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Le triomphe de la vérité

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Guy Adoua, Représentant du Programme alimentaire mondial invité Sous l’arbre à palabres à L’Evénement Précis: « Les cantines scolaires touchent 51% des écoles »


Le Représentant Résident du Programme alimentaire mondial (Pam) au Bénin, Guy Mesmin Adoua Oyila face aux journalistes de l’Evénement Précis

Depuis 2017, le Programme alimentaire mondial (PAM) appuie le Gouvernement du Bénin sous l’impulsion du Chef de l’Etat Patrice Talon dans la mise en œuvre du Programme national d’alimentation scolaire intégré. Le Représentant résident du PAM au Bénin, Guy Adoua, saisit l’occasion de son passage dans la rubrique « Sous L’Arbre à Palabre » pour dresser le bilan à mi-parcours de ce programme national, les retombées des cantines scolaires sur l’éducation des enfants. A cette occasion, le Représentant résident du Programme alimentaire mondial au Bénin, Guy Adoua évoque les perspectives du programme en vue de son extension à toutes les écoles béninoises.

Et si on en parlait

Quels sont les axes d’intervention du Programme Alimentaire Mondial au Bénin ?

Le PAM est au Bénin depuis plusieurs années. Comme vous le savez, toutes les agences des Nations Unies ont un mandat lorsqu’elles opèrent dans un pays. Le mandat du PAM est d’accompagner le gouvernement dans le cadre de l’atteinte des Objectifs de Développement Durable. Pour ce qui concerne le PAM, comme la FAO, c’est la sécurité alimentaire et l’élimination de la faim. Et donc, pour le PAM et comme vous le savez déjà, nous avons des activités qui vont dans le sens de l’amélioration de la situation de la sécurité alimentaire des populations. Ces actions prennent en compte le programme des cantines scolaires et à coté de ce programme, nous avons les activités liées à la nutrition et au renforcement des capacités. Nous avons aussi la production agricole. Tout cela est relié à nos axes d’intervention ici au Bénin, la porte d’entrée étant le programme national d’alimentation scolaire.

En quoi consiste le nouveau cadre de coopération (2019-2023) qui existe entre le PAM et le Gouvernement du Bénin ?

En ce qui concerne les grandes lignes de ce cadre de coopération, il faut retenir que le gouvernement s’est engagé à faire des cantines scolaires, un programme d’envergure nationale. Dans ce cadre, il a confié au PAM, la mise en œuvre de ce programme. Pour nous, au PAM, c’est de voir comment accompagner le gouvernement pour en faire un programme durable. Et pour un développement durable, il faut s’assurer qu’il y a des activités à côté des cantines scolaires qui vont nous permettre d’arriver à la pérennisation de ce programme d’alimentation scolaire. C’est ainsi que ce cadre prend en compte les activités liées à la nutrition. Quand on parle d’alimentation scolaire, on doit voir aussi les aspects liés à la nutrition. Quelle nourriture faut-il offrir aux enfants ? Quelles carences nutritionnelles voulons-nous corriger ? A ces questions s’ajoute aussi et surtout celle du renforcement des capacités. Les Nations Unies sont là pour accompagner le gouvernement mais nous sommes là aussi pour partager notre expertise, notre expérience, mais aussi et surtout, transférer les connaissances de façon que la communauté ou le gouvernement bénéficiaire s’approprie tout le programme. Donc, il y a un volet assez important de ce cadre qui prend en compte cet aspect du renforcement des capacités, le transfert des connaissances. Aussi, il faut associer aux cantines scolaires, la production locale, les questions d’hygiène et d’assainissement, les questions nutritionnelles, les questions de l’eau. Ce cadre prend en compte tous ces éléments qui devraient nous amener à nous assurer qu’au bout de ces cinq années, nous ayons un programme véritablement fonctionnel. Le programme des cantines scolaires devient alors une porte d’entrée du développement mais il y aura des activités secondaires qui seront exécutées pour le rendre viable et surtout fiable.

Qu’est-ce qui est fait dans le cadre du programme national d’alimentation scolaire intégré que vous pilotez avec le gouvernement béninois depuis deux ans ?

