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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec M. Paul Hounguèvou, Sg/Synass Cnss: “Le Dg Gabriel conduit la Cnss à la ruine”


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paul-hounguevou-1Ça va très mal à la Caisse nationale de la sécurité sociale (Cnss). La gestion du directeur général de cette institution étatique  suscite beaucoup de remous au sein des travailleurs. ” 5 millions de Francs Cfa de salaire mensuel, 400.000Fcfa de frais de logement  par mois endossés par la Cnss et plein d’autres primes illégalement perçues,  le Dg/Cnss, Monsieur Gabriel Ousmane-Moussa vit dans un luxe insolent qui conduit l’institution à la ruine ” selon les propos de M. Paul Hounguèvou, secrétaire général du Syndicat national des agents de la Caisse nationale de sécurité sociale (Synass/Cnss). Après des révélations époustouflantes sur la gestion de cette structure étatique, Paul Hounguèvou  s’est prêté à nos questions et donne 48 heures au Dg pour déposer sa démission.

L’Evénement Précis : Comment se porte le Synass/Cnss que vous dirigez aujourd’hui ?

Paul Hounguèvou : Disons que le  Synass, entendez Syndicat national des agents de la Caisse  nationale de sécurité sociale est un vieux syndicat né depuis 1974,  qui vit et qui fait son chemin. C’est un syndicat  responsable qui parle très peu. Mais lorsque le Synass est à bout de souffle par rapport à la gestion de la maison, il sort de son mutisme et porte l’information sur la place publique.

Depuis quelques jours, il y a des informations qui sont distillées dans la presse et font état de ce qu’il y a une mauvaise gestion des ressources de l’institution ; mais curieusement, votre syndicat n’a rien fait pour éclairer l’opinion publique. Qu’est-ce qui se passe exactement au niveau de la Cnss ?
Je vous remercie pour cette question. Il faut dire que c’est vrai qu’on s’apprêtait pour sortir et dénoncer les choses. Mais quand vous êtes dans un environnement comme celui-ci, il faut faire très attention et savoir si  ce que vous voulez faire sortir est suffisant pour que cela intéresse l’opinion publique. Maintenant, cela fait une coïncidence puisque les journaux se sont mêlés de la situation et ont même fait des interpellations au niveau du syndicat. Je crois que c’est de bonne guerre. Maintenant, revenons-en  à votre question pour parler de ce qui se passe. Ce qui se passe, c’est que cette maison là, je ne sais pas  si ce sont les fonds qui sont dans les comptes bancaires qui font la convoitise des uns et des autres pour qu’on ne nous laisse pas diriger librement.  Les Directeurs généraux qui viennent officier dans l’institution sont toujours nommés de l’extérieur malgré la pléthore de cadres qualifiés que nous avons. Qu’il vous souvienne qu’en octobre 2006, lorsque le Dg, monsieur Gabriel Ousmane-Moussa avait été nommé par l’ex ministre de la fonction publique, M. Emmanuel Tiando, j’étais monté au créneau par la presse télévisée pour dire que le syndicat ne peut plus permettre qu’on perpétue les anciennes pratiques. Et nous avions dit que si c’est dans le souci de mieux gérer, il n’y a pas de problème. A son arrivée, nous lui avions réitéré  de façon sévère, notre position pour que la maison soit vraiment bien gérée. Parce que notre politique est que nous avons plein de cadres dans la maison et nous pensons qu’on peut les laisser gérer comme cela se passe partout ailleurs dans les structures techniques.  Mais, l’Etat ne nous suit pas et nomme toujours  des gens de l’extérieur. Mais ce monsieur, je veux parler du Dg actuel, qui nous a fait des vœux de gestion vertueuse a oublié tout ceci. C’est un monsieur qui aujourd’hui est à près de,  tenez vous tranquille ,5 millions de Francs Cfa par mois. Au-delà de cela, il est sous contrat avec l’administration générale des finances, un contrat dont le montant s’élève à près  de 5 millions de Fcfa parce qu’il aurait déclaré qu’il est à près de 4 millions quand il était à la Bibe, d’où on l’a débauché, alors même que d’après nos investigations, il a purement et simplement menti à ce propos, contrairement aux documents de déclaration que la Bibe a envoyés à la  Cnss relatifs au paiement des salaires de son personnel. Dans le même temps qu’il est déjà à 5 millions par mois, il est logé dans un bâtiment loué à 400.000Fcfa le mois. Il se permet également de faire des frais d’électricité et accessoires de maison  à 200.000Fcfa le mois. Par exemple, pour le seul mois de juillet 2008, notre Dg, pour la seule consommation du Gsm, il a fait 1 million de Fcfa pour la communication.   Cela, c’est du gigantisme que nous ne pourrons tolérer. Il se permet, parce que l’argent est à sa disposition, de faire des appels d’offre sur l’achat d’un véhicule 607 toute option  que les gens n’ont pas pu prendre à 40 millions. C’est là que nous avons commencé par taper du poing sur la table. Et là où il a franchi le rubicon, en Août dernier, il s’est alloué des primes qui s’élèvent à environ 800. 000Fcfa et ce mensuellement en complément de ce que le conseil d’administration lui a attribué. C’est cela qui a fait que  je suis sorti de mon mutisme parce que je ne sais pas là où il va s’arrêter. Et sur cette base là, j’ai saisi le conseil d’administration qui lui a  coupé ces primes faramineuses  et lui a  fait payer ce qu’il a déjà touché. Moi je crois ce n’est pas normal de continuer à faire de n’importe quoi avec l’argent tout simplement parce qu’il est disponible alors que les pensionnaires de la caisse se plaignent.

