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Le triomphe de la vérité

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Dossier/Accès des femmes aux sphères décisionnelles: Le chemin de croix des Béninoises vers l’égalité avec les hommes


Un quart de siècle après l’option démocratique choisie par le Bénin, et malgré les engagements pris au plus haut niveau, les Béninoises continuent d’être mises de côté dans les sphères décisionnelles. Très peu présentes au parlement, dans les conseils municipaux, dans les gouvernements et dans les postes à responsabilité dans nombre de secteurs, elles restent à l’écart de la prise des décisions impactant leur vie.
Porto-Novo, capitale politique du Bénin. Mardi 19 février 2013. Réunis à l’Assemblée nationale, les députés se prononcent sur un projet de loi révolutionnaire : la proposition de loi portant égalité d’accès aux fonctions entre homme et femme en République du Bénin. Dans un hémicycle très majoritairement et fièrement masculin, les opposants au projet de loi exposent leurs arguments. Certains y voient une loi qui « ne rime à rien », d’autres refusent de «voter une loi pour plaire à la communauté internationale », tandis que d’autres encore, fustigent l’importation des « travers du développement ». Le projet de loi passe à l’étape du vote et le verdict tombe : par 61 voix contre 05 et 1 abstention, les représentants du peuple décident de son ajournement sine die. Et pourtant, il s’agissait, pour le Bénin de traduire dans les actes l’un des nombreux engagements pris en faveur du principe constitutionnel de l’égalité juridique de l’homme et de la femme, reconnu par la Constitution béninoise du 11 décembre 1990. En son article 26, la Constitution dispose, en effet, que « l’Etat assure à tous l’égalité devant la loi sans distinction de race, de sexe, de religion, d’opinion politique ou de position sociale ; l’homme et la femme sont égaux en droit ; l’Etat protège la famille, et particulièrement la mère et l’enfant. Il veille sur les handicapés et les personnes âgées ». Il s’agissait également pour les députés, en cette année 2013, de concrétiser l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, et la promotion de l’égalité des genres. Car, un quart de siècle après l’option démocratique librement choisie par le Bénin, le pays peine à résorber les inégalités qui continuent de régir les rapports hommes/femmes dans certains milieux, ne donnant pas de ce fait, l’opportunité à ces dernières, soit 52% de la population, de contribuer pleinement et efficacement au processus du développement du pays. Engoncées entre des réalités socio-culturelles qui les handicapent et la lenteur de l’Etat à prendre réellement en compte leurs préoccupations, les femmes sont confinées aux éternels seconds rôles. Malgré leur supériorité numérique (52% de la population totale), leur grand nombre au sein des partis politiques, leur masse n’a pas toujours d’effet pour leur accès à de hautes fonctions. Bien que des associations se mobilisent sur le terrain pour faire évoluer la situation et enregistrent quelques progrès depuis, la tendance générale n’affiche pas l’amélioration escomptée.
Une sous-représentativité constante
Le déséquilibre hommes-femmes au sein des instances décisionnelles est criard et les statistiques édifiantes. Dans son ouvrage « Femmes et pouvoir politique au Bénin des origines dahoméennes à nos jours », la chercheure Marie-Odile Attanasso en relève quelques-unes. A l’Assemblée nationale, la législature 2007-2011 comptait un effectif de 9 femmes sur 83 députés, soit 10,84%. Pour la période 2011-2015, ce taux chute à 8,43%, le nombre de femmes étant, entre temps, passé de 9 à 7. Dans les conseils communaux et municipaux, la situation n’est guère reluisante. Une seule femme figure sur la liste de 77 maires, soit 1,29 %, et sur les 1435 conseillers municipaux et communaux, 66 sont femmes, soit 4,60%. Au Conseil économique et social (CES), des quatre premières législatures, le nombre de femmes n’a jamais excédé 3 sur les 30 membres que compte l’institution. Au cours de la première mandature (1994-1999), une seule y siégeait, soit 3,33%. Les deuxième et troisième mandatures ont toutes compté deux femmes (6,66%) et la quatrième 3, soit 10% de femmes. La Cour constitutionnelle, la plus haute juridiction du Bénin a la particularité d’avoir vu à sa tête deux femmes, Elisabeth Pognon (1993-1998) et Conceptia Ouinsou (1998-2008), avec tout de même, un effectif féminin qui, depuis 1993, n’a jamais atteint les 30% : 14,28% (1993-1998) et 28,57% à partir de 1998. La Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) dont la mission, entre autres est de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse a, pour sa part, vu siéger, en vingt années d’existence, quatre femmes. Marguerite Fassinou qui a occupé le poste de Deuxième rapporteur pendant la première mandature (1994-1999), Amissétou Bawa, membre de la deuxième mandature (1999-2004), Symphorose Lakoussan et Clémentine Lokonon, troisième mandature (2004-2009). La quatrième mandature (2009-2014) n’a connu aucune femme et celle en cours enregistre deux femmes sur les neuf membres de l’institution. Du côté de l’exécutif, les choses évoluent lentement. Il a fallu attendre la fin des années 80 pour noter l’entrée au gouvernement d’une femme, en la personne de Rafiatou Karimou au poste de ministre de la santé en 1988. Et depuis, selon Marie-Odile Attanasso, le nombre de femmes évolue avec des proportions variant de 17% en 1990, à 10,5 en 2001. Une remontée significative est notée en 2003 avec une proportion de 23,81% de femmes au gouvernement, et en 2011 où le record de 30, 76% de femmes est enregistré dans le premier gouvernement du deuxième mandat du président Boni Yayi. S’agissant des autres postes de nomination, on pourrait signaler le nombre de femmes préfets qui, de deux en 2006 se trouve aujourd’hui à une seule en la qualité du préfet des départements du Borgou/Alibori. Cette faible représentativité des femmes s’étend aussi bien aux postes de direction de sociétés que dans le monde syndical où elles restent très peu visibles dans les centrales et confédérations syndicales. En somme, une réalité bien décevante eu égard aux efforts déployés depuis des années par de nombreuses associations dédiées à la défense des droits des femmes. Le mal est profond et plonge ses racines dans diverses causes.