Déjà, je puis vous dire que le programme d’alimentation scolaire est un programme complexe. Complexe en ce sens que, avant de voir les enfantsmanger, il y a plusieurs choses qu’il faut faire en amont. Il y a d’abord l’acquisition des vivres. Et pour ça, il faut des spécialistes pour s’assurer que la qualité et la quantité sont acceptables. Ensuite, il y a toute la logistique pour transporter ces vivres d’abord vers les magasins, et des magasins vers les écoles. Aujourd’hui, nous sommes en train de servir près de 4000 écoles et je vous assure, c’est tout un travail. Là aussi, il faut s’assurer que nous avons des transporteurs qui ont de la capacité et qui sont capables d’approvisionner à temps les écoles. Vous avez aussi les ustensiles et au-delà des ustensiles, il faut préparer la nourriture. La cuisine, c’est de l’eau, c’est la formation, c’est le bois, c’est les menus… Il faut ensuite vous assurer qu’il y a une organisation qui est là, à partir de l’acquisition des vivres, le transport, l’organisation des cuisinières au niveau des écoles, la distribution des repas. Et tout ce travail se fait avec les partenaires sur le terrain. Avant d’en arriver là, il faut s’assurer qu’il y a des membres des comités de gestion qui ont été formés sur la gestion des stocks etc. C’est tout un dispositif qu’il faut mettre en place.

Parlant justement de ce dispositif, comment s’acquièrent les vivres ?

Par le passé, les programmes d’alimentation scolaire fonctionnaient grâce au surplus des productions agricoles de certains pays. Aujourd’hui, le gouvernement a d’abord voulu que les achats se fassent localement, c’est ce qui se fait auprès des grossistes. En même temps, nous sommes en train de nous préparer pour que les petits producteurs puissent également y contribuer. Il faut se préparer parce qu’il y a tout un arsenal d’activités pour s’assurer que les vivres produits par les communautés sont acceptables, compétitifs et en quantité suffisante. Il faut tout d’abord les identifier, les former et les encadrer. Il faut s’assurer qu’ils ont un système de stockage performant. A l’étape d’acquisition, on passe par des appels d’offres auprès des grossistes en précisant nos besoins et nos attentes. Si c’est le maïs, le riz, le haricot ou le niébé, ils doivent pouvoir nous faire des propositions. Il y a tout un comité qui est chargé de l’élaboration de ces propositions basées sur le rapport qualité-prix et de la quantité. Si un ou des fournisseurs sont retenus, il y a des prélèvements de vivres qui sont faits et analysés dans les laboratoires afin de s’assurer de leur qualité. Tant qu’il n’y a pas de certification qui respecte les standards de qualité du pays, on ne peut pas contracter avec le fournisseur. Donc, quand vous achetez, vous devez vous assurer de tout ça.  Dans le cas contraire, vous continuez de chercher jusqu’à ce que vous ayez le bon fournisseur. Par exemple, pour le sel, il faut qu’il soit iodé. Là aussi, il faut s’assurer que l’iode est à un taux acceptable. Ce n’est qu’après toutes ces étapes que nous pouvons demander aux fournisseurs d’apporter les vivres dans nos magasins. Le contrôle continue jusqu’à ce que les vivres sortent des magasins pour aller dans les écoles.

Etes-vous certain aujourd’hui que le programme est bien exécuté dans les écoles et que les bénéficiaires qui sont les élèves jouissent véritablement de ce programme ?

Je pense qu’il y a des indicateurs qui ne trompent pas. Ces indicateurs, c’est quand vous passez devant une école et que tous les enfants sont en train de manger. Vous savez, on peut faire beaucoup de choses, mais le plus important, c’est de voir les enfants manger. Nous (le PAM) discutons avec les producteurs et les fournisseurs, mais la finalité, c’est quoi ? C’est que les enfants mangent. A quoi ça sert selon vous, de faire des activités par-ci, des meetings par-là, des réunions et qu’à la fin, les assiettes des enfants sont vides dans les écoles ? Donc, je peux dire qu’aujourd’hui, l’objectif premier, qui est de faire fonctionner les cantines dans l’ensemble des écoles ciblées et de faire en sorte que tous ces enfants mangent, est atteint. C’est une satisfaction que les enfants mangent tous les jours de classe. Je pourrai dire à ce niveau-là que je suis personnellement satisfait.

Le programme, c’est un appui au gouvernement ou c’est un contrat que le PAM a signé avec le gouvernement dans ce sens ?

Je pense qu’il faut mettre la lumière à ce niveau puisque j’ai lu quelque part que le PAM a gagné un marché pour les cantines scolaires. Le PAM n’est pas au Bénin pour gagner un marché. Le PAM n’est pas une agence pour exécuter des prestations de service. Nous sommes là pour accompagner les gouvernements. Le gouvernement a estimé que le PAM a une expertise comme les autres agences des Nations-Unies. Nous avons une expertise dans le domaine de l’alimentation. Par le passé, il y a eu des expériences qui n’ont pas été du tout concluantes. Les enfants ne mangeaient pas régulièrement, il y avait des problèmes liés à la qualité mais aussi à la quantité. Fort de l’expérience dans le domaine, le gouvernement s’est rapproché du PAM et notre rôle est de l’accompagner pour s’assurer que les enfants mangent. En le faisant, nous devons aussi renforcer les capacités au niveau local pour que même en l’absence du PAM, la population puisse prendre des dispositions pour poursuivre ce programme. Notre rôle va au-delà d’offrir des repas aux enfants. Quand je vous parle de connexion avec les petits producteurs, des questions de nutrition et de santé, ce n’est pas forcément ce qui est prévu, mais c’est ce que le PAM apporte en plus de son appui au gouvernement. Il est chargé de faire la distribution des vivres, mais il apporte aussi son expertise pour accompagner le gouvernement à faire de ce programme, un programme durable.

