la perspective de ce bras de fer parlementaire qui a fait plier le Chef de l’Etat. Car, tant que l’opposition pouvait critiquer la gestion faite par Epiphane Quenum, superviseur général de la Commission politique de supervision de la LEPI (CPS-LEPI), elle n’était écoutée que d’une oreille distraite par le pouvoir. Dès qu’elle a brandi la menace de l’abrogation, le Chef de l’Etat s’est empressé d’engager la grande consultation devant sauver les meubles. En sachant pertinemment que la majorité parlementaire est bien capable de mettre à exécution ses menaces. Le rapport de force tourne à l’avantage de l’opposition, au point qu’Epiphane Quenum n’hésite plus à mettre de l’eau dans son vin en reconnaissant qu’il faut désormais appliquer la loi sur la LEPI en respectant les susceptibilités des uns et des autres. Le langage radical qu’on lui connaissait est désormais retombé pour laisser place à un discours plus conciliant montrant qu’il a pris conscience des risques de dérapage et même d’arrêt tout court du processus.
Tout compte fait, la LEPI dépouillée de toute manipulation et souhaitée de tous ne peut être le fruit des compromissions présidant autrefois à la mise en place des listes électorales. Et la question se pose de savoir si les compromis politiques qui profilent à l’horizon peuvent permettre de sauver à la fois le consensus politique et la crédibilité de la liste elle-même. Le véritable goulot d’étranglement reste la qualité des agents (cartographes, recenseurs et autres) recrutés non pas par la MIRENA comme prévu par les textes, mais par la CPS. D’où la méfiance de l’opposition sans doute échaudée elle-même par les vieilles pratiques aujourd’hui décriées. Le compromis et le consensus souhaités devraient permettre de mettre fin aux tripatouillages. Mais le consensus dans la manipulation est la négation même de la LEPI et la continuation tranquille de tout ce qui, jusqu’aujourd’hui, a fait de nos consultations électorales des sommets de tricherie et d’hypocrisie joyeuse. Autant attendre alors 2016 ou 2021 pour opérer une réforme qu’autour de nous la plupart des Etats engagent déjà. Mais en même temps que fuit devant nous la perspective d’une informatisation salutaire,  les risques d’implosion s’accumulent.
 La LEPI est en effet une chance pour la présidentielle de 2011. Les enjeux colossaux de cette consultation la rendent dangereuse à plus d’un titre. Toute liste électorale confectionnée dans les conditions artisanales que l’on sait, ouvrirait un champ de contestations qui pourraient vite devenir ingérables dans le cas où le principal plaignant serait le Président de la République lui-même. Ce n’est qu’un secret de Polichinelle : il s’accrochera à son fauteuil. Même en cas d’alternance incontestable, il pourra toujours revendiquer son maintien en excipant de la qualité médiocre du fichier électoral. Dans ces conditions, qui donc a plus intérêt à ce que la LEPI se concrétise ? C’est bien l’opposition.
 Elle devra mettre en œuvre désormais les ressources de son intelligence pour qu’advienne une LEPI véritable et non la pâle copie dont pourrait accoucher un consensus bancal. Les atermoiements actuels du pouvoir, les menaces d’aujourd’hui ont le tort de retarder le processus alors que le temps joue contre la réalisation d’une LEPI sérieuse avant les échéances électorales prochaines. Car le temps n’attend pas.

Olivier ALLOCHEME

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