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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec l’animateur de la chronique « A l’école de la sexualité »: Le spécialiste Boris Sagbo révèle les préoccupations des jeunes et des parents en matière d’éducation sexuelle


« A l’école de la sexualité ». C’est la nouvelle chronique à paraître incessamment dans les colonnes de l’Evénement Précis. L’auteur, le psychologue clinicien et psychothérapeute Boris Sagbo nous en parle plus amplement dans cette interview qui suit. Formateur à l’Ecole d’initiation théologique du mariage et animateur de diverses sessions sur la sexualité, Boris Sagbo, qui exerce depuis deux ans à l’Institut des Filles de Marie Auxiliatrice (IFMA) dans le cadre de la protection et de l’éducation des enfants et des jeunes, vient aussi sur l’importance de l’éducation sexuelle.

 L’Evénement Précis : Pourquoi une chronique sur l’éducation sexuelle?

Boris Sagbo : « Il faut avoir à l’esprit l’énorme trouble sentimentalo-physique qui entraîne le jeune dans le tourbillon amoureux…pour se poser la question de l’éducation entourant la sexualité. Bien que le jeune ne soit pas très réceptif à l’éducation sexuelle, les risques de contagion par les maladies sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées existent réellement ; il est donc nécessaire de lui apporter sur le sujet une solide information. Les éducateurs, les professeurs, commenceront cette sensibilisation…», selon Dr Jacques W et N. Jarrousse. Notre société est en crise. Une crise des valeurs aussi. Une crise des valeurs qui, malheureusement, impacte la vie du citoyen d’aujourd’hui et de demain. Une crise des valeurs qui a sa part d’influence néfaste sur l’avenir d’un pays. Cette crise des valeurs est aussi et surtout une crise de l’affection et du sexe. C’est une crise de l’information sur le sexe de façon générale. Il faut combler le vide et mettre l’information à la disposition de ceux qui en ont besoin puisqu’elle existe. Le faire, c’est combler un vide et participer à la détérioration de la crise des valeurs, c’est restaurer la confiance, c’est préserver l’avenir, c’est travailler pour le développement. C’est à ce devoir citoyen que doit répondre toute personne capable de le faire pour prémunir contre les dérives de tout genre auxquels est exposé au quotidien le commun des mortels. C’est ce que nous comptons faire faire avec notre chronique « A l’école de la sexualité ».

 

Pouvez-vous nous dire le but et nous détailler de quoi il sera question dans cette chronique ?

« A l’école de la sexualité » se donne pour tâche de répondre aux préoccupations en matière d’éducation sexuelle pour les jeunes et pour les adultes. En réalité, les questions d’éducation sexuelle concernent prioritairement les adolescents et les jeunes. Mais voir le phénomène sous cette forme simpliste cache bien de complexités que les adultes ignorent et qui sont à l’origine de leur responsabilité dans les conséquences néfastes qu’engendrent les dérives sexuelles volontaires ou non des adolescents et des jeunes. En fin connaisseur et par expériences, j’explique que ces dégâts sont le résultat de l’absence de l’éducation sexuelle dans les cadres éducatifs (écoles, collèges, universités, familles, etc.). Cette absence se justifie par l’incapacité des enseignants et des parents à discuter de ce type de sujet avec les adolescents et les jeunes, d’abord par manque d’information. Ce qui est encore plus compliqué par le fait que même disposant de toutes les informations nécessaires, parents et enseignants ne connaissent pas les méthodes à adopter pour aborder le sujet et quand il faut le faire. Les pesanteurs sociales, culturelles et traditionnelles y participent avec leur part de blocage. Selon les résultats d’une enquête que nous avons réalisée en 2017 sur les facteurs associés à la grossesse précoce chez les adolescentes, on constate que 86% des victimes n’avaient pas bénéficié d’éducation sexuelle et d’affection parentale. «  l’éducation de la sexualité» vise à apporter aussi des réponses aux parents et enseignants pour leur donner les outils pouvant leur permettre de mieux jouer leurs rôles de conseillers et de coach afin qu’ensemble nous contribuions à la formation harmonieuse des personnalités, couples et familles qui font les frais des dommages et préjudices du sexe sans contrôle des jeunes et ses effets collatéraux. Un problème véritable se pose donc : le tabou des questions sexuelles. Par l’audace d’aborder la question dans les médias et plus précisément dans les colonnes d’un journal, nous nous donnons une lourde responsabilité, celle qui incombe d’abord aux parents sur ce sérieux sujet. Il faut oser en parler. « Cela constitue le meilleur moyen d’initier le jeune ‘’et les parents’’, et de ‘’les’’ inciter à se préoccuper des problèmes fondamentaux concernant la sexualité et la contraception », d’après Dr Jacques W. et N. Jarrousse.