Vous venez de révéler des faits extrêmement graves ; Que fait alors le Synass/Cnss, votre syndicat pour rétablir l’ordre qui est en train d’être troublé ?
Il faut dire que le Synass s’est résolument engagé à aller jusqu’au bout dans l’assainissement de la gestion de cette maison. La première action d’abord, c’est une action solidaire de l’ensemble du bureau directeur de Synass. J’ai convoqué une réunion de crise le mardi 14 avril dernier et le lendemain, j’ai fait une assemblée générale du personnel. Si vous prenez aujourd’hui n’importe quel agent de la Cnss, il vous dira qu’il est fatigué de ce monsieur. Nous voulons profiter de cette sortie médiatique pour demander au Président de  la République, qu’on vienne éjecter ce monsieur de notre maison puisque trop c’est trop. En tout cas, si on ne le fait pas, nous sommes prêts par tous les moyens possibles pour qu’il parte. Il y a dans cette maison, des cadres avérés formés dans les plus hautes écoles de sécurité sociale qui peuvent bien gérer la Cnss. Au moins, eux, ils ne voleront pas. Il faudrait qu’on sache aujourd’hui que les fonds qu’il y a ici, sont pour les travailleurs notamment les retraités et il ne faudrait pas les spolier. C’est pour cela que nous nous battons. Il y avait eu l’affaire tonitruante de vente de parcelles de la caisse connue de tous ici. Je pense que nous avons mené le combat et aujourd’hui, cela est devenu un acquis pour nous.

Justement par rapport à cette affaire de parcelle de la caisse vendue à coup de milliards, où  est ce qu’on en  est actuellement puisqu’on n’entend plus rien ?
Il faut dire que le problème qui se pose sur ce dossier aujourd’hui, dès lors que c’était acheté en son temps, on avait dit que c’est exorbitant. Maintenant, c’est devenu un patrimoine de la caisse. Entre temps, lors du sommet de la Cen-Sad, la Libye a éprouvé le désir de prendre le terrain à 5 milliards. Nous avons perdu autour de 400 millions environs parce que c’était autour de 5 milliards 400 millions environs. Maintenant qu’on l’a vendu et on a même pris la peine  de sortir le titre de propriété, on attend que les fonds rentrent dans les caisses de la Cnss. On craignait la sortie de cette immobilisation de nos documents parce qu’il fallait prendre la contrepartie avant de le laisser, mais, sur le bilan de 2007, le Dg s’est permis de sortir le bien mais sans  encaisser en retour, la contrepartie et le bien a disparu. N’eût été notre vigilance pour attirer l’attention du conseil d’administration sur ce document, le dossier n’aurait pas  suscité ce  tollé général. A la date d’aujourd’hui,  le conseil d’administration a fait  une communication au Président de la République pour qu’on nous clarifie si la Libye a réellement payé les 5 milliards. Si oui, qu’on nous les rende. Dans le cas contraire, on va enclencher le processus de réintégration  du  terrain dans le patrimoine de la Caisse.

