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Le triomphe de la vérité

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Délivrance du permis de conduire au Bénin: Auto-écoles et autorités dans la mafia


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Juste Guédou, Directeur Général des Transports TerrestresLes responsables en charge du permis de conduire au Bénin ont  montré leurs limites. Et pour preuve, la floraison des auto-écoles non autorisées, le calvaire des apprenants lors des examens du permis de conduire et la longue attente pour entrer en possession du précieux sésame. Ce sont autant de problèmes qui minent le secteur sous le regard impuissant de la Fédération  des autos écoles agréées du Bénin. Il y a aussi l’indifférence coupable des responsables à divers niveaux de la Direction générale des transports terrestres. Un tour dans les couloirs de la direction générale des transports terrestres depuis les derniers examens du permis de conduire et le constat est désolant voire regrettable.

Mathieu est candidat au permis de conduire. Il a participé au dernier  examen organisé par la Direction générale des transports terrestres (Dgtt). Il explique avec désolation le désordre qui s’observe depuis peu en ces lieux tant en ce qui concerne l’immatriculation qu’au niveau de la délivrance  du permis de conduire : « On est venu ici depuis le matin, jusqu’à 16h, on n’a pas encore composé et c’est tout à l’heure qu’on nous a envoyé vers un autre jury parce que ceux qui devaient s’occuper de nous sont absents ». En effet, les rumeurs  deviennent de plus en plus persistantes sur l’anarchie et le clientélisme  qui s’observent à la Direction générale des transports terrestres. Au dernier examen du permis de conduire, c’est l’absence d’un  membre de jury qui a été décriée. Mais, les conditions dans lesquelles les  candidats composent laissent à désirer. Pour preuve, c’est à l’air libre, sous le vacarme permanent des véhicules et engins à deux roues qu’a lieu cet examen. D’autres dysfonctionnements techniques existent. On peut citer la non disponibilité des copies de résultats de l’examen de code pour les auto-écoles avant la phase pratique des examens. Une  situation qui ne permet pas de faire le tri avant la phase pratique. Il y a aussi l’absence de panneaux pour matérialiser les jurys afin de faciliter le repérage et leur identification par les candidats, sans oublier la non programmation de certains candidats dont les dossiers régulièrement déposés n’ont aucunement fait l’objet de rejet.  Autant de difficultés que rencontrent non seulement les candidats mais également les promoteurs d’auto-écoles.  Vincent Gnonlonfoun, le président de la Fédération des autos écoles agréées du Bénin (FAAB) dit avoir connaissance de ces dysfonctionnements et régulièrement attiré l’attention des responsables de la Dgtt sur cela. « Nous sommes conscients autant que les autorités de l’existence de ces difficultés. Mais, les dénoncer ne va pas résoudre le problème. Nous avons choisi à la FAAB la voie du dialogue. Ce qui fait que nous sommes en contact permanent avec les responsables de la Dgtt avec qui nous essayons de trouver au quotidien les solutions à ces différents problèmes », ajoute Vincent Gnonlonfoun. Pour lui, les affectations    représentent un sérieux problème auquel il faut remédier.  «  Vous voyez, il y a un directeur qui est nommé et chaque fois que nous allons le voir pour des problèmes, la solution est aussitôt trouvée. On est allé jusqu’à organiser la composition de l’examen du code dans la grande salle de conférence de la tour administrative. A peine un nouveau ministre est arrivé, le Dgtt en question a été remercié et les choses sont revenues comme avant », explique le président de la FAAB.

