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Le triomphe de la vérité

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Edito du 02 décembre 2013: Pris au piège


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Nous sommes coincés. La lenteur organisée du processus de correction de la LEPI installe le Bénin dans l’impasse la plus inquiétante.

En décembre 2013, tout le monde est convaincu, y compris le Chef de l’Etat, que rien ne se passera pour le compte de cette année. C’est lui Boni Yayi qui disait à qui voulait l’entendre en octobre dernier, qu’il fallait organiser les élections locales avant la fin de cette année. Un peu comme s’il sortait d’une autre planète, il enjoignait au COS-LEPI d’avoir à achever le fichier électoral au plus tôt. C’était une conception lunaire, venue d’un autre monde. Aujourd’hui, à quelques semaines de la fin de l’année, tous les signes montrent même que le fichier électoral ne sera pas prêt de si tôt.

                Malgré toutes les contorsions, il apparait que même la moitié des 9,8 milliards nécessaires à la correction de la liste n’est pas encore disponible. Les dernières informations que nous avons nous disent que l’institution en charge du processus attend toujours les 2,5 milliards promis par le gouvernement en octobre. Et nous sommes déjà en décembre. Le scepticisme des uns et des autres s’accentue davantage lorsque l’on voit que les bâilleurs de fonds traditionnels se sont tranquillement éloignés pour observer le cirque électoral dans lequel nous nous sommes embourbés. Après avoir injecté tous ces milliards, leur attentisme s’apparente à une démission, ou à tout le moins à un prudent retrait. On se souvient encore des manifestations qui en 2010 avaient tenté de faire accroire qu’il y avait une complicité entre le pouvoir et les bâilleurs à propos de la liste. Engagés dans le processus, ils avaient peut-être donné l’impression de pactiser avec le pouvoir. Mais il y a surtout que tout le monde se méfie désormais de ce qui se passe avec notre système politique basé sur la duplicité. Les responsables de la liste leur donnèrent raison de la plus noire des manières…

Que se passera-t-il donc demain ? Bien malin qui pourrait répondre à cette question. Dans sa Décision DCC 10–147 du 27 Décembre 2010, la Cour constitutionnelle avait déjà rejeté tout recours à une liste ad’ hoc au cas où la Lepi ne serait pas prête au moins 60 jours avant la date des élections. Autrement dit, qu’aucune élection au Bénin ne sera possible sans le truchement d’une liste informatisée en bonne et due forme. En d’autres termes aussi, tant que l’argent ne sera pas disponible, nos fameuses élections peuvent toujours attendre.

                La prorogation à l’infini du mandat des élus locaux et communaux depuis avril 2013, ajoute une pièce encore plus complexe à tout le puzzle. Il n’y a plus rien à faire d’autre que d’attendre le bon vouloir du Chef de l’Etat. C’est ici, en effet, que l’on découvre que tout repose sur le bon vouloir du seul Boni Yayi. Tout à fait légalement, il aura tout loisir de faire entendre que l’Etat manque de ressources. Il lui suffit d’accrocher à son argumentaire la nécessité de rembourser la dette intérieure de l’Etat pour que les entreprises aient les moyens de faire fonctionner l’économie. Qu’il lui suffise d’ajouter que les écoles et les universités ont besoin de ressources pour fonctionner et qu’on ne saurait les laisser pour s’occuper d’élections. Il peut tout aussi bien faire accélérer les choses, pour démentir nos noires frayeurs…

                En vérité, c’est la frayeur de tous aujourd’hui : la prolongation jusqu’en 2015 de tout le processus pour que le couplage des législatives et des communales soit irréversible. Au nom de l’économie. Mais en réalité, nous entrons de plain-pied dans une zone d’incertitude dont personne ne peut présager les conséquences. Même pas le chef de l’Etat.

                Car les syndicats et les partis politiques qui travaillent actuellement à faire monter le mercure ne le laisseront pas faire. Les coalitions préexistantes seront réactivées pour faire face à l’imposture. Les confessions religieuses ne resteront pas en marge de la houle générale. Mais la tentation du pire n’est pas bien loin. Ayant déjà perdu sur la plupart des fronts qu’il a allumés à gauche et à droite, le président de la république ne sera-t-il pas tenté de foncer droit dans le mûr, sans écouter les voix discordantes ? Il faut oser croire que la raison l’emportera.

Par Olivier ALLOCHEME

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