Les racines du mal
La faible présence des femmes dans les sphères décisionnelles puise ses origines de divers facteurs. Dans l’« Etude sur l’accès des femmes aux postes de prise de décision aux niveaux décentralisé/local et national » initié par l’Institut national pour la promotion de la femme (INPF) en 2012, la chercheure Anne Amélie Dégbèlo cite des causes « à la fois inhérentes à la femme elle-même, à son environnement et à la nature du pouvoir politique fortement masculinisé ». Gilles Badet, dans l’étude « Bénin. Démocratie et participation à la vie politique : Une évaluation de 20 ans de « Renouveau démocratique » en dresse toute une liste. Il s’agit, entre autres, du faible niveau de prise de conscience des femmes à lutter pour leur participation à la gestion politique du pays ; le manque de confiance des femmes en elles-mêmes ; le manque de moyens financiers pour mener à bien les campagnes électorales ; l’absence d’une politique de quota, entre autres, l’absence de formation en leadership ; le poids de la tradition (« la femme ne saurait être chef ») ; les résistances ou méfiances des hommes face à l’engagement de leurs épouses dans la politique. Autant d’obstacles qui sont le reflet d’une société au sein de laquelle la femme, pour certains, continue d’être considérée comme la gestionnaire de l’espace familial, c’est-à-dire, de tout ce qui est domestique, alors que l’homme est le maître du monde extérieur. Impensable donc, pour certains, de laisser leur femme militer autant qu’eux-mêmes. « Pour les réunions politiques, je rentre parfois à 2 heures du matin. Je ne vais pas autoriser ma femme à en faire de même, parce que le foyer sera vide. Elle est là pour s’occuper du foyer », estime ainsi Roger K. Afora, agent technique de développement rural à la retraite. Pour lui, l’adage fon (langue parlée au sud du Bénin) « gnonou huesi, sounoun glégbénou », littéralement « la femme à la maison, l’homme aux champs » est encore d’actualité à un moment où le monde subit des transformations tous azimuts et que le Bénin, conscient de la nécessité pour les femmes d’exercer et de jouir de leurs droits humains et citoyens, s’est engagé à rétablir la justice sociale. De la parole aux actes cependant, le fossé est grand, car promesses et engagements tardent à se concrétiser.

