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Le triomphe de la vérité

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Edito du 17 avril 2013: L’infortune des pauvres


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Que ne ferait-on pas pour attirer la générosité des Etats riches ? Lundi, la visite du Président iranien Mahmoud Ahmadinejad a entrainé des dispositions « religieuses » particulières dans l’entourage du Chef de l’Etat. Toutes les femmes ont été tenues de se voiler avant de pouvoir s’approcher du généreux donateur. Y compris la première dame obligée, pour l’occasion, de feindre d’être musulmane, comme tout le monde.

Apparemment, la manœuvre a porté ses fruits. Pose de la première pierre pour la construction d’une turbine de 25 mégawatts grâce à la technologie iranienne à hauteur de  41 millions de dollars fournis par le gouvernement iranien, visite d’un chantier  de construction d’un bloc pédagogique de six cents places financé par le gouvernement iranien, signature d’une dizaine de protocoles d’accords dans le domaine des ressources minières, des  ressources pétrolières, etc. Le Bénin s’en est sorti avec des projets concrets qui, achevés, auront un impact direct sur les secteurs concernés. « L’Iran est disposé à partager les expériences et les acquis avec l’Afrique en vue d’aller vers un développement  tout en préservant la paix mondiale, la sécurité, l’humanité et l’esprit d’entraide entre les peuples », a même ajouté le leader iranien, très humainement.

Pour avoir montré patte blanche en faisant voiler toutes les femmes à qui mieux-mieux, voilà les retombées directes que le Bénin en tire. Il faut faire l’âne pour avoir le foin.  Fruits de l’hypocrisie et de la tromperie républicaines, ces résultats si doux de notre diplomatie « agressive » ont même le don de faire le jeu de l’Iran.

Le pays des Ayatollahs  est dans un besoin pressant d’aura internationale, dans un contexte de relations tendues avec Israël et les Etats-Unis. L’Etat hébreu, dans sa doctrine de guerre préventive, a menacé ces derniers mois d’attaquer directement l’Iran soupçonné chercher à se doter de l’arme nucléaire. Même hypothétique, la possession de la redoutable arme par l’Iran constituerait  un cauchemar pour Israël. Elle détruirait du même coup l’ascendant nucléaire qui fait la force de Tel-Aviv dans la région. D’autant qu’à ses portes sont actifs des groupes tels que le Hezbollah soutenus par Téhéran et réclamant depuis des décennies la disparition de l’Etat hébreu.

Soutenu par Washington, Israël n’acceptera jamais qu’une puissance nucléaire se dresse au Proche-Orient. Téhéran a donc besoin des Etats non-alignés pour asseoir sa riposte en cas de guerre préventive. Ahmadinejad au Bénin, c’est surtout une haute diversion par rapport à l’objectif principal de cette mini-tournée africaine.

La presse américaine ne s’y est d’ailleurs pas trompée, elle qui a titré ce mardi sur la visite au Niger en mettant en exergue le potentiel de ce pays en uranium. Un quotidien comme le Washington Post écrit que l’Iran « est probablement en train de rechercher des sources d’approvisionnement extérieur en uranium, malgré ses dénégations d’autosuffisance». La semaine dernière, le pays a annoncé avoir ouvert deux nouveaux gisements d’uranium, dans l’optique certainement de faire accroire l’idée que le Président ne va pas à Niamey pour négocier de l’uranium pour son industrie nucléaire.

Seulement, la majeure partie de l’uranium nigérien va à AREVA, le groupe nucléaire français qui détient, entre autres, l’énorme gisement d’Imouraren…

Dans cette géostratégie complexe, la supercherie du voile des femmes apparait comme une pure grimace béninoise devant des enjeux pour le moins colossaux. Seule à avoir échappé  à cette manie collective, Marie-Elise Gbèdo. Elle semble y avoir résisté jusqu’au bout. Car, en réalité, il est incontestable que, venant dans un Etat laïc, le Président iranien ne saurait imposer le hijab à des femmes qui ne sont pas musulmane, encore moins chiites. Mieux, dans un Etat souverain comme le nôtre, de telles grimaces observées au sommet de l’Etat font planer des doutes sur notre respectabilité.

On me rétorquera, et je serai d’accord, que la turbine promise, le bloc pédagogique et même les autres accords conclus  valent bien une comédie. Cette conception théâtrale du jeu diplomatique élève-t-elle un Etat ? J’en doute.

Comme je doute fort que le même manège se répète aujourd’hui à Accra, dernière étape de la mini-tournée ouest-africaine du Président iranien.

La triste réalité, c’est que face au sous-développement moyenâgeux  dans lequel nous végétons, l’Etat lui-même se sent obligé de se saborder, de s’adonner à d’innombrables pitreries pour attirer la pseudo-générosité des bailleurs de fonds. Ce que nous y gagnons en centrale énergétique, en route bitumée, en amphithéâtres et autres machines agricoles vaut-il ce que nous y perdons ? C’est la question.

Par Olivier ALLOCHEME

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