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Le triomphe de la vérité

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Face à leurs nombreuses difficultés au Bénin: Des réfugiés togolais se disent «victimes » de la politique extérieure du Togo


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Arrivés au Bénin depuis 2005, suite à la guerre au Togo, des réfugiés togolais se disent aujourd’hui désemparés face à la vie difficile qu’ils subissent sur leur terre d’asile. Ils sont environ 3500 et ont été en un premier temps hébergés au camp d’Agamè dans le Mono, avant d’être réorientés depuis près d’un an, pour la plupart dans la ville de Comè pour une réintégration sociale dont ils dénoncent le processus. Presque déjà 9 ans de vie difficile au Bénin, et parfois même très difficile. Ils disent souffrir davantage parce que ne détenant pas toujours les documents appropriés pour bénéficier de tous les avantages liés à leur statut de réfugié. Et ceci, en dépit des nombreuses démarches qu’ils auraient déjà entreprises ainsi que les appels incessants aux autorités compétentes. Ils préfèrent désormais quitter le Bénin pour d’autres horizons plus rassurants, soupçonnant que leur triste situation tient de la politique extérieure du régime au pouvoir au Togo, envers tous ceux qui n’aspirent pas à ses idéaux et qui ne le soutiennent pas. Lire ci-après les réactions de quelques- uns.

(Lire leurs réactions, ils appellent Yayi au secours)

Mr Akakpo Kwami, Enseignant et président des refugiés togolais au Bénin

« Le gros problème que nous avons est celui de la documentation »

« Le gros des problèmes que nous rencontrons au Bénin est celui de la documentation. Au lendemain de notre arrivée au Bénin, on nous avait fait savoir que nous bénéficierons du statut du prima – facie. Mais, à notre étonnement, nous nous rendons compte qu’aucune trace de ce prima – facie ne se trouvait dans les documents du HCR. Je dois rappeler que nous étions arrivés au Bénin à la suite des persécutions des milices du RPT lors des présidentielles de 2005. Bientôt donc, nous allons boucler 9 ans au Bénin, et vivons davantage dans une situation terrible. L’ex représentante du HCR, Mme Atangana Dicongué, il faut l’avouer, a fait tout ce qui est de son pouvoir pour qu’un statut en bonne et due forme nous soit accordé. Mais les autorités béninoises ont carrément refusé de nous octroyer un statut de droit. Et en lieu et place, elles nous ont plutôt accordés une carte de résident privilégié qui ne nous garantit pas les droits en tant que tel. Et malheureusement à cette carte, ils ont annexé une notation de début de cessation de ce statut, ce qui réduit nettement, nos privilèges et avantages qui y sont rattachés. Je dois aussi préciser que le processus de réintégration alors annoncé à grand renfort médiatique en notre faveur a plutôt connu un échec cuisant. Il faut aussi avouer que le processus n’était pas libre. Il a été forcé, car les gens n’avaient pas choisi délibérément d’intégrer la communauté béninoise. Et l’assistance financière qu’on devrait octroyer aux refugiés n’était pas à la taille de leurs besoins financiers. Chaque réfugié avait juste 200.000 FCfa comme appui ponctuel et doit s’en contenter pour tous ses besoins, éducation des enfants, leur santé, leur nourriture, le quotidien et tout le reste. Nous sommes au total 3500 réfugiés, et 3000 ont été forcés à cette intégration, et ce sont les 500 restants que nous appelons aujourd’hui les hommes de la terre d’asile. Eux autres se sentent trompés par les autorités et ne veulent plus faire partie de ce processus. »

Nestor Affignon, informaticien-journaliste et Secrétaire général des réfugiés togolais au Bénin

«Il y a une complicité intergouvernementale contre les réfugiés togolais »

 «Notre situation est tellement criarde que très récemment, nous avons interpellé le président Nicéphore Soglo, maire de la ville de Cotonou, puisqu’il est un ancien président qui continue de mobiliser beaucoup d’initiatives pour la paix dans le pays. Et comme il y a des étrangers qui ont quitté leur pays, pour des raisons politiques, il doit lutter pour que ces personnes-là puissent également vivre en paix dans le pays d’accueil. Mais, il n’y a pas que le président Soglo. Nous avons également interpellé le ministre de l’intérieur, les ambassadeurs qui sont au Bénin, les hommes religieux et beaucoup d’autres personnes. Mais jusqu’à présent, on n’a pas encore eu un écho favorable. J’ai l’impression qu’il y a une complicité intergouvernementale contre nous les réfugiés togolais. Je peux même dire qu’il s’agit d’une complicité internationale qui répond sans doute à la politique extérieure du Togo, tout simplement parce que nous avons quitté ce pays pour des raisons politiques, en dénonçant le hold up électoral qui avait prévalu dans le temps. Nous sommes considérés donc comme des opposants, et on agit sur la politique extérieure pour nous malmener, et quand nous serons fatigués peut-être, nous retournerons dans le pays pour se retrouver dans leurs mains. Je voudrais respectueusement demander au président Boni Yayi que nous admirons beaucoup d’essayer de dépasser la pression du Togo et de recourir à la convention de Genève de 1951, de l’OUA de 1969, et au protocole de New-York de 1967. Ce sont des textes qui protègent tous les réfugiés au monde. Nous ne pouvons pas être depuis 9 ans sur le territoire d’un pays qui a signé toutes ces conventions et ne pas avoir une pièce d’identité de refugié digne de ce nom. Nous savons que le président Boni Yayi est sensible à l’humanité, sensible au développement et nous comptons beaucoup sur lui pour régler notre situation, pour nous réinstaller réellement. Le titre de réfugié ne se négocie pas, quand vous traversez la frontière pour des rasions, politiques, économiques ou religieuses, vous êtes d’office considéré comme des réfugiés».

