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Edito: Le peuple a faim


logo journalDe toutes les arguties qui ont été brandies pour faire rejeter le projet de révision de la constitution, voilà le plus récurrent : le peuple a faim. Le professeur Albert Tévoédjrè a pu résumer toute la cabale en ces termes : « L’urgence, c’est l’éradication de la pauvreté ». Bien entendu, cela suppose que nous réviserons notre constitution le jour où nous serons sûrs que plus personne n’est pauvre dans le pays.
Bien entendu aussi, la lutte contre la pauvreté est l’un des leitmotivs des politiques publiques de ces dernières années. On avait d’abord commencé par le terme si cher à Albert Tévoédjrè : « minimum social commun ». Et c’est en appoint à ce concept que l’homme développa l’idée des 20.000 emplois, une vulgate longtemps rattachée à un populisme bon marché. L’on abandonna bien vite cette idée pour les stratégies de réduction de la pauvreté devenues plus tard stratégies de croissance pour la réduction de la pauvreté. A juste titre, la croissance économique est perçue dans les arcanes de nos administrations comme le fer de lance de la réduction de la pauvreté. Mais qu’est-ce qui amène la croissance économique elle-même ? Ou plus précisément, qu’est-ce qui favorise dans un pays une croissance économique inclusive et de qualité ? Dans la plupart des cas, nos politiques publiques ont échoué à répondre à cette question basique.
Les pays occidentaux ont pensé nous aider en s’ouvrant à nos exportations à travers l’AGOA, les accords ACP-UE ou d’autres types de facilités à l’exportation. Ils ont compris depuis des siècles que les croissances sans production et sans exportation ne sont que leurres. Elles ne vont nulle part. Mais le Bénin   ne produit pas grand-chose pour l’exportation, en dehors du coton. Depuis quelques années, nous avons de bonnes récoltes de cajou et d’ananas. Sinon, ce qui domine, c’est l’économie de court terme, le commerce d’import-export de produits manufacturiers d’origine étrangère. Autant dire qu’il s’agit d’une économie de traite destinée à capter les rentes d’opportunité essentiellement volatiles. Alors, comment lutte-t-on contre la pauvreté lorsque la production et la productivité sont à des niveaux ridicules, lorsque le  sous-sol tarde à livrer des industriels pour le pays et lorsque la transformation des produits primaires est encore balbutiante ? Ce n’est pas de la magie. L’intervention de l’Etat, avec des ressources publiques toujours aussi maigres qu’incertaines,  n’a ici que des effets éphémères. J’ai l’habitude de comparer les montants alloués à nos programmes sociaux à ceux des pays de grande productivité : il y a comme un énorme fossé entre eux.   Mais rendons à César ce qui est à César. Les micro-crédits aux plus pauvres ont joué un rôle de premier plan dans la réduction de la pauvreté, notamment dans l’atténuation des conditions difficiles des femmes.
L’Etat ici joue un rôle qui échappe aux impératifs économiques les plus rigoureux. Ce sont des choix politiques ou idéologiques nécessaires à la sauvegarde de l’équilibre social.
La vérité est que le coût socio-économique et politique  de la misère  est très élevé. Elle pèse sur le système sanitaire, sur le système éducatif, sur l’administration de la justice et constitue une menace    pour la sécurité. Elle inhibe l’entreprenariat  et agit sur toute l’économie.
C’est ce que comprennent  de plus en plus les pays africains qui ont décidé d’allouer des revenus minimum aux citoyens les plus pauvres. C’est le cas par exemple du Nigeria qui  a mis en place un Programme d’Investissement Social qui alloue  un montant mensuel non remboursable de 5000 naira (environ 25 dollar) aux populations  les plus pauvres parmi les pauvres.  Même si ce montant est notoirement insuffisant, il traduit une prise de conscience que, si l’on reste à regarder souffrir ceux qui n’ont rien, le coût final de leur précarité risque de peser davantage sur l’Etat.
Cette même alternative utilisée par le Nigeria est en cours actuellement en Côte-d’Ivoire, au Sénégal, en Zambie et en Namibie. On la retrouve également hors du continent africain. Le vote de mardi est venu montrer son utilité, car, une fois de plus, le coût social et politique de la précarité est plus élevé pour un Etat que ces mesures palliatives essentiellement conjoncturelles.
Tout ceci revient à dire que le renforcement des programmes sociaux sous le régime Talon ne serait pas une faiblesse. C’est une nécessité au regard de ce que nous venons de vivre.

Par Olivier ALLOCHEME




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