Passer de la parole aux actes
Le Bénin est bien loti en matière d’engagements pour l’amélioration du statut juridique et des conditions sociales et économiques de la femme. La Constitution du 11 décembre 1990 réitère les principes d’égalité de droits et de traitement entre hommes et femmes sur tous les plans. Au plan international, le pays a adhéré à plusieurs conventions. Il a adopté et ratifié de nombreuses conventions internationales et régionales, notamment, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard de la Femme (CEDEF), le Protocole de la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples relatif aux Droits des femmes en Afrique , la Déclaration solennelle sur l’égalité des sexes en Afrique, les Plateformes de Beijing et de Dakar et les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), avec des égards particuliers envers l’OMD numéro 3 relatif à l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes etc. Tous ces engagements ont amené le Bénin à élaborer un certain nombre de documents tels que la Déclaration de la politique de population au Bénin (1996), la Politique nationale de promotion de la femme (2001), la Politique de promotion de l’alphabétisation en (2001), la Politique de promotion de la femme dans le secteur agricole et rural (2001), la Politique de l’éducation et de la formation des filles (2007) et la Politique nationale de promotion du genre (PNPG) en 2008. Malgré ce chapelet de dispositions, malgré des avancées notées ça et là, la mayonnaise tarde à prendre et n’est pas du goût des associations qui multiplient les efforts sur le terrain pour faire bouger les lignes. « Personne ne nous a demandé de proclamer la démocratie au Bénin ! On ne peut pas parler de démocratie sans parler d’égalité. Personne ne nous a demandé de prendre ces textes-là. Si nous avons, en toute connaissance de cause décidé de prendre les textes, mettons les moyens qu’il faut pour qu’ils soient appliqués», tempête ainsi Geneviève Boko Nadjo, la Cordonnatrice de Wildaf/Bénin. Pour elle, cela se résume, entre autres, à réduire la pauvreté qui, généralement a un visage féminin; scolariser les filles et les maintenir à l’école. Mais tout ceci ne pourrait se faire, ajoute-t-elle, sans la volonté politique des dirigeants. Car, en effet, si des obstacles juridiques n’empêchent pas les femmes d’avoir voix au chapitre, il est indéniable que des efforts spéciaux restent nécessaires pour augmenter davantage leur participation aux instances de prise de décision. Il urge de le faire, car 2015, l’heure des bilans pointe à l’horizon pour les pays du monde entier. Le Bénin devra faire les siens : le bilan de la Déclaration du Millénaire, adoptée en septembre 2000 sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies, et par laquelle le Bénin s’est engagé à l’horizon 2015, entre autres objectifs, à « promouvoir l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes ». Il s’agira également de faire le bilan deux décennies après Beijing auquel a pris part le Bénin en Chine, en 1995, rencontre au cours de laquelle « la femme et la prise de décision » fut l’un des six thèmes développés. 2015 sera également l’année de la 5e conférence mondiale sur la situation de la femme. Le compte à rebours a commencé.

Deux femmes partagent leurs expériences  

Pierrette Aboé Hounsou: « Les hommes ne veulent pas laisser les femmes accéder à des postes de responsabilité »

