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Le triomphe de la vérité

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Période électorale au Bénin:Quand les affaires prospèrent grâce aux campagnes


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Ces chaises que voici permettent à leur propriétaire de faire de bonnes affaires.

La période de campagne électorale au Bénin est une occasion pour faire de bonnes affaires. Loueurs de chaises, sonorisations, véhicules, militants…y ont réalisé des chiffres d’affaires très intéressants.

Wilfried Kossou vient de se doter d’une annexe de son établissement de location d’appareils de sonorisation et autres matériels. Il s’agit d’une petite agence qu’il a baptisée « Alafia center 2» dans la commune d’Abomey-Calavi. Comme le premier qu’il a ouvert il y a environs deux ans au quartier Akpakpa à Cotonou, l’intérieur, ce centre abrite aussi bien des matériels de sonorisation, des chaises, des bâches de différentes qualités que des ustensiles de cuisine et des nappes de tables.

A trente (30) ans, il n’est plus un diplômé sans emploi et peine même à voiler sa joie d’avoir réalisé des économies substantielles durant la période électorale. En plus de la clientèle qui accoure avec force bruits en ces heures mouvementées d’activité politique, il loue son matériel lors des cérémonies de baptême, anniversaires, mariages et enterrements. Durant ces les dernières élections présidentielles et législatives, il a été constamment été sollicité.

 « On a eu durant cette période électorale une hausse remarquable de notre chiffre d’affaires » confie le jeune homme. Cette bonne santé financière a des explications. Selon certains opérateurs économiques, la période électorale est d’une rentabilité exceptionnelle. « En week-end, je réalise des bénéfices variant entre 140.000 à 160.000 Fcfa pour les bâches quels que soient la dimension et le type», explique Wilfried Kossou.

Mais souvent, il faut faire appel à sa propre ingéniosité pour s’en sortir. « Notre établissement fait un contrat avec le client qui paye une avance en fonction du nombre d’activités qu’il voudra organiser durant toute la période », confie Louis Yèhouéssi, caissier de l’établissement ‘’le Messager de son’’ situé à Calavi et spécialisé dans la location de chaises.

Il parvient ainsi parfois à doubler son bénéficie ordinaire qui n’excédait guère 90.000 Fcfa pendant les week-ends. En fait, les hommes politiques et leurs militants et sympathisants ont besoin de ces prestataires de service. Durant les meetings, les bâches et chaises leur permettent de recevoir la foule de leurs électeurs probables.

Les loueurs de bus et de voitures

Il est tout aussi important de louer des chaises et des bâches que de trouver des militants. Cette équation n’est pas simple à résoudre. Les propriétaires de minibus sont alors sollicités pour convoyer des villages et arrondissements mitoyens des vagues de militants plus ou moins acquis. Ce qui amène certains à coller sur leurs véhicules un écriteau en forme de réclame « A louer pour les meetings ». A en croire certains conducteurs de ces véhicules, la location d’un minibus est très rentable lorsque le véhicule est en bon état.

 « Lorsque le déplacement doit se faire hors de Cotonou, les frais varient pour la mi-journée entre 30.000 et 40.000 fcfa », révèle un conducteur. Charlemagne est patron d’une Petite et moyenne entreprise spécialisée dans la location de voitures. Durant les dernières législatives, il a réussi à signer un contrat d’environ seize millions de FCFA pour louer une quinzaine de véhicules à un candidat membre du gouvernement.

 Chaque véhicule coûte 65000 FCFA la journée et doit participer aux longs cortèges servant à faire effet sur les électeurs. Le gros problème reste le recouvrement de toutes ces créances. Après le scrutin, la plupart des candidats ne pensent plus vraiment au remboursement de leurs dettes. Il en est de même pour les matériels de sonorisation qui sont d’une utilité patente lors des meetings. Du fait de sa rentabilité, beaucoup de jeunes s’affairent à cette activité, en s’improvisant DJ (Disk Jokey) en période de campagne.

 Valentinos Sono, c’est le sobriquet que s’attribue un de ces maîtres de cérémonie que nous avons rencontré. Il confie que le bénéfice qu’il tire après chaque événement n’est pas négligeable. « Au minimum, j’encaisse 50.000 Fcfa dans une semaine contrairement aux périodes ordinaires où on est seulement sollicité pour des activités comme les baptêmes et les cérémonies d’enterrement » laisse-t-il entendre.

Tout comme eux, les imprimeurs se réjouissent eux-aussi de cette période. La confection de centaines de milliers de tee-shirts et de millions d’affiches de toutes tailles, est d’une grande rentabilité pour les entreprises d’impression.

Femmes et conducteurs de taxi moto s’empiffrent

Lors des grands rassemblements politiques, les états-majors des candidats s’organisent pour faire occuper les lieux de meeting par une foule aussi nombreuse que possible, quels qu’en soient leurs bords politiques. Moyennant quelques jetons de présence, des hommes et surtout des femmes sont sollicités pour faire le nombre.

De sorte que des groupements de femmes, hâtivement constitués et provenant de tous les arrondissements de la commune et parfois même des communes environnantes sont mobilisés pour la cause. Ils donnent l’illusion d’une foule acquise au candidat afin de faire effet sur les électeurs indécis. Dame Eléonore du Groupement ‘’Vignon’’ de Cocotomey (commune d’Abomey-Calavi), l’avoue : « chaque femme reçoit au moins 1.000 Fcfa, et ceci compte tenu des moyens du candidat ». Pour elle, il ne s’agit que des frais de déplacement et non d’une manière d’achat de conscience.

« L’argent reçu lors des meetings nous permet d’assurer les frais de tontine journalière » confesse un autre membre du groupe. Pour Célestin, électricien bâtiment à Houègbo et membre d’un groupement de campagne, « il est impensable de voter pour quelqu’un sans avoir mangé son argent. C’est très important. » Beaucoup de vendeuses de quartier rencontrées sur les lieux de meeting, il n’y a rien à perdre en prenant cet argent. Dans certains cas où l’argent est insuffisant ou même lorsqu’un individu s’enfuie avec le magot, il s’agit d’une véritable déclaration de guerre.

 « Cela est déjà arrivé même où une ministre du gouvernement n’a rien donné à la fin alors que des femmes sont venues de Zè ou d’Akassato », confie dame Domingo Rachelle, Président d’un groupement féminin à Fignonhou (Godomey). Même si très souvent c’est la gente féminine qui est fortement représentée à ces occasions, on ne manque aussi pas d’y croiser également des hommes. En effet, des conducteurs de taxi-moto.

Abandonnant leurs clients, ils viennent gonfler les chiffres des meetings. C’est le cas de Comlan, un conducteur de taxi-moto qui avoue que c’est souvent en raison du manque de clients qu’ils profitent de ces occasions. On voit alors fleurir quelques associations de Zém soutenant tel parti ou telle obédience politique. Ils finissent en effet par devenir les fidèles militants d’un candidat qui à chaque manifestation sollicite leur présence.

Fiacre, conducteur de taxi moto résident à Wologuèdè (Cotonou) le confirme. Pour lui, c’est une seconde activité qui permet d’assurer le revenu journalier et ainsi de payer le propriétaire en fin de semaine. « Parfois nous recevons 3.500 voire 4.000 Fcfa d’un candidat lors d’une rencontre à effectif restreint» confie un autre Zém croisé dans un cortège bruyant à Dassa à la veille des présidentielles de mars dernier. Dans tous ces cas, le militantisme politique se conjugue presque harmonieusement avec la quête du gain facile.

Enquête réalisé par Olivier ALLOCHEME et Emanuel GBETO

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