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Le triomphe de la vérité

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Edito du 29 mars 2013: Croissance sans développement


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Il y a comme un cri de détresse dans le dernier rapport
du PNUD sur l’Afrique. Intitulé « Vers une sécurité alimentaire
durable », ce rapport, premier du genre sur
l’indice de développement humain (IDH) en Afrique, analyse
les progrès du continent en 2012. Dès sa préface, c’est
Tegegnework Gettu, Secrétaire général adjoint et directeur
régional pour l’Afrique du PNUD qui donne le ton général
du rapport en soutenant qu’il n’aurait jamais vu le jour si les
gouvernements africains avaient pu jouer leur rôle.
Car, il met en exergue l’un des paradoxes des progrès
qui se réalisent sur le continent depuis quelques années : la
croissance économique est là mais l’insécurité alimentaire
persiste et même s’aggrave par endroits. « Le spectre de la
famine, qui a quasiment disparu de tous les autres continents,
continue à hanter certaines régions de l’Afrique subsaharienne
», note le PNUD. De 58%, en 1999, le nombre
de personnes vivant dans l’extrême pauvreté est retombé à
48 % en 2008 alors qu’il est passé de 77 % en 1988 à 14 %
en 2008 en Asie. C’est pourquoi, d’ailleurs, le rapport sur
l’IDH en 2011 montre que les 15 derniers pays les plus pauvres
au monde sont africains et que sur les trente derniers,
seuls Haïti et l’Afghanistan ne se trouvent pas en Afrique
subsaharienne. Pour ce qui est de l’espérance de vie à la naissance, on
constate que le Japon arrive en tête, avec une moyenne
de plus de 83 ans, et la Sierra Leone en dernière
position, avec à peine 48 ans : l’écart est énorme. En ce qui
concerne le nombre d’années de scolarisation, il est de 18
ans en Australie, Islande, Irlande et Nouvelle-Zélande et
seulement de 2,4 ans en Somalie, le pays le moins bien loti
en la matière.
En 2011, le revenu d’un citoyen lambda dans un pays à IDH
très élevé était 17 fois plus important que celui d’un individu
moyen en Afrique subsaharienne. Le taux de prévalence de
la pauvreté se situe à 41,1% en Afrique subsaharienne, alors
qu’il est de 27,6% en Asie, 12% en Amérique du sud et de
26,7% au total dans le monde !
Face à ces chiffres qui montrent l’ampleur de la tâche
qui nous attend encore, Tegegnework Gettu ne prend pas de
gants pour accuser les dirigeants africains, et en des termes
si peu diplomatiques que l’on se demanderait bien s’il s’agit
du même PNUD que l’on connait. « L’insécurité alimentaire
chronique en Afrique subsaharienne est le résultat de
décennies de mauvaise gouvernance », dit-il. Et d’ajouter
« Des régimes peu soucieux des intérêts de leurs populations,
ont transformé les ressources de la région en structures
du pouvoir patrimonial. Des élites cupides, promptes à
tirer parti de la corruption et du trafic d’influence, se sont
interposées entre les responsables politiques et les populations,
ont monopolisé les ressources de l’État au détriment
du milieu rural, sans pour autant investir dans les secteurs
productifs créateurs d’emploi. Dans l’ensemble de l’Afrique
subsaharienne, les infrastructures rurales se sont détériorées,
l’agriculture a dépéri, les inégalités de genre ou autres
se sont accrues et les systèmes alimentaires ont stagné. » On
croirait entendre un René Dumont ou une Dambisa Moyo.
« Les petits exploitants agricoles, dont dépend le redressement
de l’agriculture sont, depuis longtemps, pris entre le
marteau et l’enclume. Le premier pas menant au rétablissement
de la sécurité alimentaire consiste à les affranchir de
cette situation difficile et à donner libre cours à leur potentiel
», dit-il encore. Le discours a l’avantage de dire les choses telles qu’elles
sont et surtout telles que les populations les ressentent
aujourd’hui après les errements du passé.
Les solutions qui en découlent sont naturellement
d’inscrire le monde rural et surtout la politique
alimentaire au coeur des politiques de développement.
Il s’agit de dynamiser la productivité agricole
de manière durable pour améliorer la disponibilité et l’accessibilité
économique des aliments en soutenant la production
alimentaire et le pouvoir d’achat. Il s’agit aussi de
mettre en place des politiques nutritionnelles efficaces afin
de favoriser l’accès des plus pauvres à la nourriture, même
dans les zones les plus reculées. Enfin, l’autonomisation des
populations rurales pauvres, en particulier des femmes est
un immense défi.

Olivier ALLOCHEME

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