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Edito: TUER SES PROPRES EMPLOYES


Un ami m’a raconté ce qu’il vit dans l’entreprise où il est employé. D’abord, on ne connaît pas son titre officiel : est-il le DAF ?  Le DGA ? Le comptable ? Le vaguemestre ? Il n’en sait vraiment rien puisqu’il est appelé à toucher à toutes les tâches administratives. Le courrier, la préparation des soumissions aux appels d’offres, l’encaissement des recettes, le paiement des salaires et de toutes les charges, le recouvrement, etc. J’oubliais, en fait en terme d’administration, ils ne sont que deux, le patron et lui, le reste étant les ouvriers et les tâcherons. Soit.  Mais quand il s’agit de payer les salaires, son patron devient injoignable et vite irritable. Trois mois d’arriérés à certains employés, six mois ou neuf à d’autres…Dès que l’un quelconque des employés demande ses arriérés impayés, ce sont des injures, des menaces de licenciement et d’autres mesures de rétorsion qui s’en suivent. Pire, depuis cinq ans qu’il y travaille, il n’a jamais été déclaré à la sécurité sociale. Alors quand je lui demande s’il pense à sa retraite, il me lance, l’air fataliste : « quelle retraite ? Il faut d’abord que je vive aujourd’hui avant d’aller à la retraite ». Et pourtant, l’entreprise gagne de l’argent, beaucoup d’argent. Des dizaines de millions dont le patron dispose à sa guise pour payer parcelles sur parcelles, construire maisons sur maisons et pour s’offrir les dernières excentricités de l’industrie automobile

Nous voici dans l’entreprise béninoise typique. Là où les normes du droit du travail n’existent pas, et où le bien-être du travailleur compte pour du beurre. Le 21 juin dernier, la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) a justement organisé un atelier de sensibilisation à ce sujet. Placé sous le thème « Employeurs et travailleurs, jouissez pleinement de vos droits aux prestations de la CNSS », cet atelier a permis à l’institution d’annoncer une prochaine campagne de sensibilisation à travers le pays. « Nous allons obliger l’employeur à faire déclarer son travailleur», a même déclaré le Directeur Général de la CNSS,  Dramane Diatéma. En réalité, les employés qui acceptent d’être ainsi maltraités n’ont généralement pas le choix et leurs patrons le savent. Ils savent quelle misère les attend si jamais ils osent claquer la porte, sans perspective de trouver un point de chute. Payer le loyer, l’eau et l’électricité, assurer la scolarité des enfants et vivre, telle est la difficile équation que chaque employé doit résoudre, que l’on en ait les moyens ou pas. Alors, avant de quitter une situation aussi précaire, on fait le point de ce que l’on gagne et de ce que l’on perd en partant. Et souvent, le courage manque, tant le marché de l’emploi est dur. Et très maigre.

Malgré tout, il y en a qui s’en vont, à leurs risques et périls. Un ancien employé d’une entreprise pétrolière me confiait il y a quelques mois que son patron  l’obligeait à fermer les yeux sur des pratiques consistant à mettre du pétrole dans les hydrocarbures que la société vendait à des banques, des entreprises de BTP et autres, pour les besoins de leurs groupes électrogènes et de leurs véhicules. Le but de cette pratique, gonfler artificiellement le volume du produit. Et quand les appareils tombent en panne en plein chantier, personne ne comprend ce qui se passe, sauf quelques-uns des employés utilisés pour cette tâche sordide. Mon interlocuteur s’est résolu à s’en aller de la société, écoeuré, non pas seulement par les arriérés de salaires qui s’accumulaient, mais par le dégoût que lui inspirait ce patron véreux. Quelques années plus tard, la boîte a heureusement mis la clé sous le paillasson.

Dans une autre entreprise, c’est le patron qui s’érige en dictateur d’opérette, grand dieu au-dessus des hommes, lui qui a la possibilité de payer des salaires à des agents qui lui doivent tout. Alors, il les insulte, les maltraite, instaure une ambiance électrique autour de lui, une ambiance faite de cris et de menaces diverses. Dans la tête de ce genre de patrons, c’est à peine qu’ils ne pensent pas à ses collaborateurs comme à des nécessiteux venus quémander leur pitance quotidienne auprès de lui.

Il faut pourtant leur dire, à ces patrons, que l’employé est le premier capital d’une entreprise. Que tout l’or du monde ne peut la faire rayonner si ce n’est l’intelligence, l’enthousiasme, la foi et le savoir-faire de ces hommes et de ces femmes que l’on brime. Une bonne partie des entreprises qui ferment aujourd’hui ont manqué d’intégrer cette réalité basique. Et que par conséquent, la première ressource à bâtir dans une société est  ce capital humain.

Par Olivier ALLOCHEME

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