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Sous L’Arbre à Palabres avec Sébastien Azondékon, Professeur titulaire d’Économie et de Gestion à l’Université du Québec en Outaouais:« Aujourd’hui, Bio Tchané incarne la crédibilité aux yeux des Béninois »

Sébastien Azondékon: « ...puisque tout le monde se met à genou devant vous, vous pouvez devenir très tôt sans aucune notion de dictature, un dictateur...»

Invité de la rubrique « Sous l’Arbre à palabres », l’ancien Conseiller spécial à l’économie du Général Mathieu Kérékou et Professeur titulaire d’Économie et de Gestion à l’Université du Québec en Outaouais, Sébastien Azondékon jette un regard critique sur la gouvernance économique depuis 2006 sous Boni Yayi et apprécie l’initiative d’un forum pour relancer l’économie nationale. Fervent militant de l’Alliance ABT, il explique les raisons de son soutien à l’ancien Président de la BOAD, Abdoulaye Bio Tchané et apprécie le discours tenu par le Chef de l’Etat le 1er Août dernier à l’occasion de la célébration des 52 ans d’indépendance du Bénin.

                                                                                                      Et si on en parlait

Vous avez été pendant longtemps Conseiller spécial à l’économie du président Mathieu Kérékou. Maintenant que vous ne l’êtes plus, quel regard jetez-vous aujourd’hui sur l’économie béninoise ?

C’est vrai que j’ai été le Conseiller spécial du président Mathieu Kérékou après une absence du territoire national pendant deux décennies. Je suis revenu puis fortuitement, suite à une émission intitulée « Gros plan » que j’ai animée sur l’ORTB (Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin), le président m’a appelé et nous avions eu trois heures de discussions. C’est la première fois que je l’ai côtoyé sinon c’est un homme que j’ai combattu durant toute ma jeunesse. Mais après l’avoir réellement connu, les relations entre lui et moi sont devenues particulières. Donc, après l’émission, il m’a appelé. Mais j’étais un peu inquiet à l’idée de m’y rendre.

 Cependant, je n’y serais pas allé, que c’aurait été la pire erreur de ma vie. Je me suis rendu à l’invitation. On a échangé entre père et fils. C’était très amical. Et je lui ai dit les vérités que je pensais. Mais, j’ai vu un homme qui ne semblait pas être celui que j’ai combattu. Je lui ai dit : « Saviez-vous que j’ai passé toute ma vie à vous combattre ? Et maintenant vous m’invitez chez vous. En vérité, j’étais frileux à l’idée de venir parce que j’avais peur qu’une fois chez vous, vous me coffriez ! » Il a ri et c’est là qu’il a su que j’étais un « anarcho-gauchiste » dans le temps.

 On a fait trois heures de discussion ! Pour moi, un président qui m’invite pour la première fois et me consacre trois heures de temps, c’est très rare. Donc, j’ai été honoré et c’est suite à cela qu’il a exprimé le désir de me voir travailler à ses côtés. Il a pris toutes les dispositions et écrit au Canada pour me demander de venir. J’ai accepté parce que c’était utile pour mon pays, pour moi-même. Bien sûr, ce n’était pas rose, ce séjour au Palais ; c’était dur.

Ce n’était pas du côté du président Mathieu Kérékou que c’était dur, mais cela l’était. Il m’a toujours tenu en grand respect, avec beaucoup de considération. Durant tout le temps, il ne m’a jamais appelé par mon nom. Il m’a toujours appelé professeur et des fois même, je me sentais très petit par rapport à cette considération qu’il me donnait et pour me demander quelque chose, c’est vraiment de père à fils. Quand je n’étais pas sur la bonne voie, il me le disait et si je suis sur la bonne voie, il le disait également. C’est pour vous dire que ce n’est pas parce que je suis professeur titulaire que je suis mieux qu’un général, que je suis mieux que n’importe qui, mais non.

Je suis professeur titulaire dans un domaine et je peux dire que dans tous les autres domaines, je suis ignorant titulaire. Donc, ce monsieur m’a appris à connaître le Bénin et j’ai beaucoup admiré la connaissance qu’il a de ce pays. On parle, on parle et il dit : « Professeur, quelle intelligence ? Mais malheureusement, vous ne connaissez pas votre pays ». Et il me dit comment je ne connais pas mon pays. On a travaillé ensemble pendant cinq ans, un an au Canada et le reste ici. J’ai éprouvé du plaisir. Bien sûr, par rapport à la cour, j’ai vécu l’enfer parce que c’était dur. C’est vrai que ça m’a beaucoup formé à connaitre ce que c’est qu’une cour présidentielle.

 Je vois que je suis en mesure de comparer, de dire des choses pertinentes puisque le président Yayi Boni est quelqu’un que je connaissais très bien, c’est un ami à moi. Je l’ai toujours dit, c’est mon aîné parce qu’il a trois ans de promotion sur moi. Quand il était venu, je me suis dit que c’est une belle expérience que le peuple allait faire. Mais, j’avais des appréhensions puisque si je me mets à sa place, c’est comme la première fois où j’ai rencontré le président Mathieu Kérékou. J’ai vu que j’étais très ignorant sans le savoir.

Tout le reste était plus grand que la science qui m’habite et je me dis que lui n’a pas eu à faire ce chemin-là. Est-ce qu’il pourra nager dans cette eau trouble et savoir se positionner par rapport à ce labyrinthe qu’est le pouvoir d’Etat et la cour présidentielle ? Parce que quand vous devenez président, vous n’avez plus que des ordres à donner aux autres et si vous n’avez pas confiance en vous avant d’arriver là, parce que vous étiez dubitatif à votre connaissance, rapidement vous commencez par vous trouver des qualités que vous n’avez jamais pensé avoir. Et, puisque tout le monde se met à genou devant vous, vous pouvez devenir très tôt sans aucune notion de dictature, un dictateur.

Vous savez ce que je veux dire, ce sont les peuples qui créent leur dictateur et c’est très facile de tomber là-dedans si on ne s’y est pas bien préparé. Et, quand j’ai eu à constater ce qui se passait dans l’entourage du président Boni Yayi, j’ai eu pitié de lui. J’ai dit que ce que le Général a vécu et surmonté grâce à l’expérience, Boni Yayi va le vivre et s’il ne sait pas faire, il va succomber à cause de l’inexpérience. Je ne sais pas si le temps m’a donné raison. Mais je pense que le temps ne m’a pas donné tort. Il y a un principe sacré : lorsque vous êtes au pouvoir, vous êtes dans une tour d’ivoire.

Vous êtes en quelque sorte déconnecté. Ce qui se passe dehors, vous ne le savez pas. Mais les gens qui vous entourent viendront vous dire : « Monsieur le président, dans le peuple, tout le monde est acquis à votre cause, vous êtes le plus gentil, le plus beau, le plus intelligent… ». Mais il faut savoir prendre ça avec beaucoup de recul sinon, ça vous saoûle. C’est pourquoi, on dit aux politiciens « de la tour d’ivoire, à ton tour d’y voir » !

Lorsque les gens viennent vous colporter des choses pour rester dans vos bonnes grâces, pour avoir de la promotion, faites attention et vérifiez au moins ce qu’ils ont dit. Et de ce point de vue, celui avec qui j’avais travaillé avait un service de renseignements bien au point. Je ne crois pas que ce soit le cas maintenant. C’est tout ce que je peux dire.

Alors, à titre de comparaison, vous confirmez que tout ce qui se passe sous Yayi est négatif?

Non, je ne dis pas que c’est négatif, mais je dirai que l’expérience a fait son chemin et a donné des preuves. L’inexpérience aussi nous a montré ses limites. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a que des actions négatives ou des actions positives d’un côté ou de l’autre.

Au moment où vous conseilliez le président Kérékou et maintenant où votre ami Boni Yayi se fait conseiller par d’autres, quel est l’état de l’économie ?

Au moment où je conseillais le président Kérékou, je ne peux pas dire que tout était rose. Non ! Mais la conjoncture était différente parce que « Monsieur Tout le Monde » arrivait à mieux joindre les deux bouts. C’est comme on dit de façon technique, le panier de la ménagère se portait mieux. Prenez par exemple le Port Autonome de Cotonou. Ça fonctionnait beaucoup mieux. C’était le centre d’activités où vous pouviez trouver de grands hommes d’affaires, de grands bandits aussi -ce n’est pas que j’encourage le banditisme- mais tout le monde y trouvait sa part.

Là, la misère se sentait beaucoup moins et dans d’autres secteurs d’activités, les choses allaient beaucoup mieux. Bien sûr, dans tout régime politique, il y a une certaine proportion des positionnements qui sont purement politiques voire fantaisistes. Mais il ne faut pas que ce soit le gros lot. Il faut tout faire pour que cela ne se généralise pas. Je ne peux pas dire que le Général ne faisait pas des promotions à ses amis politiques qui l’ont supporté. Dans tout régime politique, dans tous les pays, vous verrez cela, mais avec retenue. Et il faut tout faire pour que cela ne se généralise pas.

Je le dis parce que le Président de la République peut provenir d’un parti. Mais une fois élu, il devient Président de tous ses concitoyens y compris ceux qui n’ont pas voté pour lui. Or, les gens de son entourage mettront tout en œuvre pour l’amener vers le parti pris. Et s’il ne sait pas faire, il tombe et crée autour de lui une cour de privilégiés et d’intrigants. Là, qu’est-ce qu’ils vont vous dire ? « Les nominations doivent venir de là, c’est nous qui sommes là aujourd’hui, c’est nous qui avons le pouvoir ». Mais, c’est faux dans le cas d’espèce. Car, les Fcbe n’ont jamais eu le pouvoir et ce n’est pas les Fcbe qui ont amené Boni Yayi au pouvoir. Mais, ils se plaisent à dire ça et en profitent pour jouer la clarinette à leur chef à longueur de journées.

Le pouvoir, c’est une drogue, c’est la plus puissante des drogues. La jouissance qu’il y a dans le pouvoir, comme l’a dit Michael Gorbatchev, dépasse l’orgasme. C’est-à-dire que quand vous êtes là, vous êtes au contact des choses, et quand vous ne savez pas faire, vous perdez l’âme. Je suis sûr que le Président Boni Yayi n’était pas tout ce dont on le taxe avant de venir au pouvoir. Ça, c’est faux et j’en suis convaincu. Le pouvoir, ça peut vous dénaturer si vous ne savez pas faire. Le pouvoir peut vous dénaturer si vous ne savez pas faire.

Le phénomène d’édification d’un parti se situe également dans le dynamisme. Le parti naît peut être très large avec beaucoup de ferveur. Mais au fur et à mesure que l’intérêt devient consistant, il y a du filtre. Et si on ne sait pas faire, le parti peut se réduire à un pré-carré de fidèles qui ne sont pas nécessairement des compétents mais des courtisans et qu’il faut nommer là. Dès que celui-ci sent qu’il a une parcelle de pouvoir, il cherche aussi à nommer quelqu’un qu’il connaît et contrôle.

Si le chef ne sait pas faire, il sera poussé à la chose la plus grave : le népotisme, le régionalisme. Et cela va saper toute votre action. On aura beau reprocher tout au général Mathieu Kérékou, on reconnaîtra que quand on parle de l’unité nationale, il en est -tous politiciens confondus- l’incarnation. Il a su doser. Moi, il a fallu que je l’approche, pour savoir comment ce monsieur forme ses gouvernements. Un jour, il me dit : « Professeur suggérez-moi un gouvernement ». Voulant promouvoir la compétence, je lui ai proposé des cadres rompus à la tâche.Si vous lui proposez quelque chose et qu’il est d’accord, il ne vous répond pas.

Mais quand il n’est pas d’accord, il vous répond tout de suite avec beaucoup d’annotations. Un jour, il m’a appelé. Il me dit : « Professeur, est-ce que ce sont seulement ceux qui parlent bien Français qui peuvent être ministres au Bénin? ». Je me demandais ce qu’il voulait dire par là ? ». Il a poursuivi en ces termes : « Vous êtes resté à l’extérieur et beaucoup de réalités de votre pays vous échappent ». Alors, j’ai commencé par faire une analyse rétrospective de tous les gouvernements qu’il a eu à former depuis qu’il a pris le pouvoir.

J’étais en seconde quand il a pris le pouvoir. Il a nommé des gens dans ce pays et on l’a critiqué. Il est originaire de l’Atacora comme vous le savez. Il me dit encore, « Pourquoi l’Atacora aura tant de ministres ? ». Je dis : « par respect au principe de l’équilibre régional ». Il me dit « Professeur, le président là il est d’où ? ». Je dis « de l’Atacora ». Et il dit « Le président seul ne vaut-il pas tous les ministres ? ». C’est ça, ce qu’on appelle le dosage, mes amis !

Il n’a pas été dans de grandes écoles pour aller apprendre les sciences politiques, il n’a pas fait le Doctorat comme nous, mais il a le flair, le sens de l’équilibre et de l’équité. C’est pourquoi je vous dis que j’ai appris beaucoup de choses à ses côtés. C’est pourquoi, avant que les gens n’arrivent aux affaires, il faut qu’ils aient au moins goûté à la chose politique, pas forcément par la même expérience que j’ai eu à faire, mais au moins ça. Sinon, ceux qui sont aux côtés du chef, s’ils connaissent mieux la chose politique que vous, ils vont vous manipuler à leur convenance.

Et moi, je suis convaincu à 100% que Boni Yayi, pensant qu’il dirige les gens, est fortement manipulé. Et là, il va commettre toutes les erreurs, parce que les manipulateurs ce ne sont pas eux les responsables. Quel que soit ce qui se passe, c’est le chef qui en est responsable. On va dire que c’est Yayi qui a fait ça. Il ne faut pas qu’il s’en offusque. Car, si tu acceptes toute la jouissance qu’il y a dans le pouvoir, il faut aussi en accepter l’amertume.

Que pensez-vous de la gestion économique actuelle du Bénin ?

Tout le monde vit le sentiment que les agrégats économiques sont tombés. Entre le sentiment que l’on a et ce qu’on vit, où se trouve la réalité ? C’est ce qu’on vit. Ecoutez, le FMI n’a jamais dit dans son rapport que tout est bon au Bénin. La preuve, quand le président était venu le 1er Août à la télé, il montrait le rapport aux journalistes en disant : « lisez, on a écrit ici satisfait, ici satisfait ». On peut avoir satisfait sur plusieurs critères et se retrouver globalement dans « insatisfait ».

 Le Président n’a jamais donné lecture de l’appréciation globale. Cela serait mieux accepté. Moi, je dis que nous ne devons pas chercher à nous dédouaner facilement. Nous ne devons pas chercher des auto-satisfécits. Parce que nous sommes dans un régime démocratique, nous passons et le Bénin reste. Et tout ce que nous avons fait, ça devient de l’histoire et on nous jugera par rapport à ça.

Mais Professeur on dit que les agrégats sont mauvais. Qu’en pensez-vous ?

Seul ici, je n’aurais jamais prononcé le mot agrégat avant de quitter votre studio. Parce que je ne suis pas dans mon amphithéâtre. Ce que je dis avec vous, c’est à l’attention de « Monsieur Tout le Monde ». Est-ce que « Monsieur Tout le Monde » connaît ce qu’on appelle agrégat ? Je crois que non. Moi, au lieu de me baser sur les agrégats que tout le monde sait déjà mauvais puisque nous sommes dernier, je préfère m’appuyer sur le vécu. Ecoutez messieurs, avec de bons agrégats, est-on dernier ?

Donc, j’assume cette dernière position. Ce qui me permet de dire que les agrégats sont mauvais. Sans même recourir à la science qui m’habite, c’est que le gouvernement même dit en conseil des ministres qu’arrivé au port de Lomé, on compte 40 bateaux alors qu’à Cotonou on trouve dans le même temps à peine 5 ! C’est le gouvernement qui dit ça, ce n’est pas moi. La situation est si difficile aujourd’hui que le citoyen béninois peine à s’offrir un repas par jour. Mais, ce sont les agrégats qui parlent comme ça.

Alors là, je n’ai même plus besoin de dire que ça va mal et très mal même. Je préfère ça que d’aller parler d’équilibre macro-économique, car si nous venons sur des plateaux de télévision ou des rubriques du genre utiliser des termes savants mais opaques parce que nous sommes détenteurs de gros diplômes, alors nous sommes de véritables érudits qui n’ont pas leur place dans la transformation qualitative de la société.

N’est-ce pas ce qui conduit le gouvernement à prendre l’initiative d’un forum ?

Je dis que le gouvernement n’a pas initié un forum. Si on dit ça, je dis non. C’est l’alliance ABT qui l’a initié. Avec ce qui se passe là, le pire est encore devant nous. Et même si nous sommes opposants, nous sommes avant tout des républicains et nous respectons le jeu démocratique. Ce n’est donc pas une raison pour nous de dire « laissons le pays couler ». Le président Yayi va partir et laissera un trou profond si rien n’est fait. Et si nous laissons couler le pays et que nous venons au pouvoir, avant de combler un tel trou, ce sera difficile. Nous devrons d’abord ramener le pays à la surface, ce ne serait pas facile.

C’est pourquoi on a dit qu’à cette allure il faut un sursaut patriotique. Parlons maintenant et respectons donc nos paroles. Ça prend non seulement un consensus mais aussi une approche inclusive. Et c’est l’exemple que je donne. En 1989, le pays était à terre. Nous avons eu le courage. Et celui qui est là aussi a vu qu’on ne peut pas faire autrement. Il a convoqué une conférence nationale. Cela a été fait. Et les gens ont dit que la conférence doit être souveraine et ses décisions exécutoires. Les thuriféraires du régime étaient contre. Et il a fallu la croix et la bannière pour qu’ils entendent raison.

 Mais leur chef comme il aime son pays, a dit non. C’est ça la grandeur de l’homme. Et quand la conférence a poursuivi ses travaux jusqu’à la fin, ils lui ont dit « tu refuses, voici le discours de refus ». En ce temps, s’il disait ça qui pouvait broncher ? Mais on sait ce qu’on a enduré. Ceux qui sont là aujourd’hui n’ont pas fait ce chemin-là. Et ce chemin est jonché d’embuches, je peux vous le dire.

Que pensez-vous alors de l’idée du forum économique que préconise le Président de la République ?

Quand il venait clôturer la conférence nationale en février 1990, le Président Kérékou avait un discours de remise en cause totale des décisions de la conférence en poche, un discours rédigé par les barons de son parti, le PRPB.Et quand il venait, les gens l’ovationnaient parce qu’ils savaient qu’il allait tout balayer du revers de la main. Alors qu’il s’est fait écrire un autre discours. Il a alors dit « j’accepte ». Il s’en est suivi l’Hymne National à l’unisson. Du coup, le peuple venait de prendre un consensus. C’est inclusif. Parce que toutes les forces étaient là. Ceci vient de faire vingt deux ans.

Depuis notre indépendance, quel consensus nous avons eu et qui soit aussi durable ? Aucun. Nous avons des phénomènes cycliques qui arrivent. Ils peuvent ne pas arriver de la même manière. Mais quand ça arrive, nous devons aller nous ressourcer dans notre patrimoine expérientiel. On l’interroge : «En de tels moments, lorsque de pareilles circonstances s’étaient présentées, qu’est-ce que nous avions bien pu faire ? » Parlons ensemble et décidons de comment nous allons nous gouverner économiquement et socialement. Politiquement, nous l’avons déjà fait et nous avons réussi. La preuve, quand quiconque manifeste le moindre désir de révision opportuniste de la constitution, même dans les villages les plus reculés, les populations disent vigoureusement « Non ! nous ne voulons pas » !

 C’est un consensus puissant. Redéfinissons le même consensus au plan économique pour baliser l’action gouvernementale pour que, si un Président arrive là, il ne fasse pas ce qui lui passe par la tête. C’est ça la Conférence nationale sur l’économie. Mais si c’est un forum, vous voulez qu’on fasse un forum en plus de tous les autres fora qu’on a déjà faits et qui n’ont jamais rien donné, un forum pour placoter encore pour qu’en sortant de là personne ne soit engagé à rien ?

 Mais, ça ce serait encore plus terrible. Si le président estime que la situation d’aujourd’hui n’est pas comparable à celle d’alors, puisque c’est lui le premier magistrat du pays, alors je lui dirai « Monsieur le Président, allez consulter les comptes-rendus que vous avez donc faits rien que sur l’affaire du PVI. Le Béninois peine à se donner un repas par jour. En 1989, ce n’était pas comme cela. Il peinait à se donner deux repas. Donc je dis, Monsieur le Président, vous êtes notre Président à nous tous. Pas le président des FCBE, mais le président à nous tous. Même de ceux qui sont dans l’opposition.

 De la tour d’ivoire à votre tour d’y voir. Parce que lorsque vous dites ça, le citoyen lambda dira : est-ce que nous sommes dans le même Bénin que notre Président ? Nous, on est dans le Bénin où on peine à se donner un repas par jour. Mais lui, par contre, il est dans le Bénin de l’abondance. Et s’il dit ça, vous allez dire qu’il a tort ? Non, mais il est simple dans sa façon de raisonner ».

Comment appréciez-vous l’intervention du Chef de l’État le 1er Août dernier ?

J’ai suivi cette intervention comme tout le monde. Je m’attarderai seulement sur certains points saillants. Le Chef de l’État a dit que même si on bloque le port, on peut payer plusieurs mois de salaires. Plusieurs, ce n’est pas défini là. Si on me disait exactement tel nombre de mois je suis d’accord. Plusieurs, c’est déjà à partir de deux (02), nous sommes d’accord. Mais supposons que ce soit comme cela. Si le Président est élu pour garantir seulement les salaires, est-ce la peine d’avoir même un gouvernement pour parler de ministre des finances ?

Donnons cette masse salariale à quelqu’un qu’on va appeler ministre de la fonction publique et à chaque fin de mois, vous venez vous mettre en rang et il vous distribue ça. Moi, je pense que la gouvernance, c’est beaucoup plus qu’un problème de salaire. C’est pour ça que le Président vient avec un projet de société. Et dans ce projet de société, nulle part il n’est question de salaire. On suggère le développement de plusieurs choses qui génèrent le salaire. Je suis déjà content que le Président n’ait pas dit qu’on va payer les salaires jusqu’à la fin de son mandat.Il a dit qu’on va payer pour plusieurs mois.

 Je ne pense pas que ce soit le Président de la République qui ait eu l’initiative de ces paroles. La courtisanerie est passée par là. Or, les courtisans ne réfléchissent que pour eux-mêmes et leurs ventres. Alors que ce peuple ne dort plus, puisqu’il ne mange pas. Comme je vous l’ai dit, je n’ai pas dit que tout ce que le Président a dit est mauvais. Je fais la part des choses. Mais il y avait des propos qui ne devraient jamais sortir de la bouche d’un Chef d’Etat. Des propos tels que « ils sont tous petits ; mes enfants sont plus diplômés qu’eux… ».

La souveraineté est au peuple, appartient au peuple et le peuple est grand, plus grand que celui qu’il a élu. Puisque celui qu’il a élu est sous lui. Alors, quand vous dites ça, c’est grave. Moi, je suis fier de dire que tout ce que j’ai aujourd’hui, je l’ai eu de moi-même. Le Bénin ne m’a pistonné nulle part. Mes enfants sont à l’extérieur, ils étudient et ils travaillent. Mais je ne peux jamais dire qu’ils sont plus compétents que les enfants formés à l’école de la République, même si cela était vrai. Est-ce la faute de ces enfants-là si les choses en sont ainsi ? Non ! C’est la faute à leur gouvernement.

Lui par exemple, ce pays lui a beaucoup donné et comme on le dit :« A qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé ». La preuve, il ne s’est pas nommé Président de la Boad ! C’est le Bénin qui l’a nommé. Si vous avez bénéficié de tous ces avantages et que vous voulez comparer le niveau de vos enfants à celui des enfants de la République, je dis que c’est grave. Troisième chose, lorsque le chef de l’Etat dit : « Ils pensent que moi je n’ai pas mes partisans dans le Bénin profond, ils vont s’affronter », ça c’est encore gravissime. Notre Président doit à l’avenir éviter de telles déclarations absolument inopportunes par les temps actuels.

Qu’a-t-il alors dit de bon dans l’interview ?

Tout le reste pour moi, n’importe quel Président peut dire ça.

Kérékou ne disait-il pas aussi des choses de ce genre ?

Il disait que nous avons à faire à des intellectuels tarés, il disait aussi que ses ministres sont à 90% corrompus. Ce n’est pas la même chose. S’il dit que ses ministres sont à 90% corrompus, il fait par la suite un remaniement et dans ce remaniement le ministre dégommé ne devient plus conseiller spécial.

Parce qu’un Conseiller spécial a plus de pouvoir qu’un ministre. Et si vous le dégommez, c’est parce qu’il est contre-performant. Mais, on constate aujourd’hui que c’est l’incompétent dégommé qui devient Conseiller spécial alors que le conseiller spécial est dans le pré-carré du Président de la République. Il n’a aucun autre chef que le Président. Moi, je l’ai été et je sais ce que ça veut dire.

Mais actuellement le Chef de l’Etat n’a qu’un seul Conseiller spécial ?

Actuellement, je ne sais pas le nombre fixe mais il semble qu’on a dégraissé un peu. Il est important de reconnaitre quand même que n’importe quelle personne qui n’est pas capable de se conseiller, est aujourd’hui nommée Conseiller spécial. Disons-nous la vérité, et on a fait bondir leurs rémunérations.

Comprenez donc que les problèmes que l’on a aujourd’hui ne sont que le cumul des erreurs commises par le passé. Vous savez, il y a un principe en statistique qui dit que lorsque vous accumulez les petites causes à effets individuels minimes, le cumul des effets peut devenir monstrueux. C’est ce que nous vivons aujourd’hui.

Le discours du chef de l’Etat le 1er Août vous a-t-il fait oublier la Lépi que vous attaquiez tant ?

Moi, je n’attaquais pas particulièrement la Lépi mais au contraire toute la gouvernance. A propos de la Lépi, je vous tiendrai le même langage que celui que j’ai tenu sur une télévision de la place. Un professeur de statistiques, lorsqu’il veut parler, met des gants parce qu’on ne pourra jamais le prendre en porte-à-faux. Je dis que la Lépi peut exister. Je ne sais pas. Si elle existe, il faut la corriger avant n’importe quelle élection. Mais si elle n’existe pas, que veut-on corriger alors ?

Elle a été découverte par les députés au Centre international des conférences ?

C’est faux. Si elle existe, ce n’est pas dans un ordinateur qu’elle serait. Orden Alladatin disait qu’elle doit être affichée et on doit la voir. C’est fantastique, ce qu’il a dit. Si c’est ainsi qu’on va me démontrer que la Lépi existe je dis non qu’elle n’existe pas. Ils n’ont qu’à me trouver un autre argument.

La loi a recommandé qu’on mette la Lépi sur internet. Seriez-vous d’accord qu’on mette vos données personnelles sur l’Internet en l’état actuel des choses ?

Mais oui ! Je ne suis pas un criminel. Au contraire, en faisant ainsi, c’est une publicité pour moi, ce qui fait ma fierté. Le fait de mettre simplement sur le Net Azondékon Sébastien, professeur titulaire d’économie, vous savez combien de contrats ça peut me rapporter ? Mais ça sera énorme.

Le fait de mettre par exemple sur Internet la situation matrimoniale d’un citoyen qui a quatre femmes, ça ne va pas le déranger?