Combien d’écoles bénéficient de ce programme au Bénin ?

Aujourd’hui, nous sommes à 3.779 écoles parmi lesquelles nous avons 620 écoles qui étaient appuyées par le PAM et qui continuent de l’être. Celles appuyées par le gouvernement et confiées au PAM sont au nombre 3 179. Toutes les écoles sont du Bénin. Quelle que soit la source de financement, ce sont les enfants du Bénin.

D’où proviennent les vivres qui sont préparés aux écoliers ?

Le gouvernement a fait un grand travail. Je crois qu’aujourd’hui, nous pouvons être fiers du Bénin qui a mis tout un budget pour le fonctionnement des cantines scolaires. La principale source, c’est le gouvernement. Bien entendu, nous avons des partenaires et bailleurs qui accompagnent le gouvernement à mettre en œuvre ce programme, mais je dirai que l’essentiel des ressources viennent du gouvernement et c’est un gros effort. C’est ce qui fait que vous et nous avons le devoir d’accompagner cette initiative. J’ai fait beaucoup de pays et je crois que le Bénin fait partie de ceux qui se sont engagés à investir dans le domaine des cantines scolaires.

Vous voulez dire qu’il y a une réelle volonté au sommet de l’Etat ?

Je ne veux pas trop comparer le Bénin aux autres pays. Si je dois rencontrer aujourd’hui le Ministre d’Etat qui est au plus haut niveau, c’est qu’il y a la disponibilité et qu’il accorde une attention particulière au programme des cantines scolaires. Ils suivent de près, ils donnent les instructions, ils nous écoutent et nous accompagnent. C’est la volonté qu’on ne trouve pas partout. Il y a quelques mois, je suis allé à Rome pour défendre le Plan Stratégique Pays du PAM pour les 5 prochaines années (2019-2023) au Bénin. Je me suis fait accompagner par le Ministre Abdoulaye Bio Tchané. Le simple fait de m’accompagner au niveau du Conseil d’Administration du PAM témoigne de l’attention et de l’intérêt qu’il accorde à l’institution. Le Ministre des Enseignements Maternel et Primaire affiche sa disponibilité chaque fois que je veux discuter de l’alimentation et des cantines scolaires. La volonté est à tous les niveaux. Cela dénote de la volonté politique et je pense que nous la vivons.

Est-ce qu’avec le PAM, il y a un dispositif qui permet aujourd’hui de sécuriser les vivres ?

Gérer les vivres, c’est comme gérer l’argent et c’est très sensible. Il faut s’assurer qu’il y a des garde-fous. Les bénéficiaires de ce programme sont les enfants. Il est arrivé qu’au moment où le programme devrait commencer, il fallait avoir les effectifs et planifier l’organisation dans les cuisines. Il est apparu que, dans certaines écoles, les chiffres communiqués n’étaient pas conformes à la réalité. Certains rapports ont démontré que les enfants avaient tout consommé. Mais quand nous sommes allés faire le comptage physique de ces enfants, nous nous sommes rendu compte que c’était loin de la réalité.  Où étaient donc partis les vivres qui leur étaient destinés ? La quantité de vivres par école dépendait du nombre d’élèves et s’il arrive qu’on remarque que dans une école, il y a très peu d’enfants, c’est sûr qu’il y aura un surplus de vivres qui ne sont pas consommés. C’est à ce moment qu’on a su qu’il y avait des vivres qui ont été détournés. Je l’ai vu dans plusieurs pays où je suis passé. Il a fallu un grand travail pour l’éradiquer et c’est le moment de saluer l’engagement du gouvernement. Non seulement il met les moyens mais aussi les ressources humaines pour contrôler et s’assurer qu’il y a une certaine discipline dans les écoles pour que ce programme soit effectif. Aujourd’hui, tout le dispositif de comptage, de calcul mis en place a permis de réduire, de façon rigoureuse ce phénomène. Je ne dis pas que c’est complètement fini mais réduit. C’est pour moi l’occasion de lancer un appel. Les vivres arrivent dans une école dirigée par le directeur qui a une mission fondamentale, celle de coordonner les activités pédagogiques. Il y a aussi la communauté qui doit jouer un grand rôle. Elle doit assurer le contrôle du stock et le suivi des vivres qu’on apporte aux enfants. Si la communauté est impliquée, les vivres seront bien gérés.

