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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec le Professeur Tingbé Azalou, Coordonnateur scientifique du Master EPDev: « L’administration béninoise a soif des spécialistes de la prospection »


tingbe-azalouLa rubrique ‘’INVITE DU LUNDI’’ de cette semaine s’intéresse à une nouvelle formation en cours à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac). Il s’agit du Master professionnel Etudes Prospectives et développement (EPDev) dont le promoteur et coordonnateur scientifique est le Docteur en anthropologie sociale et sociologie comparée de l’Université René Descartes, Paris V Sorbonne, Albert Tingbé Azalou. Professeur titulaire des Universités du CAMES et ancien chef du Département de sociologie-anthropologie (Dsa) de la Faculté des lettres, arts et sciences humaines (Flash), actuellement Faculté des sciences humaines et sociales (Fashs), il assume depuis 2012, les fonctions de coordonnateur de la spécialité sociologie de développement à l’Ecole doctorale pluridisciplinaire de sa faculté. Dans cet entretien, le Directeur scientifique du laboratoire d’analyses des dynamiques socio-anthropologiques et d’expertise pour le développement,  a fait le point du déroulement de la formation de la première promotion des apprenants inscrits dans ce master. A cet effet, il a également parlé des avantages de la formation pour l’administration béninoise à qui, il  a d’ailleurs conseillé, le recrutement de spécialistes de la prospection. Lisons-le !

L’EVENEMENT PRECIS : Vous venez de remettre sur le marché de l’emploi, une première promotion d’auditeurs que vous avez formée en Master. Dites-nous le contenu de cette formation .

Prof. Albert Tingbé Azalou : C’est un master professionnel avec un programme de formation en réflexion prospective pour répondre à une demande sociale. Cela, simplement parce qu’aujourd’hui, après la conférence de Maastricht de 1990, il n’y a pas de spécialistes sur le marché  pour conduire à bien les programmes de développement et pour construire également par rapport à des  visions bien définies ce qu’on peut appeler des stratégies de développement. Donc c’est un master qui vient combler un vide de point de vue professionnel et scientifique pour permettre à l’Etat  béninois de disposer des ressources humaines qualifiées dans le domaine de la Prospective stratégique afin d’éviter aux entreprises et à toutes les entreprises,  l’improvisation qui n’est pas de nature à opérer des changements nécessaires pour le bien-être des populations.

Alors depuis quand ce master a-t-il démarré à l’Uac ?
Ce master a été ouvert courant Février 2015 pour durer deux ans par promotion. C’est-à-dire quatre semestres de cours. Pour cette promotion, au bout des deux ans, les auditeurs ont fait un stage en entreprise qui leur a permis de disposer des thèmes et des sujets  qui ont fait objet de recherches approfondies ayant  débouché sur des mémoires qui ont  été soutenus avec succès. Et sur un effectif de 37 inscrits au départ, 29 apprenants ont pu déposer leur mémoire pour soutenance. Ce sont eux qui ont reçu leur attestation de diplôme, le 07 mars 2017.

Qu’est- ce qui explique la chute de l’effectif dans les soutenances ?

Certains  sont  malades et ne sont pas encore remis de leur état. D’autres également malades n’ont pas pu faire le terrain avec les autres, tout comme une catégorie qui a connu des difficultés diverses qui ont été des contraintes pour eux. Et parmi les 08 apprenants restants, 03 candidats ont déposé leur mémoire la semaine dernière et j’attends un effectif de 05 candidats  pour les programmer, constituant une troisième vague de soutenance. Les autres vont soutenir au fur et à mesure qu’ils vont déposer leur mémoire.

Comment se déroule l’encadrement ?
Il y a 32 enseignants qui ont dispensé des cours sur les quatre semestres. Parmi ces enseignants, il y a dix professeurs titulaires des universités du CAMES, une vingtaine maitres de conférences et quelques-uns qui sont des maitres assistants sollicités en experts et qui travaillent dans les administrations.

En termes d’opportunités pour ces auditeurs, que pouvons-nous retenir ?
En termes d’opportunités, ce sont des personnes ressources qui pourront avoir l’opportunité parce qu’ils ont déjà la capacité de faire de la réflexion prospective en termes d’identification des problèmes de développement qui se posent dans le pays, à l’échelle déconcentrée comme décentralisée. Ils ont la capacité d’identifier les goulots d’étranglement, la capacité de faire des  analyses diagnostiques et de dégager les points forts et faibles  d’une entreprise. Ils peuvent aussi formuler des défis et des enjeux dont la mise en œuvre devrait permettre de dégager des idéaux et vision de développement. Ils ont appris à formuler des stratégies de développement. Ils ont également appris à mettre en œuvre ces stratégies pour déboucher sur des programmes et des projets, sans oublier, la définition des politiques publiques pour le développement national.

Quelles sont les structures qui peuvent les employer ?
Toutes les structures ont besoin de la réflexion prospective. Et qu’il s’agisse d’entreprise privées, publiques, même dans les banques, partout où on travaille pour le développement, la réflexion prospective est nécessaire pour planifier sur le long terme des activités. Donc toutes les structures sont ouvertes à ces cadres formés qui peuvent travailler dans l’éducation, l’industrie, le commerce, la culture, l’environnement, la justice, la sécurité, la religion…..

