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Le triomphe de la vérité

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Edito: Où sont leurs partisans ?


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Je n’ai pas été étonné de la mollesse de la réaction du parti Les Démocrates. Pas de conférence de presse, pas d’appel à manifester. Rien qu’une déclaration d’indignation. Aïvo et surtout Madougou ont été pourtant leurs candidats aux dernières présidentielles. Eric Houndété s’est contenté de lire une déclaration qui tranche en tout point avec sa propre virulence passée. Quant à leurs « fiefs » respectifs (ou ce qui peut en tenir lieu), c’est le silence le plus complet. Jusqu’ici, rien. Un silence qui contraste avec l’orage des réseaux sociaux. Les activistes de tout poil ont abreuvé la toile de leurs indignations exprimées sur tous les tons. Est-ce à dire que les deux acteurs sont surtout des politiques 2.0, sans ancrage réel sur le terrain ?
Si à l’occasion de leurs arrestations, on pouvait encore expliquer l’apathie de leurs partisans par la peur qu’inspiraient les mesures policières exceptionnelles prises durant la période électorale, on peine à comprendre ce qui se passe actuellement. Le peuple d’Aïvo et celui de Madougou ne sont visibles nulle part sur le terrain réel.
La réalité, elle est cruelle, mais la voici : pour les acteurs politiques qui convoitent le fauteuil présidentiel, ce sont des adversaires en moins. Qu’on le veuille ou non, Réckiath Madougou est arrivée au sein des Démocrates comme cheveux sur la soupe. Ainsi qu’elle l’a révélé vendredi, c’est sa puissance financière qui l’a propulsé candidate du parti. Elle pouvait débaucher des élus à coups de millions (elle a parlé de 70 millions), sans compter la caution de 50 millions de FCFA qu’elle a payée pour participer à l’élection. Sur ce point, ses billets ont été d’une efficacité redoutable.
Quant à Joël Aïvo, on se demande si le Front pour la restauration de la démocratie (FRD) dont il a fini par être candidat aura une réaction. Pour le moment, le président dudit front Valentin Houdé, brille par son silence. Une semaine après le procès ! Les acteurs politiques l’ont poussé à l’immolation. Il sera seul à affronter les dix ans de prison que la justice lui a infligés. Sauf si au bout de la procédure, il réussit à se faire entendre en appel, ce qui pour le moment relève de la simple hypothèse.
Hypothèse aussi, le fait que les accusés finissent par être graciés par le chef de l’Etat. Pour moi, il s’agit de la plus forte probabilité quand on regarde le concert de réactions ayant suivi les différents verdicts. Le droit ne supplantera pas la politique, même si en l’espèce elle s’interpose dans les dissensions consubstantielles à cet univers. Mais il faut souhaiter que le chef de l’Etat tienne compte du contexte de l’élection présidentielle pour gracier ces acteurs. Les procès de la semaine dernière rappellent les purges staliniennes opérées par le régime militaire de Kérékou dès son avènement en 1972. Tous les acteurs politiques qui pouvaient constituer une menace pour le nouveau régime furent jetés en prison: Ahomadégbé, Maga, Apithy ou encore Zinsou. Quant à ceux qui exprimaient une quelconque critique contre les nouvelles autorités, ils furent taxés d’anarcho-gauchistes et envoyés dans des centres de tortures ou des prisons. Malgré le caractère expéditif de ces méthodes, tout le monde reconnait qu’elles ont rendu possible la longévité du régime militaire. Le même scénario s’observe ici. Les différents verdicts de la semaine dernière mettront à la fourrière les jeunes loups impatients.
Car, si par extraordinaire, Aïvo et Madougou parvenaient à laisser de côté leur discours anti-Talon pour demander une grâce présidentielle, ils pourraient bien en être bénéficiaires. Encore faudrait-il qu’ils en fassent la demande. Et en cas de grâce présidentielle, les condamnations les empêchent de postuler à tout mandat électif. Ils ne pourront plus jamais être députés encore moins présidents de la république, au regard des lois actuelles. Il faudra attendre une loi d’amnistie pour les absoudre totalement de ces condamnations. Et je ne vois pas comment le régime de la Rupture irait à cette extrémité dans les conditions actuelles.
Dans tous les cas, l’incroyable apathie des partis d’opposition est la preuve que derrière les condamnations du bout des lèvres, la plupart des acteurs politiques sont satisfaits. Sans avoir à se gêner outre mesure, ils sont débarrassés d’adversaires capables de leur faire de l’ombre aux prochaines élections. Mais la vraie question demeure : où sont donc leurs partisans ?

Par Olivier ALLOCHEME

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