Est-ce qu’il y a un suivi qui veille sur la bonne qualité de ce que consomment les enfants ?

Le PAM accorde un intérêt à la qualité des vivres. A chaque étape, on doit contrôler et avoir un certificat d’un laboratoire reconnu, capable de faire les prélèvements et de donner les résultats. Si jamais les résultats ne sont pas concluants, on ne procède pas à l’achat des vivres. Nous devons d’abord nous assurer que les vivres ont été contrôlés, inspectés et qu’un certificat a été délivré par le laboratoire. Ce n’est qu’après ce moment qu’on peut s’engager. Il y a néanmoins une nuance. Les vivres peuvent partir des magasins vers les écoles, en saison de pluie et donc mouillés au moment du transfert. Mais, mouillés ne veut pas dire qu’ils sont avariés. On voit que les vivres sont mouillés mais on ne prend pas soin de les étaler au soleil. Ce n’est pas normal et ce travail revient aux communautés. Imaginez-vous que plus de 600 mille élèves consomment des vivres avariés et qu’une maladie se déclenche au sein de ces 600 mille enfants. Imaginez le scandale que cela va causer. Nous avons une tâche difficile. Le Directeur Exécutif du PAM veille toujours à ce que tout soit en règle et qu’un seul enfant n’ait de problème. Nous veillons donc strictement à cela. Chaque acteur de la chaine doit être sûr du contrôle qui est fait et que tout se passe bien. Ce n’est pas seulement la qualité à l’achat mais le stockage, la consommation … Chacun est responsable de sa zone et doit s’assurer que tous ces éléments sont pris en compte. L’autre chose est que nous voulons aller plus loin dans ce mécanisme. Nous voulons impliquer davantage les communautés. Les femmes qui sont dans les écoles doivent être formées pour détecter les stocks qui peuvent être la cause de ces problèmes. On doit les amener à comprendre ce que c’est qu’une date de péremption, à utiliser les premiers stocks, à ne pas trop garder les stocks au point d’abimer les vivres, à savoir ce qu’il faut faire quand un stock est mouillé. Nous voulons aussi transmettre ces connaissances à nos mamans pour qu’elles puissent être actives et proactives dans les écoles pour faire ce travail. En faisant ainsi, elles seront mieux outillées, pas seulement pour l’école, mais aussi pour les communautés auxquelles elles appartiennent. Ce sont des connaissances qui seront les bénéfices du programme.

Quelle prévision budgétaire avez-vous faite pour couvrir près de 600 000 enfants ?

Le budget ne prend pas seulement en compte l’achat. Il prend en compte plusieurs autres éléments par exemple le transport des vivres, le renforcement des capacités, l’éducation nutritionnelle, la formation des agents de terrain. Mais le plus important c’est d’abord l’achat des vivres. Aujourd’hui, le PAM travaille avec des ONG qui sont sur le terrain et interviennent dans le suivi et l’intermédiation communautaire, c’est coûteux.

Quelles sont les dispositions que le PAM a prises pour qu’en cas d’inondations dans une zone, les enfants ne manquent pas de nourritures ?

Après deux ans de mise en œuvre du programme, on doit pouvoir tirer les enseignements nécessaires, et comprendre où est-ce qu’il y a de problèmes. Est-ce que c’est des phénomènes qui se répètent ? En tirant les leçons de tout cela, on peut comprendre qu’il y a certaines zones qui sont inondables. Si l’inondation touche les écoles et même les magasins de vivres, nous avons des équipes qui sont sur le terrain et peuvent intervenir promptement. Chaque animateur couvre 10 écoles et théoriquement doit connaitre parfaitement la position géographique de toutes ses écoles. Si la zone est inondée, il faut d’abord éviter d’amener les vivres car en les stockant, il peut arriver que l’accès à l’école ne soit plus possible et que les enfants soient obligés de rester à la maison. Dans ce cas, les vivres vont rester longtemps dans ces écoles-là. Avec l’humidité, la probabilité est élevée qu’on puisse les perdre. Dans des conditions comme celles-là, on est obligé d’envoyer des quantités de vivres qu’on peut gérer. Mais nous voulons renforcer le rôle des communautés, discuter avec elles afin de trouver ensemble les solutions aux problèmes. Ces dernières qui vivent dans ces zones sont à même de nous proposer des solutions. Je vais vous donner un exemple : je suis passé dans une école dans la commune de Gbabé dans l’arrondissement de Tchatchou où les gens avaient beaucoup de problèmes à propos du fonctionnement des cantines. Je les ai écoutés. Je leur ai dit : « Mettons-nous ensemble pour trouver des solutions. » Mais finalement, je ne suis pas resté avec elles, je suis sorti. Ils ont discuté pendant une heure et ils sont venus avec des solutions pertinentes qui sont parties des communautés elles-mêmes. Un programme, si on le veut vraiment durable, il ne faut pas venir avec des idées déjà toutes faites. Il faut s’asseoir selon le cas, selon les circonstances, trouver les solutions avec les communautés. D’un point à un autre, les contextes peuvent varier et les solutions seront différentes. Voilà pourquoi, nous encourageons les échanges avec les communautés et recherchons les solutions avec elles.

