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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec le prof. Charles Lambert Babadjidé Chef de département de Sociologie-anthropologie à l’Uac: « Nous allons prouver que la sociologie anthropologie est au cœur du développement »


Le département de sociologie-anthropologie de l’Université d’Abomey-Calavi sera sous les feux des projecteurs du mercredi 10 au vendredi 12 avril prochain. Il y sera organisé un colloque international. Le président du comité d’organisation dudit colloque et chef du département de sociologie anthropologie, Professeur Lambert Babadjidé, indique qu’il s’agit d’un véritable rendez-vous scientifique qui vise à rendre un hommage mérité au Père de la sociologie au Bénin, le Professeur émérite Honorat Aguessy, ainsi qu’à une vingtaine de ses pairs. L’organisateur de ce colloque international revient ici sur les avantages d’une telle initiative qui va redorer le blason de la sociologie au Bénin et renseigner sur l’importance du sociologue dans le développement d’une nation.

L’Evénement Précis: Professeur Charles BABADJIDE, vous avez initié un colloque international en hommage au Professeur fondateur du département de sociologie, Professeur Honorat Aguessy et d’autres professeurs. D’où est venue l’idée d’organisation de ce colloque ?

Charles Babadjidé: L’idée ne vient pas de nous. D’autres ont travaillé à cela. Le Professeur Tingbé Azalou l’a initié mais cela n’a pas abouti. A notre arrivée, le Professeur Albert Tingbé Azalou nous a remis les documents des travaux déjà faits. Nous avons également reçu les propositions de la Sobesa du Professeur Houngnihin. Nous avons alors commencé les démarches avec les deux propositions. Il faut noter aussi que le rectorat avait demandé à tous les départements de rendre hommage à leurs enseignants. Le cadre était donc tout tracé et nous-nous sommes battus depuis deux ans pour annoncer les couleurs du colloque.

Quels sont les objectifs de ce colloque monsieur le professeur ?
Comme je l’indiquais tantôt, le colloque aura bien lieu parce qu’on s’est dit étant donné que le Professeur Tingbé Azalou a fait valoir ses droits à la retraite en 2018, qu’il serait judicieux d’organiser un colloque pour rendre hommage à tous les professeurs à titre anthume et posthume parce qu’ils ont tous contribué au rayonnement du département. Aujourd’hui, nous avons 21 personnes à qui il faut rendre hommage. Parmi ceux qui sont vivants et à la retraite, nous avons les Professeurs Aguessy, Nouhouayi, Albert, TingbéAzalou, les Dr Amèdée Odounlami, Elisabeth Fourn, Dénis Amoussou-Yéyé, Dr d’Olivieira, Jean Marie Botchi, David Houinsa, Grégoire Houssou, Bodéhou Dah Lokonon. A titre posthume, il y a les Dr Christian Agossou, Abdoulaye Galilou, Dénise Sossouhounto, Claude Assaba, Dénis Fagla, Léon Sacramento, Jean Marie Akpovo, et Finagnon Oké. Il est temps de reconnaitre ce qu’ils ont fait. Ce n’est pas une seule personne qui fait un département. C’est tout un ensemble et nous ne saurons oublier ce qu’ils ont fait. Il est bon de rendre hommage aux vivants pour faire savoir l’importance de leurs œuvres en faveur du développement. Le colloque se tiendra du 10 au 12 avril 2019 et aura deux volets. Le tout premier volet concerne les hommages aux anciens. Nous allons reconnaitre leur valeur et tout le travail qu’ils ont fait pour ce département. Le second volet sera scientifique et nous permettra de nous retrouver autour du thème : « La sociologie anthropologie au cœur du développement ». Les règles de l’université exigent que vous soyez à un niveau donné avant qu’on ne vous rende hommage scientifiquement. En tenant compte des professeurs titulaires et Maitres de conférences que nous avons parmi ceux-là, nous avons tracé six axes autour desquels nous allons nous retrouver. Il s’agit des axes : endogenéité et développement en Afrique animé par le Professeur Aguessy, sociolinguistique et prospective de développement par le Professeur Tingbé Azalou, Education et système d’éducation en Afrique animé par le Professeur Odoulami, Genre, famille et développement, animé par Fourn Elisaberth Gnansounou, sociologie rurale et les mondes ruraux animé par le Professeur Agossou, et enfin, philosophie, ethnologie et développement par le Professeur Nouhouayi Albert, grâce à qui on a ouvert la filière sociologie du développement à l’école doctorale pluridisciplinaire. Les communications seront présentées à travers ces axes. A la fin du colloque, nous allons publier 6 volumes dans lesquels chacun des professeurs sera logé dans les thématiques. Ceci dans le but de les immortaliser, de laisser la science parler d’eux. Depuis le lancement de ce colloque international en décembre 2018, nous avons reçu 176 résumés et 81 articles rédigés. Mais nous attendons 200 personnes qui ont confirmé leur participation. Il y aura des togolais, des ivoiriens, des burkinabé, des éthiopiens, des nigériens, des français et de belges.