Mais si quelqu’un a quatre femmes et qu’il n’en est pas fier, c’est grave. Mon père en avait 7. Ça fait 25 ans que je travaille au Canada. Mes collègues me disent « toi tu es trop intelligent ; ton papa doit avoir été ministre au Bénin ». Et je leur rétorque : « Jamais, mon père est un cultivateur et analphabète ». Et ils disent « Non ! Mais comment tu as eu deux doctorats ? ». Et je leur réponds que chez moi, on attribue les bourses au mérite. « Tu as des frères ? ».

 Je dis que j’en possède 50. Mais je ne rougis pas de ce que j’en ai 50. Ça c’est moi. Pourquoi veut-on me dissocier de cela ? Mes collègues disent : « On ne te croit pas. Toi, tu as 50 frères ? Cite leurs noms et nous allons voir. » Et je commence à les citer. Et ils disent : « Tu as vraiment 50 frères, sinon les prénoms ne peuvent pas venir automatiquement comme ça ». Vous pensez que cette situation me rend malheureux ? Mais non ! C’est ma réalité.

La preuve quand j’étais parti sur Canal 3 la fois dernière, en abordant le sujet de coton, je n’ai pas hésité à dire que je suis un fils du coton et que si vous me voyez en veste comme ça je ne l’ai pas été tout le temps. J’ai travaillé dans le coton, j’ai fait le traitement et je suis né dedans. Après avoir travaillé toute la journée, on nous faisait boire 250 ml d’huile rouge pour ne pas mourir. Si vous voulez, je vous amène dans mon village pour que vous puissiez prendre des témoignages. Là-bas même, je me retrouve dans mon milieu car quand je suis à Cotonou je ne me sens pas chez moi. C’est pire au Canada.

Pourquoi ça me ferait mal que les gens sachent que j’ai plusieurs femmes, si réellement j’en ai plusieurs ? Attention, je ne parle pas de moi-même car je n’en ai qu’une seule ! Sous d’autres cieux, au Canada, par exemple là où je vis, on dit que la polygamie n’est pas permise. Je dis Ok. Mais moi, j’enseigne dans un département où nous sommes 40 professeurs et nous sommes très peu à ne pas avoir divorcé. Je leur dis : « Mais vous pensez que cela est mieux que ma réalité ? ». Ma réalité dit : « Tu prends et tu gardes ». Ne pensez pas que parce que je viens de l’Afrique tout y est noir. Pas du tout ! Entre celui qui a tout gardé et celui qui voltige d’une femme à l’autre, qui est mieux ?

Pourquoi avoir choisi de vous engager aux côtés d’Abdoulaye Bio Tchané ?

Bio Tchané, c’est un aîné à moi, comme Yayi est un aîné à moi. Mais, quand un individu commence par manifester des ambitions pour la magistrature suprême, il faut l’écouter forcément. Retenez d’abord que ce n’est pas la région d’appartenance de quelqu’un qui me motive. Je vais vous dire pourquoi.

Aujourd’hui on parle de village planétaire. Ce qui signifie que si toute la terre est devenue un village, le Bénin n’y est qu’un point. Et nous avons tous étudié au secondaire qu’un point n’a pas de dimension et on reste à se chamailler pour dire que je suis de telle région et de telle région alors que dans le point, on ne vous retrouve pas. Ma préoccupation, c’est que je veux un bon président pour mon pays. Mais pas un président de telle ou telle région.

Alors, je reste ouvert. Celui qui a été aux affaires une fois, je le juge sur son expérience. Celui qui est nouveau je lui demande ses projets à lui. C’est de cette manière que j’ai questionné Abdoulaye Bio Tchané et qu’on a parlé pendant plus de trois heures d’horloge. Et je lui ai dit que si vraiment il va faire tout ce qu’il m’a dit, il a mon appui. Et quand moi je donne mon appui, c’est pour du vrai. On n’a donc pas besoin de manger ensemble avant que je ne décide de soutenir un candidat si je vois que ce qu’il veut faire est bien.

Je suis d’accord que le fait de le soutenir, c’est un suffrage que je lui donne. Mais ce n’est pas simplement cela. Je suis aussi là pour veiller à ce qu’il le gère correctement, c’est plus que le suffrage. Il a besoin de la quantité pour être président. Mais, une fois élu, il a besoin de la qualité pour travailler. Est-ce que je suis capable de lui apporter un plus ? Je pense que oui.

 C’est à la fin de cet entretien que nous avons parlé un peu de nos parcours et c’est à cet instant donc qu’il a constaté que moi aussi j’avais travaillé avec le Général. Sinon, il ne le savait pas. Mais moi je savais qu’il fut ministre des finances. Et il était surpris d’apprendre que moi aussi, je fus Conseiller spécial du général Mathieu Kérékou, car je travaillais dans une discrétion totale comme l’exige ce poste.

Après l’expérience de 2011, pensez-vous qu’il a des chances pour 2016 ?

L’expérience de 2011 a été un non événement.

Pourquoi?

Je le dis parce que si l’on me demande d’analyser le scrutin de 2011, je vous dirai tout de suite qu’il n’y a pas moyen d’analyser cela. La preuve, le nombre d’électeurs n’était pas connu. Si, on ne connaît pas le nombre d’électeurs, mais comment peut-on arriver à établir un ratio ? Au moins, au cours primaire on nous a appris qu’on ne peut jamais établir le quotient d’une fraction sans en connaître le dénominateur et vous voulez qu’on interprète une élection dont on ne connaît pas le nombre d’électeurs. Nous, on a accepté les résultats, car nous sommes républicains et démocrates.

Au regard du bilan du « régime des économistes » au pouvoir, pensez-vous qu’un économiste comme Abdoulaye Bio Tchané a encore des chances d’être élu président en 2016 ?

Comme le disent les gens de chez moi, dans les chansons populaires, si le ventre pouvait être une calebasse qu’on pouvait ouvrir, je l’ouvrirais et je montrerais que votre cœur toque pour mon candidat. La crédibilité aujourd’hui, qui l’a ? Disons-nous la vérité ! Je pense que, pour la première fois, notre peuple va faire un bon choix plutôt que d’aller encore se créer des problèmes.

Alors, je vais vous opposer cet adage populaire qui dit : « Est-ce parce que le cheval t’a terrassé que tu vas refuser d’aller à cheval ? » Ça veut dire que tous les économistes ne se ressemblent pas. Chaque économiste a son parcours. Nous connaissons qui est qui dans ce Bénin et qui fait quoi. Moi, je le dis toujours : chaque personne a son parcours. Mais, si nos parcours ne sont pas les mêmes, comment voulez-vous que nous ayons les mêmes visions, les mêmes conceptions, les mêmes convictions ? Alors, si on dit de ne plus jamais élire un économiste, là c’est grave.

Le peuple béninois va demander au candidat « Est-ce que tu es sûr de faire ce que tu es en train de nous promettre ? Je suis contre le fait de signer un chèque à blanc à quelqu’un pour lui donner le pouvoir. Malheureusement, nous sommes dans un pays où nous n’avons pas beaucoup de ressources et puis on a toujours connu des déceptions. Si je dis que je suis Bio Tchané par conviction, comment voulez-vous que je réfléchisse encore autrement ? Pour moi, nous sommes là pour gagner. Je ne veux pas faire une nouvelle expérience.

Pensez-vous qu’il a les moyens financiers nécessaires à la victoire ?

Sébastien Azondékon est l’un des plus pauvres au Bénin. C’est pour cela que je n’ai pas des ambitions de présidentiable. Si c’est parce qu’on donne qu’on gagne, alors, on ne doit plus jamais se plaindre. Maintenant, il faut opposer des projets de société. Il faut que les candidats qui aspirent à la magistrature suprême aient le courage de plancher face à face pour défendre leurs projets. C’est là où on va choisir le meilleur. Et je pense que si on fait ça, ce serait mieux. Je vous donne l’exemple de ce qui se passe à Kpomassè.

 J’ai vu hier (Ndlr : mardi 21 août 2012) à la télé l’épisode « tomatique ». La dame est ménagère comme le fut ma mère. Des paniers de tomates, de belles tomates, juteuses et les gens ont trimé parce qu’on leur a dit « faites de la tomate » et ils l’ont fait. Moi, je ne savais pas qu’il y avait eu des promesses faites par le président en personne. C’est la femme là qui l’a dit avant de poursuivre : « Voilà ce panier, c’est à 500 Francs »; j’ai attrapé ma tête en me disant « tout ça là à 500 Francs ?

Je suis prêt à acheter tous les paniers et aller faire quelque chose de bon avec ». « On nous a dit de cultiver la tomate et voilà. J’interpelle le président, il a dit de cultiver la tomate et je vais amener des machines et on va vous les transformer. Mais où sont les machines ? ». Elle venait de faire le bilan du gouvernement. Elle n’a pas besoin d’être Docteur avant de faire le bilan.

S’il vous était donné de conclure cet entretien, que diriez-vous ?

Je vous encourage à travailler davantage parce que c’est à cette condition que vous triompherez. Je garde de vous les meilleures impressions et je vous remercie pour cet entretien cordial.

                                                                                                                        Carte d’identité

La longue marche d’un fils de paysan vers les sommets de l’excellence

La vie n’a pas été un long fleuve tranquille pour le Professeur Sébastien Azondékon. Né quatre ans avant l’indépendance, le natif d’Aklankpa, village situé au centre du Bénin, a tôt fait d’épouser les vertus du travail et de la rigueur pour se frayer un chemin dans la vie. Fils d’un père paysan et d’une mère ménagère, il fait ses premiers pas à l’école aux premières heures de l’indépendance du Bénin (Ex Dahomey). « J’ai commencé mon cours primaire à Aklankpa en 1961-1962 où j’ai obtenu mon CEP et mon entrée en 6ème en 1967.

Au cours secondaire Monseigneur Steinmetz de Bohicon, j’ai décroché le Bac série C après sept années d’études », déclare-t-il. Amoureux des langues, il se retrouve en Faculté de sciences sans y avoir éprouvé une quelconque passion. « Je n’avais rien pour devenir mathématicien. Je n’avais rien non plus pour devenir économiste. J’avais tout d’un littéraire parce que j’ai fait le Latin, l’Anglais, l’Espagnol, l’Allemand. J’ai fait beaucoup de langues et pourtant j’ai été bachelier de la série C avec la mention ‘’Assez bien’’ en 1974 ».

Ainsi, le Baccalauréat en poche, il se retrouve dans la seule université du pays, l’Université nationale du Bénin (UNB) où il obtient une bourse canadienne à laquelle il ne pourra pourtant jamais jouir. « J’ai été victime d’injustice dans ma vie. J’avais droit à une bourse canadienne. On me l’a donnée quand j’ai réussi à mon Bac C et on me l’a arrachée. Ce n’était pas dû à une affaire de performances mais plutôt à la magouille ». Cette situation lui laisse un goût amer, mais ne freine pas pour autant sa volonté de se réaliser. Il s’inscrit en Faculté de sciences et obtient une Licence Maths-physique avant de décrocher une bourse pour l’Union Soviétique.

« Je n’avais rien d’économiste quand un beau matin, on m’a dit que j’ai une bourse pour aller en Union Soviétique. Je me suis d’abord interrogé parce que c’est à ceux qui décrochent fraîchement le Bac qu’on donne la bourse. Mais moi, on me l’a donnée. Il y a quelque chose qu’on appelle le destin et personne ne peut aller contre cela ». Arrivé dans ce pays sans aucune notion de la langue russe, il s’inscrit en Statistique et Economie. «Je suis parti, j’ai fais mon Master, mon Doctorat en Statistiques économiques».

De retour au pays, le professeur Sébastien Azondékon décide d’embrasser la carrière d’enseignant à l’UNB en devenant le premier professeur de statistiques dans une université béninoise. « Je suis revenu comme professeur à l’Université nationale du Bénin où j’ai enseigné de 1984 à 1986. J’ai enseigné à la FASJEP (Faculté des sciences juridiques et d’économie politique), à l’INE (Institut national d’économie) et à l’ENA (Ecole normale d’administration). Quelques années après son retour au pays, il est nommé Conseiller technique à l’économie du président de la république à 26 ans. « J’ai refusé, mais on m’a dérangé.

Cependant, je ne le voulais pas parce que je venais de finir mes études et j’avais 26 ans. Et j’ai demandé au Directeur de cabinet du président de la République, M. Taèvi comment on pouvait me dire, à mon âge, d’aller conseiller un président ? ». Face à ce refus qui frise un mépris en pleine effervescence révolutionnaire, les collaborateurs du président Mathieu Kérékou s’offusquent : « vous vous foutez du Président de la République ? Nous allons vous mettre hors d’état de nuire », lui promettent-ils. « A cause de ce problème, on m’a convoqué quatre fois et chaque fois que j’allais on me fouillait jusqu’aux couilles. Je n’avais plus envie de rester là surtout que je suis subversif », explique-t-il.

 Finalement, le président Mathieu Kérékou se plie à la décision du jeune universitaire tandis que ses collaborateurs poursuivent leurs menaces en inscrivant la mention « à surveiller de près ». Quelques temps après ces échanges, ils passent à l’action. « Trois mois après, on a lancé un mandat d’arrêt contre moi sous le prétexte que je suis « anarco-gauchiste. C’est un de mes étudiants qui m’a sauvé la vie en me l’apprenant », se souvient-il. Il décide alors d’emprunter le chemin de l’exil pour sauver sa vie.

 « J’ai enseigné à l’extérieur, au Nigeria durant deux ans et demi et ensuite je suis parti au Canada sans diplôme, sans pièce d’identité, sans rien. Mes diplômes sont restés à la maison et je n’avais rien pour justifier de mes compétences. Je me suis donc inscrit pour faire un deuxième Doctorat en business administration. C’est comme cela que je me suis donc refait et au lendemain de la soutenance de ma thèse, j’ai eu un poste à l’université de Québec en 1991. Je n’ai pas eu deux doctorats parce que je le voulais. Il fallait que je mange. J’avais une femme et deux enfants, il faut que nous mangions ».

 Il réussi, à force d’abnégation, à devenir le premier noir professeur titulaire dans son université. Professeur à l’Université du Québec en Outaouais depuis 23 ans et Professeur titulaire depuis 15 ans, il est présentement le Directeur des Programmes de 2ème Cycle en Gestion de Projet, Consultation et Changement, Éditeur (Français) de la Revue trilingue ‘’The Journal Of Global Business Administration’’. « Le système canadien est juste et reconnait les mérites. Je suis avec des Blancs.

J’ai été le premier noir dans mon département. On ne vendait pas du tout chère ma peau. Mais on est tous restés là. Ce n’est pas comme en France. Des gens avaient fait 30 ans avant que je vienne. Mais j’ai été le premier à passer au grade de Professeur titulaire. Je ne pense pas qu’en France, cela peut se passer, ni au Bénin. Alors, même si je n’aime pas le racisme, j’adore ces façons de faire et c’est ça que je veux imiter dans mon pays », confie-t-il.

Ce parcours élogieux lui vaut d’être à nouveau sollicité – une nouvelle fois – par le Président de la République en qualité de Conseiller spécial. Il occupera ce poste cinq années durant. Et fort des nombreux sacrifices consentis pour se hisser au sommet de la hiérarchie sociale, il exige respect et considération. « J’ai eu la chance de réussir dans ma vie. Je ne suis pas plus valable que quiconque et cette réussite fait que je n’accepte pas qu’on dise que je suis petit.

 Je ne suis pas petit. Je suis grand. Des gens qui ont mes pedigrees aujourd’hui dans le monde, sont-ils légion ? Et pourquoi on va me dire que je suis petit ? Je dis non. Je ne le suis pas. Chaque peuple a besoin de modestie. Même si j’ai le président devant moi, je dis non, je ne suis pas petit », clarifie-t-il.

Retourné au Canada pour se consacrer à l’enseignement après l’accession de Boni Yayi à la tête du Bénin en 2006, le Professeur Azondékon, polyglotte qui s’exprime couramment en Français, Anglais, Espagnol et Russe, est cependant rattrapé par le virus de la politique. Il s’engage au sein de l’Alliance ABT où il milite aux côtés de l’ancien Directeur Afrique du Fonds Monétaire International (FMI) et candidat malheureux à l’élection présidentielle de mars 2011.

                                                                                                                Intimité

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Marié et père de quatre (04) enfants, le professeur Sébastien Azondékon voue un attachement particulier aux mets de son pays malgré son éloignement de la terre natale. « A l’heure où le citoyen béninois peine à se donner un repas par jour, moi je mange toujours des mets béninois au Canada. Je ne peux faire deux jours sans manger la pâte », confie-t-il en précisant son penchant pour l’igname pilée, en bon natif d’Aklampa dans le département des Collines.

 Il n’en est pas de même des boissons alcoolisées ni celles sucrées. « Je prends de l’eau, pas d’alcool ni de boisson sucrée ». A défaut, explique-t-il, «je me contente d’un seul verre de vin à table ». Né d’une famille nombreuse où la polygamie est érigée en règle, Sébastien Azondékon n’a pas emboîté les pas de ses cinquante (50) frères. Il a fait le choix de demeurer fidèle à une seule femme. « Je suis le seul monogame de ma famille. J’aime tout ce que ma femme me donne et depuis que je l’ai connue en 1974, j’ai toujours eu des problèmes, mais elle ne m’a jamais laissé et elle m’a tout donné.

 Je sacrifie quelques fois ma vie de famille mais je n’y peux rien. Ma femme endure beaucoup et je l’en remercie », se félicite-t-il. Occupé par ses choix, le sport a cessé d’être une priorité pour le professeur Azondékon. « Quand j’étais au collège, je faisais du volley-ball et du basket. Maintenant, je fais de la marche ».

Sous L’Arbre à Palabres avec Grégoire Laourou, Président de l’Union de la majorité présidentielle plurielle (UMPP):« L’UMPP soutient Boni Yayi et les réformes par conviction »

Grégoire Laourou, «L’Umpp n’est pas un parti qui soutient les actions du Chef de l’Etat pour bénéficier des largesses du pouvoir ou créer des dépenses inutiles à la majorité»

Invité Sous l’Arbre à Palabres, l’Honorable Grégoire Laourou, Président de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale revient ici sur le fonctionnement du Parlement et l’actualité des grèves qui paralysent le système éducatif béninois. A la tête de l’Union de la Majorité Présidentielle Plurielle (UMPP) depuis trois ans, il estime que les partis soutenant l’action du Chef de l’Etat le font par conviction, et ce malgré les divergences d’opinions qui font la force d’un groupe. ..

Et si on en parlait

La santé actuelle de l’Union de la majorité présidentielle plurielle (UMPP) à l’Assemblée Nationale

La majorité présidentielle plurielle se porte très bien aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Vous voyez, les choses évoluent depuis que nous sommes arrivés à l’Assemblée nationale. Nous étions tout au début une cinquantaine de députés se réclamant de cette majorité.Mais aujourd’hui, nous avons 62 voire 63 députés sur les 83 que compte la représentation nationale. C’est pour vous dire que depuis le début, la majorité s’est renforcée et que nous avons, une majorité confortable.

 Maintenant,le concept de majorité n’est rien d’autre que la mise ensemble des synergies de tous les députés qui soutiennent l’action du gouvernement en place à travers le docteur Boni Yayi. C’est tous ces députés-là qui se sont retrouvés dans ce creuset pour échanger, discuter, prendre des positions par rapport aux dossiers importants de la nation soumis à l’Assemblée Nationale. Donc, elle est là à l’entame de la législature, elle s’est consolidée et nous avons espoir qu’elle se consolidera davantage au fil du temps.

Quelles sont les composantes de la majorité présidentielle aujourd’hui ?

La majorité présidentielle, c’est la majorité présidentielle primaire comme on devait pouvoir l’appeler.C’est-à-dire, les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe). C’est cette majorité qui était tout au début de l’élection du président Boni Yayi et qui a travaillé jusqu’à la fin de la 5ème législature. Dans l’intervalle et dans le souci d’élargir cette majorité, les Forces cauris pour un Bénin émergeant (Fcbe) ont tendu la main à d’autres partis et regroupements politiques.

Certains ont voulu se fondre dans les Forces cauris pour un Bénin émergent, mais d’autres par contre ont choisi de garder leur identité propre et de soutenir les actions du président de la république. Voilà pourquoi il y a des partis qui ont voulu soutenir tout en gardant leur identité propre. Je puis vous citer le Fac du Ministre Houdou Ali et les autres, le Rund de l’honorable Idrissou Ibrahima, le parti Udd-Wologuèdè de l’honorable Zéphirin Kindjanhoundé, l’UNDP du président Zinsou. Voilà des partis qui sont venus à la majorité présidentielle pour soutenir la majorité tout en gardant leur autonomie organisationnelle. Donc, c’est le regroupement des Fcbe et de ces partis affiliés qui soutiennent la même cause qui forme l’UMPP.

Quels sont les mécanismes de partage de l’information au sein de la majorité présidentielle plurielle ?

Tous ces partis n’ont pas pris la couleur des Fcbe. Ils ne sont pas pour autant des éléments qui sont venus s’agripper ou se joindre uniquement aux Fcbe. Ils participent à la prise des décisions. Pour preuve, quand nous prenons le cas du bureau de l’Union pour la majorité présidentielle plurielle (Umpp), moi je suis Fcbe, je suis président.

Le vice-président c’est l’honorable Idrissou Ibrahima du Rund. Vous verrez dans le bureau qu’il y a le représentant des FAC en la personne de Houdou Ali, Kindjanhoundé Zéphirin à travers son parti Udd. C’est vous dire que ce ne sont pas seulement les Fcbe qui sont aux commandes mais plutôt tous les partis qui ont accepté de venir. Donc les décisions se prennent ensemble avec les autres partis qui nous ont rejoints.

La date du 25 février confirmée pour l’organisation des premières journées de la majorité ?

Je ne saurais la confirmer. Vous savez, nous sommes en train de faire des travaux préliminaires. Sur le principe, ça va se faire mais sur la date, il peut y avoir des amendements.

Et le bureau de l’UMPP n’est-il pas caduc ?

Le bureau de l’Umpp a une durée de six mois renouvelable et c’est ce que disent les textes. Donc, on peut le renouveler autant que possible si le travail est bien fait. C’est une reconduction tacite comme vous le dites. Je suis élu depuis 3 ans, le travail se fait sans tambours ni trompettes. Concrètement, nous avons donné des avis sur des dossiers importants de la nation, et surtout nous avons travaillé largement aux côtés du Chef de l’Etat pour sa réélection.

 Je le dis parce que les Ccmp(Cadre de concertation de la majorité présidentielle) qui ont été créés se retrouvent dans les 77 communes du Bénin. Ces cadres ont été installés. A l’université de Parakou, il y a eu un cadre, à l’université d’Abomey-Calavi, il y en a eu un autre, et tout cela a été fait comme des structures de décentralisation de l’UMPP. Dans ce cadre, vous trouverez non seulement les Fcbe, les partis politiques qui soutiennent les actions du Chef de l’Etat mais aussi les associations et regroupements de jeunes soutenant la même cause. C’est donc ce travail fait en commun, ce travail de fourmi qui a permis d’avoir ce résultat-là.

Vous fonctionnez sans siège pourtant !

L’Umpp n’a pas de siège à proprement parler, après trois ans. Cela ne veut pas dire que nous ne travaillons pas. Nous avons notre alter égo, je parle bien sûr des Fcbe qui ont un siège et nous nous réunissons là pour limiter les dépenses. L’Umpp n’est pas un parti qui soutient les actions du chef de l’Etat pour bénéficier des largesses du pouvoir ou créer des dépenses inutiles à la majorité. Si les Fcbe ont un siège, alors, nous préférons aller rester là-bas pour travailler et éviter les locations qui vont constituer des charges inutiles. C’est une volonté de gérer avec efficacité le peu de ressources dont nous disposons.

La célérité dans le vote du budget 2012

Le problème que vous posez est double. Vous savez, pour mettre en place un budget, il faut des procédures. Même si l’on vote ce budget le 22 décembre, sa mise en place peut prendre deux mois. Voter le budget en décembre, c’est vrai que c’est la première fois sous le régime du président Yayi, mais cela ne veut pas dire que c’est la première fois au parlement. Ce qui s’est passé, c’est un exploit calendaire. Et sous l’ère du renouveau démocratique, le vote du budget annuel 2004 est intervenu autour du 22 au 23 décembre. Ce n’est pas inédit et ça dépend de comment on est organisé. C’est vrai que c’est inédit pour le régime Boni Yayi et je souhaite qu’il en soit ainsi jusqu’à la fin de son mandat.

Le coup de gueule entre Azanaï et Nago, comment vous le gérez ?

Vous me donnez l’occasion de m’exprimer sur ce sujet qui est tout à fait essentiel. J’ai dit tout à l’heure que la majorité présidentielle n’est pas une caisse de résonnance. Ce n’est pas un groupe où tout le monde dit la même chose ou chante la même chanson. Il y a des courants de pensée qui traversent la famille et c’est normal.

Ce n’est même pas normal qu’on se réunisse pour que tout le monde dise que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, non ! Donc, c’est une majorité où des groupes d’individus ont des points de vue divergents.C’est normal qu’ils fassent entendre ces points de vue. Nous, on n’est pas là pour imposer à tout le monde de dire la même chose à tout moment. Les points de vue peuvent diverger et on va se rapprocher les uns des autres pour en discuter. Sinon que moi, je ne trouve pas un quelconque problème à ce qui s’est passé. Chacun a eu sa lecture du règlement intérieur.

 Maintenant, vous pouvez me demander mon point de vue.Ça c’est un autre problème mais on ne peut pas empêcher quelqu’un d’avoir un point de vue différent de ce que le président de l’Assemblée ou le bureau de l’Assemblée peut avoir. Moi je ne suis pas là pour juger un collègue. Je peux interpréter ce que disent les textes qui nous régissent et donner mon point de vue sur la compréhension de chacun sur ces textes mais pas pour juger.

Les dysfonctionnements qui entrainent les grèves

Qu’est-ce que vous appelez dysfonctionnement ? La grève ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est prévu par la constitution. C’est la liberté d’expression. Si les gens ne sont pas contents de la manière dont ils sont traités du point de vue de la rémunération tout au moins, ils ont le droit et c’est prévu par la constitution. Il y a une loi spécifique sur le droit de grève. Donc moi je ne considère pas que ce soit un dysfonctionnement.

Maintenant, vous devez me dire est-ce que la manière dont les choses ont été conduites permet de dire que ça a été bien fait ? C’est ça la question. Est-ce qu’au moment où les négociations se menaient, la clarification a été faite pour que chacun sache que c’est 25% pour les autres et que les 25% que les enseignants ont eus se limitaient à ça. C’est la question qui est posée aujourd’hui parce que j’ai le sentiment que tous ne disent pas la même chose. Le gouvernement dit que les enseignants ont déjà eu 25% et que les 25% qui restent c’est ça qu’on a donné aux autres pour faire l’égalité. Mais les autres disent que les 25% qu’ils ont eus, c’est pour la fonction enseignante.

Et si on décide de donner autre chose aux autres corporations, on doit pouvoir leur en donner aussi. C’est là le débat. Maintenant, il aurait fallu clarifier ce point pour éviter ces confusions qui s’installent aujourd’hui. En tout cas, j’ai le sentiment que le gouvernement a pris la mesure de la situation et va discuter avec les uns et les autres pour clarifier la situation pour permettre vraiment que l’école béninoise reprenne ses activités. Puisque ça ne fait plaisir à aucun parent de voir les enfants déambuler dans les rues comme cela se fait aujourd’hui. Donc ce n’est pas un dysfonctionnement pour moi.

