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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: Les faux médicaments et les faux politiques


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Le Bénin  a une curieuse attitude sur le problème des faux médicaments. En accueillant chez nous le
forum sur ce fléau des temps  modernes, notre pays a une attitude objective de condamnation vis-à-vis des groupes industriels chinois, indiens ou indonésiens qui  en inondent impunément  les pays pauvres. C’est le sens du discours du Chef de l’Etat qui s’est fait défenseur des visées humanitaires de la Fondation Chirac, tout en passant sous silence la mortelle inertie de nos dirigeants et même de la société tout entière sur ce sujet combien périlleux. Comment ne pas condamner en effet, ce commerce de la mort qui décime nos vies à bas bruit ?
Mais il se fait que 85% des Béninois disent avoir eu recourt au moins une fois aux faux médicaments. Il se fait que plus de 6000 personnes vivent directement de ce fructueux business au Bénin. Sans oublier que la douane perçoit des taxes colossales sur ces poisons déversés sur nos marchés, dans les rues et même dans certaines officines officielles. Les faux médicaments participent ainsi au juteux commerce de réexportation réputé constituer l’une des plus grandes sources de devises pour le pays. Pendant que nos finances publiques sont renflouées par cette manne dangereuse, le  Chef de l’Etat vient soutenir la lutte engagée en s’abstenant (courageusement) de balayer devant sa propre case. A Adjégounlè, l’épicentre national de ce commerce de la mort, les commerçants continuent de vaquer à leurs funestes activités,  sûrs de la complicité silencieuse des pouvoirs publics.
Il est vrai que sous le régime défunt, ils ont connu des heures difficiles dues à la détermination de l’autorité de réguler ce commerce, et de l’arracher à l’atmosphère de jungle aveugle où il végétait.  Les plus gros commerçants ont fini par s’arranger avec les autorités et se sont plus que jamais réinstallés. Au nez et à la barbe de nos forces de sécurité. Comme pour la série de coups de boutoirs sans lendemain contre l’essence de contrebande, la prégnance sociale des faux médicaments dépasse la sphère des marchés. Elle vient toucher l’économie entière  en faisant peser des risques d’implosion sociale à Dantokpa. Les commerçants d’Ajégounlè comme leurs congénères, petits ou grands, installés partout dans le pays, feront des manifestations de protestation, comme naguère les vendeurs illicites d’essence. 
En voyant comment s’est achevée la lutte contre l’essence de contrebande, il ne faut pas s’étonner de l’issue de cette affaire. Comme hier, des commerçants feront des marches coercitives, des sorties médiatiques tonitruantes, et obligeront le Chef de l’Etat à desserrer son étau. L’autorité de l’Etat est tombée en ruine depuis longtemps. C’est pourquoi, Boni Yayi et les politiques assoiffés de pouvoir ne risqueront pas leur popularité en montant sur une pente aussi  glissante. Ils se tairont, peut-être avec raison.
Le développement actuel du marché des faux médicaments ne laisse pas d’inquiéter. C’est un commerce
florissant qui commence à devenir plus rentable que le trafic de drogue. En 2008, il faisait 45 milliards d’Euros et embrasse 10% du marché pharmaceutique mondial. Porté par le développement technologique de ces dernières années, la Chine, l’Inde et l’Indonésie constituent des empires de  contrefaçon aussi dangereux pour l’Afrique que la Colombie pour les Etats-Unis en matière de drogue.   La proximité avec le Nigeria, autre grand pôle de production de ces poisons, aggrave la situation de notre pays qui doit alors élaborer sa propre stratégie de parade pour répondre à ces menaces. L’année dernière encore une centaine d’enfants y sont morts de la consommation d’un faux sirop de paracétamol. Comment échapper à cette fatalité des frontières, lorsqu’on sait l’histoire de ces trafics mortels ?
En réalité, le dénominateur commun de ces problèmes de trafic reste la pauvreté, terrain de fécondation de tous les vices. Les trafiquants qui s’enrichissent du crime pharmaceutique ont ainsi de beaux jours devant eux. L’inertie des politiques, la demande qui afflue du bas-peuple et l’offre en provenance de l’Asie et du Nigeria, exposent notre pays à la perspective du pire.
Olivier Djidénou

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