Après deux ans de mise en œuvre de ce programme, que nous réserve la 3ème année ?

Après deux ans, on a déjà réalisé un certain nombre de choses. Les infrastructures et les structures sont là, les enfants mangent. Maintenant, on a noté quelques petits points sur lesquels il faut travailler. C’est d’abord le renforcement du rôle des communautés. Dans certains milieux, elles voient les enfants manger mais elles ne s’y impliquent pas, ailleurs il y a certains qui pensent que les cantines n’ont pas fonctionné parce que les cuisinières ne sont pas là, il n’y a pas eu de bois, il n’y a pas eu de l’eau …. Or toutes ces tâches reviennent aux parents d’élèves. Donc, la 3ème année, c’est renforcer le rôle des communautés. J’ai fait le tour de certains départements, nous avons eu des réunions avec les préfets, les maires. J’ai été reçu par le Maire de Bohicon qui est le Président de l’Association Nationale de Communes du Bénin. L’objectif était de faire passer le message pour susciter plus l’adhésion des communautés. Quelques problèmes nous ont amené à prendre cette décision.  D’abord, il y a eu des écoles où certains enfants n’ont pas mangé, parce que c’est la période de Ramadan. Dans d’autres écoles, les enfants n’ont pas mangé parce qu’il n’y a pas eu la contribution nécessaire pour l’achat des condiments pour la préparation du repas. Encore plus loin, c’est à ciel ouvert qu’on fait la cuisine. Il n’y a pas d’eau, alors que les autres peuvent s’engager pour apporter l’eau et autres. A ce niveau, le Gouvernement a déjà beaucoup fait. Ce n’est pas au Gouvernement de préparer aux enfants. Aujourd’hui, si la communauté joue pleinement son rôle, nous avons toutes les garanties d’avoir un programme durable. La durabilité dépend du niveau d’appropriation des communautés. C’est pourquoi nous devons nous associer aux élus locaux. Si je m’adresse à la communauté, elle peut ne pas suivre ce que je dis, mais quand l’élu fait passer son message, ça crée aussi un autre enthousiasme. Pour terminer, je dirai que nous avons aussi conclu des accords avec une quinzaine de radios locales, toujours pour relever ce défi dans le domaine de la sensibilisation des communautés.

Est-ce que la couverture de 100% d’écoles est possible ?

Oui. Tout dépend de la volonté politique. Aujourd’hui nous sommes à un taux de couverture nationale de 51%, qui était prévu théoriquement pour 2021. Après la première année, le gouvernement a apprécié les résultats et l’enthousiasme que les cantines scolaires ont suscité au niveau des écoles et des parents. Ils ont pensé qu’il fallait mobiliser plus de ressources pour le programme. Ils ont même organisé une table ronde dans ce cadre. Et juste après la première année, on est passé à un taux de couverture de 51% en 2018. Un bond de 31 à 51%, c’est énorme. Il y a des pays qui sont à 6%, 10% et 15%. Le Bénin est à 51%.

Le Bénin occupe quel rang dans la sous-région pour ce programme ?

A ma connaissance, si je prends la région de l’Afrique de l’ouest et du Centre, le Bénin occupe le premier rang, lorsqu’on considère le nombre d’écoles et le pourcentage atteint. Si je parle en termes de pourcentage, il y a des pays qui sont à 70%.Mais le Bénin dispose environ 8800 écoles maternelles et primaires publiques. Si on est à 51%, en chiffre absolu, c’est beaucoup d’écoles.

Il faut quel budget pour couvrir les 100% d’écoles ?