Des autos écoles non agréées et la responsabilité de la FAAB
La Fédération  des autos écoles agréées du Bénin est l’organe faîtière des associations de promoteurs d’auto-écoles au Bénin. Elle est appelée  à réguler le secteur et interpeler les responsables de la Dgtt sur les dysfonctionnements constatés dans l’organisation du permis de conduire. Mais cet organe divisé par les intérêts personnels est voué au silence. Si non, comment comprendre qu’en leur sein, il y a des auto-écoles non agréées qui présentent à chaque session des candidats pour l’obtention du permis de conduire ? Ces auto-écoles dont la liste est connue passent certainement par celles agréées pour présenter des candidats et personne n’a eu, depuis des années, le courage de dénoncer cet état de chose ou d’assainir la corporation. Sur la question, le président de la Fédération des autos écoles agréées du Bénin avoue ne pas être qualifié pour faire la chasse aux structures irrégulières. « On les connait. On a la liste de toutes ces auto-écoles qui opèrent dans la clandestinité de Cotonou jusqu’à Natitingou », explique-t-il avant de poursuivre. « Mais c’est la faute    aux auto-écoles agréées   qui acceptent présenter les candidats de ces auto-écoles clandestines. Puisque si vous n’êtes pas reconnu par l’administration, vous ne pouvez pas présenter de candidat. Mais nous, on ne peut pas se lever un matin et commencer par fermer les portes à ces gens-là, non, il faut sensibiliser. Toujours opter pour le dialogue, car nous sommes au Bénin et nul ne peut outrepasser la loi », a laissé entendre le président de la FAAB.

La suppression des attestations de réussite dans les départements et le retard dans la délivrance des permis
L’autre situation qui rend la vie difficile aux usagers est la suppression de la délivrance des attestations de réussite  dans les départements. Mais pour entrer en pocession de ce papier qui ne coûte que 2000f, Bio Gounou est obligé de quitter Parakou pour Cotonou.  Pour Vincent Gnonlonfoun, « c’est une situation qui ne nous arrange pas, nous aussi. Puisque le candidat qui réussit à l’examen de conduite commence par nous mettre la pression pour d’abord avoir cette attestation puis après le permis. Mais je ne sais réellement pas la raison pour laquelle la délivrance de cette attestation a été suspendue au niveau des régions. Seuls les responsables de la Dgtt peuvent nous éclairer », a laissé entendre le premier responsable de la FAAB. Mais pour le sieur Bio Gounou, c’est mauvais et triste pour les Béninois : « Je n’en crois pas mes yeux. Pour une attestation de 2000f, j’ai déjà dépensé plus de 15 mille francs et on m’a encore demandé de revenir demain parce que celui qui signe l’attestation serait en  mission. C’est triste ».

Le  silence coupable de la Dgtt et l’indisponibilité des permis
Approché pour donner son point de vue sur les différentes observations faites au cours de l’enquête, le chef service permis de conduire à la direction générale des transports terrestres a préféré garder le silence. Car, selon lui, « seul le Dgtt pourra y répondre ». Mais, le premier responsable de cette structure n’est pas disponible. Si non, selon toute vraisemblance, il serait  très souvent en mission à l’intérieur du pays et les permis, entassés sur son bureau, attendent d’être signés. La conséquence est que  même les permis du dernier trimestre de 2015 ne sont pas encore disponibles.

Permis de conduire
Ce qui est connu de tous !
Ce qui est connu de tous dans la délivrance du permis de conduire au Bénin c’est que les gens échouent rarement aux tests. Il s’agit  d’une pratique qui est de plus en plus développée entre les responsables d’auto-école et les responsables en charge de l’organisation du permis de conduire. Le fait est connu de tous les candidats, mais personne n’ose le contester, au risque de voir son permis bloqué dans les tiroirs de la Dgtt.  De quoi s’agit’il ? Tous les candidats écoutés ont reconnu le fait qu’au-delà des frais d’inscription pour l’apprentissage des cours dans les auto-écoles et les dossiers pour l’obtention du permis de conduire, il y a une somme non justifiable de 10.000f CFA qui est payée par chaque candidat à la veille des examens de conduite. Ceux qui se chargent de passer ce communiqué sont les responsables d’auto-écoles eux mêmes. Ils se chargent ensuite de collecter les fonds qu’ils transmettent à qui de droit. Ce « qui de droit », personne ne peut  dire de qui il s’agit. sont-ce les jurys qui prennent les fonds collectés? sont-ce les responsables de la Dgtt ? Ce qui est connu de tous, c’est que ceux qui ont pris par le système depuis quelques années savent qu’il faut payer une somme de 10.000 francs au risque d’échouer au test de conduite. Car, selon les témoignages, ceux qui ont refusé de remplir cette formalité ont beau savoir conduire, ils ont été recalés après l’examen. Un autre danger sur lequel repose le permis de conduire au Bénin.

Yannick SOMALON

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