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Le triomphe de la vérité

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Commissaire Richard Akodandé, chef service accidents et constats/CCC: « Nous entretenons une relation fructueuse avec le CNSR »


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Commissaire richard AkodandéChef service des accidents et constats de la ville de Cotonou, le commissaire de Police Richard Akodandé s’est prêté aux questions de votre journal. Selon lui, les mesures sécuritaires telles que le port du casque et le respect de la piste cyclable ont contribué à la réduction du taux d’accidents mortels dans la ville de Cotonou. C’est pourquoi, il en appelle à l’application de tous les textes que ce soit au niveau des codes ou au niveau des lois pour un Bénin véritablement épanoui. Lisez plutôt.

L’Evénement Précis : C’est quoi le service des accidents et constats?

Commissaire de police Richard Akodandé : C’est un service du commissariat central de la ville Cotonou qui a comme responsabilité principale le constat des accidents de la route. Lorsque, dans la mobilité humaine, il y a collision, c’est ce service qui est chargé d’établir le procès-verbal, de faire le constat, de situer les responsabilités afin que les parties concernées par ce choc trouvent satisfaction. De façon concrète, nous travaillons avec plusieurs autres structures. Il s’agit, par exemple, du Centre national de sécurité routière (CNSR), les compagnies d’assurances, …

Pour la sécurisation de la circulation routière, quelles sont les mesures qui sont prises ?
Si on ne connait pas les mesures qui sont prises pour maitriser le phénomène des accidents, on ne pourra pas bien apprécier ces phénomènes-là. C’est pour dire que la Direction générale de la police nationale depuis bientôt 3 ans est partie du fait que les accidents continuent de tuer et de créer beaucoup de désordres dans notre pays. Et donc, il y a lieu de poser des actes concrets pour pouvoir limiter les effets pervers des accidents. Entre autres, la hiérarchie policière sous la houlette de Louis Philippe Houndégnon a décidé du port obligatoire de casque par nos concitoyens qui sont sur les engins à deux roues eu égard à ce que les motos constituent le plus grand moyen de déplacement dans nos grandes villes. Ensuite, on s’est rendu compte que ce sont les motocyclistes qui paient un lourd tribut. Pour trouver une solution idoine à cette situation, on a décidé de faire circuler les deux roues dans un couloir spécifique à l’extrême droite de la chaussée, c’est-à-dire, les séparer des 4 roues voire plus. A l’époque, il y a eu une sensibilisation autour de la décision avant qu’on enclenche avec sa mise en application.

Que peut-on retenir de la mise en application de ces mesures ?
Je peux vous dire que ces deux mesures ont contribué à maitriser les accidents. Donc, ce sont des opérations opportunes qui ont porté leurs fruits. Vous savez, nous étions à plus d’une vingtaine de cas d’accidents par jour dans la ville de Cotonou. Et ce sont des cas effroyables, des cas mortels. Mais l’avènement de ces deux mesures a permis de réduire considérablement les accidents sur les axes de Calavi à Sèmè. Car, lorsque les accidents vont survenir, les motocyclistes ne sont plus victimes de traumatisme crânien comme par le passé en dehors de certains qui refusent de porter le casque et qui subissent malheureusement les dégâts.

Voulez-vous dire, monsieur le commissaire, qu’il y a encore des cas d’accidents mortels ?
Vous savez, on ne peut pas avoir un taux zéro accident dans une ville. Ce n’est pas possible. Parce que dès lors qu’il y a mobilité humaine, il doit avoir d’accident. Aussi, sommes-nous dans un contexte où tous ceux qui conduisent les motos n’ont pas le permis de conduire. Ce qui veut dire qu’il ne peut pas ne pas avoir des cas d’accidents. Mais je dis que le phénomène est plus ou moins contenu.

Alors, comment se comporte aujourd’hui la courbe des accidents ?
Au temps fort de l’exécution des mesures, cette courbe a baissé considérablement. Mais depuis le mois de janvier 2015, cette courbe a commencé par croitre. Et cela pas comme avant malgré le fait qu’il y a augmentation de la population et l’inondation de nos marchés par des motos. C’est-à-dire que malgré les réticences de certains, le phénomène d’accident est plus ou moins contrôlé.

Monsieur le commissaire, enregistrez-vous encore des cas d’accidents mortels ?
Absolument. Les accidents mortels font partie des cas d’accidents. Et je me redis. Lorsque nous sommes dans un contexte où les conducteurs de motos sont les plus nombreux, et que ces derniers ne passent pas des permis de conduire et ont des notions très vagues de la conduite, on ne peut pas totalement éviter les accidents de la route. Lorsqu’on est dans un contexte où le piéton, en voulant traverser la chaussée, on le laisse dans l’indifférence totale des autres usagers de la route, alors que le code même exige que l’on s’arrête systématiquement dès lors qu’on constate qu’un piéton manifeste le désir de traverser ; lorsqu’on est dans un contexte où les passages autos ou piétons ne disent rien aux Béninois en général et aux Cotonois en particulier ; les accidents mortels sont légion. Lorsqu’on est aussi dans un contexte où l’alcool et le volant cohabitent chez nous ; ou encore lorsqu’on est dans un contexte où les gens font l’excès de vitesse, comprenez avec moi qu’il est impossible de ne pas avoir des accidents mortels.