Je pense qu’il ne faut pas parler en termes de budget mais en termes de stratégie. C’est quoi la stratégie ? je vous présente le cas d’un pays qui a servi d’exemple pour d’autres. « Le gouvernement a construit des écoles. Les communautés ont besoin d’avoir un peu d’espace. Les autorités ont joué leur rôle, ils leur ont attribué un peu d’espace pour cultiver. Le PAM s’est arrangé pour leur trouver des outils. La production des parents a largement suffi pour couvrir l’ensemble des besoins de l’année scolaire. Pour une fois, le PAM n’a plus eu besoin d’apporter son haricot et dès lors, la décision avait été prise par les communautés de ne plus attendre un donateur avant de faire manger leurs enfants. Les écoles qui étaient à côté et qui n’avaient pas de cantine ont tiré leçon de cette initiative. C’est de cette manière qu’on peut arriver à 100% et ne pas toujours attendre le gouvernement qui lui aussi a d’autres priorités. Les besoins des écoles de la zone rouge ne sont pas forcément les besoins des écoles de la zone verte. Et les leçons tirées peuvent permettre avec un peu d’organisation, un peu d’innovation à avancer sans compter sur le gouvernement.

Si nous prenons la carte du Bénin, quelles sont les zones rouges ?

Les zones rouges, ce n’est pas forcément dans un département. Même dans une commune, il peut arriver qu’il y ait des zones rouges, des zones jaunes et des zones vertes. Je vais plutôt vous parler en termes de critères. Les résultats de l’Analyse Globale de la Vulnérabilité et de la Sécurité Alimentaire (AGVSA) que nous avons conduits révèlent qu’il y a des zones qui sont à insécurité alimentaire. Je prends le Nord du côté de Karimama, Malanville mais aussi du côté des Collines dans le Centre. Ce n’est pas en termes de département, peut-être en termes de communes. Un village de la commune peut même être plus vulnérable dans un département qui présente une situation généralement plus ou moins normale. Donc le critère se base sur les aspects liés à l’insécurité alimentaire et à la sécurité nutritionnelle. Quel est l’état nutritionnel des enfants et des populations dans cette zone ? Comment se présentent la situation d’insécurité alimentaire, la production, l’accès au marché et la sécurité des vivres ? Les résultats issus de ces différentes analyses seront ensuite croisés avec les indicateurs de l’éducation. Si les données de la nutrition, de la sécurité alimentaire et de la pédagogie sont faibles, on parlera alors de « zone rouge ». Dans les endroits où c’est un peu mieux, on peut dire que c’est jaune. Mais là où les indicateurs sont à un niveau acceptable, c’est la « zone verte » et c’est la dernière des préoccupations.

Depuis quelques mois le PAM a signé un certain nombre d’accords avec des partenaires tels que comme le Royaume des Pays-Bas, l’Allemagne… Parlez-nous de ces alliances et de ce que cela apporte à la mise en œuvre du programme des cantines scolaires ?

Vous savez comme je l’ai dit tout à l’heure, nous voulons un programme intégré. C’est-à-dire se servir de l’école comme porte d’entrée et plateforme pour le développement local. Mon expérience me convainc que partout où il y a des cantines scolaires, cela offre plusieurs opportunités de développement dans la localité. Aujourd’hui, si on fait un lien avec les producteurs locaux, cela va booster la production locale. Tous les cinq ans, il nous faut au moins cent mille tonnes de vivres. C’est énorme. Donc si on fait la répartition des écoles dans toutes les 77 communes, vous aurez chaque commune qui pourra développer des productions parce que les écoles sont là et elles vont consommer. Ces partenariats que nous sommes en train de nouer ici a pour but de s’assurer qu’il y a des activités tout autour de la cantine. Concernant par exemple le partenariat avec la Fondation Educo, il s’agira de mettre à la disposition de certaines écoles à cantines des points d’eau. L’eau est essentielle pour le bon fonctionnement d’une cantine. L’autre question relative à l’éducation et qui fait partie de nos priorités est la nutrition. Qui dit cantine scolaire, dit aussi nutrition. Bref il y a un certain nombre de choses qui peuvent faire que nous pouvons nouer des partenariats avec les Pays-Bas qui encouragent l’aspect de la nutrition au niveau des cantines scolaires. En ce qui concerne l’Allemagne, ce sont toutes les initiatives autour de la production pour appuyer les cantines scolaires. Nous avons aussi une autre structure qu’on appelle « Choitrams ». Ce partenaire souhaite aussi que nous développions des jardins, c’est leur priorité. Nous essayons de voir ce qu’on peut apporter dans les écoles pour que le paquet soit complet et que les enfants aient le maximum d’appui. Voilà à peu près la philosophie derrière ces partenariats.

Le PAM intervient dans plusieurs pays en voie de développement et les pays à ressources limitées. Est-ce que le PAM va se retirer lorsque ces pays vont mieux s’organiser et avoir une certaine autonomie alimentaire ?