L’éducation sexuelle est au cœur de votre chronique. Que recouvrent ces mots ?

Considérons d’abord le terme « éducation » pour cerner son acception. Cette dernière désigne « l’action qui vise à développer les potentialités d’un individu qui sont valorisées par le groupe social auquel il appartient», selon le Grand dictionnaire de la psychologie Ainsi l’éducation sexuelle consiste à conduire un individu à la connaissance de sa sexualité et celle de l’autre sexe. C’est-à-dire l’accompagner étape par étape de son développement à découvrir simultanément ce qu’est la femme et son corps, l’homme et son corps, les phénomènes de la puberté et l’amour, l’art d’aimer et de faire l’amour, la fertilité, la contraception et stérilité, et à observer les limites de sa liberté sexuelle pour ne pas verser dans la perversion sexuelle.

C’est une tâche à la fois lourde et difficile. Elle exige simultanément de l’art et de connaissances de tous les domaines impliqués. Les éducateurs (parents, enseignants et autres) doivent en toute franchise s’examiner pour définir leur connaissance à ce sujet afin de les compléter. Or cela est difficile à faire à cause des multiples occupations et préoccupations qui assaillent leur quotidien. Toutefois il s’agit d’une tâche noble qu’il ne faut pas se permettre de mal faire. Car comme l’affirme Marima BA : « déformer une âme est sacrilège qu’un assassinat ». Qui veut en être coupable ?

Selon vous, à quel âge les parents peuvent-ils déjà parler de sujets relatifs à la sexualité avec leurs enfants ?

Nous savons aujourd’hui avec le concours de la psychanalyse que l’enfant à une sexualité bien distincte de celle du jeune ou d’adulte. De même, nous savons à la suite d’innombrables recherches du Dr Benjamin Bloom, qu’un enfant atteint approximativement la moitié (50%) de son niveau d’intelligence à l’âge de 4 ans. A propos, nous attirons votre attention sur la différence entre « intelligence et savoir ». Le savoir est un vaste ensemble de notions diverses et évidemment aucun enfant ne peut posséder la moitié des connaissances qu’il aura à l’âge adulte. Or l’intelligence est l’aptitude qu’à un enfant à manipuler et traiter mentalement le savoir qu’il recevrait. Ainsi a-t-il à quatre ans la moitié de cette capacité. Alors toute éducation sexuelle peut commencer à cet âge sans doute. Il nous faut désormais ne plus sous-estimer nos enfants. Par ailleurs il est important de savoir que les cinq premières années de vie sont d’une valeur capitale en ce qui concerne la formation de la personnalité de l’enfant. En résumé, tout ce qu’il sera et fera, en adulte, prend sa source dès cette période, c’est-à-dire la première enfance.

Comment doit se faire cette éducation sexuelle du jeune à la maison ?