Quels sont les objectifs du colloque ?
Ce colloque sera l’occasion pour nous de réfléchir, de creuser les méninges pour montrer que la sociologie anthropologie est au cœur du développement. Ceux qui pensent que la sociologie ne sert à rien se trompent car, vous ne pouvez rien faire dans cette vie sans tenir compte de la vie en société, des relations culturelles entre l’homme et la société, entre l’homme et la culture. Le langage que nous parlons est codé et ce langage est une science. Ce colloque va révéler le département et les socio-anthropologues, les mettre sur orbite afin qu’on puisse reconnaitre leur place.

Quelle est la taille des participants à ce colloque ?
Nous attendons 45 hôtes venant de l’extérieur du Bénin, 131 internes qui sont des historiens, des sociologues, des anthropologues, des géographes et des linguistes. Ces derniers ont envoyé des résumés et seront en mesure de présenter leur communication qui, seront validées ou non, en atelier. Les corrections seront apportées aux articles validés puis ensuite, renvoyés, afin de les insérer dans les volumes, prévus pour paraitre en juin. Le colloque ne s’achève pas le 12 avril. Après le 12, les travaux vont continuer pour corriger les articles, les renvoyer à leurs auteurs puis, sortir les actes du colloque.

Quelles sont vos attentes à la fin de ce colloque ?
Notre premier objectif est que le travail de chacun soit reconnu afin qu’on puisse dire que les sociologues sont des gens aimables, responsables, qui connaissent la qualité de l’homme. Nous allons rendre hommage à ces professeurs en bonne et due forme. La deuxième attente est que les débats soient de bonne facture, que des articles de ce colloque reflètent la science, que tous les participants fassent montre de la bonne ambiance et que les décisions permettent aux uns et aux autres de reconnaitre la place des sociologues au sein de la société.

Comment se passera la partie hommage de ce colloque ?
Il y a un téléfilm que nous sommes en train de réaliser. Il y aura aussi les photos des disparus qu’on pourra voir. Nous allons aussi célébrer ces hommes, pour parler de leur histoire. Il y a une maquette en cours de réalisation, qui retrace la vie de ces enseignants. Il y a aussi des témoignages sur comment ces hommes ont contribué aux sciences sociales et au développement du pays. Enfin, nous dirons merci à ces enseignants. Un artiste a aussi été sollicité pour composer un chant, à leur hommage.

Quelles dispositions ont été prises pour assurer une forte mobilisation à ce colloque ?
Nous avons pris toutes les dispositions qu’il faut et vous serez étonnés de voir le monde qu’il y aura au cours de ce colloque. Les étudiants seront présents et en tee-shirt. Nous avons demandé aux étudiants de la troisième année de venir suivre les communications scientifiques. Un sociologue qui n’a aucun document scientifique n’est pas connu dans le monde. C’est un rendez-vous du donner et du recevoir.

Parmi les personnes à honorer figure le Professeur Aguessy. Pouvez-vous nous parler de ses œuvres?
Il est le tout premier chef du département de sociologie et anthropologie. Il a été le tout premier formateur des autres enseignants. Il a produit beaucoup de documents en matière d’endogenéité et dans le panafricanisme. Mais, il n’est pas reconnu ici parce que les gens ne lisent pas. Il est le premier docteur en sociologie anthropologie au Bénin et nul ne peut ignorer ses qualités que ce soit en Afrique que dans le monde. Il a été présent dans beaucoup de jury de nos formateurs. C’est une icône, une personnalité centrale de la vie du département. Il a été doyen de la Faculté avant d’occuper d’autres fonctions à l’Unesco. On peut toujours faire un travail scientifique en se servant de ses qualités et beaucoup le font déjà.

Quels étaient vos rapports avec le Professeur AGUESSY ?
Je ne l’ai pas connu en tant qu’enseignant. Je l’ai connu à travers ses œuvres, à travers les médias, à travers ses idées et le panafricanisme. Quand j’ai été nommé chef de département, il était venu comme membre du jury pour une soutenance de thèse. Lorsque je l’ai salué, il s’est demandé en langue fongbé, celui qui s’exprimait si bien dans la langue. Je me suis ensuite présenté et il m’a marqué. On a gardé une relation cordiale. Chaque fois que je vais rendre visite au professeur, nous faisons d’abord un débat scientifique dans une grande convivialité.