Cela joue sur le niveau des enfants

Vous savez, je suis le premier à déplorer le niveau de formation de nos enfants aujourd’hui. Parce qu’à ce niveau effectivement, et ce n’est pas à mettre à la charge du gouvernement actuel, quand moi-même j’étais ministre, nous déplorions cette situation. Donc, moi je pense que le gouvernement doit tout faire pour apporter un correctif au programme tel qu’il se déroule aujourd’hui. Puisque au quotidien nous vivons ça. Quand un enfant te parle Français, il n’y a pas de contenu réel.

On se demande même s’ils vont réellement à l’école. Donc là, il y a vraiment un problème qu’il faut corriger. Et je pense que le gouvernement doit s’atteler à le faire. Ma réaction est encore qu’il faut que le dialogue s’instaure entre tous les partenaires sociaux. Je ne veux pas faire l’apologie de mon gouvernement pour dire que le gouvernement fait beaucoup d’efforts. Il faut que les syndicats mettent de l’eau dans leur vin.

La vie chère qu’en dites-vous ?

Il y a quelques années quand on parlait de chocs exogènes à certaines occasions, personne ne comprenait. Mais nous avons vécu cela en direct la fois dernière avec la crise du pétrole au Nigéria. C’est ça un choc exogène en réalité. Il a suffi que les prix augmentent là-bas pour que le lendemain nous ayons les répercutions ici. Donc de façon claire il y a beaucoup de chocs comme ça dans le monde dont nous recevons le contrecoup. Il y a des chocs endogènes aussi.

Il y a que certains commerçants sont véreux. Ils ont acheté à un prix donné et profitant de l’ambiance générale, ils augmentent les prix. La combinaison de ces deux facteurs peut bien amener à la cherté de la vie. C’est encore au gouvernement d’intervenir à ce niveau, même si nous sommes une économie de marché où la libre concurrence devrait s’établir. C’est au gouvernement de prendre ses responsabilités pour faire ramener les prix à leur juste proportion. Donc, ce que la CSTB a fait (la marche du 16 février 2012 contre la vie chère), moi je comprends cela.

Tout ce qui se passe à travers le monde doit nous interpeler et nous amener à réfléchir profondément pour nous amener à comprendre que si nous devons exposer les revendications, nous devons le faire de façon pacifique. Encore que l’expression bruyante de leur détresse que nous avons observée, moi je n’ai pas mal pris ça. Une fois encore, c’est prévu par la constitution, c’est pour cela que ça a été autorisé. Parce que si ça n’avait pas été autorisé, ils n’allaient pas pouvoir marcher. Donnez-moi l’exemple d’un pays où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes aujourd’hui ?

Il n’y en a pas. Donc on ne peut pas dire que c’est ici seulement que ça ne va pas. Mais quand je dis que ça ne va pas ici, que ça ne va pas ailleurs, je dis aussi que les gens ont le droit de manifester ici, qu’ils ont le droit de manifester ailleurs. Moi j’ai vu tout cela en France, en Espagne et en Grèce et vous avez vu aussi les mouvements de foule. C’est partout. Donc on ne peut pas trouver que c’est notre gouvernement qui est le responsable de tous les péchés d’Israël.

Le PRD ne pense pas la même chose que vous ?

Pour nous, la sortie du PRD, c’est un non évènement. Parce que tout ce qui a été dit est connu et su. Et ça c’est du déjà-entendu. Et nous avons eu le sentiment que c’est le remake des discours de campagne. On a déjà entendu cela.

La loi sur le statut de l’opposition, le Prd réclame sa révision qu’en dites-vous ?

Il n’y a pas de loi parfaite. Est-ce qu’ils ont commencé déjà par appliquer la loi dont ils réclament l’amélioration aujourd’hui. Il faut commencer par appliquer ça. On dit en droit que l’application de la loi c’est dans le temps et dans l’espace. Nous sommes aujourd’hui en février 2012. La loi qui doit s’appliquer aujourd’hui est la loi qui existe. Les propositions que fait le Prd, même si on les intègre dans la loi, si le législateur ne décide pas que la loi rétroagisse, elle agira pour l’avenir. Mais parlons du présent. C’est pour ça que je dis qu’il faut appliquer le texte tel qu’il est aujourd’hui et l’améliorer.

La qualité de la sixième législature

Je crois que je vous côtoie dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Je vous ai côtoyé durant toute la cinquième mandature et je vous revois là-bas aussi en ce moment. Donc je considère que vous avez pu savoir quand même que pendant toute la cinquième législature le bilan est largement positif, tant du point de vue parlementaire, des commissions, qu’au niveau des plénières. Le travail est largement positif. Nous avons travaillé au cours de la cinquième législature, c’est vrai et nous travaillons encore maintenant.

Mais nous travaillons d’abord dans un climat apaisé, c’est important. Pour parler des commissions au niveau de l’Assemblée, les commissions travaillent avec beaucoup de détermination et d’enthousiasme et dans un climat apaisé. Moi je suis heureux d’appartenir à cette sixième législature qui a fait un pas par rapport à la situation de la cinquième législature. Et je suis convaincu que si nous avançons comme cela, nous aurons une législature de qualité.

Les défauts de la législature actuelle. Quels sont-ils ?

Vous savez un texte n’est jamais parfait. A l’épreuve du temps, on en découvre les imperfections. Il y a que par exemple dans le règlement intérieur de l’Assemblée nationale, les questions de transhumance politique ne sont pas encore réglées. Quelqu’un peut bien venir sous l’étiquette de FCBE et dire trois mois après qu’il n’est plus FCBE. Du point de vue de l’éthique politique, cela pose un problème que le règlement intérieur n’a pas pris en compte.

Donc il faut revisiter et voir par rapport à la pratique de tous les jours quels sont les éléments nouveaux que nous devons y insérer pour rester collés aux réalités actuelles de notre pays. Vous savez, je vous ai dit qu’à l’Assemblée, lorsqu’il y a des questions autour desquelles tous les points de vue convergent, ça veut dire que c’est bien analysé. Ce que la tendance générale de l’Assemblée a retenu, c’est de dire qu’il faut augmenter le nombre de secrétaires parlementaires. Vous savez tous que lorsque nous n’avons aucun secrétaire parlementaire, même si le quorum est atteint nous ne pouvons pas démarrer les travaux.

 Il peut arriver que les deux secrétaires parlementaires soient malades ou absents. Ça peut être aussi par des machinations politiques qu’ils disparaissent pour empêcher qu’on avance. Si on ajoute un secrétaire parlementaire, est-ce que ça ne règle pas ce problème ? On peut avoir trois secrétaires parlementaires. Dans certains pays, on en a jusqu’à six. Moi je ne trouve pas ça comme une charge supplémentaire pour notre pays.

La loi sur la corruption

Une loi est faite pour être appliquée. De mon point de vue, si la loi est votée c’est bien pour qu’elle soit appliquée, donc elle le sera. Nous on avait déjà fait la sensibilisation sur ces lois là en tant que parlementaire. Si le gouvernement le fait aujourd’hui, c’est pour renforcer ce qui a été fait. Vous savez, la loi sur la corruption a un caractère économique. Vous n’avez pas idée des désastres que cause la corruption dans ce pays.

 C’est trop grand. Donc je considère qu’on vulgarise cette loi là, qu’on l’explique pour qu’elle participe à faire prendre conscience aux populations. Parce que, tenez-vous bien, dans cette loi, il y a des obligations qui sont à la charge des populations ! Par exemple le fait de dénoncer. C’est-à-dire que si vous dénoncez, l’autorité qui reçoit la dénonciation a l’obligation de vous protéger pour ne pas vous exposer à la vindicte populaire.

Il faut que les gens sachent ce qui peut aider la population à déclencher le phénomène de dénonciation qui ne doit pas être confondu aux règlements de compte. Si quelqu’un dénonce et qu’on vérifie et que c’est faux, cette personne est passible de sanction aussi. Ces lois ont besoin d’être rendues publiques pour que tout le monde les comprenne.

Mais la Haute Cour de Justice est encore inactive

Voilà un point à partir duquel il faut toucher la constitution. Les mécanismes, les modalités de fonctionnement de la Cour n’ont pas été suffisamment clarifiées. S’il était donné de réviser la constitution, il faut clarifier ces choses-là pour que d’abord cela fonctionne bien selon des modalités et des procédures bien claires et je pense que c’est tout le monde qui y gagnera.

Carte d’identité

Un pur produit des sérails de la finance

Né en 1953 à Savalou dans le département des Collines, Grégoire Laourou est un spécialiste des finances publiques. Après sa Maîtrise obtenue à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) à l’Université nationale du Bénin (l’actuelle Université d’Abomey-Calavi), l’homme a suivi plusieurs formations de spécialisation entre 1980 et 1982, notamment à l’Ex Centre de formation des cadres de l’administration publique.

Mais il ne s’est pas arrêté là. En effet, Grégoire Laourou est également allé à l’école de plusieurs instituts et centres de formations de grande renommée à l’extérieur. Successivement, il a suivi plusieurs stages de formations, notamment au Centre Ouest- africain de formation des cadres à Dakar au Sénégal, dans un Institut à Abidjan réputé dans la formation des cadres sur les questions financières, à l’Institut du Fonds monétaire international(FMI) à Washington puis à Tunis en Tunisie. « J’ai complété ma formation à l’extérieur par ces stages pratiques qui sont même finalement plus utiles que les diplômes théoriques, parce que j’ai retenu beaucoup de choses à ces occasions-là, puisque là c’est la pratique », explique-il.

Il passera toute sa carrière au Ministère de l’économie et des finances au sein duquel il est entré en 1982. C’est à raison donc que l’on l’assimile aux finances :« si les gens m’assimilent aux finances, je crois que c’est lié à mon parcours. Je ne suis resté qu’au ministère des finances. J’ai fait trente ans là. Beaucoup de gens m’ont connu là et j’ai eu la chance d’être ministre des finances », explique-t-il. Nanti de capacités, Grégoire Laourou occupe successivement dans l’administration des finances le poste de Chef service des études et vérifications, Directeur adjoint des pensions et rentes viagères, Directeur des pensions et rentes viagères, Directeur de la solde et des dettes viagères puis enfin Directeur Général-adjoint du budget.

Fort de ces expériences, Grégoire Laourou est appelé à servir son pays à un degré supérieur. C’est donc tout naturellement qu’en 2002, lorsque le gouvernement cherchait l’homme qu’il fallait pour relever l’économie nationale, le choix est porté sur Grégoire Laourou. Ainsi, il est nommé Ministre de l’économie et des finances sous le régime du Général Mathieu Kérékou, poste qu’il occupera jusqu’en 2005.

Et là, c’est une chance que l’homme ne sous-estime pas. « C’est une chance que j’ai eue d’être nommé Ministre de l’économie et des finances », se réjouit-t-il. Et le financier rompu à la tâche n’a pas démérité. Il a réussi à laisser un bilan satisfaisant en portant le taux de croissance à un niveau supérieur. Après cette expérience réussie au plan professionnel, Grégoire Laourou s’offre d’autres ambitions pour servir davantage son pays.

Ainsi, en 2007, il se positionne sur la liste des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) pilotée par le Président de la République, Docteur Thomas Boni Yayi. Il est alors élu pour la première fois de sa vie, Député à l’Assemblée nationale, 5ème Législature. C’est donc tout naturellement qu’il prend la Présidence de la Commission des Finances du Parlement. Pour avoir assumé avec succès sa toute première expérience de parlementaire, ses électeurs lui ont renouvelé leur confiance en l’élisant pour un deuxième mandat.

 C’était à l’issue des élections législatives de 2011. A son retour au Palais des Gouverneurs, ses collègues lui ont encore confié le poste de Président de la Commission des finances, poste qu’il occupe jusqu’à ce jour, cumulativement avec sa fonction politique de président de l’UMPP.

Intimité

Pas trop complique

Marié et père de plusieurs enfants, l’Honorable Laourou en bon natif de Bantè, adore l’igname pilée, mais se montre réservé sur toute boisson alcoolisée. Les rares fois qu’il lui plaît d’en prendre, c’est du bon vin qu’il choisit même si sa meilleure boisson, c’est tout simplement l’eau naturelle. Pour bien garder sa forme, il consomme beaucoup de fruits et s’adonne aux activités sportives. Calme, mais discret, l’ancien ministre des finances aime la franchise et les hommes honnêtes.

Photo de famille après l’entretien

Sous l’arbre à palabres avec le Professeur DR. Jean-Claude Hounmènou, psychopédagogue, Directeur Adjoint de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Porto-Novo):« L’école béninoise souffre d’enseignants non qualifiés et d’une méthodologie mal pensée »

Le Professeur Jean-Claude Hounmènou tire un bilan négatif de l’application de l’approche par compétence dans l’école béninoise. Invité sous l’arbre à palabre de l’Evénement Précis, il note que les innovations pédagogiques apportées dans l’école béninoise depuis plus d’une décennie sont le fruit d’une mauvaise assimilation de l’approche. Au plan politique, il estime que le caractère composite du bloc national oblige les le pays à se tourner vers l’institutionnalisation d’une gouvernance inclusive, permettant à chaque groupe régional de jouer un rôle essentiel dans la gestion du pays.

 

Jean-Claude Hounmènou, «Je vous dis qu’à l’heure où nous parlons, il n’y a pas 30% d’enseignants qualifiés dans nos lycées et collèges».

Et si on en parlait

Le problème de la formation des enseignants

La formation des enseignants apparait comme un grand défi que le Bénin doit relever aussi bien dans l’enseignement supérieur, dans l’enseignement secondaire général, dans l’enseignement technique, que dans l’enseignement maternel et primaire. Pour ce qui me concerne en tant que Directeur Adjoint de l’Ecole Normale Nupérieure (ENS) de Porto-Novo qui est un établissement professionnel de l’Université d’Abomey Calavi, je suis surtout concerné par la formation des enseignants du secondaire général. Il faut dire que dans l’enseignement secondaire général au Bénin, nous avons un grand déficit en personnel qualifié.

Je vous dis qu’à l’heure où nous parlons, il n’y a pas 30% d’enseignants qualifiés dans nos lycées et collèges. Je parle des établissements publics et privés. Sur 100 enseignants qui enseignent aujourd’hui dans nos lycées et collèges, 70 sont des enseignants non qualifiés. Etant donné que les jeunes grandissent, qu’ils vont au collège et qu’il faut quelqu’un pour les encadrer, tous ceux qui sont disponibles, tous ceux que le système a sous la main, qui ont peut-être eu leur baccalauréat, qui ont fait deux ou trois ans à l’université qui ont un Duel, qui ont eu une licence, ou qui ont peut-être eu la chance de terminer avec la maîtrise, que ce soit dans les matières scolaires ou non, eh bien, on leur fait appel pour contribuer à l’encadrement des adolescents dans les lycées et collèges.

 Le système a quand même pris conscience qu’on ne peut pas continuer avec 70 enseignants non qualifiés sur 100 dans nos établissements. Ça ne contribue pas à la bonne qualité de l’enseignement secondaire. Je crois que c’est ce qui a poussé le gouvernement depuis un certain temps à mettre en place une politique de formation.

La formation proprement dite

Nous avons commencé par ceux qui ont été recrutés sur concours. Il s’agit de ceux qui ont leur licence ou leur maîtrise dans une matière enseignée dans l’enseignement secondaire. Par vagues, l’Etat les envoie en formation dans les écoles normales supérieures. Je dis les écoles normales supérieures parce qu’aujourd’hui l’Ecole normale supérieure de Porto-Novo n’est plus seule.

Le gouvernement du Bénin a créé également l’Ecole normale supérieure de Natitingou qui est rattachée à l’Université de Parakou et également l’Ecole normale supérieure de l’enseignement technique qui est à Lokossa. Il n’en demeure pas moins que l’Ecole normale supérieure de Porto-Novo reste la principale puisque c’est elle la première et c’est elle qui a formé le personnel enseignant que l’Etat a envoyé en formation. Avant, on avait des contractuels qu’on recrutait sur concours avec le Bac, la licence ou avec la maîtrise dans toutes les filières.

L’Ecole normale supérieure se charge de les former afin qu’ils aient un certain degré de qualification pour agir positivement sur la qualité du système. Malgré cette politique, on s’est rendu compte que le problème de déficit n’était toujours pas résolu. C’est ce qui a amené le gouvernement à un moment donné à coopter ceux qu’on appelle aujourd’hui les «reversés» qui sont plus de 11.000 répartis sur tout le territoire national. Et il faut préciser que c’est en 2010 que le gouvernement a pris la décision d’envoyer ceux-là en formation.

L’Ecole normale supérieure de Porto-Novo a reçu ceux qui enseignent les matières littéraires et les sciences sociales. Ils sont environ 5800. L’Ecole normale supérieure de Natitingou a reçu ceux qui enseignent les sciences : les mathématiques, les sciences physiques et autres. Ensuite, il y a un petit nombre, trois cents environ, qu’on a envoyé à l’Ecole normale supérieure de l’enseignement technique de Lokossa, pour ceux qui enseignent la technologie dans les lycées : santé, génie-électrique, mécanique auto, hôtellerie-tourisme, droit, économie, génie industriel, ouvrage en bois, etc. C’est ce défi que nous sommes en train de relever depuis Août 2011.

Les capacités d’accueil de l’ENS de Porto-Novo

C’est vrai que les capacités d’accueil actuelles de l’Ecole normale supérieure de Porto-Novo ne dépassent pas 200 ou 300 apprenants à la fois. Mais voilà que brutalement, on nous envoie près de 6000 élèves enseignants à former. Alors, face à cette situation, nous avons dû adapter nos stratégies habituelles. D’abord, nous avons délocalisé le campus de l’Ecole sur les collèges et lycées de Porto-Novo. Nous avons récupéré les classes d’un certain nombre de lycées et collèges de Porto-Novo et nous avons réparti les 6.000 enseignants par groupe de 50.

Il n’y a aucun amphi pouvant garder 1000 à 2000 étudiants à Porto-Novo. Nous avons dû alors les répartir en groupes de 50 et si par exemple on programme un enseignement, s’il y a 15 groupes de stagiaires qui doivent recevoir le même enseignement, il faut mobiliser 15 formateurs qui enseignent cette matière-là. De sorte que, lorsque l’un est avec le groupe 1 l’autre est avec le groupe 2 ainsi de suite, jusqu’à ce que les 15 groupes soient couverts de formateurs dans le même enseignement.

Cela nous a amené à mobiliser tout ce que notre université a comme ressources humaines: les professeurs d’université qui enseignent les sciences humaines, les sciences sociales, les lettres, les professeurs de pédagogie, de sociologie et psychologie de l’éducation, de méthodologie de la recherche. Tous ceux-là, on les a mobilisés et même ceux qui étaient à la retraite. Dieu merci ! Nous avons pu relever le défi. Nous avons pu trouver les formateurs, une centaine environ, pour pouvoir absorber ce groupe-là dans tous les domaines.

Ainsi, nous avons assuré la première partie de la formation qui s’est déroulée du 22 Août au 24 Septembre 2011, étant donné que la formule qui a été retenue était de regrouper ces enseignants uniquement pendant les vacances et les congés. Parce qu’il n’est pas question qu’on les sorte des classes. Imaginez qu’on sorte 11.000 enseignants des classes, c’est clair que le système éducatif béninois va tomber.

Donc, on a trouvé cette formule pour les encadrer avec l’obligation d’assurer la masse horaire nécessaire afin qu’ils puissent passer les examens qui leur permettront de devenir professeurs adjoints de collège et professeurs certifiés dans les disciplines qu’ils enseignent. Il a été mis en place sur les sites de formation, un dispositif de contrôle à plusieurs niveaux. Nous avons positionné dans les établissements retenus, 2 à 3 de nos agents. Ils sont là pour gérer la présence, contrôler les cahiers de texte, orienter les enseignants et les stagiaires.

 Parallèlement à ce dispositif, il y a la Direction de l’Enseignement Secondaire qui a aussi positionné un certain nombre de superviseurs. Et chaque jour, ils font circuler une liste de présence. Il y a un troisième niveau de contrôle qui relève de la coordination nationale de la formation.

CAPES OU BAPES

Ce n’est pas en 2011 qu’on a pris la décision de former les gens. C’est depuis 2009 que la réflexion se menait et il y a eu plusieurs scénarii de formation. Certains de ces scénarii prévoyaient que des gens titulaires d’une licence dans une matière enseignée dans le secondaire puissent directement faire leur CAPES en deux ans. Mais après toutes les estimations, l’Etat s’est rendu compte que ce n’était pas gérable parce que notre pays ne pouvait pas disposer ni des ressources humaines ni des ressources logistiques nécessaires pour assurer une telle formation.

 Imaginez que l’on veuille effectivement former ces gens là, ceux qui ont la licence dans une matière scolaire , et les conduire au CAPES. Cela voudrait dire qu’on doit d’abord leur assurer les enseignements de l’année de maîtrise qu’ils n’ont pas faits. Ces enseignements doivent être donnés dans chacune de leur filière. Mais il se fait que la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (FLASH) n’a pas autant de ressources humaines.

Je dois vous dire en passant qu’ils sont les plus nombreux. Ceux qui ont une licence dans une matière enseignée au secondaire sont près de trois mille (3.000). Alors, il aurait fallu former dans toutes les disciplines : histoire, géographie, anglais, français, philosophie, allemand, espagnol. Il aurait fallu mobiliser les rares ressources dont nous disposons à Calavi et qui étaient encore au cours au moment de la formation, pour donner des cours de spécialité en Lettres modernes, en Anglais, Géographie, Histoire, Allemand, Espagnol, Philosophie Vous voyez que c’était ingérable.

En plus, il y avait des implications logistiques, des implications en termes de gestion des carrières que notre Etat n’aurait pas pu supporter. C’est pour cela que ce scénario là a été abandonné pour revenir au schéma classique que nous appliquons à l’Ecole normale supérieure de Porto- novo. Lorsque vous venez avec une licence dans une matière enseignée au secondaire, on vous prépare au BAPES (Brevet d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire) en un an et vous sortez professeur adjoint. N’accèdent au cycle de CAPES que ceux qui ont une maîtrise dans une matière enseignée dans le secondaire.

Ceux-là, l’Ecole normale supérieure les prépare en un an et ils peuvent passer le CAPES. S’ils réussissent, ils deviennent professeurs certifiés. C’est cette formule qu’on a dû retenir et naturellement les trois mille (3.000) qui étaient concernés par le scénario qui a été abandonné n’ont pas été très contents.

Ils auraient bien voulu aller directement à leur CAPES et devenir professeurs certifiés. C’est ce qui explique ces remous qu’on a remarqués au début de la formation. Mais après, tout est rentré dans l’ordre et toutes les catégories de stagiaires ont suivi activement les formations.

Mobilisation des enseignants formateurs

Pour nous, en tant que responsables de cette formation, c’était un défi à relever. Nous avions à agir, nous avions à réaliser dans les meilleures conditions possibles la mission que l’Etat nous avait confiée. Alors imaginez, je vous ai dit tout à l’heure qu’on a réparti ces gens-là en groupes de cinquante. Prenons par exemple ceux qui enseignent le Français. S’ils sont 800, ça fait environ seize groupes. Si on programme un enseignement comme littérature fantastique, combien de professeurs titulaires de littérature fantastique y a-t-il dans notre université ?

Vous n’en trouverez même pas trois. Alors supposons que nous arrivions à mobiliser ces trois-là, il va nous en rester treize. Alors ce que nous avons dit, nous mobilisons ces trois titulaires-là et leurs anciens étudiants qui ont fait au moins le DEA. Celui qui a le DEA peut donner un enseignement universitaire. Même un bon professeur certifié qui a le niveau peut encadrer des étudiants de première année à l’université.

C’est comme cela que fonctionnait l’Université d’Abomey-Calavi. Avant que les gens ne deviennent Docteurs, tous ceux-là passaient par le stade d’assistant stagiaire. Le système recrutait les meilleurs professeurs certifiés, les meilleurs maitrisards. On les reprenait à l’université et ils passaient quelques années là. Ils aidaient les enseignants titulaires à encadrer les étudiants de la première année. On ne leur donnait peut-être pas douze heures de cours, mais au moins six heures. Et les matières qu’ils maitrisaient bien, on leur confiait cela.

 Nous nous sommes dit qu’il faut utiliser la même formule pour gérer la masse des enseignants reversés et je ne pense pas que cela entache outre mesure la qualité de la formation. Moi je trouve que celui qui a le DEA est capable de donner un cours de première année. C’est clair et net. Tout comme vous maintenant. Malgré tout votre niveau, si vous voulez apprendre l’informatique, on peut vous donner comme maître celui qui n’a même pas le BEPC. S’il est spécialiste en informatique, c’est lui qui va vous enseigner malgré votre doctorat. On a donc mobilisé les gens qui étaient compétents dans les différentes structures pour pouvoir encadrer nos stagiaires.

Des moyens existent sans doute ?

L’Etat a promis les ressources. Pour le moment nous n’en avons pas encore vu la couleur. Vous savez que dans nos pays, on prend d’abord les décisions. On demande de commencer en attendant les moyens qui vont suivre. C’est un peu ce que nous faisons. Mais nous gardons bon espoir que les ressources vont venir. Je pense que nous avons des ressources un peu exceptionnelles et les procédures habituelles de gestion budgétaire ne sont pas tellement concernées.

Les formateurs travaillent-t-ils à crédit ?

Ce qui est certain, si les ressources ne sont pas disponibles, vous êtes bien d’accord avec moi que les professeurs ne voudront pas encore venir pour cracher leur poumon s’ils n’ont pas été payés pour les premiers enseignements qu’ils ont assurés. Mais nous avons bon espoir que notre Etat est responsable.

Le coût de la formation

Je vous ai dit que nous allons former plus de 11.000 enseignants. Là, nous raisonnons en termes de milliards. Selon les prévisions qui ont été faites, la formation de ces gens devra coûter un peu plus de onze milliards de FCFA et va durer jusqu’en décembre 2015. Ceci parce qu’il y a plusieurs catégories. Par exemple, il y a des gens qui ont la licence dans les matières qu’ils enseignent et d’autres la maîtrise.

Ceux qui ont la maîtrise vont être formés pendant un (01) an, cela veut dire qu’au plus tard en fin 2012, ils vont terminer leur BAPES ou leur CAPES. Il y a des gens qui ont une licence dans des matières qui ne s’enseignent pas au secondaire. Mais on doit les former aussi parce qu’ils enseignent quand même sur le terrain. Il est prévu donc de les préparer pour le BAPES. Ils deviendront donc des professeurs adjoints mais en deux ans. Ça veut dire que ceux-là vont terminer en 2013. Vous avez également des gens qui enseignent avec le BAC.

Pour avoir le BAPES, ceux-ci doivent suivre les trois ans de formation et donc passer l’examen du BAPES en 2014. Pour ceux qui ont une maîtrise dans une matière qui ne s’enseigne pas au secondaire, il est prévu qu’on les mène jusqu’en CAPES, mais en trois ans puisque c’est seulement pendant les vacances qu’on les forme et pour couvrir la masse horaire réglementaire, nous sommes obligés d’aller jusqu’en 2015.