Nous voudrons commencer par l’aspect implicite de cette question. Celle relative à la manière dont il faut aborder les sujets à caractère sexuel avec les enfants. L’éducation sexuelle infantile, pour être efficace, doit tenir compte de ce qu’est l’enfant et « cet enfant » (puisque votre enfant est à la fois un enfant comme les autres, et un enfant unique en son genre que ses empreintes digitales), de ce qu’il est capable d’appréhender, de prendre plaisir à faire ou ne pas faire. Nous savons qu’un enfant apprend plus facilement par l’observation que par la parole. Le parent se doit d’être sélectif sur ses comportements et paroles sexuels, les jeux et les gravures ou images de l’entourage, les chaînes et les programmes de la télévision et le style vestimentaire. Il doit être attentionné à la fois à tout cela et aux systèmes valeurs (pensées) reçus hors du cadre familial  pour ôter ce qu’à un aspect sexuel déviant.

Comment s’y prendre ?

Il ne s’agit pas de cacher l’information sexuelle, mais de servir à l’enfant la vraie, la bonne et nécessaire. L’éducateur se penchera également sur le corps de l’enfant pour mieux le comprendre afin de l’aider à le découvrir. Il fera le cadrage de certains comportements et paroles impulsifs. Par exemple, quand votre garçon aime toucher le sein ou le postérieur de toutes filles qu’il voit ou de sa sœur, vous devez en profiter pour lui donner une des valeurs sexuelles de base : respecter le corps d’autrui. Non pas par la violence, mais la douceur et la fermeté. En premier, lui expliquer cette valeur pour venir à interdire l’acte. Car avec les enfants, la compréhension précède l’acte. Ensuite éviter de faire soi-même l’acte défendu à autrui en sa présence. Si d’autres en font en sa présence, rappelez-le-lui la valeur et l’interdire et si possible ramenez à l’ordre ces derniers devant votre garçon. Enfin, tâchez persévérer sur cette lancée. Vous serez surpris et très heureux de l’entendre un jour, du retour de l’école, raconter comment il a appliqué cette valeur à l’occasion de cette pratique entre ses amis.

Une fois les valeurs de base intégrées dans l’enfance, le grand travail est fait et la suite ne demeure pas aussi lourde. Il faudra garder les grandes qualités qui facilitent un tel devoir dans la suite. Elles sont : être affectif, attentif, disponible et cultivé sur le sujet car on ne peut donner ce qu’on n’a pas. Prenons un autre exemple. L’enfant a presque toujours, avant l’âge de six ans, l’habitude de triturer son sexe (pénis) ou attoucher son vagin quand il ou elle est seul (e) pour découvrir son corps. Et cela est bien normal et naturel chez l’enfant. Si un parent l’ignore,  il peut se mettre à le réprimander. Ainsi passe-t-il à côté de son devoir. L’anormal dans ce cas consiste à faire cet attouchement en public. Ce dernier est l’expression d’une carence affective ou d’une mauvaise représentation de soi.

Un enfant est un voyageur. Sa destination est l’âge adulte. Imaginez qu’il ne possède pas les informations fiables ; comment fera-t-il un voyage réussi et sera heureux à destination ? Le grand rôle des parents ou éducateurs est de poser une bonne base de valeurs qui détermineront une sexualité épanouie à l’âge adulte.

Dans cette ligne, à l’adolescence, la crise pubertaire est moins perturbatrice du fait de la qualité de la fondation c’est-à-dire la personnalité de base. Ici, le système d’éducation doit changer à cause des phénomènes spécifiques à ce stade.