« Je suis le chef de l’arrondissement (CA) de Ouédo, commune d’Abomey-Calavi depuis 2011. Avant j’étais CA de Togba, de 2003 à 2008. Je suis militante du parti RB. J’aime bien la politique. Avant, je militais avec mon mari. Je militais depuis le temps de Kérékou. A l’arrivée de Soglo, j’ai apprécié son travail et je me suis ralliée à lui, jusqu’à ce jour. Je ne retourne pas ma veste. La tâche n’a pas été du tout facile pour moi. J’ai été CA pour la première fois à Togba mais je n’ai pu garder ma place pour un deuxième mandat à cause de la mauvaise foi des hommes. Ils m’ont fait partir de Togba alors que les populations m’avaient bel et bien élue. Jusqu’à présent, nous attendons que justice soit faite. J’ai dû passer trois années à la maison avant de remplacer l’ancien CA de Ouèdo, appelé à d’autres fonctions en 2011. Moi, j’ai réussi à devenir chef d’arrondissement une première fois en 2003. Quand j’ai été élue CA, il y avait des femmes sur les listes. Elles étaient 4, en plus de moi. Les femmes ont trop de difficultés quand elles veulent émerger en politique. Les hommes ne veulent pas les laisser accéder à des postes de responsabilité. Elles sont là pour applaudir et élire. Ici à Ouédo, dans les temps anciens, les femmes ne prenaient pas la parole. Elles se sont habituées à cet état de choses et tout ceci joue sur elles aujourd’hui. Elles peinent à s’affirmer. Elles ne peuvent pas aller au-delà de la volonté du mari, d’autant plus qu’elles sous son toit. Elles lui doivent respect et en plus, elles ont le poids des tâches domestiques. Cela ne leur laisse pas autant de temps qu’aux hommes de militer comme il faut. L’homme est plus libre. Quand il se lève le matin, il prend sa douche et sort de la maison pour se rendre sur son lieu de travail. Mais la femme, même quand elle doit se rendre au travail doit d’abord s’occuper des enfants et de la maison avant de s’y rendre. Toutes ces difficultés constituent des freins pour les femmes. Il y a aussi le manque d’argent qui fait que les femmes ne s’intéressent pas à la politique. Elles n’ont pas d’argent à dépenser pour corrompre. Elles n’ont pas de moyens et ne peuvent donc pas assumer les lourdes dépenses liées à la politique. Pour réunir les gens et leur parler, il faut louer chaises et bâches. Pour les convoquer, tu dois acheter du carburant à celui qui ira porter la nouvelle. Une fois réunis et le message passé, tu ne peux pas les laisser repartir sans leur offrir un rafraîchissement. Tout cela constitue des dépenses et l’on sait bien que la femme ne dispose pas d’un grand pouvoir monétaire. Rares sont les femmes qui peuvent le faire. Même pour nous qui sommes engagées depuis longtemps, ce n’est pas facile. Nous nous entêtons. Il y a aussi que les femmes ne se soutiennent pas entre elles. Nous ne nous aimons pas, nous ne nous entraidons pas. Quand une femme accède à un poste, ça ne plaît pas toujours aux autres femmes et elles font tout pour la faire échouer. Elles la traitent de tous les noms. Quand Gbèdo s’est présentée aux élections présidentielles, combien de femmes se sont mobilisées derrière elle ? Les femmes sont opprimées par le poids de la tradition. Elles peinent à s’affirmer. Elles sont guidées par le respect dû au mari sous le toit de qui elles vivent. Il y a le poids des enfants. Ce qui ne leur laisse pas autant de temps qu’aux hommes de s’adonner au militantisme. »

Antoinette Fakamè Dadjo:« La majorité gère le pouvoir politique comme du miel privé et personnel »