L’APC au Bénin

Est-ce qu’il y a déjà eu un examen de BAC en groupe, de BEPC en groupe, du CEP, de Cap en groupe une fois ? C’est chacun qui sera évalué. On met chacun en situation de devenir compétent. Parce que le travail en groupe est générateur de ce que l’on appelle la fainéantise sociale. Dans la vie de tous les jours, si vous être dix et on vous demande de faire un travail, est-ce que tous les dix participent ?

 Même ici à L’Evénement précis, si le directeur met tel et tel ensemble pour faire un travail, est- ce que tout le monde travaille ? Peut-être deux ou trois vont se mobiliser et les autres vont tirer au flanc et profiter du travail des autres. Tous les enfants n’apprennent pas. Alors, si on doit travailler en groupe, à deux on peut travailler en groupe.

Alors pourquoi ne pas donner un travail en groupe et laisser les tables dans leur disposition classique, étant donné que la grande partie de l’enseignement que l’on donne, vient de l’enseignant ? C’est dire que la majeure partie de l’information, la meilleure partie des compétences, c’est l’enseignant qui les rend possibles pour les apprenants. Tous les apprenants doivent être dans les mêmes conditions pour suivre les cours.

C’est vrai que les apprenants vont contribuer. Mais si on doit faire un travail en groupe, que ça se passe par table et que les tables soient face au tableau. Puisqu’à un moment, l’enseignant va prendre la parole pour expliquer à l’attention de tout le monde, il va écrire des choses au tableau et les apprenants sont censé prendre note dans leurs cahiers. Alors, pourquoi certains vont prendre note de côté et les autres de face et les autres de dos ? Ce n’est pas ça l’équité pédagogique. On doit mettre tous les apprenants dans les mêmes conditions de confort, et même de sécurité pour apprendre.

Possibilité de modernisation ?

Si les enseignants sont formés et si on leur tient le bon discours, le discours pertinent et beau, ils sont bien capables de modernité. Si on sort du totalitarisme pédagogique actuel, parce que l’APC a donné lieu à un totalitarisme pédagogique où nous marchons sur la tête, même si la formule ne convient pas à un apprentissage, c’est ça qu’il faut faire.

Les inspecteurs vont dans les classes, si un enseignant ne fait pas comme on a dit, marcher sur la tête, il n’est pas compétent. Or, il s’agit d’être intelligent, il s’agit d’adapter sa méthode à la situation dans laquelle on se trouve, adapter sa méthode aux enfants qu’on a devant soi. Ils sont tout petits, moyennement petits ou bien ils sont de grands adolescents, des adultes.

Qualité de l’enseignement dans nos universités publiques

De plus en plus à l’Uac, les enseignants sont astreints à la formation pédagogique. Depuis le début des années 2000, l’Université d’Abomey-Calavi s’est dotée d’une Cellule de Ressources en Pédagogie Universitaire et d’une Commission LMD. Chaque année, il y a des formations en pédagogie, sur les méthodes pédagogiques, comment définir un objectif pédagogique, comment on fait un plan de cours, comment on rédige les notes de cours; tout cela a contribué à améliorer les qualités des cours à l’UAC.

De vétustes enseignements des années 1950 existent encore

Non, je ne dirai pas qu’il y a encore des cours de 1950, on ne peut pas le dire. Si un cours rend compte d’un document de 1950 et qui est unique aujourd’hui à l’Uac, il y a un mécanisme qui fait que les gens doivent se remettre perpétuellement en cause, parce que maintenant pour évoluer, il faut aller au Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames). Tout à l’heure, je lisais l’un de vos journaux où vous avez rendu compte des résultats du concours d’Agrégation qui s’est passé à Abidjan.

 Vous voyez, pour pouvoir réussir à ces concours il faut se remettre en cause perpétuellement. Si vous envoyez un dossier et que c’est avec des vieilleries que vous pensez sortir professeur agrégé en Economie ou bien en Droit, c’est impossible. Donc, il faut toujours se remettre en cause et je crois que les enseignants de notre université sont pour la plupart dans cet état d’esprit.

Des professeurs éternels face à la relève

Avant, les gens se considéraient comme tout puissants, incontournables et ils y croyaient. Les départements étaient leur chasse-gardée, leur chose et ils gardaient la porte fermée à ceux qu’ils avaient eux-mêmes formés. Mais ils ont oublié qu’ils doivent vieillir, certains doivent aller à la retraite. Ils ont oublié que la mort ne nous fixe pas de rendez-vous forcément et qu’à un moment donné il peut y avoir déficit rapidement.

 S’il n’y a pas de relève comment les formations vont continuer ? Fort heureusement, de plus en plus, cette mentalité décline, et on trouve beaucoup de départements qui pensent à la relève. Quand vous prenez un département comme la géographie, ils ont formé plein de jeunes Docteurs, ils n’ont pas de soucis. Quand je dis géographie nous sommes à la Flash, même en linguistique quelques jeunes ont déjà rejoint le groupe des anciens.

En Psychologie et Sciences de l’Education, nous sommes un jeune département et on a commencé déjà à former la relève. Parlant des Sciences de gestion ou du Droit, les photos d’agrégés que j’ai vues dans votre journal, sont des photos de jeunes. Quand vous parlez de Joêl Aïvo, ou de Emmanuel Hounkou, ce sont des jeunes.

 Cela veut dire que les responsables de la FADESP et de la FASEG ont ouvert quand même leurs départements à des jeunes. Ils sont avec eux aujourd’hui et évoluent. Je crois que la mentalité au niveau de l’université change. Les gens ont compris qu’on doit former la relève.

Le soutien au Professeur Brice Sinsin

Moi je ne suis pas candidat. Je veux bien remplir ma fonction de Directeur Adjoint de l’Ecole normale supérieure jusqu’à la fin du mandat et après je verrai. Sinon, j’aurais pu être candidat. Les conditions me permettent d’être candidat. Ce n’était pas mon projet. Moi-même je n’ai pas manifesté d’ambition.

Mais naturellement, je soutiendrai l’équipe du Professeur Brice Sinsin. Et vous constatez avec moi déjà que cela fait effet depuis. Cela fait longtemps que nous souhaitions que le Professeur Brice Sinsin arrive aux affaires universitaires. Simplement parce qu’il a une personnalité qui rassemble, une personnalité attrayante et il nous parait crédible.

Une croix sur le mandat Awanou ?

Awanou, nous l’avions choisis, mais il a fait son temps. Il ne revient plus. Nous parlons de l’avenir maintenant. Je crois que Brice Sinsin a fait montre de grandes capacités de chercheur, il a les qualités humaines qui font un bon gestionnaire d’une université. C’est pour cela que nous le soutenons et que nous appelons tout le collectif des collègues à soutenir sa candidature. Je peux dire que l’équipe sortante, a fait ce qu’elle a pu.

 Tout à l’heure j’ai parlé de l’institution d’une cellule qui s’occupe de la pédagogie universitaire. L’équipe actuelle a renforcé cette formation-là et c’est sous l’équipe sortante que nous avons eu la Commission universitaire LMD. Donc tout le parcours que l’Université d’Abomey-Calavi a fait jusqu’à présent, dans le système LMD, a été rendu possible par cette équipe. Pour l’entrée dans ce système, c’est l’équipe sortante qui a balisé le terrain et a mis les ressources disponibles.

C’est vrai qu’elle n’a pas relevé tous les défis. Il y a encore beaucoup de besoins d’ordre infrastructurel, qui n’ont pas été satisfaits. Il y a aussi beaucoup d’étudiants de notre université qui font cours dehors. Donc il n’y a pas eu tous les amphithéâtres qu’il fallait. Vous avez des facultés entières qui n’ont pas encore d’amphithéâtre propre. Cela a été l’échec de l’équipe sortante. Cependant, on a quand même eu beaucoup d’accords de coopération avec des universités partenaires, que ce soit au Pays-Bas, en Belgique, en France ou au Canada.

 Ces partenariats ont été profitables pour l’université, et ont permis d’avoir un peu plus de Docteurs. Cela illustre la flexibilité que doit avoir l’universitaire. Tout à l’heure on a parlé de l’APC, de notre système éducatif. On a donné l’exemple d’un système qui doit revenir aux fondamentaux pédagogiques. Si vous faites une expérience après un temps, il faut faire une évaluation pour voir si vous êtes sur le bon chemin ou si vous n’êtes pas sur le bon chemin. C’est diabolique de persister dans l’erreur.

 C’est ce qui a poussé les têtes pensantes à réviser les textes qui ont servi de base à l’élection de la première équipe. Il faut savoir s’adapter aux évolutions de la vie. La vision peut être prospective et il peut arriver que les circonstances vous en donnent une autre, après quelques années.

La preuve, est-ce-que les Européens ont prévu la crise qu’ils vivent actuellement quand ils ont mis en place l’Euro ? Pour eux, la mise en place de l’euro, c’était vraiment le boulevard de la prospérité pour tous les pays membres.

Jean-Claude Hounmènou, entouré des journalistes de l’Evénement Précis

K.O pour ces élections ?

Je ne parlerai pas de K.O encore parce que je ne connais pas la force des autres. En tout cas c’est l’équipe du Professeur Sinsin que je soutiens. Parce que c’est une liste consensuelle, assez représentative de la diversité scientifique de notre université.

La dispersion de la carte universitaire

Il faut dire que je suis un peu réservé face à cette façon de disperser les centres universitaires sur tout le territoire national. Pour la carte universitaire, je préfère qu’on crée quatre grands pôles. Je pense que le gouvernement devrait courageusement adapter la carte universitaire à l’évolution démographique de la réalité universitaire au Bénin. Cela veut dire quoi : je préfère que l’on crée quatre grands pôles universitaires.

 Il y a déjà Calavi et Parakou. Moi je propose que l’on crée en plus un pôle à Porto-Novo, un pôle qui va donc absorber le centre universitaire de Porto-Novo, l’INJEPS, l’Institut de Mathématique et de Sciences Physiques, l’Ecole Normale Supérieure, l’Ecole d’agronomie de Kétou et le centre de Sakété.. On va garder Calavi dans son format actuel, peut-être en détachant de ce campus là quelques centres universitaires.

Autour de Parakou, on va rassembler le centre universitaire de Natitingou, de Djougou. Au centre, peut-être à Abomey, on crée une autre grande université et cela fera quatre universités nationales en tout. Les établissements et entités seront créés autour de ces pôles là. On peut faire ça plutôt que de disperser et on ne sait à quoi c’est destiné. Est-ce que nous voulons créer dix universités, vingt universités ?

 Il ne faut pas que la démagogie gouverne la création des centres universitaires. Il ne faut pas qu’on fasse cela à des fins de clientélisme ou bien à des fins électoralistes. Il ne faut pas non plus disperser les campus sur le territoire national. Ce n’est pas intéressant. Voilà ce que j’en pense.

L’Union fait la Nation chez Yayi

Bon, je ne sais pas si ce concept de réconciliation même est pertinent pour rendre compte des événements politiques auxquels nous avons assistés dernièrement. Est-ce que les gens étaient ennemis? Est-ce que le camp de Yayi Boni était un ennemi du camp de l’Union fait la Nation ? Je crois que nous lisons mal les réalités de notre pays, aussi bien les hommes politiques qui sont au pouvoir que ceux qui ne sont pas au pouvoir.

Ces réalités ne doivent pas être analysées en termes d’adversité mortelle, d’inimitié. Non ! Comme je l’ai toujours dit, le Bénin est un pays composite. C’est un conglomérat et en fon on dira que nous sommes un pays « ako djo kplé ». Alors quand vous prenez les bords politiques auxquels vous avez fait allusion, vous dites qu’il y a le camp de Yayi Boni et le camp de l’Union fait la nation, mais vous allez voir que chaque bord politique représente en réalité des blocs régionaux dans le pays. Au sens démocratique du terme, c’est la représentativité différentielle.

C’est comme si vous mettiez d’un côté les populations du nord du pays, en gros, les populations du Mono et de l’Atlantique d’un côté. Ce sont ceux-là qui sont représentés vraiment dans le groupe politique qui soutient Yayi Boni et vous dites que ceux-là sont les ennemis des fons, des gouns, des yoroubas, des nagos, des adjas.

Est-ce qu’on doit lire la réalité politique béninoise ainsi ? Non, il faut qu’on sorte de cette configuration et cette compréhension de la vie politique au Bénin. Bon ! On parle de réconciliation, c’est vrai qu’il y a eu élection dernièrement. Un camp a gagné et l’autre n’a pas gagné, et les élections ne se sont pas déroulées dans les conditions les plus incontestables possibles.

Professeur Hounmènou, Yayi ou UN

Moi j’étais dans le camp qui militait pour une gouvernance inclusive du pays. J’ai toujours défendu la nécessité de la gouvernance inclusive. J’ai démontré tout à l’heure qu’en réalité, derrière les camps politiques, c’est des blocs régionaux. Alors, est-ce qu’on va dire que le bloc politique qui représente les fons, les gouns, les nagos, les adja est constitué des opposants et que les autres vont les dominer ?

 Non, ça c’est la porte ouverte à la guerre civile. Alors, la gouvernance inclusive, c’est quoi ? Le Président Yayi Boni a été élu parce qu’il a eu 53%, et qu’il était mathématiquement majoritaire, mais il se fait que cette courte majorité n’est pas représentative de la diversité géopolitique du pays. Quand vous prenez les ministres qui sont ressortissants de l’Ouémé, du Couffo ou du Zou par exemple à part Blaise Ahanhanzo, en quoi sont-ils représentatifs de ces régions? Politiquement, ils ne sont pas représentatifs, puisque l’écrasante majorité des habitants desdites régions ne s’est reconnue que dans l’Union fait la Nation.

Il s’ensuit que notre gouvernement n’est pas très démocratique. Est-ce que le Président Yayi Boni a gagné dans le Zou ? C’est l’UN qui a gagné. En réalité, les ministres qui devraient représenter le Zou normalement devraient être issus de l’UN. C’est ça un gouvernement représentatif. Personnellement, j’ai voté pour l’Union fait la Nation.

 Parce que pour moi nous ne sommes pas des ennemis dans le pays et je suis conscient qu’aucun groupe politique ne représente tout le Bénin. Depuis plus de trois ans, je milite pour qu’on instaure dans notre pays un système de gouvernance inclusive. Je veux dire un gouvernement d’union nationale. Il faut que les forces politiques les plus représentatives de notre Nation dans sa diversité gouvernent ensemble le pays, en conjuguant leurs efforts. Il faut que nous soyons prêts à travailler les uns avec les autres pour l’harmonie du pays.

Yayi a néanmoins tendu la main

Si vous tendez la main pour que les gens deviennent vos collaborateurs simplement, ce n’est pas la peine. Si vous voulez des partenaires, c’est différent. On s’entend sur quelque chose qui est profitable à tout le monde et non pas pour mettre en place une politique de domination des uns sur les autres. Nous devons réinventer un jeu démocratique adapté au Bénin. C’est cela et le Président Boni Yayi avait une bonne occasion de corriger les choses. On ne peut pas raisonner en termes mathématiques pour analyser la démocratie béninoise.

Puisque vous reconnaissez, vous les analystes, que le vote est ethnique et régionaliste au Bénin, ce n’est pas parce que vous avez eu plus de 50% que vous représentez tout le pays, et si vous reconnaissez que vous ne représentez pas tout le pays, il faut que les autres qui représentent d’autres composantes du pays soient au gouvernement et que la gouvernance soit la plus consensuelle possible. C’est quoi un programme de gouvernement ?

C’est mobiliser les ressources pour les répartir après ; cette répartition doit être équitable et ne doit pas être mue par des motifs clientélistes. Si vous êtes un Président de la République, vous ne devez pas partager les ressources à la tête du client ; car les citoyens sont égaux, les départements du pays sont égaux, les six régions du pays sont égales. Alors si vous êtes Président de la République et que vous avez 100 FCFA à distribuer entre six régions du pays, au nom de quoi allez-vous donner peut-être 50f à deux régions et dire aux quatre qui restent de partager 50F ?

Vous voyez que ce n’est pas équitable. C’est pour cela qu’il faut mettre en place une gouvernance inclusive, qui ne dépende pas du bon vouloir du Président de la République, mais qui dépend du consensus des forces politiques qui constituent l’émanation de la diversité politique de nos populations, la diversité ethno-régionale. On ne peut pas nier ça. Moi, je préfère qu’on remplace l’unité nationale par l’union nationale.

L’union suppose qu’il y a des différences au départ. Ce qui fait que personne n’arrive à représenter ces différences. Malgré ses 5 ans au pouvoir, Yayi Boni n’a pas été représentatif partout. Pour les présidentielles, il a eu 53% et essentiellement dans le nord du pays, l’Atlantique, parce que Koukpaki est avec lui et le Mono parce que Nago, le Président de l’Assemblée est avec lui, mais il n’a pas été représentatif dans les régions très peuplées du pays : l’Ouémé-Plateau, le Littoral, et le Zou.

La refondation et la gouvernance inclusive

Il devrait mettre un nouveau contenu dans la refondation. La refondation passe pour moi par l’instauration de la gouvernance inclusive, consensuelle, l’institution du gouvernement d’union nationale. Yayi a été le vainqueur d’accord. Cela veut dire que sa voix sera prééminente.

 Si vous êtes prééminent, ça veut dire que les autres aussi ont une voix. En conjuguant sa voix prééminente avec la voix minoritaire des autres, on peut trouver un consensus qui représente tout le monde. Dans la pratique, Yayi Boni en tant que chef du bloc majoritaire, prend les meilleurs de son groupe et il s’associe les meilleurs du groupe minoritaire, l’Union fait la nation, en termes de gouvernement. Par exemple s’il doit former un gouvernement de 26 membres, je conseille que lui ait 16 ministres et qu’il concède 10 ministères à l’Union fait la nation et qu’ils s’entendent sur le programme.

Il peut avoir le meilleur programme et les autres vont travailler à la réalisation de ce programme, pourvu que ce ne soit pas un programme à la gloire de Yayi Boni, mais un programme à la gloire du Bénin, un programme qui profite à tout le peuple béninois dans sa diversité, qu’il soit du Borgou-Alibori, de l’Atacora-Donga, du Zou –Collines, du Mono- Couffo, de l’Atlantique-Littoral ou de l’Ouémé-Plateau. L’essentiel est que que chacun y trouve son compte. C’est cela la gouvernance inclusive.

Les Soglo dans la mouvance !

Voilà, ils sont devenus collaborateurs pour gagner quoi ? Ils n’ont rien gagné jusqu’à présent. On a nommé Ahanhanzo ministre d’accord. Mais je constate qu’il n’a même pas encore pu nommer un attaché de cabinet. A quoi sert-il à son parti ? Je le dis parce que quand vous êtes ministre, c’est pour donner le pouvoir à votre parti, aux cadres. C’est ça qui fait vivre les partis.

Vision distributive du pouvoir d’Etat

Mais la vision doit être distributive de toutes les façons parce qu’un parti politique aspire à être pérenne, à durer dans le temps et c’est le pouvoir qui consolide le pouvoir. Au Bénin ici, quels sont les partis qui ont pu durer hors du pouvoir, à part le Prd ? Pour durer il faut être au pouvoir parce que le pouvoir nourrit le parti. Lorsque vous êtes là, ça suppose qu’au moins dix de vos cadres peuvent avoir des postes de responsabilité.

Je ne dis pas pour manger forcément, mais pour travailler. C’est une position politique quand même et votre électorat voit que tel village a donné son fils, il est au ministère, tel village a donné son fils. Demain, ils vont encore voter pour vous. C’est comme cela, c’est la représentativité. Donc ça rapporte quoi à la RB pour le moment, ce qu’ils ont fait en s’aggripant à une main tendue pour devenir collaborateurs ?

 On a dit qu’on leur a donné un poste bureau de l’Assemblée nationale. S’ils restaient unis, l’Union fait la Nation pourrait avoir trois postes dans le bureau de l’Assemblée nationale. D’ailleurs, si on respectait même les textes, l’Union fait la nation aurait dû avoir trois postes dans l’Assemblée nationale sur sept. Elle devrait avoir des présidents de commission. C’est ça le jeu de la démocratie, si les gens finissent par comprendre la gouvernance inclusive.

 Si on avait fonctionné selon le principe que j’ai expliqué tantôt, ce n’est pas un ministère que la RB aurait aujourd’hui, parce que la RB est l’un des grands partis de l’Union Fait la Nation avec le PRD, la RB aurait pu avoir trois portefeuilles ministériels, le PRD aussi trois portefeuilles ministériels, le Madep au moins un (01), Force clé, un (01), le Psd un (01) et chacun aurait son compte.

Pour un gouvernement des partis ?

Gouvernement d’union nationale, car ce n’est pas un problème de parti, c’est le gouvernement représentatif de la diversité du pays. Ceci parce que l’UN, quoi qu’on dise, représente la partie méridionale du Bénin au plan politique. Même si les Soglo sont les pères fondateurs de l’UN, et représentent une composante non négligeable, c’est un faux pas qu’ils ont fait. Et puis, le Chef de l’Etat a senti quand même la nécessité de recevoir l’UN, même vidée de la RB. Ça veut dire que quelque part le Président voit que ces gens-là représentent toujours quelque chose.

Respect de la recommandation de réconciliation du Pape !

On ne sait pas si c’est la prédication du Pape seulement qui a fait ça, parce que du choc des idées différentes jaillit la lumière. L’UN a des hommes de qualité dont les idées peuvent aider à la gouvernance du pays. Je dis bien à la gloire du pays et non à la gloire d’un homme, à la gloire du pays ; une gouvernance républicaine et non pas le jeu personnel. On doit sortir de la conception patrimoniale du pouvoir qui a présidé à notre constitution actuelle, où tout dépend d’un seul homme.

En tant qu’être humain, nous sommes faibles, nous avons trop de parti-pris. C’est pour cette raison qu’il nous faut trouver une forme plus impersonnelle de pouvoir, et c’est ça la gouvernance inclusive à laquelle moi je convie les forces politiques du Bénin. Le pays s’en porterait mieux. Il y aurat moins de frustration, nous allons conjuguer nos efforts pour aller au développement, et si vous voulez, on irait plus vite à l’émergence.

Les régimes de Kérékou à Yayi

Je sais de quoi je parle en ce moment. Vous allez voir que le vieux général, on peut tout lui reprocher, il avait le sens de la gouvernance inclusive. Vers la fin, même la RB était prête à travailler avec le général Kérékou. Pourquoi ? Parce que Kérékou a compris que notre pays, est un pays composite et qu’aucune force politique ne représente jamais tout le pays. Pour un gouvernement représentatif, il faut mettre ensemble les forces qui représentent la diversité du pays.

C’est pour cela que vous aviez vu qu’ autour de Kérékou, sauf la RB, il y avait toutes les forces représentatives du pays. Il y avait le Fard-Alafia qui représentait le Nord-Bénin, quoi qu’on dise ; vous aviez le PSD qui représentait le Mono et le Couffo à l’époque ; vous aviez le MADEP qui représentait les gens du Plateau au plan politique, et le gouvernement était très représentatif. C’était un gouvernement où la délégation de pouvoir avait un sens.

 Oui ! Kérékou donnait le pouvoir pour travailler pour le bien du pays. On peut être un bon ministre, on peut être un ministre républicain comme on peut être un ministre « kpayo », c’est ça. Kérékou responsabilisait les gens. Les ministres au temps de Kérékou avaient une valeur. On leur déléguait le pouvoir parce qu’ils étaient représentatifs politiquement.

Les ministres sous le régime Yayi ?

Je ne sais pas si la délégation de pouvoir est totale aujourd’hui. Oui, parce que si on vous nomme ministre pour dire « oui patron », « oui patron » chaque fois, vous ne serez pas un bon ministre. Alors si on vous met ministre et que vous n’êtes pas capables de choisir vos collaborateurs….

Du temps de Kérékou, les gens étaient libres de choisir leurs collaborateurs, ils avaient à rendre compte à Kérékou c’est tout. Quand on vous nomme général pour conduire une bataille, vous allez généralement choisir les aides de camp, les colonels, les lieutenants qui vont vous aider à accomplir la mission qu’on vous a confiée, c’est ça. Je ne pense pas que ceci soit comme ça, à part quelques-uns qui sont dans les bonnes grâces du chef et qui peuvent tout obtenir du chef.

Sinon il y a les autres qui ne sont pas dans les bonnes grâces et on leur donne leurs collaborateurs. Au temps de Kérékou, le ministre avait son autorité. Il avait le pouvoir et il devait rendre compte à son chef, à celui qui l’a nommé et les ministres discutaient d’égal à égal avec le chef. Parce que si vous ne pouvez pas dire la vérité au chef, vous ne pouvez pas l’aider. Le ministre doit dire la vérité au chef, sauf le respect du chef. Tout en respectant le chef, le ministre doit pouvoir dire: « chef ce que vous voulez faire là va nous mener droit dans le décor »; et le vieux Kérékou, il savait reconnaître quand il avait tort.

Il dit « ah toi, mon jeune ministre-là, tu as raison. On va faire comme tu as dit ». Et c’est ça le gouvernement. Vous allez voir que Kérékou prend les ministres parce qu’ils représentent politiquement différentes régions du pays.

Le choix du Prof. Hounmènou comme Directeur de Cabinet du Ministre Dohou

Le ministre Dohou dont vous parlez représentait les communautés Xwla-Djèkin et Sètto du sud-Bénin. Donc du Littoral jusqu’ à Sèmè-Kpodji et pendant ce temps, ces populations se reconnaissaient au pouvoir et les cadres émanant de ces communautés ont accédé au pouvoir aussi. C’est la diffusion de la gouvernance et ça reflète la diversité du pays. Je crois que c’est grâce à cette diffusion que moi j’ai pu accéder à certaines hautes fonctions au niveau de l’Etat en tant que cadre Xwla-Djèkin. Nous avions fait ce que nous avons pu.

Pouvoir juteux sous Kérékou !

Je suis quand même quinquagénaire déjà… Quand les gens sont directeurs de cabinet dans ce pays, en général ils construisent des bâtiments à étage. Je crois, beaucoup connaissent là où j’habite ici, je n’ai pas encore de maison à étage. Donc si on avait bouffé là, j’aurais déjà une maison peut-être à deux ou trois étages. Quand moi je suis sorti de mon poste de responsabilité, j’ai dû faire un emprunt à la banque avant d’acheter mon véhicule personnel.

Je vous dis la vérité. C’est la preuve qu’on n’était pas là pour bouffer. C’est la vérité. Vous pouvez faire l’enquête. Ils vont certainement dire que je suis bête. J’ai été son directeur de cabinet, vous avez dit que nous avons bouffé et je vous donne les preuves que nous avons servi le pays honnêtement, c’est tout.

1ère réforme, si Professeur Hounmènou est nommé conseiller technique à l’éducation du Chef de l’Etat

On change le contenu de l’APC. La compétence est une chose et la manière dont on fait construire les compétences en est une autre. Il faut doter nos enseignants de plusieurs formules pédagogiques. L’essentiel étant qu’il faut construire la compétence, il faut rendre le système éducatif plus intelligent. Et naturellement je vais remettre en cause le système de disposition des enfants dans les classes qui les contraint à des problèmes d’ordre physiologique.

La marche qui améliore la situation salariale au supérieur

Les professeurs ivoiriens gagnent toujours plus que nous. C’est vrai que le gouvernement a arrangé notre situation, il était temps. Il ne faut pas que nous les universitaires du Bénin, nous soyons des clochards par rapport à nos collègues de la sous-région. Même les nigériens étaient déjà des millionnaires tandis que nous étions encore à des centaines de mille. C’est bien que le Président ait compris ça et ait valorisé la fonction enseignante en général. Il faut lui reconnaitre cela. C’est rare que vous trouviez des universitaires aujourd’hui qui marchent encore à pied.

