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Le triomphe de la vérité

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Edito: L’unité du Nord


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Le Forum politique des cadres et personnalités qui a eu lieu, ce samedi 23 septembre 2017, a été perçu comme l’expression d’un certain régionalisme. Il ne manquait qu’un complément (« du Nord ») pour que cette dénomination soit complète et suffisamment expressive. Les commentaires acidulés qu’on a lus sur les réseaux sociaux à propos de cet événement, disent un peu l’opinion mitigée des gens à propos de cette tentative.

Quelqu’un a pu poster sur Facebook ce message : « C’est ça hein …et ça restera toujours comme ça. Les fons ne peuvent jamais s’entendre. » Une autre affiche, toujours sur Facebook : « Quand les Sudistes s’entre-déchirent, les cadres Nordistes se rassemblent. Chers dirigeants sudistes, changez de comportement. Je suis 100% sudiste, mais j’ai honte. Je vous en prie, changez. » Un autre internaute voit les choses à sa manière : « Ce rassemblement OPPORTUNISTE des cadres des partis et mouvements politiques d’une partie de NOTRE PAYS est un non-sens. Le NORD POLITIQUE HOMOGENE et UNI n’existe pas. Le Nord géographique ? OUI ! ». Cet autre commentaire ne manque pas de piment non plus : « Les mêmes qui, hier, étaient attablés et se goinfraient goulûment le gosier, rebattent les cartes pour tendre à nouveau leurs plats. Quand de tels événements se passent, la jeunesse doit réellement prendre conscience du danger qui la guette ».

En fait, les expériences du genre de celle de samedi n’ont pas manqué au Bénin. En décembre 2014, naissait sous nos yeux l’Alliance Soleil, regroupant des partis et personnalités estampillés du Nord. Aux législatives de 2015, seuls 4 députés Soleil avaient pu être élus, sonnant le glas de ce regroupement. L’Alliance Soleil mourut de sa plus belle mort.

Bien sûr, il y a eu aussi l’Alliance ABT dirigée par Bio Tchané ou l’Alliance Amana de Nassirou Arifari-Bako   qui ne sont  pas dans une dynamique d’unité régionaliste, mais d’unité nationale. En fait, le premier regroupement  politique ouvertement régionaliste créé au Bénin, fut l’œuvre de Hubert Maga qui mit sur pied en 1951 le Groupement Ethnique du Nord (GEN), qui lui a permis d’être élu aux législatives de cette année-là en capitalisant les ressentiments des élites originaires de cette partie du pays. Egérie du Nord, Maga a toujours su jouer la fibre régionaliste pour assurer son leadership politique et réunir régulièrement le plein des voix de cette partie du pays lors des différentes consultations électorales. L’un des avatars du GEN est la création en 1967 du Front d’Action  Commun des Elèves et Etudiants du Nord(FACEEN), dont les membres s’étaient désolidarisés de l’UGEED (Union générale des élèves et étudiants du Dahomey) au nom d’une certaine spécificité du Nord.

Lorsqu’en 1972, Mathieu Kérékou finit par se saisir des rênes du Dahomey, il avait réussi également à éloigner Maga des cercles du pouvoir, ainsi que ses anciens adversaires et partenaires politiques de circonstance. Mathieu Kérékou, même s’il n’eut jamais de penchants ouvertement régionalistes (malgré l’utilisation de la politique des quotas aux différents concours de recrutement dans la fonction publique), apparaissait comme le leader politique incontesté du Nord. Il n’eut jamais besoin de fonder une alliance régionaliste pour soutenir son action politique ou ses défis électoraux.

La question aujourd’hui est celle-ci : la nouvelle initiative pourra-t-elle prospérer ? Evidemment que non ! L’idéologie régionaliste porte en elle-même les germes de son propre sabordement. Elle ne sert que les intérêts de quelques opportunistes cherchant à capitaliser les frustrations grégaires de quelques citoyens. Au lieu de les élever à la dignité républicaine… Et en fondant l’action politique sur ce genre de déviances, on creuse la tombe de la république.

La présence la plus curieuse de ce samedi était celle de Léon Bani Bio Bigou. Membre éminent de l’association   « Convergence d’actions  pour l’unité nationale » (Caunab) créée en 2014 pour lutter précisément contre le régionalisme, il a oublié l’un  des mots d’ordre des conférences publiques qu’il donnait lui-même au nom de cette association : «Aucun Béninois ne nait avec la haine d’un autre Béninois.  Nos concitoyens apprennent à haïr, apprenons-leur à aimer et nous le pouvons. » Président du Forum africain pour la restauration, la réconciliation et l’émergence (Farre), Bio Bigou est comme tous les autres acteurs politiques : il cherche son salut en s’appuyant  au plan politique sur les clivages identitaires ou les replis communautaires.

Mais il est évident que pour fonder une action politique responsable et durable, les acteurs doivent avoir le courage de renoncer aux manœuvres identitaires qui fragilisent le bloc national.

 Par Olivier ALLOCHEME

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