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Le triomphe de la vérité

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Edito: 200 millions, 250 millions


Avez-vous jamais organisé un vrai meeting électoral au Bénin ? Si oui, vous reconnaitrez simplement que ce qui draine les foules, ce n’est ni la conviction politique parce qu’il n’y en a plus, ni la force de vos idées parce que personne n’en a cure. Ce qui fait remplir les salles, ce sont les intérêts du moment. Les cadres courent pour leurs postes à sauvegarder ou à conquérir, les gens ordinaires s’affolent pour l’argent qui sera distribué ou encore les sandwiches qui se distribuent au cours de ces événements. Cette marchandisation de l’engagement politique ne date pas d’aujourd’hui et rien ne se fait pour l’enrayer. Au contraire, nous avons élu au parlement les champions toutes catégories de ces pratiques. C’est eux que nous appelons « leaders charismatiques ». Alors, pourquoi se plaindre de l’officialisation d’une vermine que nous avons nous-même fabriquée ?
J’entends d’ici les hauts cris de ceux qui sont contre les cautions de 200 millions pour les listes aux législatives et 250 millions pour les candidatures à la présidentielle. Cela fait du sens de savoir que tout ce monde s’érige contre une mesure qui élimine d’office ceux qui n’ont pas d’argent. En même temps, elle peut réussir à discipliner les partis pour développer en leur sein des stratégies de formation au militantisme à la base. Autrement dit, le militant qui s’engage pour un parti doit savoir qu’il a l’obligation de cotiser pour la vie du parti. Ce qui énerve les uns et les autres, c’est que cette culture de la cotisation militante est morte depuis de nombreuses années. Ce qui prévaut depuis longtemps, c’est la stratégie du So Tcha Dou Tcha, celle du gain instantané. Car nos populations ont cessé de rêver à la politique comme l’art de développer les nations ou de construire la cité. La mentalité dominante, c’est celle du ramassage ou de la cueillette voire du pillage. On ne va pas à un meeting pour écouter les balivernes d’un leader politique qui lui-même, n’a rien compris aux impératifs de gestion et de construction d’une nation.
En 2015, au moment des législatives, un parti de ce pays a fixé à 100 millions de FCFA la caution à payer pour être en tête de liste dans certaines circonscriptions électorales de Cotonou, à Bohicon et Abomey. A l’époque, personne n’a bronché, parce que ce sont des pratiques qui ont du sens : si vous n’avez pas une certaine surface financière, inutile de sauter dans l’arène électorale au Bénin. Vous serez vite avalé et vite cuit. Vous n’irez nulle part.
Le Bénin a créé sa ploutocratie rayonnante. En matière électorale, ce sont ceux qui ont l’argent qui se font élire parce que les électeurs ont cessé d’écouter les pauvres. En plus d’en donner, les riches les font rêver. Les électeurs extrapolent facilement au niveau national ou local, les succès financiers de ceux qui sollicitent leurs suffrages.
Comptez donc à l’Assemblée nationale le nombre de députés artisans, enseignants ou médecins, et vous serez vite déçus. Quant aux paysans qui forment la couche la plus importante de notre population, il n’y en a pas un seul. A moins d’être accrochés à de redoutables mécènes qui attendent des retours sur investissement, ces catégories de professionnels n’ont aucune chance d’émerger en politique au Bénin. En 2015, lorsque les jeunes de l’UN se sont battus à Cotonou et qu’il fut l’heure de les positionner sur les listes électorales, de nouveaux critères financiers ont été érigés. Ils ont tous été écartés, au profit de gens qui n’avaient jamais fait l’UN. Et c’était alors pour la bonne cause : au Bénin, on n’écoute les candidats aux diverses élections que lorsqu’ils sont capables de mettre la main à la poche. Par ce choix stratégique, l’UN a raflé trois des quatre sièges de la seizième circonscription électorale, face à la redoutable machine FCBE. Si l’UN n’avait pas procédé ainsi, malgré tous les crimes reconnus au régime Yayi, les FCBE l’auraient facilement emporté.
Ce qui est valable à Cotonou, le fut aussi à Bassila où l’alliance ABT fut contrainte de positionner un de ses membres qui avait les moyens de satisfaire les exigences financières des électeurs.
Le vrai problème est là en effet. L’électeur béninois a pris goût à l’argent politique. Il est devenu vorace au fil des années, parce que des leaders dits charismatiques ont fait monter les enchères, hors de toute morale.
S’il faut combattre les centaines de millions de cautions à payer, la première chose à faire est de lutter contre cette propension ruineuse qui écarte des centres de décision politique ceux qui sont les plus concernés, c’est-à-dire les pauvres.

Olivier ALLOCHEME

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