Carte d’identité

Le psychopédagogue coopté dans l’administration

Jean-claude Hounménou est né le 19 juillet 1960….à Porto-Novo…Il appartient (et il le revendique haut et fort) à la communauté Xwla. Encore appelée les Xwla-Djèkin, c’est une communauté de pêcheurs qui couvre une aire géographique allant de Godomey à Sèmè-Kpodji, en passant par Cotonou. Etudes primaires à Porto-Novo, Dasso et Kétonou, il termine à Porto-novo où il décroche le CEP en 1972.

Il passe l’entrée en sixième en 1973 et s’en rappelle encore : « le CM2, c’est la seule classe que j’ai redoublé dans ma vie ». A la rentrée d’octobre 1973, il est au CEG Gbokou à Porto-Novo puis après au Lycée Béhanzin pour le second cycle. Jean-Claude Hounmènou passe son BEPC en 1978 et est admis en 1980 dans la première promotion du Bac littéraire L1 en 1980. Quelques mois plus tard et comme tout futur cadre à cette époque, il fait son service militaire dans une mission d’enseignement toujours à Porto-Novo, au CEG d’Ananvié.

 Il commence alors l’université en 1982 et admis au Concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure, s’inscrit dans la filière Français- Anglais, dont le premier cycle était sur le campus d’Abomey-Calavi. Il réussit directement pour aller au second cycle, avec les 12 de moyenne réglementaire. Le second cycle s’effectuant à Porto-Novo, c’est dans cette ville qu’il fait les trois ans nécessaires. En dehors de sa Licence de Lettres Modernes, Jean-Claude Hounmènou termine l’ENS avec un CAPES Lettres Modernes qui lui confère le titre de Professeur Certifié de Lettres.

Son premier poste d’affectation est alors le CEG Lokossa où il enseigne le Français pendant quatre ans. Il passe alors un concours pour faire des études de sciences psychopédagogiques en Belgique. Reçu deuxième du Bénin, il part pour l’université de Mons où il passe cinq années. Il fait alors un master en pédagogie puis après le doctorat, terminé en 1995. Sa thèse de doctorat porte principalement sur l’enseignement de la lecture littéraire. Depuis 1995, il enseigne la psychopédagogie à l’université d’Abomey-Calavi. En janvier 2004, une promotion politique frappe à sa porte.

 Grâce au Ministre Frédéric Dohou, il est nommé Directeur de cabinet du Ministère de la culture, de l’artisanat et du tourisme. Un an plus tard, en mars 2005, il quitte ce poste pour être nommé à nouveau Directeur de cabinet du Ministère de la communication et des technologies nouvelles où il reste jusqu’en Août 2006. Retourné à l’université, il devient Chef du département de Psychologie et des Sciences de l’Education, poste qu’il occupe jusqu’en 2010.

Car fin 2009, il est élu Directeur Adjoint de l’Ecole normale supérieure de Porto-Novo, poste qu’il occupe jusqu’à ce jour. En tant que tel, il est Directeur de la Formation et des Affaires Académiques de l’Ecole… Marié et père de deux enfants, l’homme se définit essentiellement comme un chrétien attaché aux enseignements du Christ.

Intimité

Une bonne forme naturelle

Il faut être proche de l’homme pour le savoir. Jean-Claude Hounmènou est un homme simple mais rigoureux. Aimant la marche et la course, il conserve une bonne forme physique qui lui vient essentiellement de ses habitudes alimentaires peu expansives. « Je n’ai pas de parti pris vis-à-vis des aliments de chez nous ou des aliments qui viennent de l’étranger.

 Si c’est bien fait, je prends », confie-t-il avant d’ajouter, pour peu qu’on se montre un peu incisif : « Est-ce que je n’ai pas mangé la viande de chien une fois ? Ça se mange dans certaines régions de notre pays. J’ai mangé aussi la viande de chat, de la viande d’oiseaux… Je mange du gari et si vous faites du èba (piron de gari) je vais en manger comme je mange aussi du dakouin ».

Il avoue quand même que le seul repas qu’il ne supporte pas au Bénin, ce sont les sauces gluantes. « Je ne prends aucune sauce gluante », précise-t-il. Et d’indiquer : « Je mange raisonnablement, quelle que soit la qualité de la table. » Les valeurs humaines les plus recherchées chez lui sont l’honnêteté, l’humilité, l’altruisme, l’esprit d’équipe et le sens de l’amitié. Marié et père de deux enfants, un garçon et une fille tous deux étudiants, le Professeur Jean-Claude Hounmènou reste encore un passionné de lecture.

Photo de famille après l’entretien

Sous L’Arbre à Palabre avec Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun, aménagiste du territoire:« Nos règles d’occupation du territoire sont vétustes »

Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun n’a pas sa langue dans la poche. Ce spécialiste de l’aménagement du territoire et développement régional dit simplement ses vérités sur les grosses erreurs de gestion du territoire à Cotonou et partout ailleurs au Bénin. Il propose des pistes pour sortir de l’impasse des inondations et aussi de nouvelles dispositions légales pour faire face aux menaces qui assaillent le foncier au Bénin.

Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun, «Dans chaque commune, l’élu local doit connaître les zones urbaines, et permettre l’installation, les zones à urbaniser, afin d’assurer les enjeux du développement durable.

L’introduction

L’aménagement du territoire au Bénin, quels regards ? Je peux dire qu’on n’est pas en train de faire de l’aménagement du territoire au Bénin parce qu’aménager un territoire, c’est réussir à tout disposer en ordre sur le territoire. Vous n’êtes pas sans savoir que la non disposition des choses en ordre crée un certain nombre de problèmes, et donc a un impact négatif sur le territoire. Déjà quand on enregistre des impacts négatifs, on ne peut pas parler d’aménagement du territoire réussi.

Aménager un territoire, les appréhensions de Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun

Aménager un territoire, c’est pouvoir disposer en ordre chaque chose sur un territoire afin que notre installation sur le territoire n’ait pas d’impacts négatifs. Quand on parle d’aménagement du territoire, comme le nom l’indique, c’est l’aménagement à une échelle plus large sur le territoire. On viendra parler peut-être d’aménagement départemental, à une échelle plus serrée sur le département, on parlera d’aménagement communal, ça rentre dans les dispositions d’urbanisme serré sur une commune, et on parlera aussi d’aménagement de ville, avant aussi de parler d’aménagement intérieur. Donc c’est l’ensemble des règles qui nous amènent à savoir où est chaque chose pour préserver la vie future.

Où en est-on à propos de votre idée sur la table-ronde concernant l’aménagement du territoire ?

Ce n’est pas tombé dans des oreilles de sourds. J’ai remarqué que nos autorités commencent par intégrer à leurs réflexions le devenir du territoire. C’est vrai que j’avais suggéré une table-ronde et je continue toujours de la suggérer. Pour que notre nation profite des compétences de chacun, il faut qu’il y ait un creuset. Nous sommes convaincus qu’aujourd’hui nos règles d’urbanisme sont vétustes. Nous en sommes convaincus parce que, chaque fois, on crie inondation, lotissement mal fait, construction ne respectant pas les normes.

Ça veut dire qu’on ne fait pas de l’aménagement du territoire notre priorité. Alors, pour aller vers la priorité, il faudrait qu’on sache qui s’occupe de quoi, quand est-ce qu’il le fait, et comment il le fait ? Il faut une harmonisation des points de vue et c’est ce qui m’a amené, chaque fois, à revenir sur la table-ronde. Mais j’aurais appris que l’Etat, après avoir écouté nos discours, a mis sur pied une commission interministérielle pour réfléchir uniquement sur la question d’inondation. Or, la question de l’inondation n’est qu’une partie du volet aménagement du territoire. Donc un travail est fait.

Les propositions de Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun à une table ronde des acteurs de l’aménagement du territoire

On va d’abord s’entendre sur le diagnostic : que reflète le diagnostic, quels sont nos problèmes ? Pas pour copier directement ce qui se fait ailleurs. Mais aujourd’hui la chose capitale sur laquelle il faudrait qu’on revienne est le zonage du territoire. Aujourd’hui, on s’installe comme on veut, on ne distingue pas la zone inconstructible de la zone constructible donc habitable, on ne distingue pas la zone urbaine de la zone à urbaniser, on ne distingue pas la zone forestière de la zone agricole. C’est un mélange. Je vais d’abord penser à zoner le territoire, et on resserre le zonage sur chaque commune.

 Dans chaque commune, l’élu local doit connaître les zones urbaines, et permettre l’installation, les zones à urbaniser, afin d’assurer les enjeux du développement durable. Nous n’avons pas en réalité une zone agricole proprement dite. On ne sait où est-ce qu’il faut aller cultiver. Il fut un temps où on faisait la recherche des terres agricoles. Ça c’est les insuffisances de l’aménagement du territoire.

Vos actions prioritaires si vous étiez nommé ministre en charge de l’aménagement du territoire

Comme je l’ai souvent dit, nous sommes sur un territoire déréglé. Nommé ministre, est-ce que c’est le ministre qui fait le travail ? Le ministre coordonne. Du moment où nos préoccupations ont un impact négatif sur notre environnement, on ne peut pas dire qu’on est en train de faire de l’aménagement du territoire. Donc, c’est déréglé et il va falloir qu’on parvienne à régler. Il y a les règles en matière d’urbanisme, il y a les règles de la construction, il y a les règles de préservation de l’environnement.

 Et tout ça entre en ligne de compte dans un règlement de territoire. Je crois que dans l’environnement d’aujourd’hui, les ministres n’apprécient pas l’étendue du portefeuille. Quand tu es ministre pendant qu’en amont il n’y a pas les dispositions qui doivent te permettre d’être efficace, je crois qu’il vaut mieux accepter d’abord d’être à un niveau où vous dirigez un bureau de réglementation et vous faites asseoir toutes les bonnes bases avant d’aller coordonner. Aujourd’hui quand on est ministre, on se dit que les cadres vont faire le travail.

Mais est-ce que les cadres savent réellement ce qu’ils ont à faire ? Ils ont tellement de choses à faire qu’on constate aujourd’hui que les hommes se succèdent mais rien ne change, surtout dans notre secteur de l’aménagement du territoire. Rien ne se fait, on fait de l’à peu près.

Les inondations à Cotonou : une fatalité ?

L’inondation à Cotonou, c’est une mauvaise politique de gestion territoriale. J’avais rappelé entre temps que l’eau ne mérite plus uniquement d’être gérée. Elle mérite d’être managée. Il faut savoir comment recueillir l’eau, comment s’en servir, comment la préserver. Aujourd’hui c’est même heureux qu’on crie à l’inondation. On pourrait ne plus avoir du tout d’eau à Cotonou. C’est des phénomènes qu’on peut vivre.

 L’inondation à Cotonou part d’abord de ce qu’on appelle étalement urbain anarchique. C’est ne pas faire le zonage, ne pas savoir l’occupation rigoureuse du territoire et son corollaire. C’est l’étalement urbain anarchique qui fait qu’on prend Cotonou comme une zone qu’on peut entièrement habiter. Et moi je ne fais pas partie de ceux qui voient Cotonou comme une zone carrément humide. A Cotonou on peut apprécier la nature de ces inondations et adapter des types de construction. C’est un territoire. Si on était en pénurie de parcelles, donc de zones constructibles, on chercherait à gagner de la place sur la mer, sur les lagunes, partout.

 Voilà un peu ce que je peux dire concernant Cotonou. Maintenant, c’est vrai que le niveau de Cotonou est plus bas que le niveau de la mer. Donc, c’est là que doivent s’imposer les notions de management de l’eau. L’eau que reçoit Cotonou, ça s’éventre, quand le niveau de l’eau est très élevé au nord, c’est bas à Cotonou. Quand ça diminue au nord, ça augmente à Cotonou. Ça veut dire que l’eau quitte le nord pour Cotonou. Dans ces conditions, quand je parle de management de l’eau, c’est qu’il faut pouvoir penser aux consommateurs d’eau.

Alors, qui peut consommer cette eau-là ? Si on peut dévier l’eau à Cotonou, on pourrait s’en servir pour l’irrigation et donc, développer l’agriculture, on peut s’en servir pour développer l’électricité. C’est des projets qu’on pense coûteux mais c’est un retour sur investissement garanti. Alors, si on ne veut pas que l’eau arrive à Cotonou, il y a des types de protection rapprochés et il y a des types de protections éloignées ou diffuses. Rapprochées, c’est la solution qu’on trouve in situ, pour protéger Cotonou ; éloignées, c’est des dispositions qu’on trouve en amont, ici c’est le nord.

Si toutes ces dispositions sont prises, Cotonou peut être en dessous du niveau de la mer, et on va bien profiter du territoire. J’avais dit aussi que quand on finit d’explorer les moyens de protection, on peut relever le niveau de la berge de Cotonou, on peut ériger des ouvrages de rehaussement de la berge de Cotonou, qui permettront à Cotonou de ne pas recevoir l’eau. Maintenant il peut arriver que, malgré les dispositions prises, certaines localités soient menacées par l’humidité.

Là, on analyse le type de construction qui est adapté à ces localités-là. Alors, quand on dit que Cotonou sera inhabitable d’ici un certain temps, je dis que Cotonou peut être habité pour mille ans. Il revient donc à prendre les précautions nécessaires.

Le problème du foncier, un handicap pour l’aménagement du territoire ?

Non seulement ça constitue un handicap pour l’aménagement du territoire, mais en plus le volet lotissement doit permettre à l’Etat de devenir propriétaire du foncier. Quand l’Etat n’est pas propriétaire de foncier dans un pays, c’est un handicap au développement : quoi que l’Etat veuille faire, il y a un surcoût, c’est le renchérissement du coût de nos projets. L’Etat même, pour faire passer sa voie, aura acheté du foncier. C’est bien grave.

Or, juste une petite réflexion permet aux autorités d’être propriétaires du foncier. Aujourd’hui non seulement l’Etat n’est pas propriétaire mais en plus il est le plus gros locataire. C’est une catastrophe qui pointe à l’horizon. Les gens préfèrent louer à l’Etat parce que l’Etat est le plus offrant. Et le loyer est renforcé. Quand le loyer est renforcé, c’est en déphasage avec la bourse du Béninois. Ça crée d’autres problèmes sociaux.

Les zones reconnues humides de Cotonou

J’ai juste un petit problème : qu’on reloge l’eau. Quand on reloge l’eau, on peut vivre sur l’eau mais concéder à l’eau sa demeure. Les zones de Vossa sont reconnues comme des zones humides. C’est vrai que les gens ont remblayé les bas-fonds. La solution n’était peut-être pas de remblayer pour habiter. Je dis donc de reloger l’eau, ensuite on pourra savoir les zones habitables. Si on finit d’occuper les espaces secs, on peut lotir l’étendue de l’eau et imposer le type de construction. Cotonou est déjà une zone entièrement urbaine. On va parler plutôt des zones à protéger.

Sinon je risque de rejoindre ceux qui disent que Cotonou n’est pas du tout habitable. On peut habiter partout, même sur l’eau, ça dépend du type de construction. Empêchez les gens de faire du remblai pour s’installer. Cotonou est déjà une zone urbaine et le problème n’a pas été posé en son temps. Si le problème avait été posé, on devrait disposer d’une zone forestière à Cotonou, d’une zone agricole sur les banlieues de Cotonou pour permettre aux agriculteurs de vivre avec les fonctionnaires. A Cotonou il n’y a plus de zone à urbaniser. Tout ou presque est déjà urbanisé en désordre mais on pourrait parler de zone à protéger à Cotonou.

Les propositions du spécialiste pour contrôler les inondations à Cotonou

On peut lotir l’étendue de l’eau et imposer le type de construction. Donc, si on va parler du zonage de Cotonou, Cotonou est déjà une zone entièrement urbaine. Les zones humides comme Agla doivent être protégées. On les protège, l’eau va toujours exister mais on ne fera que la reloger. C’est dans cette logique que se développe la construction de bassin. Toute activité a un coût. Vous n’avez pas vu les collecteurs qui ont été réalisés dans Cotonou ?

Ça fait douze milliards de francs. Est-ce que vous n’avez pas vu que les collecteurs sont tous submergés ? Tout est encore dans l’eau. Ça veut dire que ce n’est pas encore la solution. Et ça c’est un investissement. Autant prendre un peu de recul, penser à reloger l’eau donc enlever certains bâtiments. Quand je dis reloger l’eau, l’eau a besoin d’être dans une contention. Il faut un bassin de contention pour l’eau. Et dites-vous qu’on peut reloger l’eau et s’en servir encore. Dès qu’il y a feu quelque part, le sapeur-pompier peut aller y prendre de l’eau. Ça peut être un abreuvoir pour les animaux. Ça dépend du type de bassin qu’on construit. Il peut y avoir un grand bassin où il y a un abreuvoir.

Et c’est dans le grand bassin que le sapeur-pompier peut revenir mais, on se serait assuré qu’on a relogé l’eau. Reloger l’eau, c’est comme on reloge un homme. On lui rétrocède sa demeure. Donc, il faut suffisamment de bassins dans Cotonou et ça va être des ouvrages, des zones à protéger. On n’y touche pas, naturellement. Dans certains cas où les propriétaires possèdent un titre foncier et que l’Etat n’arrive pas à développer la réflexion pour les sortir des lieux pour reloger l’eau, on leur impose un type de construction. Ça dépend de l’appréciation des aléas en matière de prévention des risques d’inondation.

 Ça dépend de la profondeur de l’eau, ça dépend de sa vitesse. Si la profondeur de l’eau est importante donc entre 1,5 mètre et 2 mètres et que la vitesse est forte, celui là qui s’y installe crée encore des problèmes à l’Etat. L’Etat ira à son secours comme quand les gens sont inondés, les mêmes autorités vont leur dire : « on vous vient en aide ». C’est vrai que c’est un peu de la politique mais c’est une réalité, ça coûte pour l’Etat. Donc, si on apprécie les aléas, on voit que là, c’est un aléa fort. Mais pour moi plutôt, il faut une solution de rechange et dire à cet occupant où il doit s’installer de façon adéquate.

 Maintenant, dans d’autres cas où on voit que la vitesse de l’eau est faible, même si la profondeur de l’eau est importante, on impose tout simplement à quiconque veut s’installer, un type de construction. Des constructions sur pilotis et des clôtures ajourées par exemple. Elles permettent qu’on s’installe mais permettent aussi à l’eau de prendre toujours par son chemin naturel et évitent que les édifices soient des obstacles à l’eau. Maintenant, dans les cas de programmes d’intérêts général (PIG), le titre foncier, ce n’est rien du tout.

L’Etat a le pouvoir et nul ne peut empêcher un PIG. Si le cadrage existe, on lui montre les impacts que son installation a sur le territoire, il doit pouvoir quitter. L’Etat est trop faible dans notre pays. C’est pourquoi on parle donc de repenser en urgence la question de la gestion du territoire, relire les textes parce qu’il y a certains qui ne sont pas informés. Il faut quand même noter globalement que moi, je ne dis pas qu’on ne peut pas vivre dans une zone humide. On peut vivre dans une zone humide avec des précautions.

On peut ne pas reloger tout le monde mais reloger ceux qui sont dans le périmètre du bassin. Mais, on ne va pas dépenser douze milliards pour les reloger ! Ce n’est pas douze milliards qu’il faut pour reloger tous ceux qui font obstacle à l’eau. On peut aussi jouer sur le concept de l’intercommunalité pourquoi pas.

L’expropriation

En fait, l’Etat occulte un certain nombre de dispositions. Il y a la science de l’expropriation et c’est du pouvoir de l’Etat. Et l’expropriation a des étapes. Il y a l’étape amiable où on peut négocier et il y a la deuxième étape qui est judiciaire. Il y a le juge de l’expropriation qui tranche. Il doit y avoir une structure qui fixe le coût. Et à un moment donné, quand tu n’es pas d’accord, on t’exproprie. Il faut dire quelque chose.

Face à une préoccupation d’intérêt général, le titre foncier et les autres documents sont inopérants. J’ai parlé de la science de l’expropriation. Est-ce que les gens la maitrisent ? C’est ça. C’est comme la place de l’indépendance à Porto-Novo où en son temps une expropriation avait été faite par les autorités mais aujourd’hui, on n’a pas de document. C’est ne pas maîtriser la science de l’expropriation. L’Etat doit pouvoir être fort. Vous savez, c’est parce qu’on ne pense pas durable.

Sinon, vingt ans plus tôt, on devrait savoir quelle infrastructure occupera une place sur le territoire et réserver un emplacement à cet effet afin de pallier les expropriations en cascade. Comme c’est le cas par exemple lors de l’érection d’échangeur de Godomey. C’est le manque de planification territoriale. Aujourd’hui, le problème s’est posé à Cotonou. Je suppose que quelqu’un veuille construire un bâtiment à l’entrée de Parakou où on n’a pas encore pensé peut-être le développement futur. Ça veut dire qu’on ira négocier avec lui dans quelques années si entre temps son ouvrage occupait la place d’un édifice public.

Normalement, les lotissements qui se font à Parakou aujourd’hui doivent être associés aux enjeux de développement durable. En matière d’aménagement du territoire, il y la planification spatiale qui permet de savoir et de prévenir l’occupation de l’espace. Une bonne planification spatiale permet d’éviter les expropriations à de coûts faramineux et aussi une économie durable.

La place du Délégué à l’aménagement du territoire dans un Etat

Le Délégué à l’aménagement du territoire est le gardien du territoire. Jusqu’à aujourd’hui, moi je n’ai pas vu ce qu’il fait en faveur du territoire, je crois qu’il ne comprend pas lui-même son rôle de gardien du territoire. Quand je dis gardien, vous comprenez. Si on te confie quelque chose, quiconque veut la toucher en contournant les normes, tu vas réagir et appeler donc celui qui t’a confié la surveillance du territoire.

Il est le surveillant du territoire. Le Délégué à l’aménagement du territoire, c’est un mot nouveau qu’on a commencé à entendre sous le ministre Luc Gnacadja. La première année devrait servir à asseoir les bases. La deuxième devrait servir peut-être à faire une vulgarisation des nouvelles dispositions avec des échéances et la troisième année devrait être destinée à commencer à appliquer. Quand un Délégué à l’aménagement du territoire est installé, sa première activité est de procéder à un diagnostic territorial afin de faire asseoir les bases juridiques nécessaires.

Sa deuxième activité sera d établir un planning opérationnel pour informer et dire que plus rien ne sera comme avant ,plus aucun désordre sur le territoire n’est permis, plus d’anarchie territoriale. Et sa troisième activité sera de passer à l’application rigoureuse des textes. Par la suite, il initiera avec les experts, les différents documents des planifications spatiales au service de l’état et des collectivités territoriales.

Je crois que ça fait bientôt dix ans que le ministre Gnacadja est passé à la tête du ministère. Si on avait pris les trois premières années pour régler le problème pendant que ce n’était pas encore crucial, aujourd’hui, vous saurez qu’en tant que détenteur du titre foncier, vous ne devez pas être un obstacle pour un projet d’intérêt général ; vous devez savoir qu’en tant que détenteur du titre foncier, avant d’ériger la construction, vous devez faire appel au Délégué à l’aménagement du territoire pour apprécier le type de construction. Le Délégué du territoire bien fort peut remettre en cause permis de construire, titre foncier…parce que c’est lui le surveillant du territoire. Si ça n’avance pas, s’il y a un problème sur le territoire, c’est lui qu’on doit interpeller.

Je ne dis pas que cette Délégation ne joue pas son rôle mais son rôle n’est pas visible sur le territoire. Peut-être qu’il y a une autre façon de jouer mais pour moi, son rôle n’est pas visible sur le territoire. Donc, normalement, si je prends l’exemple vivant de l’église d’Agla, quand les gens voulaient construire, il peut venir s’opposer et dire « tel que j’apprécie les aléas, c’est peut-être un aléa moyen. Donc les chances pour que la zone ne soit pas inondée ne sont pas trop fortes mais si le clergé tient vraiment à y rester, il devra adapter un type donné de construction ».

A des endroits, il va dire « vous ne devriez pas construire ici ». Il devrait jouer ce rôle. Au niveau du territoire en général, quand le Chef de l’Etat dit : « écoutez, j’ai un grand projet, je dois construire cet hôpital qui doit finir d’ici un an. Démarrez demain ! » Un bon Délégué doit lui dire : « N’occultons pas les dispositions. Vous m’aviez confié la surveillance du territoire, il ne faudra pas dire plus tard que mon avis a été recueilli. Laissez-moi quelques jours pour que très rapidement, je puisse voir si la zone est constructible, quel type de construction imposé et puis je donnerai mon quitus pour que le projet soit réalisé ». C’est un rôle un peu semblable au rôle du directeur des marchés publics.

Le maire le plus reculé, avant de poser un acte dans le domaine financier, doit avoir l’aval du Délégué du contrôle financier. C’est exactement la même influence que le Délégué à l’aménagement doit avoir sur le territoire. C’est la même chose. Pour faire quelque chose sur le territoire national, il faut l’avis du Délégué à l’aménagement du territoire. Normalement, le plan de travail devrait être élaboré et vulgarisé.

Il doit y avoir dans chaque localité des répondants, des surveillants qui vont chaque fois l’informer de ce qu’il n’y pas synergie dans les actions. Aujourd’hui par exemple, plusieurs ministères s’occupent du domaine de la construction. Les actions à mener sur un territoire, doivent être des actions concertées. Ceci pour garantir un aménagement durable du territoire.

La nécessité de retoucher les lois sur la décentralisation

D’abord, l’organe désigné pour surveiller l’aménagement du territoire doit être rattaché au Chef de l’Etat. Parce que la politique de l’aménagement du territoire doit être une politique prioritaire pour les plus hautes autorités du pays. Si c’est leur priorité, le maire, roi qu’il soit chez lui, est quand même sous l’autorité du Chef de l’Etat. Alors, si le chef de l’état, ayant juridiction sur tout le pays, dévoile sa vision, ce n’est pas au maire de s’en écarter. Les maires doivent réussir à exprimer leur vision avant tout à la Délégation à l’aménagement du territoire pour prise en compte.

Il doit y avoir un conseil national à l’aménagement du territoire composé de nos élus ou de leurs représentants qui doivent savoir ce que c’est que l’aménagement du territoire donc la science, qui doivent savoir ses avantages et les effets néfastes si on n’en fait pas une priorité. Maintenant, en ce qui concerne les maires, ce n’est pas moi qui ai façonné la loi. Il y a une loi qui a dit que pour être élu local, il suffit juste de savoir écrire et lire son nom. Aujourd’hui, il n’y a pas ce qu’on peut faire sans la ressource humaine qualifiée. Je prends l’exemple de « l’Evénement Précis ».

Si vous recrutez des journalistes qui ne font pas l’affaire, n’est-ce pas l’image de « L’Evénement Précis » que vous véhiculez ? Alors, le directeur de publication doit veiller à composer une très bonne équipe de journalistes pour rehausser l’image de la structure. Donc, si on veut pérenniser nos actions, il faut compter sur des ressources humaines de qualité. Si on veut pérenniser nos actions au niveau des communes, il faut compter sur des ressources humaines de qualité. Cette loi-là, le législateur en son temps a peut-être fait du sentimentalisme, n’a pas voulu d’un développement du Bénin pour tout de suite.

