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Le triomphe de la vérité

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Innovations agricoles et emplois des jeunes: Le CIVA à AfricaRice enregistre ses premières prouesses


Lr présidium lors de l’atelier de Bohicon le 19 février 2018

En mettant des jeunes diplômés au service des petits exploitants agricoles et autres éleveurs, le Centre d’Innovations Vertes pour le secteur Agro-alimentaire (CIVA) d’AfricaRice n’osait pas imaginer les résultats qu’il connaît aujourd’hui. Les performances ont fait mentir les prévisions les plus optimistes.

On pense souvent que les agriculteurs béninois ne peuvent pas se mettre ensemble pour produire. Depuis 2016, environ 4000 producteurs béninois sont en train de démentir cette idée reçue. Ils ont été mis en réseau grâce à une initiative mise en place par le Centre des Innovations Vertes pour le secteur Agro-alimentaire (CIVA) à AfricaRiceavec l’appui des programmes « Un monde sans faim » et « Transfert de l’innovation dans l’agriculture – Adaptation au changement climatique» de la coopération Allemande.
Les producteurs sont regroupés dans 362 groupements,répartis dans 173 arrondissements situés dans 21 communes du Bénin. Ils sont encadrés par 133 diplômés des lycées et écoles agricoles. Ce sont des jeunes professionnels recrutés en 2016 par CIVA-AfricaRice comme prestataires de service d’appui à l’innovation. Ils constituent chacun trois groupements de producteurs. Pendant huit mois, ils leur fournissent un encadrement agricole de proximité dans leurs exploitations.Ils testent des pratiques agricoles innovantes et rendent compte aux chercheurs en temps réel, grâce à un équipement approprié et de pointe. Des champs d’expérimentation de deux ou trois hectares sont en effet mis à disposition par les groupements sur la base d‘un contrat précis. De la sorte, les producteurs ont accès aux nouvelles pratiques développées par les chercheurs qu’ils mettent ensuite en application dans leurs propres exploitations.Les innovations conçues par les chercheurs permettent ainsi d’accélérer l’impact sur l’agriculture et de stimuler la recherche. Les revenus tirés des champs d’expérimentation sont partagés par les membres du groupe pour investir dans des innovations dans leurs propres champs la saison suivante. Dans les groupements formés, des jeunes déscolarisés sont identifiés à leur tour pour créer et encadrer l’année suivante trois nouveaux groupements. «Avec les bonnes pratiques que nous avons apprises et l’argent supplémentaire provenant de la vente de ma récolte excédentaire du champ expérimental, je veux réaliser mon rêve d’augmenter ma production et de passer de deux hectares à cinq hectares de riz », affirme Julienne Agassoussi, membre du groupement Mivankan de la commune de Za-Kpota. Ce résultat se situe dans la droite ligne des objectifs du projet. «L’objectif principal est de promouvoir l’entrepreneuriat dans le secteur agricole, d’augmenter le revenu des paysans pauvres dans les zones rurales», affirme Marc Bernard, initiateur du projet et chercheur à AfricaRice.