« Je ne menais pas que la vie associative, je menais intensément la vie politique. En tant que vice-présidente d’un parti politique et ayant été au moins deux fois aux élections, je sais ce que je suis en train de dire et je commence par la conclusion : tant que les femmes ne réussiront pas à rallier les hommes à leur cause, et tant que les hommes ne comprendront pas que seuls ils ne vont jamais construire le Bénin, les femmes ne vont pas accéder au pouvoir. Par rapport à l’accès des femmes aux instances de prise de décision, la balle est dans les deux camps. Mais la balle est plus lourdement dans un camp plus que dans un autre. Je le dis en connaissance de cause parce que, tel que la majorité gère le pouvoir politique maintenant, c’est comme du miel privé et personnel. Pour la plupart d’entre eux, ces hommes-là et certaines femmes qui sont au pouvoir, ce n’est plus la cause publique qui est défendue, c’est surtout le gain facile, la promotion financière qui sont les aspects qui prévalent. Alors, quand c’est le but lucratif qui est poursuivi, comment voulez-vous que quelqu’un laisse sa place à une autre ? La balle est dans les deux camps, parce qu’il y a beaucoup d’hommes qui savent qu’ils ont bloqué mon évolution, mon ascension politique. Je me dis que ces hommes-là n’avaient pas compris et qu’ils finiront par comprendre. C’était dans les années 90. J’ai été très mal positionnée. Une fois j’étais 4e sur la liste et les trois premiers sur la liste ont été élus. Si je n’étais pas 4e, j’allais réussir. En ce moment-là, dans ce parti-là, je faisais partie des meilleures militantes. Le chef du parti ne peut pas me dire le contraire. Ce n’est pas parce que je ne militais pas bien que je n’ai pas été bien positionnée. C’est simplement parce que j’étais femme. C’est dommage. Mais une fois que j’ai été candidate, j’ai de l’expérience en la matière. Je ne me classe pas parmi les candidates malheureuses. Je me classe parmi les candidates expérimentées. J’ai vécu les difficultés d’une femme candidate dans son parti, dans la société. J’en maîtrise un bon nombre et je suis bien placée pour donner des conseils. J’ai été candidate au moins deux fois de suite aux élections législatives. Je n’ai pas réussi mais j’ai eu le temps de faire mes preuves et de maîtriser ce qui ne va pas. Si je me représente encore aujourd’hui, je vais éviter un certain nombre d’écueils. Je ne ferai pas les mêmes erreurs, c’est de minimiser le pouvoir de l’argent, de minimiser la corruption en période électorale et de penser que les Béninois comprendront qu’il faut mettre celui qu’il faut à la place qu’il faut. Or, jusqu’à présent, c’est l’argent qui parle et c’est dommage. Donc, la première lutte c’est la lutte contre la corruption en période électorale. Si cette lutte n’est pas comprise et bien menée, les femmes vont accéder difficilement au pouvoir politique et beaucoup d’élus seront des élus inefficaces. Tant que les élus, les candidats et les populations électrices ne vont pas comprendre le bien-fondé de la non corruption en période électorale, de l’importance du profil, de l’éthique et de la pratique de l’intéressé avant de lui donner sa voix pour le porter au pouvoir, tant que ce sont des éléments très peu importants qui seront considérés pour gérer les élections, les choses ne vont pas changer. Les femmes doivent oser se présenter, et par rapport à mon cas, je dis qu’oser se présenter ne suffit pas. Oser se présenter c’est bien, mais il faut rallier les dirigeants des partis politiques, les hommes surtout, qui ne veulent plus rien lâcher. Il faut les motiver, pas les brutaliser. Il faut les motiver, les sensibiliser, les amener à comprendre que nous sommes indispensables à leurs côtés. Il faut aller pas à pas, parce que ce sont les hommes qui ont été les premiers à aller à l’école au temps colonial. Ils sont nos partenaires indispensables. Nous apprenons aux femmes à travailler en synergie avec les hommes, avec leurs parents, avec leurs époux surtout pour que tout le monde puisse regarder dans la même direction. Donc, je demande aux femmes de commencer par donner une éducation non sexiste, une éducation de militant à leur fille et à leur garçon à la fois pour que nous puissions atteindre cet objectif-là.

Que disent les hommes?

