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Le triomphe de la vérité

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Editorial : La voie du sabotage


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Les députés de l’opposition ont entamé une guerre implacable contre le gouvernement. Mais la question se pose de savoir s’ils ne confondent pas les intérêts du peuple béninois et ceux du Chef de l’Etat. C’est ce que l’on peut se demander suite au rejet des projets de loi portant ratification de deux accords de prêt somme toute importants pour le monde rural. L’un, signé avec la BOAD pour un montant d’environ neuf milliards de FCFA, devrait permettre de financer la sécurité alimentaire à travers l’aménagement des bas-fonds. Il visait aussi à accroître les capacités de stockage de notre pays après les récentes crises alimentaires qui ont mis à nu la faiblesse de nos capacités de production et de stockage. Il s’agissait de doter l’Office national de sécurité alimentaire (ONASA) des ressources nécessaires qui lui faisaient défaut depuis si longtemps, et qui seront utiles dans les prochains mois pour ne pas voir pourrir des centaines de sac de riz, de maïs et de  niébé produits et récoltés à grand peine.

 L’autre, signé avec le Fonds International de Développement Agricole (FIDA), était relatif au projet d’appui à la croissance économique rurale (PACER). D’un montant d’environ 23 milliards 872 millions de FCFA, il visait entre autres à mettre en place un gigantesque programme qui donnera du sens à la fameuse ” révolution verte ” lancée par le Chef de l’Etat depuis deux ans. Il s’agit en effet de favoriser la création de petites entreprises agricoles par la professionnalisation des acteurs du secteur  et surtout la mise en œuvre d’infrastructures d’irrigation par exemple. En clair, il s’agit d’un outil essentiel à la relance du secteur agricole, notamment à sa modernisation.

En tout, le Parlement a bloqué des financements d’une valeur d’environ 32 milliards de FCFA en faveur principalement du monde rural et surtout des petits paysans pauvres. Les explications de vote données par les députés à la suite de ces rejets m’ont laissé sur ma faim. D’autant plus que depuis la dernière crise alimentaire, la plupart des pays africains ont compris que la production agricole est la clé de voûte de la lutte contre les crises futures qui menacent le système financier mondial. Il suffit de voir l’affolement général qui s’est emparé   des places boursières en fin de semaine dernière pour constater   la déroute annoncée du marché. L’écroulement du capitalisme qui se met en place à une vitesse vertigineuse recommande que les Etats se réfugient dans des valeurs économiques sûres à même de les protéger des bouleversements qui se profilent à l’horizon. Et parmi ces valeurs, il y a les produits agricoles dont l’insuffisance et la cherté ont créé en 2008 les fameuses émeutes de la faim au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire ou même au Cameroun où elles ont fait une centaine de morts.

D’où ma surprise face aux curieux arguments soulevés par les députés pour refuser de ratifier lesdits accords. Il y a en effet des amalgames tenaces qui s’entretiennent pour le besoin de noircir le règne de Boni Yayi. C’est Raphaël Akotègnon qui affirme en substance que le gouvernement dilapide systématiquement les fonds publics et ne devrait plus bénéficier d’accords de prêts pourtant indispensables au fonctionnement de l’Etat tout court. C’est Rosine Vieyra qui laisse entendre dans l’un de ses numéros les plus pathétiques que le régime actuel n’a rien fait depuis quatre ans et que désormais ” on ne ratifie plus rien ici “. Et de soulever la question des subventions cotonnières. L’amalgame facile fait prendre une ratification somme toute cardinale pour un problème politique.

 Il ne faut pas en douter. La gestion désastreuse et parfois hasardeuse de certains dossiers sensibles par le gouvernement  a pu faire accroire qu’il ne s’agit que d’une clique de voyous. Mais il y a une banalisation abusive des luttes politiques qu’il convient d’éviter. Le fait est que ces programmes rejetés étaient destinés au petit peuple des paysans qui forment la majorité des Béninois, c’est-à-dire ceux qui ne reçoivent ni salaire, ni prime, ni indemnité et qui ne font ni grève ni sit-in. C’est contre eux, contre l’amélioration de leurs conditions de vie que les députés ont voté mardi dernier. Et je postule que même si les représentants du peuple pouvaient douter des mécanismes de contrôle mis en place par la BOAD et le FIDA pour contrecarrer les velléités de détournement, s’ils pouvaient douter de la bonne gestion du gouvernement, ils devraient regarder d’abord l’intérêt national.

Olivier ALLOCHEME

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