Le Brésil a mis en place un programme national d’alimentation scolaire financé aussi par les communautés. Il a essayé de trouver le mécanisme pour que le programme soit pris en charge par les communautés de façon décentralisée. Le programme fonctionne jusqu’aujourd’hui. En Europe, les cantines scolaires sont là, les enfants mangent. Le problème, c’est comment les financer. Aussi longtemps que nous aurons des générations d’enfants dont nous aurons besoin qu’ils puissent être assidus à l’école, qu’ils soient efficaces, nous continuerons à avoir des programmes alimentaires. Il y a un forum qui est organisé chaque année sur l’alimentation scolaire et ce sont tous les pays, y compris les pays développés qui y participent. Il y a deux ans, ce forum a eu lieu au Canada. C’est un pays très développé. Nous sommes allés au Canada visiter des cantines scolaires. La sécurité alimentaire, ce n’est pas forcément liée à l’Afrique. Cela dépend aussi de ce que cela corrige. Aujourd’hui, nous pouvons avoir des problèmes de malnutrition, mais quand nous allons plus loin ce n’est pas forcément le déficit en aliment. L’idée, ce n’est pas d’arrêter, c’est comment pérenniser le programme avec l’appui des communautés et des organisations internationales pour qu’il y ait un arrangement. Le PAM n’est plus au Rwanda, tout simplement parce que les communautés se sont appropriées le programme. Là-bas, il y a des zones où on ne fait que de l’élevage. A la place de la cantine du PAM, les parents se sont engagés à donner un verre de lait parce qu’ils en produisent. D’autres fabriquent des fromages de manière artisanale. Selon les zones, les parents se sont organisés. Le résultat est spectaculaire. Les cantines prospèrent sous une forme proposée par la communauté.

En dehors des cantines scolaires, le PAM apporte également son expertise dans le domaine de l’alimentation. Aujourd’hui, nous avons un million de Béninois qui sont en insécurité alimentaire. Que fait le PAM dans ce sens ?

On parle d’un million de béninois. Je pense qu’au sein de ce groupe il y a au moins 2% seulement qui sont en insécurité alimentaire sévère. Les autres cas concernent l’insécurité alimentaire modérée, cela veut dire qu’il faut les suivre de près. Si on ne fait pas attention, ils peuvent basculer dans le cas sévère. C’est en ce moment que cela devient très compliqué.  Alors, qu’est-ce qu’il faut faire ? Il y a des interventions qu’il faut mener pour pouvoir éviter que ces 8% basculent avec les 2% et grossir le nombre. Le programme des cantines scolaires est un filet de protection sociale car il couvre l’ensemble des enfants qui vont à l’école. Aujourd’hui nous sommes à 600 000 enfants. Avec un tel programme, nous touchons tous les ménages qui ont des enfants à l’école. C’est lorsque les enfants n’ont droit qu’à un seul repas toute la journée que nous allons conclure par exemple qu’il y a10% de ménages en insécurité alimentaire. Si à cela s’ajoute le deuxième repas offert par les parents, nous sortons déjà de cette situation d’insécurité alimentaire. Le fait que les cantines scolaires offrent un marché où les parents peuvent vendre tout au long de l’année scolaire leurs productions permet d’améliorer davantage leurs cultures, leurs rendements et donc leurs revenus. Tous ces éléments mis ensemble contribuent à l’amélioration de la sécurité alimentaire des populations.

Y a-t-il autres choses que vous recherchez encore outre ce que le gouvernement vous donne déjà comme appui ?

Je ne veux pas trop comparer avec d’autres pays. Mais je pense que j’ai eu des problèmes dans certains pays à faire passer le message pour susciter l’accompagnement du gouvernement dans le programme des cantines scolaires. C’est comme si c’était un programme du PAM. Le PAM n’a pas de programme. Le PAM vient pour aider les gouvernements à mettre en œuvre leurs priorités et leurs politiques. Au Bénin, les cantines scolaires font partie des priorités du gouvernement. Nous avons des communautés qui suivent la mise en œuvre des activités de ce programme et qui nous apportent tout l’appui dont on a besoin. J’avoue que ce qui reste maintenant est au niveau des communautés. Parce que, il n’y a pas un seul jour où j’ai voulu discuter de mes préoccupations avec le Ministre de l’Enseignement Maternel et Primaire ou le Ministre d’État sans avoir leur attention. J’insiste là-dessus. Ils m’ont toujours accordé leur attention. Il y a des pays où j’ai passé 3 à 6 semaines avant d’obtenir un rendez-vous avec les autorités. J’avoue que l’attention est là. Même par coup de fil, on règle les rendez-vous. Je peux donc vous dire la main sur le cœur que je n’ai pas de problème. Au contraire, je me sens très à l’aise parce que je suis appuyé par ceux qui sont supposés nous apporter de l’appui.