Que pouvons-nous retenir de l’histoire du département de sociologie ?
Ce département est créé sur plusieurs étapes. En 1970, il a été créé le département des études linguistiques et littéraires et sciences humaines, à l’Université d’Abomey-Calavi. Le département dans lequel je suis a été créé en 1975. C’était le département de philosophie, sociologie et psychologie. Le tout premier qui a occupé le fauteuil de chef de département a été le Professeur Honorat Aguessy. Depuis ce temps, le département a connu une première promotion de 40 étudiants en première année. Je suis actuellement le 13ème chef de département. Juste avant moi, il y a eu les professeurs Ouassa Kouaro, Christian Agossou, Odoulami Amédée, TingbéAzalou, Bonaventure d’Oliveira. Le tout premier qui a conduit le département de sociologie et anthropologie séparé de toutes les filières est d’Oliveira mais celui grâce à qui nous sommes là aujourd’hui, c’est le Professeur Aguessy. Il a créé le département, contribué à son rayonnement et a travaillé avec les tous premiers étudiants pour en être là. Aujourd’hui, nous sommes passés de 40 étudiants, en 1975, à un effectif qui varie constamment. Nous sommes même allés jusqu’à 4.000 étudiants en première année. Le nombre varie aussi entre 2.500 et 3.000. Cette année, les nouveaux bacheliers sont au nombre de 1.545, sans compter ceux qui reprennent la première année. Aujourd’hui, en 2019, nous- nous retrouvons avec trois filières dont : sociologie-anthropologie du développement, sociologie anthropologie de la santé, sociologie anthropologie de la culture et société. Ceci permet aux étudiants de varier le profil pour maximiser leur chance.

Quel est l’état des lieux du département de sociologie, 44 ans après sa création ?
Le département de sociologie et anthropologie a connu de nombreux problèmes mais, dans une maison des mécaniciens de la société, nous sommes arrivés à rebondir. Le département se porte très bien sur le plan académique. Les semestres se déroulent normalement sans aucune difficulté, les cours vont bon train. Si nous évaluons ce qui est prévu à ce qui est fait, je crois que nous sommes à près de 90% de taux d’exécution. Tous les ans, nous livrons 300 à 400 étudiants sur le marché de l’emploi. Parmi ces étudiants, d’autres arrivent à s’en sortir. Le sociologue n’est pas un sociologue de bureau mais de terrain. Nous avons initié des sorties pédagogiques pour permettre aux étudiants de mettre en pratique ce qu’ils ont étudié. Nous avons constaté que ces sorties ont permis de renverser la tendance. Auparavant, les sociologues perdaient leur place au détriment des autres mais aujourd’hui, grâce aux sorties pédagogique et à l’encadrement, ils font la différence entre la théorie et la pratique. Ce qui leur permet de postuler à certains postes. Récemment, une étudiante m’a annoncé qu’elle passait un test pour avoir présenté deux attestations délivrées lors des sorties pédagogiques. On lui a fait le briefing et elle a été première à ce test. Nous devons lever très haut l’étendard pour que la sociologie puisse sortir de l’ornière. Je reconnais que nous ne sommes pas reconnus sur le plan national mais la sociologie finira par s’imposer. C’est une science qui est au carrefour des autres sciences et vous ne pouvez rien faire aujourd’hui sans la sociologie.

Quelle sont vos perspectives pour le département ?
Nous allons poursuivre les œuvres entamées sur le plan scientifique et organisationnel pour avoir des profils appréciés de tout le monde. En plus de cela, la coopération chinoise envisage de nous faire un don pour changer complètement le visage du département de sociologie anthropologie.
Vous verrez toute une autre construction des bureaux de ce département, dans deux ou trois ans. Bientôt ce sera une fierté pour nous de dire que nous avons aussi un département de sociologie et anthropologie à l’Université d’Abomey-Calavi. Ce sera un bâtiment R+1 uniquement réservé au département. C’est une évolution. Nous avançons et nous allons connaitre une ascension fulgurante. L’histoire retiendra que le département de sociologie et anthropologie, au regard de ses problèmes, est reparti sur une nouvelle base et progressivement, les sociologues vont reprendre leur place dans la société. Nous allons avancer malgré les maigres moyens dont nous disposons. Que ce colloque nous serve d’unité. Nous saisissons l’occasion pour remercier tous ceux qui ont contribué à l’organisation effective du colloque du département de sociologie anthropologie.

Réalisé par Gérard AGOGNON

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