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Le triomphe de la vérité

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Edito du 25 février 2013: Que se passera-t-il


L’affaire revient sur les devants de la scène. Pour la première fois, les responsables soupçonnés de malversation en tout genre dans le scandale dit de la CEN-SAD ont l’occasion de se faire entendre de la justice. Et de prouver leur bonne foi, leur innocence ou encore leurs confusions. Pendant longtemps, CEN-SAD est en effet restée le plus gros scandale de corruption sous le régime Yayi.

L’ampleur des dénonciations faites montrait en effet des chiffres effarants de surfacturation, des entorses massives aux dispositions du code des marchés publics, des malfaçons graves dont certaines ont occasionné, à l’époque, l’effondrement de la façade du Centre international des Conférences (CIC) de Cotonou. C’est dans cette vendange générale qu’il y eut des gants achetés à 90 000 FCFA, des imperméables à 400 000, des parcelles de terrain vendues dans des zones résidentielles à des prix défiant toute concurrence. Et Dieu seul sait que des proches ainsi que des hommes du pouvoir en ont profité pour s’empiffrer au-delà de tout ce que l’on peut imaginer. La CEN-SAD a donné naissance à une caste de nouveaux riches.

Ceci étant, je suis de ceux qui pensent que notre pays ne pouvait éviter les démons de la prévarication, compte tenu de l’urgence des travaux et de la précipitation relative dans laquelle toute l’organisation a été faite. En âme et conscience, personne ne peut soutenir qu’un ministre des finances, aussi efficace qu’il puisse être, dans la tourmente de cette organisation précipitée, pourrait éviter totalement de tomber dans le piège de la prévarication. Déjà en temps normal, les cols blancs et leurs complices rivalisent d’ingéniosité pour soutirer de l’argent des caisses de l’Etat. Le système national d’intégrité, constitué d’organismes plus ou moins engagés à aller jusqu’au bout, n’a jamais pu faire arrêter le mal. Ceci du fait de son profond ancrage sociologique.

        Et c’est pourquoi, il faut constater que le 10ème sommet de la CEN-SAD a été organisé en six mois, dans une véritable course contre la montre. Je me souviens encore, comme si c’était hier, des crocs-en-jambes de dernière heure du Colonel Kadhafi dont les promesses de dons se sont révélées lettres mortes. Il a dribblé le Bénin en laissant à la charge du budget national l’essentiel des dépenses de cette grande kermesse. Boni Yayi qui cherchait alors un moyen pour se donner une stature internationale était pris au piège du bédouin de Syrte, un Kadhafi qui, disait-on, ne l’a jamais porté dans son cœur. Ce fut un challenge perçu comme une opportunité à saisir par l’entourage présidentiel. L’entourage seul ?

        Mais, alors qui, était derrière les sociétés fabriquées de bric et de broc à la veille du sommet pour postuler à des marchés publics spécialement taillés à leur mesure ? On ne le saura sans doute pas de si tôt. Comme on ne saura pas non plus les conditions dans lesquelles certaines avances de démarrage ont été octroyées à la pelle, défiant toute éthique. On ne saura pas non plus comment certains pontes du pouvoir, à l’époque, ont réussi à acheter les villas dites de la CEN-SAD à des centaines de millions alors qu’ils n’avaient pas grand-chose à l’arrivée de Boni Yayi en 2006. Le procès de Soulé Mana Lawani pourra-t-il jamais nous révéler l’ampleur des dégâts ? J’en doute.

        Ce que tous nous espérons, c’est qu’à travers ces procès, la vérité soit restituée. Pour que la nation se console (un peu, oui un peu seulement) de ces blessures béantes sur nos consciences. Ce que nous attendons également, c’est que ceux qui ont infligé de telles blessures à notre dignité nationale et patriotique paient le juste prix de leurs prévarications. L’attente la plus importante reste que tout ceci serve de leçon pour demain. Non seulement pour le citoyen ordinaire, mais aussi pour que ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir ne s’en servent pas pour jouer les intérêts du peuple contre les leurs. Le plus gros gâchis serait alors que la CEN-SAD se termine à queue de poisson, comme le terrible flop de l’affaire Alain Adihou. Triste mémoire.

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