Conclusion

J’ai une ambition et un devoir ici au Bénin. Faire du programme des cantines scolaires un succès. Je pense que le gouvernement du Bénin, en acceptant que je vienne ici, attend quelque chose de moi. Et que je sois en éveil ou que je dorme, je me dis qu’il faut que ce soit un succès. Et ce succès se fera aussi avec vous les hommes des médias. Vous êtes un maillon très important de la chaîne. Il suffit que vous diffusiez ou publiez une mauvaise information que tout le programme tombe à l’eau. Mais dès que vous avez la bonne information, tout marche bien. Nous comptons beaucoup sur vous comme nous comptons sur les communautés et les autorités.

Carte d’identité: Un homme de terrain

Originaire du Congo-Brazzaville, Guy Adoua est un ingénieur de développement rural spécialisé en nutrition. Fonctionnaire du Programme alimentaire mondial (PAM) depuis 22ans, il a commencé ses études primaires à Dolisie, la troisième ville du pays, puis à Brazzaville où il décroche son certificat d’étude primaire en 1976. Toujours à Brazzaville, il obtient son BEPC en 1980, puis son BAC, série D en 1985. A l’université de Brazzaville, il fait des études d’ingénieur de développement rural pendant six ans. Spécialisé en nutrition, il se perfectionne en France en choisissant le secteur de la nutrition des enfants à l’Institut national de l’enfance.

Rentré au pays, il est recruté par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) comme assistant-chercheur. Il entre après au PAM comme assistant aux programmes et s’intéresse surtout aux besoins alimentaires et nutritionnels des déplacés de guerre de son pays. Le Congo-Brazzaville entre en effet dans un conflit armé qui occasionne de nombreux déplacés. Il acquiert dès ce moment une véritable expertise dans les cantines scolaires. Début 2003, Guy Adoua est affecté au Rwanda où il installe un vaste programme de cantines scolaires. 7ans après, il retourne en République Démocratique du Congo, à la frontière avec le Soudan puis à Goma, à l’Est du pays.  Dans un pays en guerre miné par la famine, il fait face à la vraie misère humanitaire. On le retrouve ensuite en République Centrafricaine comme directeur adjoint du PAM, sur un nouveau théâtre de guerre. « Il fallait gérer aussi les activités d’urgence du PAM, dit-il. Il fallait faire face à tout. Assister les populations même là où il y a des coups de feu, là où il y a la catastrophe. » Mais le pays a su éviter la catastrophe humanitaire, grâce au travail des agences de l’ONU. Trois ans et demi plus tard, il rejoint le Sénégal où, pour la première fois, il est nommé au poste de Directeur. En janvier 2018, il devient directeur du PAM pour le Bénin et le Togo. Guy Adoua retrouve au Bénin son ancien patron, Aurélien Agbénonci, alors Coordonnateur du Système des Nations Unies au Rwanda, un collègue qu’il retrouve encore à Bangui quand lorsqu’il occupait le même poste en Centrafrique. Sans compter qu’il était déjà au Congo-Brazzaville bien avant. « Il m’a même donné un conseil que je n’oublierai jamais, avoue-t-il. Il a dit : « les cantines scolaires sont une priorité ici au Bénin. Je te connais, je connais ta façon de travailler. Je voudrais que tu te comportes moins comme directeur du PAM et plus comme un chef de terrain. Et c’est sur le terrain que tu vas être en mesure de faire preuve de ce que tu connais. » Voilà pourquoi je suis tout le temps sur le terrain et je pense que c’est un conseil très important. » Le directeur du PAM est convaincu que c’est sur le terrain qu’il y a des renseignements et non dans ses bureaux de Cotonou. Même étant directeur du PAM au Bénin et au Togo, il consulte beaucoup ses collaborateurs. « Il faut être ouvert et savoir que c’est l’union qui fait la force, affirme-t-il. Le directeur est là pour conduire mais les idées doivent venir de tout le monde. »

Intimité : Un homme heureux

Père de cinq enfants dont 2 garçons et 3 filles, et déjà grand-père, Guy Adoua a connu son épouse quand ils étaient encore très jeunes. Elle avait quinze ans, lui vingt.  Et depuis, les deux ne se sont plus quittés. « C’est une femme de prière. Souvent, elle me met dans ses prières, m’oriente et me guide », confie-t-il.  A table, il aime beaucoup le haricot mais aussi le poisson. En termes de boisson, il préfère l’eau. Et pour maintenir la forme, notre invité fait surtout la marche et étant chrétien, il prie beaucoup. D’ailleurs, pour être son ami, il vaut mieux être franc et ouvert d’esprit.

La Rédaction

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