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Le triomphe de la vérité

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Editorial: La politisation de l’escroquerie


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Lorsque l’affaire Madoff a éclaté  aux Etats-Unis  causant de gigantesques pertes à de grandes institutions financières à travers le monde, il n’est venu à l’idée de personne d’accuser les présidents successifs qui ont dirigé le pays pendant les trente huit ans qu’a duré l’activité de l’escroc.  Et pourtant, cet individu qui a été patron du Nasdaq et l’un des gros bonnets de Wall Street, avait une activité de placement d’argent exactement comme ICC-Services. Elle était parfaitement illégale, vu les taux d’intérêt alléchants proposés aux grandes banques (17%) qui ont facilement mordu à l’appât. Ne parlons même pas des ” petits porteurs ” comme Steven Spielberg, un des magnats d’Hollywood, ou encore le Prix Nobel Elie Wiesel : ils ont été floués. On savait que Madoff investissait dans les  fonds spéculatifs (les fameux hedge funds) réputés à risque et prenait les fonds de ses derniers clients pour payer les bénéfices exorbitants  des premiers, lorsqu’il enregistrait des pertes induites par l’activité boursière.  Exactement comme ICC, sauf que Guy Akplogan et les siens ne plaçaient les fonds de leurs clients dans aucune activité ” online ” comme ils le prétendaient dans leurs contrats.

Le mode opératoire de l’institution avait dérouté tout le monde. Il n’est pas jusqu’au Pasteur Agbaossi, de vénérée mémoire, qui ne soit tombé dans leur piège. Si une autorité morale de sa trempe a pu être bernée jusqu’à ce point, que dirait-on du commun des mortels ? Comme dans l’affaire Madoff où de prestigieuses institutions bancaires ont été flouées pendant près de quarante ans, dans l’affaire ICC le piège s’est refermé sur tout le monde ou presque. Députés, ministres, comptables, directeurs de sociétés, ménagères ou chauffeurs, tout le monde s’est fait avoir ici comme là-bas. De sorte qu’aujourd’hui, la récupération politique d’une affaire de droit commun ne peut que laisser pantois. Il est vrai, le gouvernement ne peut être totalement absout pour avoir collaboré   avec des responsables d’une activité frauduleuse et dangereuse. Mais le même gouvernement a été conspué dans ce même pays pour avoir déclaré la guerre à l’essence Kpayo. Et de gros trafiquants passent pour être parfaitement fréquentables pour la classe politique. A Adjarra par exemple, l’un d’entre eux, le fameux Oloyé, est activement courtisé par mouvance et opposition. Il ose même faire des dons à la gendarmerie censée le traquer, lui et les trafiquants de son espèce. Et personne n’est choqué.     Dans ces conditions, cherchons ensemble les coupables de tous ces incendies  dramatiques nés de l’essence frelatée et qui font d’innocentes victimes, brûlées vives.

            Je crains alors de vous dire la vérité. Le gouvernement n’est pas le seul responsable de nos malheurs. Il a fallu l’effondrement du système de brigandage d’ICC pour que tout le monde se mette à parler en mal d’une activité qu’on a vu prospérer sous nos yeux. Jamais, aucun député n’osa poser à ce propos la moindre question d’actualité au gouvernement. Jamais, aucune ONG n’osa révéler l’arnaque du placement d’argent. Jamais, aucun leader religieux n’osa lever le plus petit doigt ne serait-ce que pour nous avertir. Il y eut pourtant l’Association professionnelle des banques et établissements financiers pour nous avertir. Il y eut pourtant la BCEAO pour tirer sur la sonnette d’alarme. Il y eut le ministère des finances pour alerter tout le monde. Du reste, peu de placeurs aujourd’hui floués ont entendu les conseils de leurs proches qui ont vu venir le pire. L’appât du gain était trop fort.

 Je refuse alors de croire ceux qui veulent nous convaincre que nos gouvernants devraient être des demi-dieux. Je penche à croire  au contraire qu’il y a des bandits de grande intelligence qui peuvent utiliser le poignet de main qu’ils ont eu avec un Chef religieux ou un Chef d’Etat, des voyous qui peuvent utiliser leurs accointances avec de pauvres ministres pour tromper la vigilance des gens   non avertis. Et je refuse résolument le glissement démagogique consistant à demander dès lors la démission d’un Chef d’Etat régulièrement élu. Si aujourd’hui, c’est Yayi, demain ce sera forcément le tour d’un autre de pâtir de ce recours folklorique à la rue comme mode de succession au Palais de la Marina. Et ce sera la porte ouverte à toutes les dérives.

 Olivier ALLOCHEME

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