Une initiative qui vient à point nommé
Lors du conseil des ministres du 14 février 2018, le gouvernement béninois a annoncé sa volonté de lancer des études de faisabilité pour la mise en place du concept de Centre de service agricole «basé sur la démonstration par l’exemple», selon le mot du communiqué rendu public à la fin du conseil. Selon le gouvernement, ce concept «permettra d’améliorer la production et la rentabilité des petits exploitants, en mettant à leur disposition des services matériels (irrigation, mécanisation, intrants spécifiques, infrastructures et équipements), et en assurant à leur profit, le transfert du savoir-faire et des technologies agricoles, l’appui-conseil, etc. ».Telle est la philosophie à la base de l’initiative développée depuis 2015 par AfricaRice . De fait, le constat général, c’est que les résultats de la recherche agricole atterrissent difficilement dans les champs ou les fermes d’élevage. La stratégie et le dispositif mis en place parAfricaRice permet de remédier à ce problème, en mettant en place un système d’information performant mis à jour en temps réel par des agents formés et payés à cet effet. Diplômée de l’Université d’Abomey-Calavi, Natacha Agbo témoigne: « Je suis un développeur de cours en ligne, je fais la promotion de la formation professionnelle en ligne pour habiliter les jeunes diplômés et pour leur donner plus d’indépendance. Les jeunes Béninois peuvent accéder à ces cours depuis n’importe quel endroit où ils veulent étudier et à un moment qui leur convient. Je suis fière de faire partie de cette initiative ». Les cours dispensés aux diplômés couvrent plusieurs chaînes de valeur clés, l’étude de marché, la comptabilité et l’entrepreneuriat rural.Ils sont conçus en collaboration avec des universitaires, des chercheurs et une équipe d’experts nationaux qui offrent un mentorat continu. C’est pour cela que sont mis en place des Centres de Professionnalisation Agricole (CPA). Ils disposent d’un personnel constitué d’un agent de terrain, d’un agent de saisie et d’un gestionnaire du CPA. Le local loué est doté d’une connexion Internet, de deux ordinateurs et d’archives spécialisées.Après huit à dix mois de travail au service des groupements de producteurs, les jeunes professionnels diplômés acquièrent une expérience professionnelle qu’ils peuvent utiliser pour créer et développer leurs propres affaires. Ils pourront plus tard soumettre leurs plans d’affaires, soutenus par une équipe de conseillers qui facilitent leur accès aux marchés et au crédit.

Des résultats éloquents
Au cours de l’atelier-bilan tenu à Bohicon du 19 au 23 février 2018, les différents acteurs impliqués dans cette initiative se sont donné rendez-vous pour mesurer le chemin parcouru en 2017. Lerendement moyen de production de riz est passé de 2,2 à 4,0 t/ha, celui du soja de 0,7 à 1,4 t/ha et celui du maïs de 1,4 à 2.3 t/ha. Le retour sur investissement dans l’innovation est de 34% pour le maïs, 70% pour le riz et de 183% pour le soja. Cette croissance illustre bien la réussite du projet. « Ce sont des résultats impressionnants qui démontrent la pertinence de notre démarche et la force de la jeunesse », affirme Marc Bernard. De fait, les récoltes effectuées dans les champs d’expérimentation dans les 21 communes impactées font 4.088 sacs de 100 kg pour une valeur estimée à 68.626.267 CFA. Ce sont des dizaines de sacs de riz, de soja, d’arachide, de maïs ainsi que des têtes de volailles en attente de commercialisation. De plus, le dispositif mis en place favorise le renforcement des appuis aux producteurs tout en minimisant les coûts de fonctionnement et l’essor du secteur privé local en les impliquant dans la prestation de service comme partenaire. Les coûts des services sont très abordables car basés sur les prix locaux.

Germain Covi, un éleveur fier de montrer ses réalisations

La performance des services réside dans le fait qu’ils sont orientés vers la demande et ne sont payés qu’après un suivi rigoureux en temps réel grâce à un système d’information et de communication de pointe.
En plus, l’expérience pratique sur le terrain a permis aux jeunes prestataires de développer leurs propres activités économiques. Leurs chiffres d’affaires sont passés de 408.000 FCFA en 2016 à 809.000 FCFA en 2017. Le nombre de personnes qu’ils emploient est passé de 1,7 à 2,6.
Mais en même temps, c’est une expérience précieuse pour les producteurs et les jeunes engagés dans ce projet. Germain Covi est éleveur de volaille dans le village de Tokpota, dans la commune d’Allada. Assistant impuissant à une affection qui rendait aveugles et tuait même ses poules, il a reçu la visite d’un agent de terrain. « L’agent de terrain m’a rendu visite, a posé des questions et a photographié leurs symptômes, explique le sexagénaire. Quelques jours plus tard, il est revenu avec quelques conseils sur les antibiotiques à leur donner; il m’a aussi donné une notice, qui expliquait ce qu’il fallait faire. Mes poulets se sont améliorés en une semaine et j’ai gardé la notice pour référence future. Sans ce soutien, je ne sais pas ce que j’aurais fait. » Cette proximité et le système d’information absolument unique en son genre au Bénin qui l’accompagne, favorisent le succès d’un projet qui mérite d’être pérennisé.

Olivier ALLOCHEME

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