Raliou Arinloyé, maire de Sakété, département du Plateau: « Il faut que les femmes puissent nous aider en militant réellement »

« En dehors de tout ce qui peut être fait politiquement pour pouvoir positionner la femme, il faudrait qu’elles aussi se mettent résolument au combat. Ça ne se décrète pas. A mon sens, ça doit pouvoir se mériter et il faudrait quand même s’exprimer et se battre. Je pense que la plupart des femmes croient que dans beaucoup de cas, elles vont être tranquilles et on viendra les positionner. Pour celles qui ont déjà la chance d’émerger, il faut qu’elles donnent les preuves pour que la confiance puisse être établie. Il faut que les femmes puissent nous aider en militant réellement, en se positionnant de manière objective dans le combat, et pouvoir se battre pour se frayer un chemin. »

Soulé Allagbé, maire de Parakou:« C’est tout doucement qu’elles vont arriver à créer la parité avec les hommes »

« C’est tout doucement qu’elles vont arriver à créer la parité avec les hommes. De toutes les façons, moi je suis preneur. Pour moi, là où il y a un homme, il doit y avoir une femme, et là où il y a une femme, il doit il y avoir un homme parce que l’un ne va pas sans l’autre. Nous nous complétons. Maintenant, il reste que les femmes se battent. Il n’y a pas un seul parti politique au Bénin dont les militants ne sont pas plus de 50% des femmes. Il faut qu’elles luttent. Il faut qu’elles puissent arracher leurs droits dans le domaine politique. Elles doivent pouvoir dire, au chef du parti : ‘’Si vous voulez que nous venions à vos réunions, nous ne devons pas être seulement des personnes qui applaudissent. Nous voulons être acteurs, nous voulons êtres membres du bureau directeur du parti, nous voulons être membres du bureau exécutif du parti, et ce faisant, elles vont s’affirmer, elles vont prouver aux hommes qu’elles sont aussi capables et je crois que les chefs de partis, tout naturellement,  vont les positionner. Il n’y a pas à lutter autrement. »

Afora K.  Roger, agent technique de développement rural à la retraite:« Elles ne se font pas confiance »
« Aujourd’hui, elles sont 52% et toutes les fois qu’elles montent au créneau, elles disent que ce sont les hommes qui les empêchent d’évoluer. Moi, je dis que c’est faux. Il y avait deux candidates aux présidentielles. Pourquoi les femmes mêmes ne votent pas pour les femmes ? Si elles veulent, elles vont commencer par se sensibiliser entre elles et si elles veulent, elles seront même présidentes de la république, parce qu’elles sont plus nombreuses. Mais elles ne se font pas confiance ».

Etienne Assogba, producteur, président de l’Union communale des producteurs de Dassa-Zoumé: « Il faut renforcer les capacités des femmes à agir et à prendre la parole »

« Ce n’est pas le fait d’être conseillère qui fait qu’on est impliqué. Il faut renforcer les capacités des femmes à agir et à prendre la parole. Pour moi, c’est de les organiser en coopératives et les former à l’éducation coopérative, à la démocratie et à la citoyenneté. Mais tant qu’on va désigner les femmes, elles seront toujours appendices de ceux qui les ont désignées. Le nombre de femmes au conseil ne détermine pas la qualité de leur participation. La loi sur la parité n’est que fantoche. La première loi sur la parité, c’est la parité dans la formation. Il y a encore une asymétrie dans la représentation professionnelle. Donc, il faut accélérer la formation des femmes, à un rythme tel que si on prend chaque secteur, on puisse avoir un grand nombre de femmes déjà formées. Là on pourra aller à  la parité. Sinon, la parité n’aura pas de sens. Est-ce qu’il faut mettre des femmes pour la forme, quand il y a des hommes qui sont bardés du diplôme ? On ne donne pas le pouvoir, le pouvoir s’arrache ! »»

Eugène Azatassou, Coordonnateur national de l’Alliance Forces Cauris pur un Bénin émergent (FCBE):« C’est aux femmes de se battre et de gagner »

L’Evénement Précis : Pourquoi les femmes sont-elles plus sollicitées pour les animations folkloriques des partis politiques que pour occuper des postes dans les hautes sphères décisionnelles?