Auparavant, les parents/éducateurs étaient dans la psychologie des enfants, comme « évangélistes », leurs paroles irrévocables en actes, des modèles à suivre. Tandis qu’à l’adolescence, nous avons tous été caractérisés par l’idéalisme, la remise en question de toute autorité y compris celle des parents, le sens marqué par l’intégrité (pourtant au fond de nous pendant cette période, nous avons nos injustices), l’instabilité émotionnelle (d’un coup il aime, d’un autre il déteste), la méfiance envers les adultes, la raisonnaillerie ( abus de raisonnement), le besoin de sécurité (intérieurement nous ressentons une insécurité), la sensibilité à la représentation de soi, le besoin du groupe et plein d’énergie qu’il faut dépenser dans l’étude, le jeu et aussi la sexualité. A partir de cette description, il n’est pas souhaitable que les parents et éducateurs jouent leur nouveau rôle dans les postures infantiles. Or bien de parents s’y engagent ainsi. Une grande erreur éducative, surtout quand on aborde les questions sexuelles. Car la sexualité est naturellement et culturellement privée surtout en contexte africain. Nous suggérons qu’une tierce personne spécialiste aborde cet aspect avec les jeunes adolescents toujours en collaboration avec les parents. C’est la meilleure méthode.

Ce rôle extérieur exige confiance, confidentialité, compréhension et connaissance. Et les sujets possibles qui peuvent les échanges sont spécifiques aux jeunes. Mais on retrouve souvent dans la liste l’art d’aimer, la contraception, l’infertilité, la séduction, la beauté et le charme, etc. Reconnaissons qu’il est difficile de faire une éducation sexuelle sans consentement du jeune et un système de valeurs de qualité. Dans ces circonstances, les valeurs sont à revoir avec précision et patience. Mais les parents doivent devenir accompagnateurs et veilleurs des adolescents dans le respect d’une bonne distance. Par ailleurs, si les parents désirent faire eux-mêmes cette tâche, qu’ils le fassent à diverses occasions de familles qui favorisent de pareilles discussions.

Qu’en est-il du rôle des éducateurs et autres enseignants ?

Sur cette question, nous voudrons d’abord réfléchir précocement sur la formation des instituteurs. Nous n’avons pas en toute vérité dans le système éducatif béninois un module consacré à la sexualité. De plus, il est encore évident que dans les esprits de plusieurs éducateurs et enseignants, le concept de sexualité demeure moins cerné. Les disciplines qui éclairent la sexualité telles que la psychologie, la psychanalyse, la sexologie, la gynécologie, les sciences de la famille sont ensuite en germination dans notre pays. Dans un contexte juridique où nous avons des enseignants condamnés par faute d’inconduites sexuelles, comment peut-on faire confiance et responsabiliser les enseignants? Malgré l’exception, le doute plane sur plus d’un.

Sur ces considérations, l’éducation sexuelle reste un sujet très délicat et nécessite un regard de spécialiste. Depuis la crise culturelle (puisque depuis longtemps en Afrique, la culture dans son aspect cultuel a été garante des questions sexuelles), il a existé un vide, une sorte d’absence de responsabilité concernant les questions sexuelles sociales. Le développement spectaculaire des TICS, du cinéma, du romantisme, et le système de gouvernance avaient très tôt fait la propagande des pratiques et des valeurs antisexuelles. Les avancées scientifiques opérées dans les domaines liés à la sexualité devraient aider les spécialistes et toutes personnes intéressées à éclairer le monde et relever les déficits. Malheureusement leur silence et modestie dans l’applicabilité du savoir ont rendu nos sociétés ce qu’elles sont actuellement sur la question qui nous occupe. C’est une révolution que nous proposons à ce sujet. Et tandis que les spécialistes de la question sont titulaires d’obligation, les parents, enseignants, journalistes et autres sont titulaires de responsabilité (comme un relais), puis les enfants et jeunes adolescents sont titulaires de droit (comme bénéficiaires et participants) à une éducation sexuelle complète.

Un dernier mot sur la périodicité de la chronique « A l’école de la sexualité »?

« A l’école de la sexualité » est une chronique bimensuelle. C’est un espace interactif où les contributions, suggestions,  questions et expériences sont les bienvenues. Elles vont participer à rehausser la qualité des informations et des analyses et conseils qui vont faire le menu de notre chronique.

Réalisé par Flore S. NOBIME

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