 D. Foly, refugié togolais et ex-étudiant en sociologie au Togo

« Je ne peux pas retourner au Togo parce que ma sécurité n’est toujours pas garantie là-bas »

« Avant de venir au Bénin, j’étais étudiant, en 2ème année de sociologie, mais, par manque de moyens, je n’ai pas pu continuer. Je me débrouille pour vivre. Je vis actuellement une situation très difficile, avec mes deux enfants et leur mère. Mon épouse est d’ailleurs très malade à l’heure où je vous parle. C’est très dur. Nous avons tapé à plusieurs portes sans succès. J’ai appelé Caritas et même le Hcr. Mais rien et rien pour le moment. Tout ce qu’on nous sert, c’est de nous dire qu’ils ont fini avec nous les réfugiés togolais. Parfois, on nous dit de retourner chez nous. Mais ce qui se passe au Togo actuellement ne permet pas d’y retourner. Car ce que vous ne savez pas, peut-être, c’est que nous sommes des ‘’poursuivis’’ politiques. Je suis le seul qui puisse apprécier la situation de mon pays. Nous sommes là parce que le Hcr est là. Il doit donc travailler pour nous. Il s’agit de la dignité humaine, et il va falloir qu’on agisse avant que le pire n’arrive ».

Akohounca Maurice, réfugié togolais et comptable de formation

« Malgré nos efforts personnels pour subvenir à nos besoins, notre situation demeure critique »

« Quand nous sommes arrivés ici, la situation était tellement délicate qu’on avait pas la possibilité de nous prendre nous même en charge. Les conditions de vie ici au Bénin ne nous permettent pas d’être responsables. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, je demeure célibataire à ce jour. Car tenir une famille est une question de responsabilité qui incombe à celui qui s’y engage. J’ai aujourd’hui 40 ans, et ma situation comme vous le voyez est alarmante et me fait réfléchir tous les jours. Des fois, c’est avec peine que j’assure un seul repas dans la journée. Malgré les efforts que nous fournissons nous-mêmes pour subvenir à nos besoins, notre situation demeure critique. Aujourd’hui, sincèrement, je n’ai plus confiance aux autorités béninoises, car beaucoup de promesses nous ont été faites mais ne sont pas réalisées. Si j’existe encore, c’est parce que je me bats pour trouver le minimum. Je demande au Hcr de nous enlever du Bénin. Car, nous sommes dans une soi-disant intégration. Je souhaite aller dans un autre pays plus regardant sur les réfugiés afin que je puisse travailler et gagner le fruit de mes efforts de façon convenable. »

 Savide Tovè Séli Ameyio, ex secrétaire en formation, représentante des réfugiées togolaises

« Je demande aux grandes femmes de ce pays de venir en aide à leurs sœurs togolaises »

«Les refugiées togolaises souffrent davantage de cette situation, car, comme nos maris n’ont pas de boulot, nous sommes parfois obligées de nous battre pour assurer la nourriture quotidienne en faisant de petites activités de commerce. Même dans les marchés où elles vendent, mes sœurs ne sont pas souvent bien accueillies, et ce sont toujours de petites querelles qui n’en finissent pas. Moi, je vends du gari et du charbon à la maison. Mais je vous avoue que la situation n’est pas du tout reluisante. On a trop de problèmes ici à Comè sur tous les plans, à savoir, nourriture, santé, scolarisation des enfants. Vraiment, rien ne va. Les propriétaires aussi nous menacent déjà, puisque nous avons des difficultés à assurer les loyers, après le payement des 6 mois d’avance que nous a octroyés le Hcr. Beaucoup d’enfants souffrent de la malnutrition. Moi, j’ai même un enfant de 14 ans qui, aujourd’hui, a de sérieux problèmes d’yeux, à la suite d’une bagarre avec un camarade d’école. Je ne sais pas quoi faire, faute de moyens. J’ai déjà sollicité plusieurs fois l’assistance de Caritas sur son cas, en vain. Des promesses et rien que des promesses. Je demande aux grandes femmes de ce pays de venir en aide à leurs sœurs togolaises qui vivent chez eux. Nous n’avons pas choisi d’être refugiées. Ce sont les circonstances de la vie. Moi, j’ai fait une formation en secrétariat et mon statut non encore régularisé. Ce qui m’empêche de trouver du travail ici au Bénin. Je préfère même aller ailleurs. Que le Hcr nous aide à trouver refuge dans un autre pays. »

Propos recueillis par Christian TCHANOU

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