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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Imorou Assan:”Garder sa virginité ou sa chasteté n’a aucun danger pour la vie”


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A la faveur d’une formation récemment initiée à Bohicon à l’endroit des journalistes sur la SRAJ, la santé de reproduction des adolescents et des jeunes, Imorou Assan de l’Association béninoise de marketing social pour la communication pour la santé (ABMS), a bien voulu nous entretenir sur quelques problèmes auxquels sont confrontés les jeunes en matière de sexualité.

 L’Evénement Précis : C’est quoi la santé de la reproduction ?

 Imorou Assan : Si on veut définir de façon simple, cette santé concerne le fonctionnement et la fonction de l’appareil génital. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé comme un état général de bien-être complet, aussi bien mental que physique et psychologique. Ici, il s’agit de cette santé à travers la personne humaine pour tout ce qui concerne le fonctionnement et la fonction de son appareil génital. Si on veut parler en termes simples, la santé de la reproduction, c’est le bien-être général de notre organe génital. La santé de la reproduction est l’un des domaines d’intervention de l’ABMS.

 Pourquoi la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes, pourquoi se focaliser sur cette catégorie ?

La santé de la reproduction concerne l’usage de notre appareil génital. Quel que soit ce que nous sommes, la vie génitale commence déjà dès l’enfance. Mais à partir d’un certain âge, la fonction-même de l’appareil génital commence à travers les relations sexuelles. Si cette relation est pleine de plaisir, elle a aussi des inconvénients. Donc, nous parlons de santé de reproduction des jeunes et des adolescents pour amener ces jeunes, avec l’accompagnement des parents, à connaître ce que c’est que leur corps, pour pouvoir avoir des comportements responsables en matière de sexualité, pour que les risques auxquels les jeunes sont confrontés en matière de vie sexuelle soient écartés.

Quelle tranche d’âge est concernée quand on parle d’adolescents et jeunes?

D’abord, ici nous sommes dans le domaine médical et par rapport à ce domaine, il y a une définition des jeunes en matière de santé, selon l’Oms, et c’est toute personne dont l’âge est compris entre 10 et 24 ans. C’est ceux-là qu’on définit comme jeunes. Mais, à l’intérieur, on essaie de catégoriser : il y a ceux qu’on appelle les adolescents, c’est-à-dire les jeunes dont l’âge est compris entre 10 et 19 ans.

Nous allons parler de dialogue et selon vos études, seulement 28,3% des parents dialoguent avec leurs enfants. Qu’est-ce qui explique cet état de chose, ce pourcentage assez faible quand même?

Le vrai problème est, qu’aujourd’hui, les parents n’ont pas le temps d’accompagner leurs enfants par rapport à leur vie sexuelle. Aujourd’hui, il y a ce qu’on appelle la vie privée et la vie professionnelle. Les parents sont dehors tout le temps, ils n’ont plus le temps de voir ce que les enfants font à la maison. Donc, il y a cette distance créée par la fonction qu’occupent les parents. En dehors de ceux des parents qui sont des fonctionnaires, il y a le commerce. La maman est d’un côté, le papa de l’autre, les enfants sont à l’école, on ne les suit pas. Ce qui fait que les enfants sont livrés à eux-mêmes. Ça, c’est un autre aspect du manque de dialogue. Il y a aussi les gens qui parlent de la religion. Mais lorsqu’on fouille, on voit que la religion encourage le dialogue en matière de santé de la reproduction parce que, dans la Bible et le Coran, il est dit que lorsque l’enfant n’a pas atteint l’âge du mariage, il doit s’abstenir. C’est déjà un message dans le domaine de la santé de la reproduction. Donc, en réalité, le problème, c’est vraiment la présence des parents. D’un autre côté aussi, il y a les parents qui décident de le faire. Mais, compte tenu du nombre d’enfants qu’ils ont devant eux, ce dialogue est bloqué. L’enfant n’est pas ouvert, le papa, quelles que soient ses astuces, à un moment donné, se décourage et abandonne les enfants. Il y a également des enfants qui veulent se confier à leur père, mais le papa n’est pas disponible, ou bien ils ont tellement peur de ce dernier ou de leur maman qu’ils sont obligés d’aller le faire ailleurs. Aujourd’hui, l’éducation sexuelle qui devrait avoir comme premier lieu la famille, est faite dans la rue. Et les enseignants, les agents de santé, viennent en rempart pour pouvoir vraiment suppléer à ce rôle. Et dans ce cadre, des efforts sont en train d’être faits par le gouvernement béninois avec les partenaires pour pouvoir vraiment initier ce dialogue et le maintenir. Car, il ne suffit pas d’initier le dialogue pour l’abandonner, mais l’initier et le maintenir dans le temps.

