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Le triomphe de la vérité

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Edito : L’argent et les syndicats


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Trois longs mois de grève ne peuvent passer sans séquelles graves. Au sein des centrales et confédérations syndicales, cette période de grande turbulence se solde désormais par la polémique sur de prétendus fonds qu’auraient reçus des responsables syndicaux pour se laisser convaincre de la nécessité d’arrêter les débrayages.

        Tandis que les montants exacts de ces transactions douteuses s’accroissent ou s’abaissent au gré des humeurs, l’on s’envoie des invectives où transpirent aigreur, trahison, corruption, félonie. Il suffit d’entendre ce que disait la CSTB et la FESYNTRA-Finances lors de leur point de presse de vendredi pour s’en convaincre : « Lors des négociations centrales/Gouvernement, les revendications des travailleurs sont bradées pour des billets de banque », affirmait Paul Essè Iko flanqué de Laurent Métongnon. C’est le gouvernement qui sera ravi.

        Ravi d’avoir réussi à casser la belle unité ayant permis de le combattre pendant plus de trois mois, le gouvernement devrait être satisfait de son coup. Est-ce vraiment lui qui a injecté de l’argent dans la masse syndicale pour la désorganiser et l’atteindre au cœur de son unité ? Quelqu’un a-t-il même jamais orchestré ce prétendu « coup » ? Les réponses à ces questions ne viendront pas avant longtemps.

        Les accusations fusent et ne se contrôlent plus. Les travailleurs sont déboussolés et se sentent floués. Ce dont on est sûr, c’est qu’en réalité les syndicalistes ont été financés pour effectuer les missions qu’ils ont réalisées dans tout le pays en vue de l’accalmie souhaitée par le Chef de l’Etat. Au cours de ces AG, ils ont mesuré la détermination de leurs camarades, et décidé de la poursuite du mouvement, malgré les subsides reçus. Au passage, au plus fort des négociations, l’un des ministres en charge des négociations a laissé entendre qu’il finançait une centrale syndicale avant même son entrée au gouvernement, du temps où il dirigeait encore une société d’Etat. Et cette allusion a suffi pour rallumer les flammes de la suspicion au sein des leaders syndicaux qui se soupçonnaient déjà de fricoter avec le pouvoir. Ce fut la preuve irréfutable que…

        Tout compte fait, les syndicalistes eux-mêmes, n’ayant visiblement pas pris l’habitude de laver leurs linges sales en famille, se sont rués pour s’épancher dans les médias. Chacun croyant se laver aussi blanc que neige, a sorti sa calculette, montré les chiffres, étalé les biens de l’autre, scruté son garage pour y compter le nombre de voitures… L’unité syndicale a volé en éclats, les travailleurs sont démotivés, le mouvement entamé en janvier est en passe de s’essouffler et le  plus grand chaos règne au sein de la maison syndicale. Yayi s’en frotte les mains.

Mais sa satisfaction ne devrait être que de courte durée. Demain, la reprise des classes devrait servir à vérifier dans quelle mesure ont été suivis les appels lancés par la CSTB pour la poursuite du mouvement. Dans quelle mesure seront suivis d’effets les menaces du gouvernement et les appels à la reprise lancés par les autres centrales partisanes de l’apaisement ? Les soubresauts provenant de la base montrent que la reprise sera mouvementée, d’autant que les enseignants ont l’impression qu’il leur suffit encore d’un peu plus de pression pour arracher les fameux 25% accordés aux autres composantes de la fonction publique. Dans leurs rangs, il y a peu de places pour des concessions avec le pouvoir dépensier et arrogant. Les millions qui se distribuent de mairies en mairies, de marches en prières, l’ampleur de la corruption et le train de vie insolent de l’Etat ne peuvent jamais les convaincre de la nécessité d’une austérité. Ils ne comprennent même pas le sens des sacrifices qu’on ne demande qu’à eux, et pas aux autres agents de l’Etat.

        Il ne sera pas facile au gouvernement de s’en tirer à si bon compte. Passé maître dans les manœuvres électorales, recrutées parfois dans les imaginations les plus sordides, Boni Yayi et son gouvernement ne pourront jamais dire qu’ils n’avaient pas été avertis. Ce sont leurs propres pratiques politiciennes qui les rattrapent. A force de tout sacrifier aux manœuvres politiciennes, ils se jettent en pâture aux travailleurs dont beaucoup sont conscients aujourd’hui que tout est encore possible. Tout est encore possible en effet.

Par Olivier ALLOCHEME

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