Parce que c’est un frein pour la visibilité des actions au niveau de nos communes. Il faut que les gens retouchent ces lois-là. Moi, j’avais même pensé, quand on disait relecture de la constitution, que les gens allaient toucher à ces dispositions-là. Moi, je me suis amusé à catégoriser les élus que nous avons eus depuis neuf ans qu’on parle de décentralisation. Dans certaines communes, c’est le maire seul qui est lettré; dans d’autres c’est le maire et son conseil communal qui sont légèrement lettrés et la troisième catégorie où tout le monde est lettré de bon niveau.

Dans ces trois catégories, c’est une catastrophe vu que les élus ont très bien des notions en matière de développement local. Pour donc la visibilité des actions au niveau de nos communes, il faut que les gens révisent ces lois-là.

La carte d’aménagement de Cotonou

Oui c’est par un cabinet canadien où il faut faire passer des collecteurs par endroit. Il faut vous dire que, j’ai été toujours clair dans mes analyses. Le problème de Cotonou n’est pas de canaliser l’eau. C’est de manager l’eau. Je n’ai jamais été pour les collecteurs qu’on réalise dans Cotonou. Ça règle le problème un tant soit peu, mais cela ne sera pas durable. Moi je connais mieux les problèmes de Cotonou que le blanc qui vient porter ses avis.

Je suis à Porto-Novo et je connais mieux les problèmes que cette ville rencontre en matière d’inondation que l’expert qu’ils vont importer du Canada pour comprendre lui maintenant les problèmes de Cotonou. Les experts ne sont pas ailleurs, mais plutôt chez nous. Ils maîtrisent mieux les réalités du Bénin et de ses villes. Il faut vous dire que si vous les voyez venir au Bénin, ce n’est pas pour venir humer l’air mais pour chercher de l’argent.

Approche sur le lotissement au Bénin

D’abord, nous ne faisons pas de lotissement au Bénin, nous gaspillons plutôt l’espace. Le lotissement est un outil de développement. A ce jour, nous constatons que ça n’a pas abouti à un développement. Il faut revoir la méthode. Le lotissement est un outil de désenclavement. Les lotisseurs ne sont pas des professionnels. Si on faisait de très bons lotissements, l’Etat devrait être propriétaire de foncier. Car quand on fait de lotissement dans une localité, il y a ce qu’on appelle coefficient de réduction en faveur des équipements collectifs. Or ce qu’on applique dans notre pays ne sert qu’à faire les voiries, et quelques infrastructures sociocommunautaires.

 Si on fait un calcul rigoureux de la superficie qu’occupent ces réalisations, cela représente un prélèvement environs 17% par parcelle lotie. Mais au minimum, nos localités appliquent dans les opérations de lotissement, un coefficient de réduction d’au moins 37%. Si je considère même une moyenne de 35% comme coefficient de réduction, la différence, ça passe par où ? Ça devrait être des réserves de foncier pour l’Etat.

A ces réserves, il faut maintenant adapter un mode de gestion. Alors pour y parvenir, je vais rappeler qu’on ne lotie pas tout un territoire. On fait des lotissements de priorité car le lotissement de développement est celui de priorité. Avant toute opération de lotissement, on doit se poser certaines questions fondamentales. Est-ce que réellement nous avons besoin de lotissement ? On doit premièrement avoir une vision qui sous-tend le lotissement. On doit définir ceux qui en ont besoin. Voulons-nous lotir, dégager des réserves ?

 On peut lotir pour corriger une installation anarchique. On peut initier un lotissement parce que l’Etat veut profiter des coefficients de réduction pour constituer son patrimoine foncier. Donc après avoir équipé le territoire par des voies et infrastructures sociocommunautaires, leurs réserves constituent une propriété insaisissable de l’Etat parce que c’est issu d’un lotissement. Voilà donc un moyen très simple pour que l’Etat soit propriétaire de foncier.

 Si de lotissement en lotissement, l’Etat arrive à constituer des réserves, il aurait eu une matière en échange pour convaincre l’investisseur. La disponibilité d’un foncier sécurisé peut motiver l’investisseur. Même s’il faut céder le foncier à un investisseur, ce sera fait à coût réel. Alors le lotissement tel que je l’ai défini, pourrait pallier la spéculation foncière. Parce que, l’Etat disposant d’une réserve de fonciers peut décider de vendre à un coût retenu donc par l’équipe communale ou les autorités centrales. L’Etat peut donc faire du social.

Là où, aujourd’hui on achète des parcelles à cent millions de francs Cfa, n’est-ce pas parce qu’on est tenu d’en acheter et parce qu’il n’y a plus d’alternative. Si quelque part à Cotonou, on vous présente une parcelle de 200 mètres carré de superficie qu’on veut vous vendre à cinquante millions de francs CFA, et que la mairie vous présente la même parcelle à dix millions de Francs CFA, je crois que c’est chez le maire que vous irez. Les autorités à divers niveaux ont un grand rôle à jouer pour la maîtrise du foncier afin d’éradiquer cet avènement de spéculation sans cesse croissant.

Des ambitions politiques ?

Je n’en avais pas. Mais aujourd’hui j’ai trop d’ambitions politiques. Simplement parce que je suis d’une localité qui pour des raisons politiques dispose de deux arrondissements, l’un appelé Cana 1 et l’autre, Cana 2. C’est bien une transformation politique. Donc je suis de Cana 1 qui est un arrondissement reculé. Aujourd’hui, Cana a deux chefs d’arrondissement. Il y a un qui n’est pas de Cana, c’est-à-dire d’une autre localité mais comme il n’y a pas d’homme représentatif à Cana, l’unique qui était élu a pris la tête de l’un des deux arrondissements et l’autre dont je parle est venu bénéficier de second.

Il faut vous dire que le bureau de l’arrondissement dirigé par ce dernier reste pour la plupart du temps, toujours fermé. Là, quel intérêt il a à venir travailler pour le développement de Cana ? Il n’a pas son électorat chez nous mais plutôt chez lui. Cela veut dire qu’il y a un vide dû à la politique politicienne. Moi, je n’ai pas d’ambition politique politicienne mais j’ai d’ambition politique de développement.

 Et en ma qualité de consultant en montage d’opérations en aménagement, urbanisme et immobilier, je dois être le conseiller de l’élu local. Dans les pays développés, ils ont compris au point où ceux qui ont mon profil sont appelés des AMO (Assistants maîtres d’ouvrage), sans lesquels l’élu ne prend aucune décision pouvant toucher le territoire et même en cas de signature des contrats partenariaux. Bref, on ne peut pas faire de développement sans la politique. Donc pour sortir mon arrondissement de l’ornière et sortir mon village de sa précarité, il faut que je fasse la politique de développement.

Les consultations électorales de la course de 2013 et des actions engagées

S’il n’y a pas de candidat, moi je n’aimerais plus que quelqu’un d’ailleurs vienne enfoncer mon arrondissement dans le gouffre. Je ne veux pas que les gens abandonnent davantage mon Cana d’origine. Comme je le dis, la bonne gestion d’une cité est fonction de la capacité des hommes qui sont à la tête de cette cité-là. Avant mes actions étaient plus concentrées sur les enfants du village qui voulaient abandonner les classes pour des raisons de vulnérabilité de leurs parents.

Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun, entouré des journalistes de l’Evénement Précis

 Je leur venais en aide. J’ai une association dénommée l’Association pour le Développement Local de Canan-Adokouinto (AdeLCa) qui fonctionnait depuis et dites-vous cette association ne parle pas politique. Comme je l’ai signifié aux membres, elle est apolitique. On parle vraiment développement. Il y a un marché appelé « Adokouin » qui est un marché ancestral abandonné depuis 1800,il porte d’ailleurs le nom du village. Mon association veut le rénover. On est entrain de construire un hangar là sur fonds propre. Les amis donnent un peu, ceux qui sont de bonne volonté aussi, et moi-même j’ajoute ce que j’ai. On va l’inaugurer en janvier prochain par la grâce de Dieu.

C’est année scolaire par exemple et sans pourtant suppléer au Grand frère VODONOU qui a beaucoup fait pour la localité, mon association, avec ces maigres moyens a eu à venir en aide aux écoliers et élèves par des fournitures scolaires et pense très prochainement distinguer les brillants.

Conclusion

Il faut que nos autorités sachent que tout ce qu’ils font repose sur un territoire et sur le foncier qui doit être sacré pour nous. Si on peut parvenir à court terme à relire le code de l’urbanisme, doter le Bénin d’un agenda spatial, tenir la table ronde que j’ai souhaitée, cela serait une grande satisfaction pour moi. Je parle en ces terme parce que mon seul souci c’est de voir réglés dans mon pays les problèmes d’aménagement de territoire en tant que professionnel en la matière.

 Je mesure les dégâts de notre laxisme d’aujourd’hui. Face à l’étalement urbain anarchique, il urge que quelque chose soit fait. Tel qu’au 31 décembre on dit que la loi des finances de l’année devient caduque et on l’actualise, c’est la même chose qui devrait être faite en ce qui concerne le code de l’urbanisme et de la construction, les lois sur l’occupation et de gestion du territoire.

Carte d’identité

Entrepreneur par défi

Allure imposante, robuste avec une taille moyenne, c’est Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun. « Mon père a toujours voulu que je sois fonctionnaire », révèle-t-il. « Mais moi je me disais que lorsque je vais rentrer dans la fonction publique, je serai tenté de détourner parce que j’ai beaucoup d’ambition. Or je ne vais pas détourner parce que je n’aime pas la honte ». Tout compte fait, l’homme ne se plaint pas, bien qu’ayant suivi la voie du privé.

Nanti aujourd’hui d’un Mastère spécialisé obtenu à Euromed Management, une grande école de Marseille en France, il est outillé pour le montage d’opérations en aménagement, urbanisme et immobilier. Pourtant, il a commencé très jeune avec un diplôme de technicien en génie civil en cumulant emploi et étude pour financer sa formation. C’est bien riche de ses atouts qu’il a pu créer depuis plus d’une dizaine d’années sa propre entreprise baptisée Société de conception, d’étude, de réalisation et d’aménagement de bâtiments et travaux publics (Cerab-TP SA) d’où il tire son bonheur.

Spécialiste de l’aménagement du territoire et développement régional donc, Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun adore l’espace et se montre très regardant dans ses constructions personnelles. « J’aime l’espace. C’est pourquoi quand je construis mes immeubles, les gens ont tendance à les confondre avec un palais », affirme-t-il. Mais il n’est surtout pas un homme né avec une cuillère dorée à la bouche. Face au défi de son devenir dont il prend réellement conscience à l’âge de 16 ans, Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun sera contraint de concilier petit job et études pour supporter les efforts de ses parents

. «Comprenez que l’enfant de pauvre ne peut pas évoluer sans rien faire. Aujourd’hui, il est d’ailleurs très important de se former en continu », relève-t-il. Né le 28 février 1973 à Porto-Novo, Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun entre à l’Ecole primaire publique d’Anavié où il décroche son Certificat d’étude primaire (CEP) en 1984. Turbulent, le jeune Cyriaque l’était vraiment. Mais après l’obtention de son CEP, il se rendra à l’évidence du grand défi de réussite qui l’attend. Ainsi, juste après son premier diplôme en poche et la classe de 4ème au CEG d’anavié , il passe le concours d’entrée au Collège polytechnique industriel jadis connu sous le nom de Collège d’enseignement technique (CET).

« En réalité, c’était un peu par défi que je me suis retrouvé là », confesse-t-il. Il en sort premier de tout le département de l’Ouémé et obtient une place à la prestigieuse école d’Ina. Il y décroche le Certificat d’aptitudes professionnelles (CAP) en Maçonnerie en 1990. Boursier avec 15 de moyenne, Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun était définitivement déterminé à relever le défi de son avenir qui inquiétait sérieusement ses parents du fait de sa turbulence. Il entame le second cycle au Lycée technique Coulibaly d’où il sort en 1993 avec le Diplôme de Technicien Industriel (DTI), équivalent du Baccalauréat.

Malgré cet avenir prometteur, il arrête d’abord ses études, histoire de pouvoir se faire un peu d’économie pour passer le Brevet de technicien supérieur (BTS). C’est en Côte-d’Ivoire qu’il obtient ce diplôme rêvé. Mais son ambition étant de créer et de gérer sa propre entreprise plutôt que d’être un simple Génie Civil, Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun se lance dans des études de management. Il obtient son Certificat d’étude supérieure en management des entreprises et des services en 1999.

Et c’est fort de ces connaissances qu’il est devenu aujourd’hui un véritable entrepreneur. Un entreprenariat qu’il entend mettre au service de son village d’origine, Cana Adokouinto, une localité de la commune de Zogbodomey dans le département du Zou, complètement ignorée par les politiques selon lui.

Intimité

L’accro du « Consommons local »

Marié et père de 4 enfants, Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun est un accro du « Consommer local ». Fidèle en effet aux plats de sa localité, il adore l’Akassa emballé connu sous le nom de « lio kanblado » accompagné de la sauce de légume, précisément le « fon man ». « J’ai une épouse et je n’arrive pas à rester sans elle. Ce qui fait que dans tous mes voyages je suis toujours avec elle, si elle est disponible. Dans le cas contraire, je n’arrive pas à la remplacer par une autre femme» indique-t-il.

Du reste, il apprécie sans partage les séances d’échanges d’idées. La plupart de ses temps libres, il les consacre à ce genre d’exercice. Le sport favori de ce spécialiste en aménagement du territoire, c’est tout simplement la marche. Comme tout homme pragmatique, Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun n’aime pas perdre son temps. C’est d’ailleurs l’une des qualités avec lesquelles il n’entend nullement transiger. « J’aime bien gérer mon temps », déclare-t-il.

Wabi FAGBEMI, Secrétaire général du Parti du renouveau démocratique (PRD), invité de « Sous l’arbre à palabre »:« La refondation est émaillée de précipitations et d’improvisations »

Statutairement propulsé au Secrétariat général du Parti du Renouveau démocratique (PRD) après la démission de Moukaram Badarou, Wabi Fagbémi, très peu médiatisé a accepté se soumettre aux préoccupations de la conférence de rédaction de L’Evénement Précis dans sa rubrique atypique « Sous l’Arbre à palabre ». L’exercice a permis d’explorer la vie de ce parti politique à la lumière des dernières actualités politiques et socioéconomiques mais aussi les supposées crises de fonctionnement et d’existence. Le Prd au sein de l’Union fait la Nation… Mais au cœur des débats, il y a une bonne place pour la personne-même du Secrétaire Général Fagbémi. Depuis le primaire à la dernière année de sa carrière d’enseignant passant par ses amours de syndicaliste, on se rend compte que l’ascension à la tête du secrétariat du Prd n’est pas un hasard.

 

Wabi FAGBEMI, «Je pense qu’aujourd’hui, les hommes politiques de notre pays doivent dire la vérité.»

Et si on en parlait

Comment se porte le PRD ?

Le PRD se porte très bien. Au lendemain des élections présidentielles de 2011 et même des législatives, beaucoup de langues ont fait croire que c’est fini pour ce parti, parce que, évidemment, depuis fort longtemps, c’est la bête à abattre. Mais il se relève chaque fois. Vous avez constaté avec l’université de vacances, que malgré tout, le parti a su se reprendre et se relever très tôt, si bien qu’aujourd’hui, je pense que vous le constatez, le parti vit bien.

Le silence de HOUNGBEDJI à l’université de vacances

Est-ce qu’il est dit tout le temps que le président Adrien Houngbédji doit parler ? Le secrétaire général a parlé, le président de l’université de vacances aussi. Je pense quand même que c’est suffisant. Le moment viendra où il va parler. Et vous le connaissez bien. Il ne parle que lorsque c’est vraiment utile, lorsque c’est vraiment urgent.

Adrien Houngbédji et le K.O de la présidentielle

Je pense qu’aujourd’hui, les hommes politiques de notre pays doivent dire la vérité. De 1990 à ce jour, je pense que le leader politique qui a marqué la vie de notre nation, c’est bel et bien Adrien Houngbédji. Vous l’avez vu à l’université de vacances, tout rayonnant. D’aucuns ont même dit qu’il est devenu encore plus jeune. Souriant.

C’est la preuve que le président est déjà habitué à ces épreuves. Ce n’est pas pour la première fois. Le K.O en question était annoncé avant même les élections ! 53%, c’était déjà annoncé avant les élections ! Et c’est ce que nous contestons ! Ce K.O forcé, c’est un hold-up. Et tout le monde le sait. Même les auteurs en sont conscients. Ils en sont tellement conscients qu’à tout moment, ils se réclament être l’élu du peuple.

La reconnaissance du K.O par la communauté internationale

Selon vous, la communauté internationale a reconnu. Evidemment, lorsque tous les observateurs qui arrivent dans le pays sont chambrés, nourris, correctement entretenus, ils ne peuvent dire que ce qu’ils ont dit.Mais en vérité, sur le plan international, il n’y a pas à se cacher la figure, notre pays à des problèmes. Notre démocratie n’est plus crédible. Lorsqu’on cite les pays qui ont conduit les élections de façon transparente, on ne cite plus le Bénin.

Le mutisme de l’opposition

Vous avez parlé de l’opposition. Est-ce qu’il y a une loi dans ce pays qui permet à la classe politique de jouer un rôle de l’opposition ? Prenez la loi sur le statut de l’opposition et son décret d’application. Il y a trop de choses qui clochent. Partout où il y a opposition et que c’est réglementé, non seulement il y a la loi sur le statut de l’opposition, mais il y a également la loi sur le financement de l’opposition. Est-ce qu’on a réglé cette question dans notre pays ?

 Est-ce qu’on permet aux partis politiques de jouer le rôle de l’opposition ? C’est ça la question. D’abord la loi elle-même donne des limites. C’est seulement l’opposition parlementaire qui est concernée par cette loi. En dehors du Parlement, n’ y a-t –il pas d’autres partis qui peuvent être de l’opposition ? Ceux qui vont se déclarer opposants, ils seront quoi ? Leur sécurité est-elle garantie ? Ont-ils accès à l’information sur l’administration, sur la gouvernance du pays ? Et les médias, y-ont-ils équitablement accès ?

Ce n’est pas comme dans les autres pays où il ya vraiment un statut de l’opposition et que ceux-là ont tous les moyens pour jouer ce rôle. Or, en démocratie cela est nécessaire, sinon vous allez tendre vers la dérive. Je pense que nous sommes sur cette pente actuellement, lorsque toutes les institutions de la république sont caporalisées, celles qui doivent jouer le rôle de contre-pouvoir ne l’exercent plus, et bien, le chemin est balisé pour la dictature. Le peuple est pris en otage à partir de ce moment. Vous voulez que dans ces conditions-là, qu’on aille plus loin que ce que nous avions fait.

Qui a gagné les dernières élections ?

Vous savez très bien que, nous n’avons pas perdu les élections. Mais nous, nous n’en sommes plus là ; nous sommes plus que jamais dans la logique de notre slogan ‘’avançons maintenant’’

Les démissions après les élections

Nous avons déjà fait plusieurs présidentielles dans notre pays et nous savons comment les gens observent la direction du vent pour se loger auprès des candidats et après les résultats chacun rejoint sa maison. C’est évident qu’il faudra faire une évaluation de la participation du PRD aux dernières élections. On est entrain de faire une analyse critique de ces élections et le moment venu vous aurez donc les résultats.

Le slogan« Réagissons maintenant »adopté par l’UN pour les législatives a bien porté ses fruits mais on lui a tordu le cou. Pour les législatives, vous avez estimé que c’est la débâcle. Non ce n’est pas vrai. C’est le même système. C’est la Lepi contestée qui a toujours jouée. Quand le Secrétaire général part, selon ce que les textes disent, en attendant le congrès c’est l’adjoint qui le remplace et c’est ce qui a été fait. Le congrès c’est pour bientôt en décembre. Ça nous fera cinq ans donc on va au congrès en décembre, nous n’avons pas encore pris une date. La date d’anniversaire c’est le 18 décembre.

Je pense que la suite va éclairer tout le monde. Vous voyez lors de notre conseil national à Calavi, nous avons pris des résolutions entre autres : l’ouverture et le dialogue. C’est grâce à cela que beaucoup de jeunes sont rentrés au PRD et aujourd’hui si nous faisons le point, c’est que cet engagement qu’on a pris à Calavi est très avantageux pour le parti ;lorsque dix (10) jeunes entrent au parti et que deux (02) quittent, le rendement est bon.

Le rendement est bon en matière de mobilisation politique. Est-ce que aujourd’hui vous pensez ou constatez que le PRD est affecté ? Au plan moral, je ne pense pas. Jusque-là encore, vous n’avez pas vu l’enthousiasme qui a entouré les dernières manifestations de notre université de vacances ? Comment les militants se sont déplacés massivement ?

La RB et la main tendue de Yayi

Permettez que je ne me prononce pas sur cet aspect de comportement de la RB. Chacun fait son choix, il paraitrait que le Président Yayi Boni a tendu ses mains. A qui veut de choisir la main où ne pas la prendre. Nous, nous sommes dans une alliance, l’union fait la nation, qui est ouverte à tout le monde ; on n’a pas vu la main ; certainement qu’il a voulu tendre la main à l’UN et il l’a tendu à d’autres personnes.

Il a confondu peut être les personnes. Pensez-vous que la meilleure manière de tendre la main est de saisir au sein d’un ensemble n’importe quel membre surtout lorsqu’on veut réellement former un gouvernement d’union nationale ? Vous pensez que c’est la meilleure manière ? La bonne manière c’est le dialogue sincère avec les chefs de parti. C’est le dialogue qui a été l’un des piliers même des recommandations de la conférence nationale de notre pays.

L’université de vacances

Nous avons les résultats qui encouragent à continuer. Nous avons pris trois résolutions : une résolution qui concerne le parti et qui donnera au parti plus de visibilité et permettra donc au parti de s’enraciner plus et de se maintenir sur l’échiquier politique national, nous avons pris une résolution par rapport à l’UN pour dire que c’est un creuset idéal qu’il faut fortifier parce que vous constatez aujourd’hui que c’est ici que les partis que vous appelez partis opposants se sont retrouvés ensemble et encore ils sont allés plus loin pour choisir un seul candidat.

Dans la sous région et même dans toute l’Afrique aujourd’hui l’exemple est suivi un peu partout. Et la troisième résolution, c’est par rapport à la gouvernance dans notre pays. Ainsi avons-nous analysé l’actualité nationale dominée par des tensions. En ce qui concerne le programme de vérification des importations, nous avons déploré la non prise en compte des acteurs concernés et l’absence de mesures d’accompagnement en vue d’amoindrir les effets induits.

Quant à la proposition de loi relative au droit de grève, nous avons dénoncé le caractère liberticide de cette loi. Aussi, avons-nous recommandé la revue de ce programme et le retrait définitif de cette proposition de loi, afin d’apaiser la tension politique, économique et sociale dans le pays

Houngbédji toujours Président du PRD ?

Jusqu’à l’heure actuelle vous avez constaté que quelque part on a dit qu’il n’est plus le président ? Il demeure et reste le président du parti. Certes un parti politique n’est pas lié à un homme. Non, un parti politique c’est pour toujours. Le leader charismatique du PRD est peut-être au soir de pouvoir participer à une échéance électorale présidentielle aujourd’hui , mais il n’est pas au soir de sa vie politique. Vous parlez de guerre de succession. Non parce qu’avec le fonctionnement du PRD, la structuration même du PRD, je ne pense pas que ça puisse laisser place à une guerre comme vous le pensez.

Gaston Zossou présumé dauphin de Houngbédji !

Je n’en sais rien mais ce que je puis dire est qu’Il est au PRD. Moi je vous confirme qu’il travaille avec le PRD. Et puis,ce n’est pas n’importe qui, qui peut être dans la cellule de communication du Président Adrien Houngbédji !

La Lépi, instrument de vol des élections

Nous l’avons réaffirmé encore à l’Université vacances (UV) que la Lépi c’est l’instrument par lequel on a opéré le hold-up électoral. C’est ça et s’il faut insister encore sur l’audit de cet instrument. On l’a dit et on continue de le dire. Nous, nous n’attendons jamais la veille des élections pour soulever les grands problèmes mais jamais le gouvernement n’a pensé les régler au plus tôt. Le peuple Béninois n’est pas ce qu’on pense et il semble qu’on tend vers une situation critique.

La refondation emaillée par la précipitation

Comme le changement, la refondation est émaillée de précipitations et d’improvisations. La preuve, quelle consultation il y a eu au préalable pour savoir si le peuple adhère aux lois que l’on sort la nuit et fait voter à 04h du matin ? C’est vrai que les députés sont les représentants du peuple et c’est eux qui votent les lois.

 Mais comment ils les votent ? Les députés de la mouvance se retirent et concoctent des choses qu’ils cachent a leurs collègues et c’est la nuit qu’on les sort sur la table et demande de voter avant le matin. Bien sûr qu’une plénière est convoquée avec l’annonce de l’ordre du jour, mais quand cela est fait et vous n’avez pas le support des lois et c’est arrivé a l’Assemblée nationale qu’on prend connaissance d’une loi qu’on doit voter.

Je pense que la démocratie prend des coups. Il faut investiguer et aller constater si le processus normal pour convoquer les plénières est respecté. Vous pouvez attendre pour comparer le contenu de la loi portant révision de la constitution qui a été publiée à ce qui sera sortir à l’assemblée. Je pense qu’aujourd’hui il est nécessaire pour tout béninois de prendre conscience du contexte que nous sommes en train de vivre.

 C’est un contexte marqué par une dérive totale. La démocratie est sérieusement menacée, sinon on ne peut pas agir de la manière qu’on est entrain de constater où on ne veut pas de dialogue. On fait ce qu’on veut et ça doit se faire. Si la démocratie est la dictature de la majorité sur la minorité qui ne doit pas parler c’est bon.

 Le dialogue est très important pour se comprendre, pour éviter les frustrations or c’est des frustrations que naissent la guerre.Le peuple béninois est frustré aujourd’hui, ne soyez pas étonné qu’un jour les medias annoncent que vous êtes dans une autre république, puisque c’est à 04h du matin qu’on vote les lois. C’est vers cela que nous évoluons.

Et alors les réalisations sous Yayi

Il y a bien sûr des réalisations. Je ne connais pas un gouvernement qui est arrivé dans notre pays et qui n’a pas réalisé quelque chose. Il y a beaucoup de reformes, mais tout ce que nous constatons est marqué par la précipitation. Quel résultat positif peut-on obtenir dans une telle précipitation ?

Il y a un conseiller du président de la République qui a dit quelque chose, il y a longtemps. Il demande d’enclencher d’abord avant de penser à réparer. Après on va colmater les brèches. Voilà comment on gouverne le pays. Si vous retourner sur vos bandes, vous allez retrouver ce que je viens de dire, peut être que ce n’est pas avec les mêmes termes. C’est ce qui se passe au port actuellement.

PVI, mauvais instrument ?

C’est un bon instrument pour renflouer la caisse de l’Etat normalement. Mais il aurait fallu qu’à l’avance qu’on discute avec les acteurs et qu’on trouve un terrain d’entente et prévenir. Aujourd’hui on a effectué un rentrée scolaire, voyez ce qu’on a installé au bord des voix pour vendre des fournitures, c’est-à-dire les « RAL ». Combien de personnes vont vers ces installations pour acheter. Comprenez que l’économie se porte mal.

C’est un indice. Or tout cela transite par le port. Cela veut dire que les opérateurs économiques ont des problèmes, il ne faut pas faire des reformes pour gêner la nation. Si on veut construire et développer, c’est ensemble que c’est possible. Ce n’est pas tout seul, tout le monde doit jouer sa partition avant, pendant et après.

