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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: Une élection aux mains des juges


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Les élections communales du 20 Mai 2008 n’ont pas encore fini de livrer leurs calamiteux verdicts. Près de deux ans après ce scrutin  médiocre, c’est le 23 décembre dernier que Maxime Houédjissin s’est entendu dire par la Cour Suprême qu’il a été élu conseiller dans l’arrondissement de Vidolé à Abomey. Cette sentence tardive s’ajoute aux autres déjà prononcées par la haute juridiction sur le scrutin de mai 2008. D’autres viendront sans doute cette année ou l’année prochaine ou même dans deux ans. A croire qu’on n’en finirait jamais avec les loufoqueries créées par une élection communale qui se révèle finalement la plus minable de tous les scrutins organisés dans notre pays depuis 1990.
Les conséquences de ces actes juridiques tardifs restent incalculables. Sans parler encore du cas  Houédjissin, il y a ce nombre invraisemblable de maires qui se succèdent à la tête du conseil communal de Covè. En moins d’un an, la localité connaît actuellement son troisième maire, suite à l’invalidation du siège de l’ancien titulaire du fauteuil, Clément Alokpon. Il y a deux semaines, Mesmin Dovonou a été élu maire de la localité au terme d’un scrutin qui a connu la participation effective de quatre conseillers sur onze, trois autres ayant participé par procuration.  Et pourtant le précédent maire a été élu dans des conditions tumultueuses qui ont fait redouter des affrontements entre militants FCBE et Force-Clé. La décision de la Cour Suprême invalidant le siège du maire Alokpon et celui d’un autre conseiller Force-Clé de l’arrondissement de Naogon a montré toute la vénalité de ces batailles qui auraient pu dégénérer. Si ces errements viennent rappeler toute la cacophonie des élections de Mai 2008, ils indiquent qu’elles furent une aberration majeure de toute l’histoire de notre Etat.
Pour le cas Houédjissin, c’est au soir de ce 20 Mai 2008 que l’ancien député a fêté sa victoire, tous les résultats ayant donné son élection acquise. Avec son état-major, il a sablé le champagne d’autant qu’il avait déjà entamé des consultations pour briguer le fauteuil de maire d’Abomey. Il en avait le droit et peut-être aussi les moyens. Quelle n’a pas été pourtant sa surprise lorsque les résultats de la CENA le donnent perdant. C’est la colère et l’indignation au sein  de ses partisans qui crient à la manipulation. En ces moments de consternation, lui-même ou l’un quelconque de ses lieutenants aurait pu organiser des troubles pour contester cette ” injustice “. Par bonheur, leur patience  a fini par payer. Mais les ambitions de départ qui ont motivé la candidature même de Houédjissin à ces consultations communales, sont désormais rangées aux oubliettes. Dans le même temps, comme à Covè, un conseiller a siégé pendant près de deux ans au Conseil communal sans en avoir reçu le suffrage…
Nous assistons ainsi à une accumulation des aberrations d’un scrutin ridicule : le malheur de ceux qui partent, blessés à jamais par l’invalidation de leur siège, le triste bonheur  de ceux qui sont réhabilités, une élection inachevée deux ans après… et finalement ce sentiment de ridicule et de niaiserie. Car il y a une bêtise majeure à conclure devant les juges un scrutin près de deux ans après son déroulement. A partir de là en effet, les résultats sont soumis à la paperasserie administrative, aux humeurs des juges et finalement à leur bonne ou mauvaise foi. Dans les rouages de la justice, les résultats électoraux qui sortent au compte-gouttes ne donnent aucune garantie de sincérité. Ils échappent totalement au regard du public et ne relèvent que de la discrétion des magistrats dont il faut se demander s’ils sont vraiment au-dessus de tout soupçon. Il y a aujourd’hui un véritable malaise à placer nos élections  aux mains des juges, sans même indiquer un délai de décision qui eût pu nous éviter le ridicule. Il y a une erreur fondamentale à mettre aux mains d’un appareil judiciaire très lent et douteux des élections susceptibles de provoquer des drames nationaux. Le cas Houédjissin nous enseigne que la loi électorale ne devrait plus continuer à compter sur le caractère réputé pacifique des Béninois. Après tout, la vertu elle-même a des limites.

Olivier DJIDENOU

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