A vous suivre, on sent qu’il y a un certain malaise au sein de l’institution ; vous voulez dire alors que le bilan du Dg est entièrement négatif ?
Oui, c’est un bilan vraiment négatif. C’est un monsieur qui est venu et qui fait tout simplement une course effrénée à l’enrichissement. Nous avons entrepris en son temps avec l’ancien Dg, M. Arouna, l’informatisation de la maison pour réduire le délai de liquidation des droits des pauvres pensionnaires. C’est un dossier qui traîne toujours. Pour cette informatisation, nous avons englouti 2 milliards pour qu’on puisse avoir une informatisation digne du nom et  à l’arrivée du nouveau Dg, nous lui avons signifié que cela est urgent pour les travailleurs. Mais jusqu’à présent, il ne s’occupe pas de ce dossier. Non seulement il est logé, il lance la construction de la Résidence du Dg avec un luxe insolent alors qu’il est déjà logé. Je dirai qu’il ruine tout simplement la Cnss et nous lui donnons 48 heures pour qu’il démissionne. Il fait une gestion calamiteuse et il ne faut pas se voiler la face pendant que les retraités souffrent. Des gens sont encore à 16.000Fcfa aujourd’hui comme pension minimale et lui se permet tout ça. Il va falloir qu’on arrête.

En parlant des pensionnaires de la caisse, ils souffrent le calvaire avant de rentrer en possession de leurs certificats alors qu’ils sont censés bien traités pour avoir rendu service à la nation ; qu’est-ce qui se passe monsieur le Sg ?
Moi je dis qu’il est vrai qu’aucun service de sécurité sociale n’est parfait, mais on peut mieux faire. Maintenant pour mieux faire, c’est les moyens. Les hommes et les techniciens ne manquent pas. Les finances existent également. Nous avons près d’une centaine de milliards en compte. Qu’est-ce qui empêche qu’on améliore la gestion et quand on est admis à la retraite, qu’à la semaine suivante, qu’on puisse déjà avoir ses droits ? Cela ne peut pas se  passer sans un système d’informatisation intégré. Se mettre en réseau et quand on  prend le dossier de quelqu’un  qui est par exemple à Natitingou, qu’ici à Cotonou, qu’on puisse le prendre et le traiter. Là, le même jour, s’il réunit les conditions, il peut déjà prendre sa pension. Actuellement, on cause inutilement des tracasseries aux retraités et ils tardent à rentrer dans leurs droits. Tout ça, nous pensons que c’est harassant. Le délai de liquidation, c’est vrai qu’on fait un effort pour le raccourcir et on  peut faire mieux si on a  une informatisation intégrée des données. Les caisses de la sous région et de l’Afrique en général qui sont allées dans ce sens sont aujourd’hui très efficaces. Nous pensons que le Chef de l’Etat doit aussi avoir un regard sur ce dossier parce que cela rentre également dans le cadre de la réduction de la pauvreté qui vise l’atteinte des objectifs du millénaire. On ne peut pas parler de prospérité partagée lorsqu’on gère mal, lorsque par exemple des villas sont construites un peu partout et sont sans preneur et ceci à coup de milliards. Nous avons tout simplement constaté que la mauvaise gestion se perpétue à l’ère du changement et cela nous fait extrêmement mal.

Quelle est alors votre plateforme revendicative ?
A l’instant même, nous voudrions demander au Chef de l’Etat de mettre fin à la nomination des Dg de la Cnss par des gens de l’extérieur à partir de l’actuel Dg. Que désormais, les Dg soient nommés parmi les cadres et les techniciens de la maison formés sur les  fonds de la caisse. Il y a par exemple un Dga qui est nommé depuis près de 15 ans. Pourquoi ne pas le nommer en attendant la nomination d’un autre. Qu’on établisse les procédures pour l’appel à candidature des Dg parmi les cadres de la maison. On n’est pas attaché à quelqu’un, mais que ce soit les cadres de la maison qui soient nommés à la tête de l’institution comme c’est le cas à la douane et d’autres sociétés d’Etat. Nous demandons également que désormais, le conseil d’administration prenne la direction de la maison pour que les Dg qui seront nommés puissent réellement être contraints à  rendre compte de leur gestion et que la politique ne se mêle plus de la gestion de la caisse. Là, on pourra la gérer comme une entreprise et dans ces conditions, nous pensons que les usagers de la maison seront mieux traités

Que dites-vous en conclusion ?
Je voudrais souhaiter que la sortie médiatique  que le Synass/Cnss  effectuera ce jour puisse permettre au Chef de l’Etat de nous écouter. Que le ministre de tutelle, Kint Aguiar nous écoute également et que dans l’immédiat, en tout cas, nous demandons qu’en 48 heures, le Dg quitte notre maison. On lui a déjà demandé à moult occasions sa démission et il ne l’a pas fait. Mais lorsque cela ne se fera pas dans les délais que nous demandons, nous même, nous allons engager une série d’actions pour le déposer dans la rue. Et là, les autorités auraient cherché.
Entretien réalisé par Donatien GBAGUIDI

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