Pouvez-vous nous donner des illustrations par des chiffres ?
Je n’ai plus tous les documents ici avec moi. Mais, je tiendrai compte du tableau d’évolution des cas d’accidents depuis le mois de janvier 2015 à celui de juillet 2015. Et partant alors de là, en janvier 2015, nous avons enregistré dans la ville de Cotonou 150 cas d’accidents dont 2 mortels. En février, 170 dont 3 mortels. En mars, 188 dont 1 mortel. En avril, 323 dont 8 mortels. En mai, 318 dont 13 mortels. En juin, 448 dont 20 mortels. En juillet, 323 dont 12 mortels. Lorsque vous prenez ces chiffres, on a comme l’impression qu’ils montent. C’est une impression qui se justifie par le fait qu’à partir du mois de mars, pour des raisons données, les mesures que j’ai évoquées auparavant ont été mises en veilleuse. Surtout l’opération du port de casque. Cela n’est pas forcément dû aux forces de l’ordre. C’est ce qui a fait que la courbe a connu de l’ascendance. A partir de juin-juillet, la police a repris plus ou moins les choses en main, et la situation est passée sous contrôle. Mais, nous attendons la fin de l’année puisque vous savez que le dernier trimestre est, par excellence, celui où les phénomènes d’accidents sont galopants. Donc, un point global sera fait et nous allons faire une comparaison avec les autres années. Cela va nous permettre de savoir si ces opérations ont été très efficaces comme en 2014 et en 2013. Sinon, nous allons mettre en œuvre un certain nombre d’opérations, de mesures comme le permis de conduire systématique pour le motocycliste, l’assurance pour les conducteurs de moto, et plusieurs autres mesures. Mais lorsque nous constaterons que ces chiffres-là sont prometteurs, nous allons de manière progressive voir lesquelles des mesures seront mises en œuvre pour le bonheur de la population. Car, pour la hiérarchie policière, c’est l’intérêt général, et forcément la sécurité des personnes et des biens qui préoccupent.

En récapitulant, veuillez nous dire quelles sont, selon vous, les causes des accidents ?
Une panoplie de faits est à l’origine des accidents. Pêle-mêle, je peux citer, l’excès de vitesse, la conduite en état d’ébriété, l’usage du téléphone au volant, la distraction, le sommeil, le non-respect des panneaux de signalisation, le non-respect des signalisations lumineuses, le non-respect des priorités au carrefour, le non-respect des priorités dans le sens giratoire etc.

Quelle est la relation qui lie le CNSR et le service que vous dirigez ?
Disons que le CNSR est une entité créée par décret et dont la mission première est de sensibiliser sur les règles de la route, les comportements à tenir pour éviter des accidents. C’est le rôle primordial du Centre national de sécurité routière. Alors, malgré ces mesures, lorsque l’accident survient, nous au service des accidents, faisons essentiellement les constats. Donc, de façon globale, avec le CNSR, nous avons une relation de salon et de chambre à coucher. C’est-à-dire, l’un est le relais de l’autre.

Dans le cadre de la gestion des accidents, le CNSR a élaboré une fiche. Expliquez-nous la fonction de cette fiche et l’usage que vous en faites ?
Ces fiches sont des bulletins d’analyse des accidents constatés. C’est une fiche qui renseigne sur le moment de l’accident, le véhicule utilisé, la qualité de la route au moment de l’accident, l’état du conducteur, son identité, sa profession. C’est une fiche qui permet de faire des analyses globales en vue de prendre des mesures appropriées pour maitriser le phénomène accidentoriel. Je peux vous dire que cette fiche est pour nous d’une utilité exceptionnelle.

Pensez-vous que les mesures prises sont à ce jour respectées entièrement par les Béninois ?
Pour apprécier ces mesures- là, il y a lieu de dissocier la piste cyclable du port de casque. La piste cyclable est plus ou moins respectée. Parce que là où l’opération a eu lieu, on constate, en dehors de quelques brebis galeuses, qui s’obstinent à prendre par la chaussée, les Béninois ou les Cotonois respectent la piste cyclable et montrent qu’ils comprennent son importance. Et ce sont eux qui en jouissent. Maintenant, en ce qui concerne le port de casque, le Béninois tarde à s’approprier cette mesure.

Qu’est-ce qui peut amener quelqu’un, selon vous, à refuser de respecter ces mesures ?
C’est l’incivisme. Il n’y a pas deux mots.

Qu’est-ce qui fait qu’à ce jour l’opération port de casque n’est pas encore généralisée ?
A quoi bon de généraliser lorsqu’on sait que dans certaines contrées le risque d’obtenir des cas d’accidents entre des motocyclistes est très mince ? Nous ne devons pas gaspiller les énergies. Il ne faut pas qu’on se laisse distraire. Les problèmes sociaux se maitrisent selon l’ampleur du déséquilibre qu’ils créent sur la personne humaine.

Que diriez-vous pour conclure cet entretien ?
Je dirai aux Béninois et aux Cotonois que les textes sont faits pour être respectés et que le règlement est le socle de toute activité. Donc, ne pas respecter les textes dans un pays, c’est creuser le trou pour le désastre. Or, les Béninois ne veulent pas conduire leur pays dans le gouffre. C’est pourquoi j’en appelle à l’application de tous les textes, que cela soit au niveau des codes ou au niveau des lois pour un Bénin véritablement épanoui.

Entretien réalisé par Anselme HOUENOUKPO

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