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Le triomphe de la vérité

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Chronique du psychothérapeute, Boris Sagbo: La bouche et la nourriture dans la sexualité infantile


Le psychologue clinicien et psychothérapeute Boris Sagbo aborde dans le N°4 de la chronique « L’éducation sexuelle », le rôle de la bouche et de la nourriture dans la sexualité infantile.

Un autre aspect relatif à la bouche et la nourriture mérite d’être évoqué. Il est évident que toutes les mamans ne sont pas négligentes vis-à-vis de leurs bébés. On trouve d’autres qui sont surprotectrices. C’est-à-dire qu’elles sont très attentives. Et avant que le bébé ne ressente et n’exprime sa faim, elle en a déjà conscience et le satisfait. Dans ce cas, le bébé ne pleure plus. Il se dit : « quel bonheur de vivre dans ce monde où tout est facile ! Je ne fais pas du tout d’effort ! Mon entourage et ce monde connaissent mes besoins et me l’offrent au bon moment. Je crois que la vie est très facile ! » Ainsi se construit un autre concept de soi et du monde qu’on peut résumer comme suit : « partisan de moindre effort ; amoureux du gain facile ». De tels sujets, nous en avons dans notre société. Dans les relations affectives et conjugales, ils attendent toujours de l’autre, et ce qu’ils attendent c’est le paradis. Cela constitue une cause de ruptures amoureuses inachevées dont nous sommes témoins. Les mamans surprotectrices sont donc invitées à adopter une autre forme de conduite maternelle concernant ce sujet. Le docteur F. Dodson la propose en ces termes.

« Ce que vous pouvez faire de plus important pour aider votre enfant à acquérir une confiance fondamentale en lui-même et à l’égard du monde où il vit – condition essentielle d’un concept de soi sain et vigoureux – c’est de le nourrir quand il a faim. Le bébé à qui on donne à boire quand ses pleurs et ses cris indiquent qu’il a faim pense : « comme la vie est belle, comme c’est bon d’avoir à manger, j’aime la chaleur de maman qui me tient dans ses bras et me donne le sein ou le biberon. Ce monde est vraiment un endroit sûr et agréable, puisque lorsque je lui fais savoir que j’ai faim on me donne à manger. Je sais que tout se passe bien pour moi et pour tout ce qui m’entoure. »

En plus des deux besoins ci-dessus développés, certaines réalités de cette période effrayent les parents et ils recherchent des explications à propos. Elles sont toujours liées à la bouche. Par exemple le fait de mordiller, de sucer le pouce, d’embrasser la bouche, etc.

Quel rôle jouent ces phénomènes dans la sexualité infantile ?

Sans que l’on sache vraiment quels sont les mécanismes qui entrent en jeu, il est en revanche certain que, pour le nourrisson, mordiller est un plaisir, qui tient à la fois de l’érotisme et du soulagement. En effet, dès que l’on enlève à un enfant l’objet qu’il mordille, il pleure, avec une intensité croissance s’il est en train de faire ses dents. Cette expérience prouve, sans doute possible, que mordiller lui fait le plus grand bien. On peut dès lors, sans trop s’avancer, conclure qu’il y trouve également du plaisir.

Dans cette dynamique, la langue se trouve impliquée. La langue est un organe riche en innervations. Les mouvements de pression et de va-et-vient procurent du plaisir : c’est une des découvertes que fera le nourrisson sur le chemin de son autonomie. Il aime jouer avec sa langue, la sucer, remplaçant ainsi le sein ou le biberon. Avec cet organe qui lui apporte du plaisir, l’enfant a également le pouvoir de s’apaiser, tout seul.

Parfois c’est le pouce qui est concerné. Le pouce est un ami précieux qui calme et rassure quant maman n’est pas là ; il remplace également le biberon ou le goûter quand la faim se faire sentir. Dans tous les cas, il comble l’angoisse, souvent très forte chez le petit enfant. Les détracteurs de la succion du pouce opposant des arguments médicaux : « en suçant son pouce, on déforme le palais ». (Disent docteurs J. Waynberg et J. Noëlla). Pourtant la frustration est tellement grande si l’on empêche l’enfant de sucer son pouce que la détérioration psychologique est souvent plus importante que la simple déformation physique. Dans ces conditions, il est donc préférable de lui laisser son pouce et son plaisir. Et quand les parents assistent à cette pratique qui se prolonge chez leurs enfants, ils doivent commencer progressivement par l’aider à s’en passer.

On peut observer d’autres enfants embrasser sur la bouche. Un enfant ne voit pas la sensualité du baiser sur la bouche. C’est souvent, pour lui, une façon de s’affirmer en provoquant l’adulte. Aucune réprimande agressive n’est nécessaire. Une simple explication suffira à remettre les choses à leur place. Exemple : « les grandes personnes s’embrassent sur la bouche quand elles aiment. Sinon, on fait seulement des bisous sur la joue. » L’enfant comprendra parfaitement et saura apprécier que le rôle de chacun soit ainsi bien défini, en fixant les règles de la vie en société. Qu’en est-il alors du fait qu’un enfant ronge ses ongles ?

Presque tous les enfants aiment sucer leurs doigts, leur pouce notamment, car cela donne du plaisir. Mais ils ne se rongent pas tous les ongles. Cette attitude, en effet, est moins le signe de la recherche d’un plaisir immédiat que d’une angoisse, parait plus facile à gérer lorsqu’on a quelque chose dans la bouche. Un exemple illustre parfaitement : l’écolier qui, en période de scolarité, rouge abominablement ses ongles et les laisse pousser en vacances sans difficulté.  Clôturons cette partie par une question que nous entendons souvent de la bouche des parents.

Pourquoi les enfants se mordent-ils les uns les autres ?

Rappelons que nous sommes à la dentition. L’enfant est mal à l’aise du fait de la douleur que provoque la poussée dentaire, parfois difficile à supporter. S’il est de plus amené à côtoyer d’autres enfants, plus ou moins agressifs, la solution qu’il va trouver, dans ce cas précis, consistera à mordre. Cela le soulagera de sa douleur gingivale  et l’aidera à résoudre momentanément le problème que lui pose l’excitation de son entourage. Ce comportement ne doit pas trop inquiéter les parents ; il y a là, on le constate, une double composante à analyser.

Tous ces phénomènes relèvent de la sexualité et donc ne sont pas négligeables. C’est dans l’enfance que la base est posée comme nous l’avons su mentionné dans les lignes qui précèdent.

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