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CEDEAO:Le marché unique comme planche de salut


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Le défi de la mise en œuvre d’un marché unique bat de l’aile au sein de la CEDEAO. Et pourtant, il n’a jamais été aussi nécessaire.

« L’Afrique perd des milliards de dollars chaque année en revenus commerciaux potentiels ». C’est la conclusion majeure que tire la Banque Mondiale dans son dernier rapport rendu public le 07 février 2012. Selon ce rapport intitulé La défragmentation de l’Afrique : approfondissement de l’intégration du commerce régional des biens et services, l’absence d’un marché commun est un véritable goulot d’étranglement pour les populations de la région.

Il est vrai, les dirigeants africains ont admis la nécessité de mettre en place un espace de libre échange d’ici 2017 afin d’accélérer le commerce à travers le continent. Mais « les entraves au libre échange sont énormes et affectent de manière disproportionnée les petits commerçants, dont la plupart sont des femmes, » note Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale, région Afrique, et ancienne ministre des Industries extractives du Nigeria.

Son cri d’alarme risque de tomber dans des oreilles de sourds à l’heure où se tient à Abuja le quarantième sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO. La communauté peine à concrétiser son ambition de mise place d’un marché unique, malgré les textes communautaires adoptés à cet effet.

 Quand les acteurs sont jaloux de leurs intérêts

A vrai dire, certains acteurs économiques et étatiques trouvent des inconvénients à la mise en œuvre du marché unique. Au premier abord, ce sont les budgets nationaux qui risquent d’en subir les contrecoups. Pour Abdoulaye Ly, économiste et Membre du Forum Civil, une ONG spécialisée dans les questions d’intégration régionale, les Etats ont peur de l’intégration parce qu’ils disposent de budgets à base essentiellement fiscale.

 Ainsi en est-il du budget 2012 du Bénin par exemple, dont les prévisions de recettes des Administrations de la Douane, des Impôts et du Trésor se chiffrent à 680,1 milliards de Fcfa, soit près de 70% des prévisions de recettes du pays pour le compte de cette année. Pour des pays comme le Mali et le Burkina-Faso, les recettes douanières font environs 40% des recettes fiscales, tandis que pour le Bénin, elles en représentent plus de 50% depuis une vingtaine d’années. Les Etats craignent dès lors d’assister à une érosion drastique de leurs recettes fiscales déjà maigres.

Ils érigent donc une série de barrières tarifaires et non-tarifaires qui constituent des freins au marché unique. Ces barrières encouragent du même coup la multiplication des barrages douaniers et policiers dans la sous-région. L’Observatoire des Pratiques Anormales du Sénégal note que tout le long de l’axe routier Dakar-Bamako, plus d’une centaine de postes de contrôles sont érigés tous les cent kilomètres, avec des pratiques de rançonnement presque systématiques. Les montants moyens versés par les transporteurs sont d’environs 20.000 Fcfa tous les cent kilomètres, selon l’Observatoire.

Prélevés sur des produits de consommation courante, « ils viennent renchérir à côté des autres charges liées en particulier au coût du transport intérieur, le prix des denrées sur le marché régional et découragent les opérateurs qui sont dans le commerce communautaire », indique Mor Talla Kane, Directeur Exécutif de la Confédération Nationale des Employeurs du Sénégal (CNES). En comparaison, les forces de l’ordre tirent de la situation un bénéfice bien visible.

Des avantages pour tous

Malgré ces petits intérêts nationaux et individuels, les Etats de la sous-région ont décidé de créer un marché commun. Dans son rapport cité plus haut, la Banque Mondiale indique qu’il existe de nombreuses opportunités, pour les entreprises et les particuliers qui font du commerce, d’accroître les échanges à travers les frontières africaines tout en réduisant la dépendance vis-à-vis de quelques exportations basées sur les ressources vers les marchés mondiaux.

Ce qui pourra contribuer ainsi à la sécurité alimentaire, accroître l’emploi et réduire la pauvreté. Aujourd’hui en effet, la part du commerce de marchandises intra-régional dans le total des importations de marchandises est de 10 % pour la CEDEAO et de 8 % pour l’UEMOA. Par comparaison, cette part est d’environ 35 % pour l’ALENA et de plus de 60 % pour l’Union Européenne.

Le commerce régional peut amener des denrées alimentaires de base des zones à excédent vivrier vers les marchés urbains en expansion et les zones rurales dont la production alimentaire est déficitaire. La facilitation des échanges devrait donc avoir un impact direct sur la pauvreté en touchant les populations rurales pauvres qui forment 60% des actifs et 35% du PIB de la région.

 Libérer le secteur privé

Dans un rapport rendu public en 2005 par la Commission économique pour l’Afrique, une institution de l’ONU, l’on note que le Tarif extérieur commun (TEC) adopté au sein de l’UEMOA depuis une douzaine d’années pour faciliter ces échanges dans l’espace communautaire, sert à rendre possible « une simplification des systèmes tarifaires et une baisse généralisée des droits de douane sur tous les produits quelle que soit leur origine ou leur provenance. »

La commission indique aussi que « le désarmement tarifaire extérieur dans le cadre du TEC constitue l’une des composantes essentielles d’un environnement concurrentiel et un facteur de nature à contribuer à l’abaissement des coûts de production des entreprises de l’Union, en vue de leur insertion dans l’économie mondiale. » En même temps, la CEDEAO a adopté l’assurance Carte brune ainsi que le programme de transit routier inter-États pour faciliter le transit routier et le transport transfrontalier.

Tout ceci devrait faciliter la libre circulation des personnes, des biens et des services dans l’espace et contribuer à la croissance économique. Ceci ne sera pas possible sans un secteur privé libéré des entraves actuelles. Pour Mor Talla Kane, « l’esprit d’initiative d’un secteur privé libéré des entraves aux échanges permettrait une exploitation de nombreuses potentialités et à l’Etat de tirer profit de plus de ressources, d’une amélioration du niveau de vie et d’un bon levier pour la résorption du chômage qui ne peut être envisagé que dans le cadre d’un secteur privé dynamique ».

Olivier ALLOCHEME

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