Est-ce qu’il n’y a pas aussi un problème culturel, en parlant du blocage du dialogue entre parents et enfants ?

Le problème culturel qui est là, souvent c’est qu’on le lit au tabou. On dit qu’on ne doit pas parler de sexe avec son enfant. On peut parler de sexe, ça dépend de la manière dont on l’aborde. Ce sont les parents qui, pour se justifier le plus souvent, disent que c’est la culture. Cependant, il y a des parents modèles qui le font et qui sont vraiment enracinés dans nos cultures.

Quelles sont les conséquences de ce manque de dialogue parents-enfants en matière de sexualité ?

Aujourd’hui, il y a ce qu’on appelle les TIC, les technologies de l’information et de la communication. Aujourd’hui, les enfants ont des téléphones portables dont ne disposent même pas les parents et avec lesquels ils vont sur le Net et peuvent apprendre tout. A cause de ce manque de dialogue, lorsqu’il n’est pas accompagné, l’enfant peut chercher et avoir l’information partout et essayer. On peut aussi être confronté à des cas de grossesses non désirées parce qu’on a des rapports sexuels non protégés. Et l’une des conséquences de ces grossesses non désirées, ce sont les avortements provoqués clandestins qui se font comme tout le monde le sait à travers le pays, dans des conditions non médicalisées où on assiste à des hémorragies abondantes et c’est la mort que s’en suit. Ou bien, l’on pratique tellement ces avortements et selon les méthodes, ça peut conduire à la stérilité. Tout ça, ce sont des conséquences de ce manque de dialogue. L’autre chose aussi, c’est qu’il y a des infections sexuellement transmissibles. C’est vrai que tout rapport sexuel ne peut pas entraîner des grossesses, parce que cela dépend de l’état dans lequel se trouve la femme, mais on peut être infecté aux IST. Aujourd’hui, lorsqu’on prend le taux de prévalence du Vih-sida au niveau du Bénin, nous sommes à 1,2 comme moyenne. Mais, dans cette proportion-là, on a les jeunes en milieu universitaire, en milieu de travail, informel et qui occupent pratiquement 0,5 ou 0,9%. Ce qui est déjà un peu développé par rapport à cette prévalence au niveau des jeunes. Il y a aussi, en dehors des grossesses non désirées et des avortements, ce qu’on appelle les rapports sexuels précoces qui ont également des conséquences négatives sur la santé de la fille, parce que l’organe de la fille n’est pas encore mature. Mais sous l’influence des médias, des amis, de tout ce qu’ils voient sur le terrain, la fille et le garçon se mettent ensemble et on assiste à des grossesses, déjà à 10 ans, ce qui n’est pas bien pour la santé de la fille. Voilà un certain nombre de conséquences souvent causées par le manque de dialogue entre parents et enfants.

Avez-vous alors un mot à l’endroit des jeunes ?

Actuellement, avec les jeunes, que ce soit les scolaires ou les non scolaires, il n’y a qu’un seul message, c’est : « Plus tard, plus sûr ». Garder sa virginité ou sa chasteté, n’a aucun danger pour la vie. A 10 ans ou 15 ans, on a encore le temps. Donc s’abstenir, ne pas aller au sexe. Ceux qui ont déjà commencé, on les exhorte vraiment à changer de comportement parce que le temps est encore devant. Il faut vraiment s’abstenir, s’abstenir, s’abstenir. C’est le message à l’endroit des jeunes. Il n’y a aucune conséquence par rapport à l’abstinence. Si on s’abstient et qu’on a tout ce qu’on cherche, le diplôme, le travail, le minimum nécessaire, on peut s’engager. En réalité, ça a des avantages, parce que même nos traditions l’encouragent. Lorsqu’une fille mariée est vierge, c’est la joie de la famille. Si on s’abstient, aujourd’hui, on fait la promotion de nos familles et on met en valeur nos géniteurs.

Un message à l’endroit des parents pour finir?

Avec les parents, ce qui est là, c’est qu’on ne va pas attendre le dernier jour pour commencer à parler. Les parents doivent échanger avec leurs enfants. Les parents doivent aussi les suivre. En dehors de l’argent qu’on leur donne, des fournitures qu’on achète, il faut que les parents soient proches de leurs enfants pour leur dire comment gérer leur vie sexuelle. Ainsi, en plus de la scolarisation et de ces conseils par rapport à leur vie sexuelle, le pays aura gagné beaucoup.

Entretien réalisé par Flore S. NOBIME

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