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Le triomphe de la vérité

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Edito: Talon n’est pas mort


Non, il n’est pas mort. Contrairement à la rumeur répandue depuis quelques semaines. Et, surtout, contrairement aux sombres prédictions d’un acteur politique qui se reconnaîtra, Patrice Talon est encore vivant. Probablement, il vivra encore longtemps pour le bien de sa famille et surtout du peuple béninois qui l’a élu en 2016 pour un mandat bien compté de 5 ans.
Aussi curieux que cela puisse paraître, la prophétie farfelue sur la mort du président de la république ne date pas d’hier. Elle a été répandue depuis 2016 et bénéficiait depuis lors d’un certain crédit. Alors, lorsque la date fatidique du 06 octobre 2019 s’approchait, et que le chef de l’Etat, comme à son habitude ne se laissait pas voir dans les médias, les supputations s’intensifièrent de plus bel. Les usines d’intoxication et de manipulation reprirent du service, sans que l’on ne sût jamais quel en était l’objectif final. Pourquoi pavoiser sur la mort de quelqu’un et qui plus est du président de la république ? Certains ont pris leurs désirs pour la réalité, au point de s’en vanter sur les réseaux sociaux. Mal leur en a pris. Ils ont reçu une réponse claire et sans ambages mercredi dernier, lorsque le Chef de l’Etat partait à Dakar. J’imagine le mal qu’ont eu les communicants du Chef de l’Etat pour lui faire faire cet exercice de démenti, lui qui est toujours parti incognito et que l’on a obligé cette fois-ci à dire un mot sur un sujet qui pouvait paraitre incongru.
C’est que Patrice Talon sait lui-même l’importance que nous accordons ici au spirituel dans son rapport au politique. Ainsi, la plupart de nos hommes politiques sont des clients des bokonons, assidus chez les imams ou dans les églises et temples. « C’est Dieu qui donne le pouvoir », disent les plus croyants. Et de mémoire de Béninois, tous nos présidents ont cultivé la mystique du pouvoir. C’est Kérékou qui s’était entiché du fameux marabout Mohamed Cissé qui réussit grâce à son influence au sein du gouvernement à piller les finances publiques béninoises. Kérékou 2 devint pasteur et ne lâcha la Bible qu’après avoir eu son second mandat. Nicéphore Soglo était réputé pour avoir été envoûté par le tchakatou qui faillit l’empêcher même de prêter serment. Pendant longtemps, son épouse a refusé de serrer la main aux Béninois soupçonnés d’avoir des idées d’empoisonnement. Quant à Yayi Boni, on sait qu’il commençait généralement ses journées au palais avec une bonne dose de prières administrées par des pasteurs. Certains de ces hommes de dieu ont fini par acquérir une grande influence dans les cercles du pouvoir, influence qu’ils n’hésitaient pas à monnayer contre des nominations et d’autres prébendes. Ne me demandez surtout pas s’il y avait aussi des bokonon dans l’attelage de sa protection occulte. Yayi Boni est connu pour être un chrétien très pratiquant.
Quant à Patrice Talon qui est quand même un arrière-petit fils du grand bokonon Guèdègbé, le bokonon du roi Béhanzin, il ne montre pour le moment aucun signe d’appui religieux. Mais vous seriez bien naïf de croire qu’il est sans protection des forces sacrées. Chez nous, on n’atteint pas les sommets politiques sans avoir noué quelque pacte avec les forces spirituelles.
Les sombres prédictions sur lui pourraient paraître bien saugrenues aux esprits cartésiens. Mais nous savons tous chez nous qu’elles ne sont pas du tout banales. Le seul fait que Patrice Talon ait pris la peine mercredi dernier d’y répondre, constitue le signe que ni lui ni son entourage n’ont pris la chose à la légère. Même si la manœuvre a consisté à en banaliser la portée. Nous sommes dans un environnement où les dieux ont une place de choix dans la vie quotidienne du citoyen ordinaire. Que ce soit au plan professionnel, au niveau familial, politique ou économique, chaque Béninois voit partout l’intervention du divin dans sa vie quotidienne. Résultats, de nombreux bonimenteurs s’érigent en prophètes, géomanciens, prédicateurs et autres voyants. C’est eux qui ont fait croire à une partie du peuple béninois qu’ils connaissent le sort final du mandat présidentiel en cours, au point d’y fixer une date limite.
Nous sommes dans le délire, mais un délire nourri par un environnement où les mythes et les légendes font et feront encore offices de vérité.

Par Olivier ALLOCHEME

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