Le PRD exclu de la prise de décisions ?

Moi, je ne dirai pas qu’est ce que le gouvernement ne permet pas au PRD de faire. Mais est ce qu’il tient compte des réactions du PRD, c’est tout le problème.

On a déjà trop parlé du problème de gratuité. Et pour ce qui concerne le paludisme, C’est heureux et nous remercions au passage tous ces partenaires ; mais est-ce que toutes les dispositions nécessaires sont prises pour que la population soit vraiment satisfaite? Regarder l’exemple des moustiquaires distribuées ! Avant de lancer un processus, il faut l’essayer et voir tous les contours. C’est tout ce que nous reprochons.

Il est vrai que nous sommes des hommes et personne n’est parfait même moi qui suis ici. Mais l’éducation que nous avons reçue devrait nous permettre de dire je veux faire telle chose, est-ce-que c’est possible et quelles sont les dispositions que je dois prendre. Je veux qu’on voie ensemble les réformes et réalisations, c’est emmailler d’erreurs parce que c’est dans la précipitation.

La loi sur la grève !

Par exemple celle sur la réglementation des grèves et vous le savez, si nous sommes en démocratie aujourd’hui, c’est grâce à la grève. Souvenez-vous des souffrances des années 1980 et ce n’est qu’en 1989 que la craie est tombée de la main des enseignants par inanition, au CEG Davié. J’étais acteur et c’était des risques énormes, le gouvernement de Mathieu Kérékou avait dépêché une forte délégation sur les lieux, mais une fois qu’ils nous ont écoutés, ils ont coulé des larmes et la rencontre prit fin.

Et c’était le tournant décisif ; mais aussi avec d’autres actions de l’intérieur comme de l’extérieur nous sommes parvenus à la conférence nationale. Est-ce qu’aujourd’hui, les conclusions de cette conférence ne sont pas menacées ? Il faut se demander pourquoi il y a beaucoup de grèves.

Comparaison des régimes Soglo-Kérékou-Yayi

Je veux faire une comparaison des grèves sous le régime de Soglo, de Kérékou et de Yayi, c’est le régime de Yayi qui bat le recors. Et c’est dans tous les domaines. C’est Yayi qui a fait la pléthore dans la fonction publique et il doit le régler ? C’est plutôt un problème de gouvernance au Bénin. Sous Kérékou, il y a moins de grèves et quand il y en a, il y a négociation. Vous avez les archives, je veux prendre l’exemple de la période de 1996 à 1998 avec le premier ministre Adrien Houngbédji.

 Son arme dans ce domaine est la négociation et dès qu’il s’engage, les problèmes sont réglés à telle point que certains partis politiques de la mouvance de Kérékou pensent que c’est lui qui les crée et apaise, c’est qu’il a de la méthode. Est-ce que c’est par la loi qu’on limite les grèves ? La loi réglemente les activités syndicales. Mais la loi n’interdit pas la grève, on ne doit pas aller jusqu’à ce niveau-là, c’est la dérive. Moi je ne suis plus responsable syndicale aujourd’hui, mais je dis à mes responsables syndicaux, qu’ils ne doivent pas faillir.Concernant la refondation des valeurs morales je pense que nos coutumes et traditions sont déjà très riches en la matière, est-ce que les parents ne sensibilisent pas les enfants sur un certain nombre de choses ?

 Le limogeage du Haut-commissaire au pèlerinage

Le Haut commissaire au pèlerinage, Rafiou Toukourou qui est sanctionné et suivez moi. J’ai suivi à la télévision le secrétaire de Rafiou Toukourou. Il a situé les responsables ; pour dire que c’est la Direction du transport du ministère qui est chargée de choisir l’aviateur. C’est déjà là le problème. Pour engendrer la situation, la responsabilité est déjà située; alors pourquoi on n’a pas agi dans ce sens là.

C’est ce que je constate et cela a été toujours comme cela. Vous l’avez suivi, « on laisse le serpent pour taper dans la brousse » bien sûr est-ce que c’est même dans la brousse parce que si on tape dans la brousse on va réveiller d’autres choses. On a tapé sur le sol nu.

Une vision critique du processus de la révision de la constitution enclenché

Les sages de la Cour Constitutionnelle sont entrain d’endormir le peuple en relevant l’article 6 de la loi référendaire de ce qui leur a été envoyé pour montrer qu’ils ont réagi contrairement à ce qu’ils ont l’habitude de faire. Et effectivement, certains ont acclamé comme ils le souhaitent et c’est pourquoi je dis « ne soyez pas surpris quand un beau matin vous vous réveillez pour entendre que vous êtes dans une autre République ».

 Puisque l’Assemblée Nationale peut le faire et ils ont la majorité qu’il faut pour le faire. C’est parce qu’ils ont la majorité qu’il faut pour le faire qu’ils ont déplacé le débat là en retirant les prérogatives du peuple en la matière. Et que c’est la majorité de l’Assemblée qui peut statuer là-dessus. C’est ce que la constitution dit ? C’est ce que la Cour a dit. Il y a deux voies pour réviser la constitution.

Il y a la voie du peuple ou voie référendaire et il y a la voie des députés de l’Assemblée Nationale. Lorsqu’on exclut l’une des voies il reste quoi ? Il reste la deuxième voie. Nous sommes des intellectuels, et il ne faut pas qu’on triche avec le peuple. Je suis d’accord avec la révision de la constitution mais je ne suis pas d’accord avec une révision opportuniste. Même aujourd’hui est-ce que c’est si urgent que ça de réviser cette constitution ?

Est-ce que sans réviser la constitution; la Nation ne vit pas ? Moi, je pense que ce qui est urgent ? C’est l’outil qu’est la LEPI, l’instrument fondamental pour la survie de notre démocratie ; c’est plutôt ça. Il faut d’abord régler ce problème là avant toute consultation électorale.

Des affectations politiques qui frustrent.

J’ai suivi tout récemment le front des enseignants qui rejette les affectations qui ont été faites à l’enseignement secondaire et ils disent que c’est des affectations politiques. Si tu n’es pas avec moi, je vais te déranger, je vais te gêner. C’est ce qui se dit au quotidien maintenant. Si toi opérateur économique tu n’es pas eux, tes affaires ne vont pas prospérer, tu ne gagneras pas de marchés.

 Est-ce que les affectations à l’enseignement tiennent compte des listes d’aptitude ? Il faut écrire je veux ; on examine et on mène l’enquête pour savoir est-ce qu’il est avec nous ou non, c’est tout. Moi ça ne me dit plus rien car je suis dedans il y a longtemps. D’ici quelques mois je vais à la retraite. Je ne parle pas seulement de mes militants, mais de tout le monde; parce que même dans leur rang il y a de frustrations.

L’avis de l’opposant sur la loi sur la corruption

Très bien ! La marche contre la corruption depuis 2007 et nous sommes en 2011 aujourd’hui. Dites-moi franchement avec tous les chapelets de mauvaise gestion qu’on a révélée après cette marche si quelque chose a changé. La loi sur la corruption vient d’être votée et les spécialistes en ont déjà parlé suffisamment.

Mais le seul point que je relève est-ce que c’est le Chef de l’Etat qui va délibérer, puisque c’est lui qui est à la tête de la commission qui va décider. Si réellement on est conscient qu’on veut lutter contre la corruption ; revoyez bien votre justice, c’est la justice qui règle ces cas-là. Revoyez la justice pour qu’elle réponde correctement aux besoins de la Nation.

Enseignement et dévotion

Moi, j’enseigne les SVT, Sciences de la Vie et de la Terre, au CEG Djassin. Allez voir mon Directeur pour savoir si je ne suis pas au cours. Mes élèves sont très chers pour moi et chaque fois que j’en rencontre, je me sens très heureux pare ce que de ces anciens élèves que je n’arrive plus à reconnaitre et qui me rendent d’énormes services, qui m’honorent.

Elu communal à Pobè

Je pense que la population de Pobè peut témoigner, je suis président de la commission éducation ; aujourd’hui à Pobè le système éducatif a reculé ? Mais, on est parti de deux ou trois collèges à Pobè, pendant que les autres communes d’à côté sont à neuf, dix collèges. Aujourd’hui chaque arrondissement de Pobè à son CEG et l’arrondissement de Pobè même a déjà trois CEG. Un quatrième CEG est prévu. Quand les fruits seront murs, vous saurez qu’il y avait des travaux en cours.

La caractéristique de Pobè c’est son sol. Pobè a un sol hydro morphe. Je vous ai dit quelques chose tout à l’heure, on ne peut pas mettre des engins sur ce sol maintenant, il faut attendre. Et le conseil qui est là est en train de bousculer beaucoup de choses. Si vous connaissez Pobè, et que vous connaissez la place mythique de Pobè, un véritable dépotoir, aujourd’hui le conseil a négocié avec les sages et nous voulons en faire une place touristique.

La crise du football vue par l’opposant

Je souhaite que tout le monde ramène la balle à terre. Il faut repenser autrement le football. Il faut que tous les acteurs se retrouvent et que chacun oublie ces querelles et laisse un peu de soi.

Conclusion

Je vous remercie une fois de plus, je souhaite que vous continuiez, car je trouve l’ambiance aussi magnifique que je ne l’aurais imaginé. Je vous félicite sincèrement et vous encourage à continuer ainsi, parce que vous constituez un maillon très important dans l’arène médiatique du Bénin.

Carte d’identité

Enseignant par vocation

Plutôt costaud, 1,72 mètre environ sur une silhouette de lutteur, le Secrétaire Général du PRD a le profil du poste. Originaire de Pobè dans le Plateau, c’est là qu’il débute le cours primaire en 1959 à l’école de la mission catholique de la localité. « Mon père est charpentier, rappelle-t-il. Il fendait des madriers. Les prêtres venaient s’approvisionner chez lui, et c’est comme ça qu’un matin la sœur Berth venue prendre quelques planches dit à mon père : « Mais Karim, l’enfant ne va pas à l’école ? » Mon père a dit : « Non, son grand frère va déjà à l’école, lui, il est avec moi. » Finalement, la religieuse finit par amener Wabi à l’école catholique, lui qui était issu d’une famille musulmane fervente.

 « Je voyais mes maîtres très élégants et quand ils viennent en classe on leur voue du respect, » se souvient-il encore. De là, est née chez lui la vocation de l’enseignement qui s’est accentuée au collège. « J’ai été marqué par un directeur, M. SOGLOBOSSOU Jules, au collège en 1967. Là c’était la rigueur, la discipline. Tu dois te mettre à jour. C’était bon, c’était beau. Et je suis rentré au lycée BEHANZIN en 1973 et là, j’étais dans un monde où les professeurs qui venaient avaient du talent ». Il cite alors un certain Jérôme Carlos, aujourd’hui directeur de la radio CAPP FM et chroniqueur reconnu qui a créé en lui cette envie d’être du corps enseignant.

« Quand il rentre dans la classe, mais vous avez envie d’être comme lui. Vous avez envie de parler comme lui. » Sur insistance de son grand-frère alors à l’extérieur, Wabi choisit une branche scientifique. Après son Bac obtenu en 1976, il entame des études scientifiques à l’Université nationale du Bénin. La Faculté des sciences et techniques (FAST) où il s’est inscrit, lui impose encore de passer par l’école normale, après le premier cycle universitaire. Devenu professeur certifié de Biologie (aujourd’hui nommée Sciences de la Vie et de la Terre, SVT), il est définitivement enseignant et fier de l’être. Le premier poste d’affectation a été le CEG Savalou.

Wabi Fagbémi y fait cinq ans de travail acharné avant d’être affecté en 1987 au CEG Davié, à Porto-novo. Le CEG Djassin, toujours à Porto-Novo, l’accueille en 1997. « Je ne suis pas fatigué de la craie malgré mes trente ans de service que je vais boucler l’année prochaine. C’est avec plaisir que j’exerce ce métier. On m’a proposé d’être directeur et j’ai décliné l’offre », dit-il. Pour cet enseignant, le contact avec la classe est primordial. « J’aime être en contact avec les élèves. Et je suis heureux lorsque mes élèves réussissent. »

 Sa vocation politique, il la doit à la crise qui a secoué le régime révolutionnaire en 1989. Au fond de la crise marquée par des mois d’impayés, il mène une action dans son collège, le CEG Davié. Il refuse de continuer les cours, aussitôt suivi par d’autres collègues. La nouvelle se répand très vite dans la ville et paralyse les activités scolaires à Porto-Novo. Au soir, ce sont les établissements de Cotonou qui sont touchés à leur tour. C’est le début d’une grande action de résistance dont l’aboutissement est la conférence des forces vives de la nation de février 1990.

De cette expérience, Wabi Fagbémi et ses collègues vont tirer des leçons qui vont leur permettre de créer leur propre mouvement politique, le MDR. Et plus tard, il entre au Parti du Renouveau Démocratique (PRD) où son admiration pour Maître Houngbédji a fini par faire de lui le secrétaire général du Parti suite à la démission de l’ancien titulaire du poste. Mais avant d’accéder à ce niveau de responsabilité, Wabi a su d’abord démontrer son dévouement pour le parti.

En sa qualité d’enseignant, il a pris le gouvernail du Prd, section des enseignants en 2000. Pour avoir assumé avec rigueur et ténacité ce poste de responsabilité, il gagnera l’estime des militants du parti qui ont fini par le propulser au poste du secrétariat général adjoint du PRD à la faveur de leur congrès tenu en 2006. Il doit surtout ce militantisme politique à son militantisme syndical.

Membre fondateur du Syndicat national des enseignements secondaires, techniques et professionnels (Synestp), du fait de son engagement pour la justice, il en a été fait Secrétaire général en 1996. Démocrate, Wabi refuse de s’éterniser à ce poste. Après 5 années accomplies donc, il quitte le poste alors qu’il était toujours aimé par les siens.

Désormais déchargé, Wabi se consacre à fonds aux activités politiques de son parti, le PRD qu’il sert aujourd’hui avec abnégation, mais sans jamais négliger pour autant, son activité professionnelle originelle qu’est l’enseignement. Il est actuellement professeur de Sciences de la vie et de la terre au Ceg Pobè.

Intimité

Wabi, un sportif endurci

Marié et père de cinq enfants (trois filles et deux garçons), wabi Fagbémi est un grand sportif. Il est passionné de football. Il a créé son propre club avant de participer à la mise en place de l’équipe phare de Pobè, la Jeunesse sportive de Pobè (JSP) en 1992. Lorsqu’on lui demande ce qu’il aime le plus chez l’homme, il répond sans détour : « Moi, j’aime la franchise ». Au plan de l’alimentation, les préférences du secrétaire général du PRD sont vraiment sélectives.

« Mon plat préféré, c’est le Lafou (pâte de cossettes de manioc, NDLR) mais je ne peux plus en prendre aujourd’hui comme ça, parce que j’ai un début de diabète et je dois veiller à cela, donc éviter certains aliments, » dit-il.

Photo de famille

Me Jacques Migan ‘’Sous l’arbre à palabres ‘’:« L’audit de la Lepi doit être la priorité de Yayi Boni et non la révision de la Constitution »

Avocat au Barreau, Ancien Bâtonnier, Ancien Conseiller technique Juridique du Chef de l’Etat Mathieu Kérékou, Maître Jacques Migan est le 51ème invité de la rubrique « Sous l’Abre à Palabres ». Nageant entre technocratie et politique, ses sorties sont souvent trop vite étiquetées. Même quand il aborde des dossiers purement techniques comme la révision de la Constitution, il est perçu d’un regard politique. « Sous l’Arbre à palabres », Me Migan passe en revue l’actualité politique, économique, sociale, juridique et même judiciaire. Beaucoup de préconçus sur l’homme tombent après la lecture de cet entretien à bâton rompu avec les journalistes de la rédaction de l’Evénement Précis au siège du Journal. Dans ces échanges, il réaffirme le sens de son combat contre une révision opportuniste de la Constitution béninoise, se démarque de certaines décisions de cette cour Constitutionnelle et la cloue au pilori…

 

« Nous sommes tous pour les réformes, mais des réformes bien pensées et consensuelles »

Et si on en parlait

Me Migan, technocrate ou politicien

Est-ce que je peux dire que je suis politicien ? Non, je préfère dire que je suis un citoyen qui s’occupe des affaires de son pays, puisque nous sommes tous regardant sur l’évolution de ce qui se passe. Et c’est ce qui amène certains à dire que tel est politicien, tel ne l’est pas. Je n’appartiens à aucun bord politique. Je ne suis ni de la mouvance, ni de l’Union fait la Nation. Je suis un citoyen critique, mais mes critiques sont objectives, constructives, responsables.

 Boni Yayi, notre actuel Chef de l’Etat, je l’ai accompagné dans les années 2006, jusqu’à 2008. Pour des raisons précises,en quittant mes responsabilités de Conseiller technique juridique du président Kérékou, il m’a plu de voir continuer, se réaliser ce que le Général avait laissé. Mais rapidement, j’ai commencé par constater que le Président Boni Yayi n’est pas celui en qui je croyais. C’est-à-dire, sa préoccupation, son ambition, sa volonté, n’étaient pas ce que je pensais voir en l’homme,pour le développement de mon pays en quoi je crois, le développement de la jeunesse, ce n’était pas la préoccupation du Chef de l’Etat.

 Sa préoccupation, c’est l’homme qui fonce, l’homme qui joue, l’homme qui jongle, l’homme qui jouit. Jouisseur, jongleur, joueur. Mais comme j’ai eu à le dire et comme je continue de le dire, quand on ne s’arrête pas pour faire le point, on ne se rend pas compte de ce qu’on fait. C’est l’homme qui trompe, comme vous le savez.

Yayi II et la révision de la loi fondamentale

Est-ce que j’ai eu à dire que le Chef de l’Etat a la volonté de modifier la Loi fondamentale ? Le juriste vous dira ceci : lorsque vous continuez à vous justifier, ça veut dire que vous vous reprochez quelque chose. Lorsque vous répétez tout le temps la même chose, ça veut dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Donc, nous essayons de creuser. A chaque sortie du Chef de l’Etat, il nous dit qu’il ne va pas toucher à l’article 42 qui limite le mandat à un mandat de cinq ans renouvelable une fois. A la fin de son deuxième quinquennat, il partira.

Il a aussi parlé de l’article 44 qui évoque l’âge au-delà duquel vous ne pourrez plus être candidat aux élections présidentielles, 70 ans. Il aura moins de 70 ans en 2016. Est-ce qu’il va le toucher, est-ce qu’il ne va pas le toucher, ce n’est pas là notre préoccupation. Il dit à qui veut l’entendre qu’il ne toucherait pas à ces deux articles, qu’il partirait à la fin de son mandat. Boni Yayi, ce n’est pas en le disant qu’il rassure. Il n’est pas le seul à le dire, Il y a également ses collaborateurs. Vous avez vu les sorties de M. Amos Elègbè, de M. Hountondji, et puis d’autres après mon intervention sur Golfe TV.

 Et quand lui-même se déplace, systématiquement il revient sur ces points et à force d’insister, de vouloir rassurer, ça commence par inquiéter, ça commence à amener les uns et les autres à se poser des questions alors que nos préoccupations ne sont pas à ce niveau. Nous, nous disons ceci : la révision de la Constitution n’est pas interdite. Rappelons que la Constitution a déjà prévu elle-même les conditions de sa révision. Et les articles pour aller à révision sont prévus dans la Constitution. Mais nous disons ceci qui est important : est-ce que cette révision est opportune aujourd’hui, avant la révision de la Lépi ?

 Si on révise aujourd’hui la Lépi et qu’on révise demain la Constitution, nous sommes partants. Nous disons et nous continuons à dire que la priorité ne doit pas d’abord être la révision de la constitution, c’est-à-dire qu’il faut qu’on audite d’abord la Lépi. Il faut qu’on la revoie, il faut qu’on la corrige, il faut qu’on l’améliore pas seulement pour les besoins électoraux. Si nous prenons aujourd’hui ce qu’on appelle la Lépi, ce n’est pas une Lépi que nous avons, nous avons plutôt une Liste électorale informatisée. C’est-à-dire pour les besoins électoraux.

Et si tel doit être le cas, faudrait-il encore que cette Lepi prenne en compte tous les citoyens à même de voter. Et nous, nous aurions souhaité qu’on ait une liste électorale informatisée permanente, qui ne serait pas seulement pour les besoins électoraux, mais qui aille au-delà. C’est-à-dire que cette Lépi serve pour la paix, qu’elle serve pour le développement, et qu’elle serve tout simplement pour la démocratie. Imaginez ce qu’on peut obtenir pour un pays comme le nôtre, à partir de cet instrument, de cet outil. Mais pourquoi aujourd’hui, ne veut-on pas faire cette révision de la Lépi ? Qu’est-ce que ça cache ?

Les soupçons de Me Migan sur la Lépi

Ce que nous soupçonnons, nous l’avions dit et nous continuons de le dire, on nous avait annoncé, avant même les résultats des dernières élections présidentielles, que c’était le K.O. Alors, si quelqu’un a pu le dire, c’est parce que la personne a compté sur un instrument. L’outil informatique lui-même n’est pas un humain, C’est un individu qui introduit les éléments. C’est un individu qui a un moment donné a permis à l’outil d’être efficace.

Et si on a pu obtenir le K.O à partir de cette LEI, imaginez ce qu’il en serait lorsqu’on ira à révision de la Constitution avec la loi référendaire qui a été votée. Ce d’autant qu’on nous dit aujourd’hui que c’est 90 jours avant le référendum que les gens s’inscriraient. Vous savez chez nous on attend la dernière minute pour faire les choses, résultat on ne fait rien ou on fait mal. Or, ce que nous vivons aujourd’hui, c’est que de manière précipitée, de manière fugitive on vote différentes lois.

Le pouvoir pressé de voir sa majorité’effilocher, peut décider que le référendum pour permettre la révision de la constitution se réalise l’année prochaine : pensez-vous que nous aurions eu le temps de revoir la Lépi ? Une proposition concrète sur la révision de la Lépi: nous demandons qu’on fasse appel aux experts internationaux et nationaux pour auditer la Lepi.Auditer pour essayer de voir les forces et les faiblesses de la Lepi et pour la corriger.

Appels de l’Avocat

A commencer par vous-mêmes. Le simple fait de prendre la parole et de s’exprimer, c’est que vous parlez à tout le monde, y compris qui de droit. Et comme j’ai eu à le dire, le Chef de l’Etat est entouré de monde. Peut-être que vous ne le savez pas. Ce que nous sommes entrain de dire à l’heure où je vous parle, s’il est un chef d’Etat bien informé, il doit le savoir. Le Chef de l’Etat est au courant de tout. Et ce que nous disons, il le sait, il l’écoute.

 Par exemple, nous étions à la Radio Bénin-Culture, nous étions à la Radio Gerdes, on a parlé au peuple, et plus précisément de l’Ouémé, de Porto-Novo, de Missérété. Mais parmi tous ceux-là, il y a aussi les services de renseignement du pouvoir pour écouter ce que nous étions entrain de dire, pour rendre compte. C’est la première mission d’un chef d’Etat. Lorsqu’il arrive à son bureau, le premier document qu’il lit : c’est le rapport des renseignements, qu’est-ce qui a été dit par rapport à la politique ? Même les mendiants aussi, si vous ne le saviez pas, sont aussi des gens qui renseignent le Chef de l’Etat.

En tout cas, du temps où j’étais aux responsabilités, les mendiants aussi renseignaient. Lorsque vous passez à un carrefour, ils rendent compte. Bref pour revenir à la Lépi, une proposition concrète, c’est faire appel à des experts indépendants pour auditer. A la différence de ce que les uns et les autres proposent, c’est-à-dire diagnostiquer, nous, nous disons qu’il faut auditer la Lepi.

Yayi bien élu avec la Lépi

Il l’a dit, mais ça n’a pas empêché, le 13 mars, au moment où il votait, une bizarrerie que je n’ai jamais comprise. Qu’il ait demandé pardon. Le seul fait même qu’il ait demandé pardon devait amener la CENA à le disqualifier. Parce que c’est tout comme s’il était encore en campagne. Or le fait de prendre la parole pour dire « pardon, je sais que tout n’est pas parfait », c’est pour émouvoir.

 Et lorsque vous parlez en ces termes, vous pouvez changer les donnes, vous pouvez amener un citoyen qui ne voulait pas voter, qui était parti pour rester chez lui et voter abstention à sortir. Vous pouvez amener quelqu’un qui était parti pour voter pour X à voter pour vous. Celui qui doit comprendre et apprécier, c’est d’une part la CENA, ensuite la Cour constitutionnelle.

Or, ce n’est pas moi qui le dis, la Cour avait aux ordres, la Cour des « miracles ». La Cour aurait dû le disqualifié. Est-ce que vous savez ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire ? Pourvu qu’on ne rencontre jamais cela au Bénin. On a fini les élections en Côte d’Ivoire et ils ont basculé dans la violence.

Me Migan face au K.o de Yayi

Le Droit dit ceci : lorsqu’il y a une petite erreur, l’erreur corrompt tout. Lorsqu’il ya une petite faute, le faux corrompt tout, ça vicie tout. Il a suffi tout simplement, je ne parle même pas de sa déclaration du 13, le fait de laisser en rade des milliers de citoyens constitue déjà une malfaçon de l’outil. Et que ce soit mal fait, entraîne déjà le vice.

La communauté internationale cautionne la Lepi

Que recherche la communauté internationale? Ce n’est pas la communauté qui doit diriger le Bénin ; nous sommes quand même un pays souverain. Il faudrait d’abord que nous croyions en nous-mêmes. Ce n’est pas parce que la communauté nous assiste que nous devons, comme des moutons, demeurer à dire « la communauté, la communauté ». Regardez ce qui se passe aujourd’hui en République démocratique du Congo. Ils organisent les élections sur fonds propres, sur leur propre budget sans l’aide de la communauté. Qu’est-ce que vous allez attendre de quelqu’un qui vous finance ?

Quand la communauté vous finance, mais c’est normal que les instructions émanent d’elle. Quand ils votent en France, est-ce qu’ils font appel à la communauté ?Lorsqu’il y avait eu cette élection entre AL Gore et Bush Junior, où il fallait reprendre les élections, pourquoi on n’a pas fait appel à la communauté ? Avec ce qui se passe en Russie, que le premier ministre devienne président, et le président premier ministre, pourquoi on ne parle pas de la communauté ?

Et c’est là où je vous demande, en tant que journalistes, de dénoncer ce genre de choses. Ou bien vous êtes souverain, ou bien vous n’êtes pas souverain. Il ne revient pas à la communauté Internationale de certifier si nos élections sont bonnes ou non. C’est fort de tout ceci que nous disons: nous pouvons réaliser une Lépi sans l’aide de la communauté pour des élections crédibles. Nous avons la logistique, nous avons le savoir-faire.

Si c’est l’argent qui nous manque, commençons par payer chacun 25 francs. Pour le séjour du Pape, il est demandé de payer 500 francs, moi je vous demande de payer 25 francs pour le Bénin. Si vous voulez même payez dix francs pourquoi pas ? Parce qu’on n’a plus besoin de grandes choses pour aller à une Lépi crédible, une Lépi porteuse dans l’intérêt du pays. Je vous dis et je vous le répète, il suffirait, à l’heure où nous sommes aujourd’hui, de mettre dans chaque commune, les 77 communes, des ordinateurs, pour recenser les uns et les autres.