Eugène Azatassou : C’est peut-être la forme qu’on donne à l’animation de la vie politique qui conduit à cela. Je suis sûr qu’aucun parti, qu’aucune alliance de partis, ne fait des choses pour empêcher l’ascension des femmes. Mais les partis veulent se constituer, s’implanter, se développer et gagner, et c’est là que se trouve le problème.  On ne peut pas mettre quelqu’un devant juste parce que c’est une femme ou juste parce que c’est un homme. On veut mettre des gens qui peuvent nous permettre de gagner. Quand la femme se bat et émerge, il n’y a aucun problème. Nous savons tout le mérite des femmes dans la gestion de la chose publique. Nous savons toute leur détermination, tout leur engagement, tout leur sérieux dans la gestion de la chose politique, dans l’organisation, en tout pratiquement.  Mais nous ne pouvons pas nous permettre de faire une discrimination positive et de perdre. C’est là que se trouve le dilemme. Alors, c’est aux femmes de se battre et de gagner.

Se battre, on l’entend souvent de la bouche des hommes, mais se battre comment alors ?
Il faut s’organiser par sa pratique, par sa capacité d’organisation, sa capacité de convaincre, les points de vue que l’on développe dans les instances, la façon dont on mobilise. Il faut se battre dans le sens de l’orientation de l’association dans laquelle on se trouve. Et c’est comme cela  qu’on s’impose. Si c’est une femme qui le fait, il n’y a aucun problème, elle sera mise là où il faut. En réalité, la philosophie d’un bon parti politique, d’une bonne alliance de partis politiques, c’est de mettre chaque militant à la place qu’il faut, pour qu’il rende le meilleur de lui-même pour le développement et l’atteinte des objectifs.

Qu’est-ce qui empêche alors les femmes de se mettre dans cette bataille ?
C’est peut-être sociologique. Il y a quantité de choses qui empêchent les hommes de se battre et de s’imposer, comme il y a quantité de choses qui empêchent les femmes de se battre et de s’imposer. Il serait très long de détailler tout cela et je crois que c’est surtout aux femmes de répondre à cette question-là, à savoir ce qui les freine. Il faut, dans sa tête, se libérer. C’est ça le problème.

Mais des femmes se plaignent de la mauvaise foi des hommes au sein des partis politiques et du pouvoir de l’argent
Je ne sache pas qu’il y ait de la mauvaise foi, a priori. Je pense qu’à l’intérieur des partis aussi, les gens veulent certainement se surpasser. Et peut-être que, pour se surpasser, on prend rapidement les tâches, on se dévoue, on se consacre, on utilise son énergie, on consacre son temps et ça fait que quelqu’un qui a peut-être plus de temps à consacrer, plus d’énergie à consacrer peut aller plus vite que les autres, et il se pourrait que ça se retrouve dans le camp des hommes plutôt que des femmes. L’argent a un pouvoir, c’est sûr, et c’est sur toute la planète terre que l’argent a un pouvoir. Si vous voulez faire la campagne électorale aux Etats-Unis qui est une très grande démocratie, et que vous n’avez pas d’argent, je ne sais pas comment ça va se faire. Ce n’est pas forcément pour corrompre qu’il faut de l’argent. L’argent, parce que tout est argent maintenant. Si tu veux aller d’un  point à un autre, c’est de l’argent ; si tu veux faire des affiches, c’est de l’argent ; faire des tee-shirts, la publicité, c’est de l’argent. On ne fait pas de communication sans argent. Il y a des hommes qui n’ont pas d’argent, tout comme il y a des femmes qui n’en n’ont pas. Mais cela n’est pas la faute du chef de parti.

L’article 393 du Code électoral dispose que « les candidats aux fonctions de conseiller doivent savoir lire et écrire le français ». Cette disposition va écarter un grand nombre de femmes lors des prochaines élections. Votre avis?
Vous voyez un maire qui ne sait pas lire et écrire ? C’est compliqué. On ne peut pas avancer vers là. On ne peut pas prendre ça comme norme. Parallèlement à ça, reconnaissez que le Gouvernement fait beaucoup de choses pour que les filles aillent à l’école. Ne cherchons pas des problèmes où il y en n’a pas. Battons-nous pour que les femmes aillent à l’école et soient instruites.

Réalisation Flore S. NOBIME

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