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Le triomphe de la vérité

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Edito du 10 février 2014: Au seuil de la mort


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logoLa mort rôde dès aujourd’hui dans nos centres hospitaliers. La mise en exécution de la menace des médecins couvre tout le pays d’un noir manteau qui n’épargnera personne. Ni vous, ni moi, ni nos enfants, ni nos épouses et époux, ni nos tantes, nos oncles, nos amis, nos collaborateurs ou nos supérieurs hiérarchiques. Si jamais l’un quelconque d’entre nous en venait à tomber malade aujourd’hui ou dans la semaine, il faut prier qu’il ait les moyens de se rendre dans les cliniques privées. Et que la gravité du mal n’amène la clinique elle-même à le référer vers un hôpital public. Ce serait dramatique. La grande majorité des Béninois pour qui les cliniques privées sont hors de prix, s’exposent hélas à ce drame. Prions seulement.

               Ce qui a amené les médecins à cette extrémité, ce sont leurs revendications qui remontent à 2008, mais surtout les défalcations massives opérées sur leurs salaires. Et l’on en vient à s’étonner de cette crise qui s’éternise et remet en cause fondamentalement les institutions de dialogue mises en place depuis l’avènement de Boni Yayi au pouvoir. Haut commissariat à la gouvernance concertée et Médiateur de la république, institutions créées précisément pour éviter l’aggravation de ces clashes meurtriers entre le pouvoir et ses partenaires sociaux, n’ont probablement jamais autant montré leurs limites qu’aujourd’hui. A quoi donc servent-elles ? Curieusement, c’est précisément sous le régime ayant pris des précautions institutionnelles pour juguler les crises que le Bénin enregistre ses pires déboires en la matière. Question : et s’il n’y avait ni Médiateur, ni Haut Commissariat à la gouvernance concertée ?

               Mieux, jusqu’en août 2013, le gouvernement Yayi a compté un poste de ministre en charge du dialogue social. Mais, le poste lui-même a vacillé dès 2011 lorsque le négociateur en chef du gouvernement avait conclu avec les travailleurs le protocole d’accord octroyant les fameux 25% aux agents du Ministère des finances. On sait ce qu’il en est advenu. La Cour constitutionnelle, sur saisine des travailleurs des autres secteurs, avait demandé la prise en compte de tout le monde, suscitant le courroux de Yayi. Dans quel pays non pétrolier accorde-t-on 25% d’augmentation à près de 100 000 fonctionnaires ? Depuis lors, la masse salariale, déjà éléphantesque, a atteint 46,7% des recettes fiscales, battant tous les records dans la zone UEMOA.

Il ne faut pas se leurrer. L’octroi à la pelle des primes et autres avantages pour amadouer les centrales syndicales et acheter leurs louanges, a obéré le budget national et empêché Yayi de faire d’autres concessions aux travailleurs. Les bâilleurs de fonds n’ont jamais digéré cette pratique béninoise et attendent au carrefour : toute nouvelle concession sera considérée comme une incapacité notoire du Bénin à maîtriser sa masse salariale. Or, cette exigence figure en bonne place dans les points d’accords entre le gouvernement et le Fonds monétaire international (FMI).

               Dans ces conditions, le régime Yayi se retrouve dans un mouchoir de poche. Après avoir joué au Papa Bonheur pendant longtemps, il est clairement au pied du mur. Si jamais, il octroie les avantages demandés par les praticiens hospitaliers, l’effet domino sera immédiat. D’autres secteurs de la fonction publique vont se réveiller.

 Même s’il faut croire que le pouvoir Yayi est le plus belligène que nous ayons eu depuis 1990, la réalité, en ce qui concerne les avantages demandés dans le secteur santé, reste plus complexe. L’inflation de la demande sociale qu’ils induisent risque de précipiter tout le pays dans un gouffre inéluctable. Bien entendu, la communication guerrière et brouillonne engagée par Boni Yayi lui-même cache la réalité et le met en porte-à-faux avec ses partenaires sociaux.

                Si tous les fusibles mis en place ont sauté comme de simples jouets, c’est parce que les marges de manœuvre du gouvernement ont été méthodiquement rongées par le passé. La seule alternative, aujourd’hui, est que Boni Yayi fasse profil bas pour se faire entendre. Car, même s’il parle beaucoup, le chef de l’Etat n’est pas du tout écouté par son peuple. Il s’est, lui-même, installé dans un splendide isolement. Peut-être qu’alors, les médecins, qui ne sont pas des bêtes sauvages, sauront reculer, surtout si on leur restitue leurs salaires défalqués.

Par Olivier ALLOCHEME

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