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Le triomphe de la vérité

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Réflexion d’un sociologue sur le choix du candidat des FCBE: Les périls de la candidature Yayi- Zinsou


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Lionel Zinsou EPLe Président Nicéphore Dieudonné Soglo vient de tirer la sonnette d’alarme : « J’ai rappelé à Lionel Zinsou ma grande surprise de le voir débarquer par la machine FCBE dont la gestion durant les 10 dernières années est émaillée de grands scandales.. » (Journal « Fraternité »- 2 déc. 2015) Par ailleurs le Parti Communiste du Bénin (PCB) dans un communiqué du 27 Novembre, très largement diffusé à travers tous les réseaux sociaux, dénonce violemment ce qu’il appelle une « honteuse machination de la France-Afrique » !
Jamais le sentiment anti-français n’a atteint dans l’opinion béninoise un tel degré d’exaspération, cumulant frustration et humiliation de la classe politique. Les allégations, ou propagandes, selon lesquelles, la France serait derrière la combinaison Yayi-Zinsou, pour sauver Yayi, sous le prétexte de la paix sociale au Bénin, ont réveillé de vieux sentiments anti-colonialistes et anti-français des Dahoméens, dont l’intelligentsia manie pourtant avec une maîtrise non égalée, la langue de Voltaire. Surtout lorsque les sorties tous azimuts des pro-yayistes bon teint, pour apporter la nouvelle de la candidature de Lionel Zinsou aux populations, soulèvent des inquiétudes même au niveau des partis politiques traditionnels qui, en plus de relever le défi des hommes d’affaires ambitionnant la compétition présidentielle, commencent à voir derrière cette candidature « parachutée » de Zinsou aux Fcbe, de nouvelles manœuvres du chef de l’Etat, pour avoir la mainmise sur le pouvoir en 2016. Ils voient se dessiner l’obstination de Boni Yayi à mettre en pratique, après l’échec des manœuvres pour réviser la constitution béninoise, la conception de l’alternance que s’est forgée le régime sous le slogan : « Après nous, c’est nous ». Tous les moyens considérables, surtout ceux de l’Etat, seront mis à contribution par le président de la république pour convaincre et galvaniser les populations, autour de l’idée qu’elles seraient en danger du fait de faire venir au pouvoir, par les urnes, les adversaires politiques du président.

KO, frustrations, des lendemains sombres
De là à penser que tout sera aussi mis en œuvre pour que le candidat parachuté réussisse au premier tour, par un nouveau K.O. est un pas que l’opinion franchit allègrement, sachant l’impuissance et l’embarras de la classe politique traditionnelle. Derrière cette fatalité pourrait naître pour le Bénin, une alternance tendue, imposée et portant, déjà, les germes d’un mandat difficile et chaotique. Lionel Zinsou, même si le pouvoir lui est offert sur un plateau d’argent, sur des montagnes de frustrations, ne pourrait ou ne devrait gouverner qu’avec des cadres d’une administration figée dans ses habitudes et un « système » que Boni Yayi, malgré son activisme débordant n’a point réussi à transformer. Et on peut douter que Lionel Zinsou sorti d’une culture occidentale cartésienne puisse avoir toutes les ressources du populisme dont a usé Boni Yayi intensément pendant dix ans, pour « encadrer » le pays. En sorte, les Béninois commencent à subodorer la manœuvre d’un troisième mandat camouflé qui permettrait à l’ancien chef de l’Etat de quitter les affaires, tout en ayant une forte maîtrise sur le pouvoir qu’il aura ainsi offert à son successeur Lionel Zinsou. D’où dans les semaines à venir, pourrait naître une forte coalition anti-Yayi dont la cible privilégiée ne pourrait qu’être Lionel Zinsou. Certains dans les pires supputations vont jusqu’à penser à un style de démocratie à la Poutine et Medvedev en Russie. En politique tout est possible et l’important c’est le pouvoir. Mais assis sur deux nationalités et deux cultures avec une, l’occidentale, vécue plus que l’africaine et béninoise, comment le futur président franco-béninois saura-t-il faire le distinguo entre le sentiment, les valeurs, la culture et la civilisation, les intérêts français et ceux du Bénin, qui peuvent être de nature contradictoire ? L’écartèlement est évident pour Lionel Zinsou, qui peut apparaître, à tort ou raison, malgré son intelligence fine, sa lourde culture entrepreneuriale et financière, sa compassion pour les populations démunies de son pays d’origine, comme un agent de l’arrogante « mission civilisatrice » génératrice de graves désordres préoccupant de nombreux milieux africains et un « médecin » condescendant d’une situation sociopolitique, économique et culturelle qui, vu des bords de la Seine à Paris, suscite désolation ou commisération. Mais si en plus de cela, le premier ministre apparaît laisser sa défense à des hommes sur qui ,comme le rappelle le Président Soglo, pèsent tant de reproches de mal gouvernance et de scandales non encore élucidés , il y a problème. Non pas du fait de Zinsou mais de son enfantement subit et opportuniste par Yayi.

La classe politique joue l’avenir du Bénin
Dès lors, l’actuel premier ministre apparaît dans une certaine opinion, à tort ou à raison, comme un produit Yayi, soutenu par la France, pour couvrir ses arrières contre les multiples dossiers qui pourraient avoir des répercussions judiciaires au cas où celui-ci échapperait aux Fcbe. En résumé, il est bien clair que le choix opéré par Boni Yayi pour la présidentielle 2016 ne fait pas l’adhésion de tous au sein de la mouvance présidentielle. Il reste à présent à attendre de voir quel degré de déconfiture cela pourrait entraîner, et si les doutes sur une victoire avec la mascotte Zinsou ne sont pas de nature à diviser la mouvance avant février prochain. Un KO pourrait-il être préparé, comme le craint une certaine opinion, pour faire triompher d’un seul coup Lionel Zinsou, afin d’éviter toutes alliances mortelles pour la mouvance, au cas où un second tour s’imposerait ? Certains n’osent pas le croire, vu la tension que cette méthode a provoquée en 2011 avec des difficultés pour le régime ; d’autres par contre n’écartent pas cette éventualité et demandent la plus grande vigilance à la classe politique pour que l’après 2016, ne soit pas chaotique pour le Bénin qui a besoin d’un tournant salvateur, d’une renaissance.
Pour résumer, le choix de Lionel Zinsou est une affaire de la mouvance présidentielle qui dirige le pays, mais à y voir de près, il est devenu une affaire nationale sur l’avenir du Bénin, de sa paix sociale, de son développement et du sentiment envers la France.

Jean-Joseph Mariano (sociologue)

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