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Le triomphe de la vérité

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Editio: L’art en désuétude


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Dénis Avimadjessi vend au public les œuvres  de son musée situé à Ahozon. Geste de désespoir, geste de dépit, de découragement et de dégoût. Le collectionneur, à bout de souffle, a décidé de se libérer, à vil prix, de ce patrimoine qui lui fait dépenser ses maigres ressources de retraité. Les pièces achetées parfois à coups de millions de FCFA, seront vendues entre 1000 et 10.000 F maximum. Ce n’est rien d’autre qu’un bradage en règle.
De partout, les Béninois s’émeuvent. Chacun s’apitoie sur le sort du collectionneur et le supplie de ne pas liquider ainsi un patrimoine matériel finalement hors de prix. Mais personne ne lui propose rien de concret pour effacer ses dettes, rentabiliser son musée et vivre décemment sa vie de retraité et de mécène. Ce qui lui arrive est loin d’être anecdotique. Il suffit de voir la situation de nos lieux de mémoire pour s’en convaincre : ils sont abandonnés, pillés, spoliés. Tout se passe comme si, non content de les avoir oubliés, on se faisait fort de les dépouiller de leurs pièces et de les avilir. Le musée d’Abomey a vu en douze ans, la disparition d’environ 300 œuvres d’art, sans que jamais personne n’en fasse une histoire : c’est un non-événement. Après tout, les gens ont d’abord faim. C’est après avoir résolu les problèmes basiques de l’existence que l’on pense à aller au musée ou sur un site touristique. Et le Béninois oublie ces sources de création de richesse et d’épanouissement que sont les œuvres d’art en général et les musées en particulier.
Qui en voudra à Dénis Avimadjessi si jamais il concrétisait son intention?   Son geste est simplement la résultante de notre société qui n’a pas été formée à prendre au sérieux les œuvres d’art. Il est le résultat des ratés de la politique culturelle de notre pays. En principe, cette politique culturelle devrait faire fleurir le tourisme qui est une puissante source de devises. En 2015, un pays comme la France a accueilli environ 84,5 millions de touristes internationaux. Un an plus tôt, en 2014, les recettes issues du tourisme ont représenté  7,4 % du PIB du pays, soit 43,2 milliards d’euros. Ce n’est donc pas pour rien que le gouvernement français a décerné, ce samedi, la Légion d’honneur à un couple d’Américains, Spencer et Marlene Hays, ayant projeté de léguer sa collection d’œuvres d’art d’une valeur de 350 millions d’euros (229 milliards 250 millions de FCFA)  au musée d’Orsay.  Le tourisme seul crée en France 2 millions d’emplois directs et indirects. Mais rien de tout cela n’aurait pu se faire si les citoyens français ordinaires n’avaient pas acquis la certitude dès le bas-âge, que les œuvres d’art sont une richesse.
La valeur des œuvres de l’esprit pose en effet problème chez nous. Peu de Béninois savent à quoi servent les peintures sur tableau, les sculptures en bronze ou en bois, ou encore les chaises artistiquement stylées. « Ce sont des caprices de Blancs », disons-nous souvent pour ne pas voir la réalité en face. Et la vérité, c’est que nous sommes insensibles à l’art, pour 95% des Béninois. Les 5% restants, ce sont les intellectuels, les artistes eux-mêmes et quelques rares personnes de la classe moyenne. Résultat : les musées sont désespérément vides. Dans certains pays, les journées du patrimoine permettent de faire découvrir gratuitement à chaque citoyen, les lieux de notre mémoire, faire sublimer par chacun, les héros de notre histoire et rendre hommage à tous ces artistes qui nous font réfléchir. On s’interroge encore : en instaurant une telle journée, avec toute la publicité qui devrait l’accompagner, pouvons-nous nous sortir de notre immobilisme actuel ? Rien n’est moins sûr
Si Dénis Avimadjessi a eu le courage de crier son amertume, que diront tous ces directeurs des musées publics laissés à la dérive depuis des années ? Ils sont victimes d’un système qui exclut les œuvres d’art, un système qui  n’a pas encore compris que l’art est un vecteur de création d’emplois et de richesse.

Par Olivier ALLOCHEME

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