 Et vous aurez les résultats escomptés. Est-ce que vous savez que ce que nous avions eu comme LEI pour aller aux élections de mars et avril derniers était moins performant que l’outil manuel qui était utilisé. Le combat que nous menons aujourd’hui, c’est un devoir, Yayi, et nous-mêmes, qu’on le veuille ou non, nous partirons en 2016. C’est notre dernière carte. Et nous ne devons pas vous laisser le pays dans cet état.

 Voulez-vous demeurer aux responsabilités et mourir avec les honneurs ? Pourquoi faire ? Il y a 9 millions de Béninois, il y a 50% de jeunes qui cherchent du travail. Faites le calcul. On sait que les jeunes sont 60 % de la population. Ça veut dire que nous avons 2,7 millions de jeunes qui sont au chômage. C’est ça qui nous inquiète. C’est pour eux que je me bats pour que les jeunes accèdent rapidement aux responsabilités et aient un emploi. Est-ce qu’on le peut ?

La jeunesse aux commandes

Je vous donne mon exemple. Je vous ai dit que je suis professeur-assistant à l’université. Après mon départ ils m’ont rappelé. J’ai accepté parce qu’il faut que je forme rapidement des jeunes qui prendront la relève, pour que je quitte complètement. Parce qu’il n’est pas normal que nous continuions à dire qu’ils ne sont pas préparés, les jeunes. Pourquoi ne pas créer les conditions pour que ces jeunes émergent.

Pourquoi ne pas les laisser faire ? Vous n’allez pas laisser ces jeunes partir à la retraite sans avoir travaillé ! Il y a quelque chose qui ne va pas. Est-ce que le pouvoir aujourd’hui s’occupe de ça ? Donc notre préoccupation c’est d’une part la Lépi crédible, mais également que le pouvoir cherche à faire face à la crise alimentaire ou si vous préférez, socioéconomique.

Parlons de la réforme

Nous sommes tous pour les réformes, mais il faut que les réformes soient bien pensées. Il faut que les réformes soient bien réfléchies. Il faut que les réformes soient consensuelles. Or, les réformes que nous avons aujourd’hui ne le sont pas, quand vous avez une épée de Damoclès le FMI, la Banque Mondiale qui vous demandent de faire ceci ou cela. Je vous donne l’exemple d’une réforme : réformer l’agriculture.

 Pour réformer l’agriculture, on avait commencé au temps du Général Mathieu Kérékou mais on a constaté qu’une seule personne voulait contrôler l’agriculture, voulait contrôler la production du coton – on a dû tout arrêter. Quand Yayi est arrivé aux affaires, il a dit « Je porterais la production à 600 000 tonnes ». On était tout heureux, ça faisait partie des raisons pour lesquelles on l’avait accompagné. Mais au finish, qu’est-ce qui s’est passé ?

 Après avoir investi plus de 90 milliards dans le coton, à la fin de son premier quinquennat, la production n’a jamais dépassé 200 000 tonnes. Alors qu’entre 2004-2005, nous savons comment nous avions fait pour porter la production sur le plan agricole à 427 000 tonnes ! Mais, qui a tué ce coton aujourd’hui? Quid de cette réforme aujourd’hui ?

L’Etat vit sur la fraude

Je prends un exemple. Qu’est-ce qui a permis au Chef de l’Etat de financer pendant un moment les microcrédits ? C’est les véhicules d’occasion. Mais, les véhicules d’occasion lui ont permis de financer les microcrédits alors que les recettes des véhicules d’occasion n’étaient pas budgétisées au début de son quinquennat. Il a fallu les journalistes et les députés qui ont insisté pour qu’il le budgétise. Mais, la fraude, c’est ahurissant.

 Je veux dire que nous prenons de l’argent pour financer l’Etat à partir d’un trafic frauduleux. C’est-à-dire quoi ? Le Nigéria dit ceci : je ne veux pas sur mon territoire des véhicules qui ont plus de cinq ans d’âge. Mais, nous, nous faisons entrer de manière frauduleuse sur le territoire nigérian des véhicules qui ont plus de cinq ans d’âge. Or, lorsque vous faites entrer de manière frauduleuse ces véhicules, on exige sur chaque véhicule une taxe qu’on appelle la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). On nous dit que lorsque vous aurez accompli les formalités à la frontière, vous revenez et on vous rembourse la TVA.

Mais, comme le propriétaire du véhicule ne peut plus revenir pour justifier de l’entrée régulière par les frontières ; toute chose qui devait lui permettre de récupérer son argent il se voit obligé d’abandonner cet argent qui reste dans les caisses de l’Etat. Cet argent qui sert, qui a servi et qui continue de servir à financer les microcrédits. Et c’est là où nous disons qu’un Etat ne peut pas faire ça. Un Etat crée les conditions pour produire puisque l’économie, c’est produire, c’est vendre…

La Cour Constitutionnelle au banc des accusés

J’ai lu la dernière décision. Déjà, parlons du droit de grève. Ce droit est prévu par la constitution qui, en son article 31, garantit le droit de grève et renvoie à la loi pour sa réglementation. Du moment où la constitution dit que je vous garantis cela, vous ne pouvez pas, à partir d’une loi, maintenant remettre en cause ce que la loi fondamentale a dit.

C’est l’aberration totale ! Et c’est ce qui avait emmené les hauts magistrats de 2003 du temps de, paix à son âme, Mme Ouinsou à dire que les travailleurs y compris les militaires ont le droit de faire grève. Et on ne sait par quel miracle, alors qu’on s’attendait que cette jurisprudence se confirme, Dossou Robert, comme il sait le faire et en a la magie, a tout simplement dit que le texte qui a été voté et interdisant désormais en son article 9 le droit de grève aux douaniers est conforme à la Constitution. Mais allons plus loin. On nous parle de la convention de 1996 du BIT.

Soit ! Mais que dit cette convention ? Cette convention dit qu’ils ont droit. Mais les initiateurs de cette loi nous disent que pour des raisons de fait c’est-à-dire dans les mouvements sociaux, ceux-là peuvent être amenés à utiliser les armes en cas de…et pour ce faire, il faut les empêcher de faire grève. Il faut être député de la mouvance associé à la cour constitutionnelle pour aller à de tels raisonnements. Vous savez, c’est une décision abracadabrante. Je ne sais pas ce que c’est. C’est-à-dire que ça ne nous fait pas évoluer.

Des conditions pour parler de revirement jurisprudentiel

Un revirement jurisprudentiel. Soit. Mais, faudrait-il encore qu’il y ait des éléments nouveaux. Or, reprenez ce qui a été dit dans la décision de la Cour. Il n’y a pas d’éléments nouveaux. Lorsqu’il y a un élément nouveau, il remet en cause la première jurisprudence. Le juge fait le bilan des deux et on essaie de voir ce qui a changé entre temps. Mais les éléments qu’on a aujourd’hui devraient amener à confirmer la jurisprudence de Madame Ouinsou.

Kérékou et la révision de la Constitution

Fouillez et refouillez encore alors que nous étions aux responsabilités, vous ne verrez jamais de décision cassée par la Cour. Pourquoi ? On allait fouiller, on allait chercher dans l’intérêt supérieur et on demandait au Chef de l’Etat « voilà ce que nous avions trouvé, à vous maintenant de l’habiller politiquement ». Nous étions techniciens, nous suggérions. Je vous donne un exemple très simple.

 Quand on disait que Kérékou voulait réviser la constitution et que c’était tel qui le conseillait. Vous savez ce qu’on avait fait ? Les documents sont là. On lui a dit ceci « monsieur le Président de la République, si vous voulez aller à la révision de la constitution, voilà les avantages et voilà les inconvénients. Vous ne pouvez pas. Mais, vous avez un élément qui vous permet de demeurer aux responsabilités. Il y avait le recensement national approfondi. Or les textes disent ceci, tant que ça n’a pas été fait six mois avant les élections, celle-ci ne peut pas avoir lieu.

 On lui a dit Monsieur le président, vous avez cette possibilité de demeurer aux responsabilités parce que tant que le recensement national approfondi ne serait pas fait, vous serez là aux responsabilités. Mais pour éviter cela, il faut faire suspendre le RENA. Kérékou qui est un homme qui aime toujours chercher, qui aime toujours comprendre, avant de faire, il a cherché à savoir. Il a demandé à certains de lui dire ce qu’ils en pensent. Au finish, qu’est-ce qui a été fait ? Le RENA a été suspendu le 20 décembre 2005. Reprenez les archives. C’est ce qui a permis d’aller aux élections.

Il fallait suspendre le RENA. Laissez-moi vous dire que quand nous étions aux responsabilités, notre préoccupation première, c’était de tout faire dans l’intérêt supérieur de la nation pas pour Kérékou. Or aujourd’hui, on conseille dans son intérêt à soi pour rester avec le Chef de l’Etat.

Pas contre la révision de la Constitution, mais…

Je vous ai dit tout à l’heure que la révision a prévu les articles pour sa révision. Donc, on ne peut pas d’entrée être contre une révision de constitution. Ça dépend des éléments qui vont vous emmener à la révision. Ce n’est pas une question de oui ou non ; la question ne se pose pas à ce niveau. Quand vous prenez le projet de révision, il contient des choses intéressantes que j’apprécie. Mais, c’est une question d’opportunité. Est-ce que le moment est propice pour qu’on aille à la révision ? Et nous réitérons qu’il y a deux éléments fondamentaux qui écartent la révision en ce moment.

 D’une part, nous disons et nous crions haut et fort qu’il faut d’abord nettoyer, toiletter la LEPI. La deuxième chose, et ça vous concerne tous, quand vous avez le tiers de la population qui n’arrive plus à satisfaire ses besoins fondamentaux, se nourrir, s’habiller, boire, aller et venir tout simplement, c’est qu’il y a un problème. Ça veut dire que nous avons des gens qui ne savent plus comment gérer. Et quand vous ne savez pas gérer, vous n’avez plus votre place là. Or, ces deux points nécessitent d’être résolus avant d’aller à la révision de la constitution…

Et le projet de septennat de Me Migan

Attention, attention ! Le contexte n’est pas le même. Ce que nous disons est le suivant. Quand nous avons constaté comment les Chefs d’Etat arrivent aux responsabilités et surtout lors du premier mandat sans programme et ne font rien si non des actions électoralistes pour se faire réélire, nous avons pensé à un mandat de 7 ans non renouvelable. Avec un mandat de 5 ans renouvelable on pense tout le temps à rempiler, on évolue sans boussole, on pose des actes à des fins électoralistes.

Aujourd’hui des grèves sur des grèves, on accorde des primes à tout le monde. Pour des besoins électoralistes, on fait ce qu’il ne faut pas faire. On embauche alors qu’il ne faut pas embaucher. Alors que si vous avez un mandat de sept ans non renouvelable avec un programme, avec les moyens pour financer ce programme, avec les hommes qu’il faut pour conduire ce programme, lorsque vous faites ce mandat, vous avez des résultats qui assurent le développement.

Le combat contre les dérapages du régime entamé

Mais la bataille a commencé. Qu’est-ce que nous faisons en vous parlant aujourd’hui et je voudrais aussi que vous jouiez votre partition dans le combat ; que chacun de nous, à partir de ce qu’il entend relaie encore plus en profondeur dans les soixante-dix-sept communes. Nous avons des mouvements, des associations qui se créent de manière spontanée.

 Nous avons des gens qui nous appellent, qui nous disent avoir appris telle chose et veulent aussi contribuer…Il faut croire en la vertu de la parole. Il ne faut jamais adopter une attitude d’attendre pour voir. Ce n’est pas qu’on rejette l’homme Yayi mais c’est les actes posés que nous condamnons, les dérapages que nous condamnons.

Absence de dialogue

Déjà, il faut que Boni Yayi écoute, il faut qu’il dialogue. Vous avez un exemple vivant. Lorsqu’il a reçu les douaniers à la retraite, comment est-ce que ça s’est passé ? C’est comme vous et moi, nous dialoguons. Vous essayez d’en savoir et j’essaie de répondre. Mais, Yayi a fini de parler, Yayi s’est levé et Yayi est parti. Qui a osé parler ? «Enregistrez-vous sinon partez », a-t-il conclu. Non, il faut que nous finissions avec cela, il faut un dialogue.

Et ce dialogue peut emmener à la paix. C’est parce qu’il n’y a pas de dialogue que nous nous retrouvons dans cette situation où nous sommes. Si Yayi avait accepté, si Yayi accepte un tout petit peu le dialogue, beaucoup de choses se seraient réglées dans notre pays. Yayi endort et il faudrait que nous cessions de nous laisser endormir.

Des grèves perlées face aux caisses de l’Etat qui se vident

Les grèves perlées ont commencé quand ? En 2008. Les caisses ont commencé à se vider pourquoi ? Tout simplement parce que le président Boni Yayi, et les douaniers sont témoins et le disent. Le Chef de l’Etat Boni Yayi exonère tout. Pour un pauvre pays comme le nôtre, vous importez et on exonère les marchandises qui vont être écoulées, non pas au Bénin pour le consommateur béninois, mais dans un pays de l’hinterland, ou au nigérian.

 Et ce qu’ils ne paient pas dans les caisses de l’Etat restent dans leurs poches. Et c’est un manque à gagner pour l’Etat. Ça vient de qui ? Du Chef de l’Etat. Sur le riz, sur le sucre, vous avez connu cela. Et les affaires, machines agricoles, on exonérait tout. Et puis, parlons-en. Un pays pauvre où on dit on fête le 1er août un lundi par exemple, et où le lendemain est chômé et férié. Qui va payer cela ? Vous avez vu un 14 juillet en France où les gens viennent de partout où on dira pour qu’ils rentrent chez eux, il faut leur accorder un deuxième jour de repos.

Les journalistes de la rédaction face à l’invité

Combien de fois n’a-t-on pas fait cela avant les élections ? Comptez ces jours que le Chef de l’Etat donnait à des fins électoralistes et ça ne dit rien à personne. Les caisses ne peuvent que se vider et une journée qui n’est pas travaillée, c’est un manque à gagner pour l’Etat. Or pour que la croissance augmente, il nous faut 370 milliards par an d’investissement. Et lorsque vous avez écouté le Chef de l’Etat le mercredi, il nous dit : maintenant, j’ai compris que les douaniers ne sont mêmes pas les seuls et c’est tout l’Etat. C’est là où je me demande « est-ce que Yayi écoute Yayi ? ».

Mais pourquoi, il s’en prend aux douaniers ? Il y a quelque chose qui ne va pas. Au contraire, demandez aux douaniers de nous faire rentrer de l’argent dans les caisses, ils savent le faire. Et c’est fort de ça que nous disons au Chef de l’Etat de mettre de l’eau dans son vin, de dialoguer avec eux.

Yayi, la cause des grèves perlées

Mais qui a institué cela ? C’est Boni Yayi. Quand vous donnez aujourd’hui à X alors que X et Y remplissent les mêmes conditions, sous le même statut, c’est normal que Y aussi demande. « Ah, vous, vous avez fait grève et vous avez obtenu, je vais aussi demander à papa bonbon de me donner aussi ». Ainsi de suite et c’est ça qu’on appelle les grèves perlées. Qui en est responsable ? C’est Boni Yayi.

Regard sur la rentrée scolaire 2011-2012

Pour cette rentrée scolaire, vous ne verrez aucun parent dire qu’il n’est pas content. Tous sont contents de même que les élèves. Tout le monde était impatient, et même l’administration qui a pris des dispositions pour que la rentrée soit effectuée. Je n’ai pas encore eu de mauvaises nouvelles. Mais il y a une préoccupation, avec quel argent va-t-on démarrer la rentrée scolaire ? Je le dis parce qu’aujourd’hui les produits coûtent chers.

 Le cahier de 125f est passé à 150f avec bien d’autres produits qui ont doublé de prix. Ensuite j’ai des dossiers à mon niveau dans mon cabinet où beaucoup de parents crient l’affaire ICC-Services où leur argent a été placé. Aujourd’hui ceux- là n’ont pas d’argent pour faire face aux difficultés de la rentrée. ICC-Services a tout pris, et c’est dommage pour la République.

Dysfonctionnement de l’année universitaire au Bénin

C’est une affaire de gestion. Quant au lieu de s’occuper des affaires académiques les gens se lancent dans les affaires politiques, on arrive à des situations du genre. Il faut des hommes qu’il faut aux places qu’il faut. Nous demandons aux étudiants de prendre leur responsabilité en mais pour se défendre car cela compromet leur avenir. D’ailleurs, quelle formation dans ces conditions ? Ce ne sera qu’une formation bâclée.

Et enfin quand la fin arrive comme vous le dites, ils vont continuer à composer. La rentrée est prévue pour novembre et ceux qui sortent ? Quel sera leur sort ? Comment se passera leur insertion ? Comme le dit le Chef de l’Etat à travers le calcul que nous avions fait, 9.000.000.000 telle est la population du Bénin, 50% de jeunes sont à la recherche d’un emploi. Est-ce que vous savez combien d’étudiants quittent les bancs chaque année et où ils vont ? Interroger un conducteurs de taxi moto, il vous parlera un français correct et n’allez pas chercher loin, c’est un étudiant ; Ils sont 2 700 000 jeunes au chômage.

Le poids de l’opposition face aux réformes

Vous savez l’opposition est sortie désarmée. Je crois qu’ils sont demeurés encore traumatisés. Mais je crois que c’est maintenant qu’ils vont essayer de revenir. J’ai apprécié récemment l’intervention de Idji Kolawolé sur la Loi référendaire. Que dit Idji Kolawolé : « pourquoi la précipitation et pourquoi cette article 10 relativement à l’inscription qui doit se faire 90 jours avant ? Il ne faut pas que l’opposition se décourage. Elle n’a pas intérêt à se décourager.

Ils peuvent être minoritaire et faire de propositions concrètes. Il faut aussi le respect de l’autre et c’est ce que je demande à la mouvance. Le respect dans l’intérêt même du pays parce que du moment où vous êtes désormais devenu député, vous n’êtes plus député de votre région. Vous l’êtes pour tout le peuple. Donc l’opposition minoritaire peut dire des choses intéressantes qui peuvent être acceptées et exploitée par la mouvance et vice-versa.

Quelques bonnes actions de Yayi Boni depuis sa prise de fonction

Je vais vous donner un exemple récent de loi votée. Il s’agit de la loi sur les violences faites aux femmes. Quand cela a été fait, j’ai applaudi et je continuerai d’applaudir. J’en suis heureux. Quand vous avez confiance en votre femme quand vous l’aimez, vous ne devez pas la violenter physiquement ou moralement.

 En dehors de cette loi, je peux parler de la loi sur la corruption. Mais il y a des choses que je n’ai pas applaudies dans cette loi. Le côté où la structure qui doit la réguler serait sous la tutelle du Chef de l’Etat. La loi sur le référendum est intéressante mais ce sont les conditions dans lesquelles cela a été fait qui ne m’ont pas plus. La précipitation ? Qui peut être contre une loi, une réforme ?

Le monde des affaires au Bénin et le sort de votre ami Rodriguez

Rodriguez lorsque Soglo était aux responsabilités, était en exil, alors que Kérékou était aux responsabilités, il était en exil, alors que Yayi est aux responsabilités, il est en exil. Il a toujours été en exil et au même endroit. Vrai il est un opérateur économique, mais quel opérateur économique est Rodriguez ?

Remettez à Rodriguez ce pays et en six jours, il vous en fera un bijou. J’y crois parce qu’il a le savoir-faire. Je vous donne un exemple très simple. Souvenez-vous dans ce pays lorsque le Présidente Boni Yayi a accédé aux responsabilités, il nous dit que nous avons une Vallée qui est la deuxième richesse dans son domaine après l’Egypte. Il parlait de la Vallée de l’Ouémé. Il dit qu’il peut faire du palmier à huile la richesse qui permettra à notre pays de sortir de cette situation difficile.

 Il a fait venir les Malais qui ont sillonné le pays. Mais les Malais se sont baladés avec des véhicules officiels avec des gardes corps, logés nourris pour être enfin décorés. Et avant de repartir, ils ont dit qu’ils ne peuvent rien faire. Les malais ont dit au Chef de l’Etat que pour qu’ils puissent réussir il faut qu’il pleuve abondamment de façon régulière sur le pays. Ceci pour leur permettre d’avoir la pluviométrie qu’il faut. Mais qu’est-ce que fait Rodriguez en Côte-d’Ivoire ?

Il exploitait le système de goutte à goutte pour mettre en valeur la culture du palmier à huile avec les Israéliens. Il est d’Agoué, partagé de père Agoué et de mère Aboméenne. Donc il est béninois et on aurait dû lui faire appel pour réussir ce que les Malais n’ont pas pu faire. Il a réussi ceci en Côte-d’Ivoire, ce qui profite à ce pays dans le problème de l’emploi. Mais comme nous le savons, la «béninoiserie» veut qu’on tue les projets comme les initiateurs.

Je laisse tombé ce côté pour parler du dragage de sable. Du jour au lendemain on a dit, plus de sable marin, mais est ce qu’on a pris les dispositions idoines pour accompagner cela pour que nous ayions du sable extrait du fleuve ? Mais Rodriguez le fait et est devenu le premier producteur de dragage de sable en Côte d’Ivoire. Et puis l’usine de Rodriguez est la deuxième après celle de l’Egypte en matière production d’égrenage de coton avec une capacité de 60.000 tonnes par jour. Il faudrait que Yayi comprenne qu’on a besoin de tous les fils pour le développement du pays.

La différence entre Kérékou et Yayi

La sagesse. Car lorsque vous devenez un Chef d’Etat, apprenez à être sage. Il faut écouter, dialoguer, accepter les propositions des autres, il faut prendre de la hauteur, il ne faut pas se précipiter. Kérékou est un homme de dialogue, il sait dialoguer avec ses compatriotes. Est-ce qu’il y a un jour où vous avez vu Kérékou s’emporter?

L’Emergence avait-elle vraiment échoué ?

Ce qui permet de dire qu’un pays est émergent, c’est l’accès aux soins à l’instruction pour la grande majorité de la population. C’est lorsque les gens vont à l’école. La gratuité de la césarienne ne détermine pas à elle seule l’émergence. L’émergence n’est pas sur trois ou cinq ans, c’est plutôt un long processus.

 C’est quelque chose qui peut se préparer sur trente ans. Cela peut déjà démarrer et c’est après 10 ans, 15 ans, 20 ans que vous commencez par voir le bout du tunnel. Plus loin il faut dépasser le point 5 pour commencer à parler de l’émergence. Yayi a compris qu’il se trompait quand il parlait d’émergence. C’est pour quoi il parle maintenant de refondation.

La justice béninoise

La justice se porte bien. Pour qu’on puisse parler d’une justice qui se porte bien, il faut qu’on ait accès à la justice entre autre. Nous remercions le MCA qui fait de grands efforts aujourd’hui en dotant des régions d’infrastructures dignes. C’est une très bonne chose et il faut l’avouer. En ce qui concerne les tribunaux, il faut faciliter son accès à chaque citoyen de faire des milliers de kilomètres pour saisir la justice.

Et la jeunesse !

Je voudrais dire que ce que je trouve de grave, c’est la condition dans laquelle se trouve la jeunesse. Je voudrais que la jeunesse se ressaisisse, et que cette jeunesse comprenne que les temps sont durs et elle ne peut rien obtenir à travers ce comportement qu’elle adopte aujourd’hui, comportement de facilité. Il faudrait que la jeunesse comprenne que son avenir lui appartient et qu’elle cesse enfin de croire tout le temps que les ainés vont lui laisser la place ou céder le chemin pour qu’elle parvienne à ce qui lui revient. Ou bien elle est prête, ou bien elle n’est pas prête.

Si elle est prête, il faut qu’elle se lève pour prendre ce qui lui revient et nous sommes partants pour l’aider. Ma préoccupation aujourd’hui, c’est certes le développement, mais le développement de la jeunesse et je ne sais comment vous le dire. Vraiment ça me préoccupe. Je vous en supplie jeunes, le monde vous appartient, le Bénin en a besoin.

 Si vous ne faites rien aujourd’hui, vous allez avoir une situation difficile demain, un Bénin difficile demain, un environnement difficile demain donc, c’est aujourd’hui et ce n’est pas demain ou après-demain, c’est là, là maintenant. Malheureusement, ce n’est pas ce que nous vivons, mais nous, nous sommes prêts à vous accompagner.

Carte d’identité

Parcours d’un fils de ménagère devenu célèbre avocat

 Spécialiste du Droit Privé option sociale, Maître Jacques Migan est Avocat au Barreau du Bénin. Mais pour parvenir à cette profession qui ne relève pas de ses premières amours, l’homme a dû batailler dur. Fils d’une mère ménagère, le jeune Jacques Migan, à Dakar (Sénégal) où il décroche son Baccalauréat. Puis arrive à Paris où il entreprend de poursuivre ses études de droit à l’Université de Paris X Nanterre. Mais il refuse de devenir Avocat en France.

Au cours de ses études de droit, Jacques MIGAN prend conscience grâce à ses amis français et certains de ses professeurs qu’il dispose de talents pour devenir Avocat « Je me suis dit qu’un Avocat noir en France ne pourra pas avoir beaucoup de clients. C’est ainsi que je me suis refusé de devenir Avocat en France ». Convaincu de cette réalité, il revient dans son pays et y sera admis au Barreau. C’est ainsi que débute pour Jacques Migan, une carrière d’Avocat en 1984. Parallèlement à son métier d’Avocat, il est professeur à l’Université d’Abomey-Calavi.

 Mais Jacques Migan conçoit l’exercice du métier d’Avocat d’une manière différente. Il crée alors un Cabinet international, avec d’autres Avocats avec lesquels il travaille en Guyane, Martinique, Guadeloupe, L’île de la réunion, Congo, Niger, Côte d’Ivoire, Togo, en tout cas, presque tous les pays de l’Afrique francophone. Il travaillait dans tous ces pays comme avocat conseil. Aussi, lui qui a étudié le droit social, s’est retrouvé par la force des choses dans le domaine du droit commercial.

Intimité

La philosophie d’un Avocat au destin forgé par la femme

Maître Jacques Migan est père de trois enfants. Défenseur chevronné des valeurs éthiques et morales, l’Avocat au Barreau ne compte pas priver sa progéniture de ses bons conseils. Il ne manque donc pas d’inculquer à ses enfants, les valeurs telles que l’honnêteté et la croyance, qualités sur lesquelles il ne transige pas dans ses rapports avec les hommes.

Sa philosophie de la femme est particulière. Pour Jacques MIGAN, « la femme est l’avenir de l’homme ». Mieux, « Il n’y a pas de meilleur conseiller qu’une femme », affirme-t-il. Et s’il le dit, c’est bien en connaissance de cause. Les riches enseignements qu’il a pu tirer de ses nombreuses discussions avec son épouse lui ont permis de se forger un destin. Et quand il en parle, vous aurez sans nul doute envie de vivre la vie de couple.

« Grâce à ma femme, j’ai trouvé mon chemin », nous a confié Maître Jacques Migan. Et comme vous vous en doutez, Jacques Migan désapprouve et condamne les hommes qui exercent des violences morales et physiques sur les femmes et les enfants. C’est pourquoi il exprime son satisfecit aux députés quant au vote de la loi réprimant les violences faites aux femmes. En matière culinaire, l’Avocat mange tout. Mais il a un goût préféré pour le « Gbokpètè ». Son sport favori, c’est la marche. Ses temps de loisirs, il les consacre à la lecture.

Photo de famille