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Editorial: 50 ans de FMI


UNE L'Evénement Précis N°1124

UNE L’Evénement Précis N°1124

Il y a cinquante ans, le Bénin (ex-Dahomey) signait son premier accord avec le Fonds monétaire international (FMI). C’était le 10 juillet 1963. C’est avec un certain frisson qu’on peut regarder ce chemin semé d’incompréhensions, de manipulations mais aussi de grandes réalisations ayant permis au pays de faire face à ses défis.
L’une de ces grandes incompréhensions aura été la suspension durant la période révolutionnaire par le régime militaire des relations avec les institutions de Bretton Woods. Conformément à sa ligne anti-impérialiste, le régime marxiste-léniniste avait perçu  la présence du FMI et de la Banque Mondiale comme une menace à sa souveraineté. Mais, il n’hésitera pas à recourir au FMI en 1987 pour son premier programme d’ajustement structurel (le fameux PAS).  Harcelé par l’effondrement du système bancaire, la mauvaise gouvernance du régime révolutionnaire et la récession au Nigeria, les militaires s’étaient vus contraints de recourir aux diables autrefois exécrés.
Et depuis lors, les conditionnalités de l’institution aidant, l’Etat ne pouvait que se réformer en profondeur.
Ce fut l’un des talons d’Achille du FMI : s’être  posé en messie d’Etats déliquescents. Il est vrai que nos pays avaient  fait des choix économiques désastreux qui ne pouvaient se résorber qu’avec une  thérapie de choc capable de provoquer le déclic nécessaire au niveau des mentalités. Il est également vrai que le Bénin comme les autres pays, avait  le choix entre accepter les remèdes violents qu’on lui proposait ou les rejeter. Le premier  impliquait des contraintes drastiques dont les plus importantes furent, entre autres, la compression d’un nombre important d’agents permanents de l’Etat, le gel des recrutements et des avancements, ainsi que la réduction drastique du train  de vie de l’Etat.
Le second impliquait le retrait de l’appui du Fonds, mais surtout la privation des ressources promises. En cette Afrique de l’Ouest troublée par la crise, seul le Ghana accepta, par exemple, de sauvegarder son  café et son cacao de la vague des privatisations sauvages. Aujourd’hui encore, le Ghana en remercie son ex-président, John Gerry Rawlings. Sa clairvoyance a permis au pays de relancer sa machine productive pour  atteindre des seuils de développement que le Bénin peut lui envier.
L’aide du Fonds devait permettre au Bénin, non seulement de faire face aux énormes déficits accumulés mais aussi de remettre le pays au travail. Le résultat a été atteint au prix de sacrifices  énormes. Les générations des 30-40 ans en portent encore les stigmates, du fait, par exemple, du gel des recrutements  et des programmes engagés pour réduire la masse salariale. En ligne de mire de l’institution, le dieu croissance auquel ont été sacrifiés les agrégats sociaux les plus prégnants.
En dépit de  ce sombre passé, le FMI reste un  partenaire privilégié du Bénin. Il a fallu sa main pour contraindre les gouvernements successifs à maintenir un cadre macroéconomique sain. Il a fallu sa main pour obliger à un semblant de transparence dans la gestion publique. Mais les récents événements nous ont enseigné de nous méfier de cet angélisme béat.
Les assurances apeurées de son représentant au Bénin et les confirmations tremblantes du directeur adjoint de son département Afrique sur les chiffres de la croissance économique au Bénin, ont montré clairement les failles de son fonctionnement. Peut-elle empêcher nos Etats de sombrer dans les mensonges statistiques ayant fait le lit de la crise grecque ? La question est posée.
Il faut cependant souhaiter que les institutions de Bretton Woods croient un peu plus à l’Afrique. Il suffit de voir les centaines de milliards d’euros que le FMI a déversées sur la seule Grèce en quelques mois seulement, pour se convaincre d’une chose : ces institutions ont un problème à l’Afrique.
Que ce soit le FMI qui s’occupe du cadre macroéconomique, ou la Banque mondiale plus ancrée dans l’économie, il est désormais question d’encourager des investissements productifs permettant au Bénin d’échapper au cercle vicieux de la pauvreté. Là en effet est le défi : promouvoir de nouvelles formes de financement permettant de lutter contre le chômage des jeunes et encourageant la consommation locale et la production de richesses. Les cinquante prochaines années devraient être orientées vers ces défis.

Par Olivier ALLOCHEME

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