Est-ce que la formation à déjà des partenaires au niveau des structures publiques et privées ?
Les entreprises où certains auditeurs ont fait leur stage, ont formulé des demandes et lorsque nous avons eu vent de cela, nous avons encouragé les auditeurs. Nous nous intéressons en partie à leur placement, mais ce n’est pas à nous de gérer les appels vers eux. Ils sont  libres de répondre par rapport à la nature du contrat. Donc, ils sont sur le marché et appartiennent à eux-mêmes et négocient leur contrat.

La cérémonie de sortie a bénéficié du regard du gouvernement à travers un acte de don de documents. A quoi retourne ce geste ?
Le gouvernement apprécie le travail qui se fait parce que la réflexion prospective depuis les années 1998 au Bénin, constitue un exercice incontournable dont nous disposons d’un document phare, Bénin 20-25 Alafia. Ceux qui sont astreints au progrès savent la valeur de ce document. Et donc, c’est pour nous motiver que les dirigeants de l’ex-Haut-Commissariat à la gouvernance concertée ont  demandé au gouvernement et au Programme des Nations unies qui les soutenaient, d’accepter ce don, qui a été fait à notre master. Il vise à renforcer les capacités intellectuelles  des auditeurs et permettre à tous les étudiants du Département de sociologie-anthropologie  de la Faculté des sciences humaines et sociales  et de toute l’université. Cela vient pour faire la promotion de l’intellectualité dans notre pays.

Quelle est la part de soutien du rectorat dans cette formation ?
Le rectorat a autorisé ce master depuis  plus de deux ans. Il travaille à nous soutenir comme il le fait pour toutes les initiatives du genre établies sur le campus d’Abomey-Calavi.

Pour parler de l’historicité du master, vous l’avez souvent liée à Bénin Alafia 20-25. Expliquez-nous ?
C’est au cours de la remise à la salle du Peuple du palais de la République, le 16 août 2001, devant un parterre de diplomates, de responsables d’institutions de la république et devant tout le gouvernement au complet que cette cérémonie a eu lieu, pour connaitre de la remise du document Bénin 20-25 Alafia au gouvernement. Et les experts, à travers leur porte-parole que j’ai eu l’honneur d’avoir été, ont souhaité que la réflexion prospective soit intégrée dans l’enseignement supérieur pour former des personnes ressources capables de continuer l’exercice et la mise en œuvre de ce nouveau projet de société. C’est ce qui a motivé les uns et les autres à initier des séminaires et des cours dans ce sens. Ceci a conduit les étudiants qui ont fait des démarches pour demander que cet enseignement soit réellement intégré à leur programme de formation. C’est comme cela que tout doucement en sociologie, nous avons commencé sous forme de séminaire de choix libre ensuite comme enseignement qui s’impose et chemin faisant, nous avons eu l’opportunité donc de créer ce master  qui capitalise tous ceux qui ont le goût de la réflexion prospective depuis leur année de licence en passant par la maitrise à ce jour.

Quelles sont vos perspectives en vue ?
En termes de perspectives, le doctorat est possible pour ceux qui auront réuni les conditions qui seront fixées en relation avec les autorités académiques de  votre  université.

Professeur, quel regard portez-vous sur l’administration béninoise ?
L’administration béninoise a besoin de spécialistes de la prospection. Déjà dans les DPP qui constituent les poumons incontournables de la vie des ministères et donc de ce qui relève de l’orientation  nécessaire à accorder pour le développement du pays. Les administrations déconcentrées en ont besoin dans les préfectures, les mairies, les arrondissements. Les familles en ont aussi besoin pour mieux se situer. On doit savoir où on va, sans quoi, pas de vent favorable. Donc, on a besoin de vision pour  fonctionner au jour le jour pour pouvoir progresser. Et sans cette démarche, rien ne pourrait être possible.

A quand la prochaine rentrée ?
La rentrée académique pour la troisième promotion aura lieu le 20 mars 2017. Là, nous avons la première promotion  qui est partie, la seconde promotion rentre en deuxième année. Donc les portes sont ouvertes à la troisième promotion.

Qui sont ceux-là qui ont accès à cette formation ?
Tout licencié en sciences humaines et sociales, démographes, juristes, économistes, touristes, statisticiens, psychologues, sociologues, anthropologues et autres, est autorisé.

Un message à l’endroit des béninois dubitatifs
C’est de s’intéresser à la prospective. On ne peut rien faire sans savoir où on va. Si on ne sait où on va, on ne sait quand prendre le départ. L’improvisation ne conduit pas au développement. Le pilotage  à vue ne conduit non plus au développement. Il n’y a que cette démarche qui puisse permettre aux béninois  et à chaque individu où il se trouve d’avoir les repères nécessaires pour pouvoir évoluer et faire progresser son être par rapport aux mutations en cours  dans le système social dans lequel on vit. Aujourd’hui, il est difficile d’être père de famille sans un regard prospectif. Difficile d’être chef d’entreprises ou autres  sans savoir faire la réflexion prospective qui existe déjà sous forme endogène. Nos parents savent faire la réflexion prospective. Ils font intervenir des systèmes divinatoires qui ont aussi des limites. Ils font aussi intervenir d’autres mécanismes qui les situent dans le temps avec des réalités écologiques environnementales et autres. Mais aujourd’hui, on doit aller autrement pour savoir comment piloter son existence. C’est après soi qui valorise le soi. La réflexion prospective, on a plus que besoin pour évoluer.

Réalisé par Emmanuel GBETO

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